Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 2010
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

2010, DF 37 - Bail emphytéotique administratif - concession de travaux pour la rénovation et l'exploitation du Palais Brongniart, place de la Bourse (2e).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2010


 

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Nous passons à la 1ère Commission en examinant le projet de délibération DF 37.

Je donne la parole à M. Jacques BOUTAULT.

(Mouvements divers dans l'hémicycle).

(M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, remplace Mme Anne HIDALGO au fauteuil de la présidence).

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - S'il vous plaît ! Ceux qui veulent sortir de la salle pour aller au bistrot, ils peuvent y aller? De manière à laisser la parole au maire du 2e arrondissement.

Vous avez la parole, Monsieur.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. Merci, Monsieur le Maire.

La décision de la commission spéciale, composée à la proportionnelle du Conseil de Paris, qui fait l'objet du projet de délibération qui nous est soumis et qui est destiné à choisir le concessionnaire pour le Palais Brongniart ressemble à un rendez-vous manqué.

L'opération avait pourtant bien commencé. En 2004, je m'étais inquiété du devenir de ce site historique situé en plein coeur de la Capitale. Géré par Euronext, un consortium international de sociétés de bourse, cet édifice municipal faisait figure de bunker impénétrable au public, tourné vers lui-même, fermé sur la ville et protégée par ses hautes grilles et ses vigiles.

J?avais émis l?idée d?y implanter une activité ouverte sur son environnement dans le domaine de l'économie numérique, le développement durable et l'économie sociale et solidaire alors qu?on s'en souvient, l'U.M.P. locale voulait transformer l?édifice en un casino.

Entamée dès 2008, la très large consultation menée par Éric FERRAND, mandaté par le maire de Paris, avait abouti à une idée proche visant à faire du Palais Brongniart le Palais de la Terre.

Il s'agissait d'y implanter des activités reposant sur les trois piliers du développement durable : l'environnement, le social et l'économique, et de transformer l'édifice en un bâtiment exemplaire en matière de consommation énergétique avec, par exemple, l'implantation de panneaux solaires.

Malheureusement, la promesse n'a pas été tenue. Le processus s'est par la suite dégradé. Dans le cahier des charges de l'appel à projets, élaboré sans que les élus soient consultés, toute référence au développement durable a été gommée. De plus, la composition de la commission spéciale chargée d'éclairer la décision du Conseil de Paris a été strictement proportionnelle au Conseil de Paris, niant l?importance de l?aspect local de la décision. Si j'ai pu siéger au sein de cette commission, c'est uniquement comme représentant de mon groupe politique. Je regrette enfin, malgré mes demandes, que la commission n?ait pas jugé bon de prendre le temps de consulter les conseils de quartier.

À ces deux rendez-vous manqués, le premier avec le développement durable, le deuxième avec les élus locaux, les conseillers de quartier et les riverains, s?en ajoute un troisième : celui de l'audace.

Bien sûr, nous nous réjouissons de l?éviction du gestionnaire actuel, qui n'a jamais su faire du Palais Brongniart un lieu attractif et ouvert sur son environnement.

Pourtant, nous sommes convaincus qu?un choix plus audacieux que celui qui nous est proposé, celui de GL Events, était possible. Certes, cette entreprise cotée en bourse présente un projet solide, axé sur les nouvelles formes entrepreneuriales avec un zeste d'économie sociale, auquel s'ajoute une structure d'emploi pour les personnes handicapées, un restaurant de luxe et des locations de bureaux. Son coeur de métier, l'organisation de salons professionnels, garantit sans doute que le site sera animé.

Néanmoins, il ne faudrait pas que le Palais Brongniart abrite le même type d?activités que les hangars de la Porte de Versailles ou de Villepinte. Son idée de créer un comité de site est toutefois bonne.

Une inquiétude majeure cependant se fait jour ; les accords commerciaux que GL Events serait en train de nouer avec Euronext pour une gestion d'une partie du site ; à peine évincé par la porte, il ne faudrait pas que ce dernier rentre à nouveau par la fenêtre.

Mais le projet présenté par le groupe SOS avait une tout autre allure. Particulièrement abouti et cohérent, opérant une rupture radicale avec l'existant, il aurait permis de faire entrer une grande entreprise de l'économie sociale et solidaire dans l'ancienne bourse de Paris.

Avec ce projet réellement novateur, la Ville avait une occasion en or de promouvoir une autre vision de l'économie, une économie dont le but n'est pas de faire du profit.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Chut ! Continuez.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. En outre, le projet S.O.S. était le plus ouvert sur son environnement car il prévoyait, outre une programmation événementielle axée sur l'économie solidaire, une pépinière d'entreprises dédiée aux entrepreneurs sociaux, un centre consacré aux nouvelles technologies, mais aussi un piano-bar, une crèche, un espace aménagé pour recevoir et redistribuer les projets des A.M.A.P.

Ce projet était aussi le plus créateur d'emploi et offrait la meilleure rente à la Ville parmi les trois propositions : 2,5 millions d'euros de redevance forfaitaire annuelle et une part variable d'un montant de 30 à 45 % du chiffre d'affaires, contre 3,2 millions de redevance et 3 % sur le chiffre d?affaires proposé par GL Events et 1,4 millions et 14 % sur le chiffre d'affaires par Euronext.

Alors, qu'est-ce qui a manqué à S.O.S. ? Sans doute, d'après la commission, des garanties hypothécaires et une solidité financière caractérisée par plus de fonds propres aurait donné plus de confiance.

Mais peut-on juger une entreprise de l'économie sociale et solidaire avec les critères de l'économie traditionnelle ?

De plus, ces garanties sont utiles uniquement en cas d'échec du projet, ce que rien ne laisse supposer.

Avec GL Events, je conclus, le choix de la Ville est le choix d'une gestion en bon père de famille, au détriment, hélas, de l'audace et de l'innovation.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs du groupe "Les Verts").

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole également pour cinq minutes à Mme Sylvie WIEVIORKA.

Mme Sylvie WIEVIORKA. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, Monsieur le Maire, je suis conseiller de Paris du 2e arrondissement, où est situé le Palais Brongniart, et c'est à partir de la connaissance de mon arrondissement d'élection que je veux situer cette intervention.

Les habitants du 2e, tout comme les Parisiens dans leur immense majorité, connaissent l?existence du Palais Brongniart sous le nom de "Bourse de Paris", mais ils ne savent absolument pas à quoi cet édifice peut bien être employé. Seuls les plus informés comprennent que les transactions boursières ne se font plus là comme par le passé. Il y a une absence de visibilité de ce qui s?y fait ou du moins de ce qui s'y faisait ; les nombreuses soirées et réceptions mondaines qui y sont organisées donnent à penser que c?est un lieu mystérieux, réservé à une élite parisienne, impression d?ailleurs confortée par les grilles qui l?entourent.

Les Parisiens ne savent sans doute même pas que ce bâtiment est propriété de la Ville de Paris.

Depuis plusieurs années, alors que s'annonce la fin de la convention qui lie la Ville à Euronext, des suggestions plus ou moins fantaisistes ont circulé, surtout en période électorale, sur la future affectation du Palais Brongniart, qui sont allées de l'installation d'un casino pour l?élu U.M.P. local à une super école d?informatique pour "Les Verts" à une certaine période.

Dès notre élection en 2001, nous nous sommes intéressés à la question de son devenir.