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Mai 2010
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2010, II - Question d'actualité posée par le groupe Centre et Indépendants à M. le Maire de Paris relative au "104" face à son avenir.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2010


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Maintenant, pour le groupe Centre et indépendants...

(Brouhaha).

Vous n'avez plus la parole, notamment M. GOUJON dont je connais parfaitement le nom et même le timbre de la voix !

(Brouhaha).

Pour le groupe Centre et Indépendants, un monsieur, un collègue, dont le nom est très connu - mais il était connu avant d'être conseiller de Paris : la parole est à M. CAVADA.

M. Jean-Marie CAVADA. - Je vous remercie. Je ne vais pas vous faire le coup, Monsieur le Maire, de : quel est mon troisième prénom ?!

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne connais même pas le deuxième.

Si, Jean-Marie, mais c'est un prénom composé.

Ce n'est pas dans son temps de parole encore.

Remettez le compteur à zéro pour M. CAVADA !

En général, j'entends le son de sa voix le lundi en début d?après-midi.

(Brouhaha - protestations).

Mais c'est un plaisir sans cesse renouvelé !

Trêve de plaisanterie, la parole est à M. CAVADA.

(Brouhaha).

M. Jean-Marie CAVADA. - J'ai entendu le contralto de M. DESTREM, donc maintenant je vais modestement faire mon petit travail.

Faisant partie du conseil d'administration, j'ai, au nom de notre groupe, soutenu l'idée que "Le 104" était un établissement qui avait pour vocation d'être emblématique d'une politique culturelle de la Ville. Au départ, créé dans un quartier peu doté en espaces de culture et en lieux de rencontre, cet établissement devait être dédié à "l'art en train de se faire", si je reprends l'expression de la présentation en son temps. C'était donc pour le moins un projet ambitieux.

Nous continuons à vouloir le succès de cette opération, mais aujourd'hui malheureusement la gestion de ce projet, en elle-même, montre un certain nombre de difficultés et il y a quelques points d'interrogations sur lesquels il serait vraiment très important d'avoir des réponses.

Premièrement, quid de la situation financière réelle ? Je dis bien "réelle".

Deuxièmement, quid du coût de fonctionnement réel ?

Troisièmement, quelle est la stratégie culturelle que la Ville assigne à cet établissement ?

Enfin, où en est la fameuse "short list" des candidats à la direction qui doit nous être présentée en juin ?

Malgré nos nombreuses questions et interventions sur ce sujet, nous estimons qu'il y a encore un certain flou. Il est à présent l?heure de mettre réellement en place une large concertation avec les administrateurs, qui a déjà un peu commencé mais un peu seulement, les élus de la Ville de Paris et notamment les élus du 19e arrondissement, la 9e Commission du Conseil de Paris, qui est présidée par ma collègue Mme BERTRAND, mais aussi des artistes qui sont tout de même les mieux appropriés pour définir ce projet.

Nous n'avons, à mon avis, plus le droit à l'erreur, vu la taille des lieux, vu les travaux effectués qui ont atteint une somme de près de 100 millions d'euros et le coût de fonctionnement annuel du "104" actuellement d?environ 8 millions d'euros par an, sans compter la subvention exceptionnelle que, en effet, nous avons dû voter en décembre.

"Le 104" pèse lourd sur le budget culturel de la Ville de Paris et c'est pour cela qu'il faut avoir un résultat clair. Sécurité, gardiennage, travaux, personnels : tout cela a un coût alors que plusieurs théâtres risquent de mettre la clé sous la porte, faute de subventions suffisantes.

Une question est importante : ne vaudrait-il pas mieux à l'heure actuelle, Monsieur le Maire, revoir explicitement la stratégie du "104" avant de mettre en place une nouvelle direction ? Il s'agirait :

- d'avoir une vision claire à moyen terme des différentes utilisations artistiques et sociales de ce "104" ; cet établissement ne doit pas être une simple offre culturelle supplémentaire, il doit s'inscrire, vous l'aviez d'ailleurs dit en son temps, dans une politique globale culturelle de la Ville ;

- enfin, d'en garantir durablement son financement et donc sa pérennité.

Monsieur le Maire, pouvez-vous donc nous préciser votre stratégie pour "Le 104" à l'heure où la situation financière de cet établissement est dangereuse et même extrêmement pénible, et avant qu'une nouvelle direction surtout ne prenne les commandes de l'établissement ? J'insiste sur le fait que ces travaux seraient utiles avant que la nouvelle direction ne prenne ses fonctions.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs du groupe Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Après avoir débattu pendant de nombreuses semaines sur le jeune passé du "104", nous ne pouvons que nous réjouir d'aborder enfin la question de son avenir.

Depuis un an et demi, "Le 104" a accumulé les preuves de sa vitalité et de sa pertinence mais parfois par intermittence.

Je vous renvoie, par exemple, aux magnifiques opérations qui s?y sont déroulées, comme l'installation de la Villa Arpel de Jacques Tati avec une foule de spectateurs,ou le festival Némo dédié aux arts numériques, ou encore aux très nombreux artistes accueillis en résidence dans des conditions exceptionnelles.

Parions également que les 110 projets artistiques - j'ai bien dit 110 ! - programmés cette année, comme les festivals "Paris en toutes lettres", "Paris Cinéma", qui investiront prochainement "Le 104", rencontreront le même succès populaire.

Aujourd'hui, "Le 104" connaît un tournant essentiel avec la procédure de renouvellement de son équipe de direction qui arrivera à terme avec le vote d'une liste restreinte de deux, trois ou quatre candidats au prochain Conseil de Paris, puis l'audition des derniers candidats et la nomination de la nouvelle direction par le conseil d'administration du "104" au plus tard à la mi-juin 2010.

Dans ce cadre, le nouveau cahier des charges de l'établissement, adopté à l'unanimité du Conseil d'administration du 5 janvier dernier, a pu être affiné collectivement, redéfinissant ainsi nos espérances pour les Parisiens, les Franciliens et les habitants des 18e et 19e arrondissements.

Comme vous le savez, en tant que président du "104" et de son Conseil d'administration, et comme je m?y étais alors engagé lors du dernier Conseil de Paris, j'ai entrepris depuis quelques semaines de rencontrer aussi bien les acteurs économiques et sociaux de l'établissement, le café du "104", la "Maison des petits", le "5", la librairie "Le merle moqueur" et le futur restaurant "Les tables du "104"" que ses administrateurs, qu'ils soient élus, personnalités qualifiées et représentants du personnel.

Nous avons ainsi pu échanger de manière constructive et affiner les enjeux et les nouvelles orientations que nous souhaitons donner au "104" pour les années à venir, tout en maintenant notre exigence d'un lieu de création, de diffusion et de résidence, qui ancre l'art dans le quotidien d?un quartier et d?une métropole.

Aujourd'hui, il semble nécessaire d'aller encore plus loin. Plutôt que de revoir à la baisse tout ce qui n'aurait pas marché assez vite et assez bien, nous avons le devoir de faire mieux et différemment. La culture se construit, en effet, avec le temps et pas contre lui. Nous n'exigerons pas des artistes de travailler plus et de coûter moins.

En revanche, les Parisiens méritent que le "104" se retourne résolument vers eux et corresponde à leur soif de culture et de création.

Le manque de visibilité de l'établissement et certaines erreurs avérées doivent être corrigés. Je pense, par exemple, aux panneaux et fléchages aux sorties de métro et arrêts d'autobus.

Cependant, plutôt que de déplorer le vide de la Nef curial, il faut le combler tous les jours. Cela passe par un échange entre le public et les artistes et la présentation des ?uvres. La création et la diffusion doivent y rester indissociables : laboratoire artistique, le "104" doit devenir un laboratoire populaire.

A l'heure où la crise économique et la réforme des collectivités territoriales fragilisent les politiques culturelles, nous avons plus que jamais le devoir de réussir le rêve du "104". Nous y parviendrons, car nous avons la conviction qu'il est possible d'implanter durablement un équipement culturel ouvert et généreux, au sein d?un quartier comme le 19e arrondissement, proche du 18e arrondissement trop longtemps délaissé.

Nous n'écouterons pas les Cassandre qui consciemment ou non veulent l?échec du "104" et qui pensent que le désert culturel est une fatalité.

Pour ce qui est des finances, Monsieur CAVADA, vous savez que, pour un E.P.C.C., les comptes sont validés et contrôlés par la Recette générale des finances (R.G.F.) et que nous aurons les comptes fin mai.

Il apparaît d'ores et déjà que le déficit qu'un certain prestataire de services, provisoirement employé par le "104" et ses directeurs 'avait annoncé, que ce déficit est faux et qu'il sera sans doute nul.

Faisons en sorte et en responsabilité que le fruit tienne la promesse de la fleur.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci à M. CAVADA et à Christophe GIRARD.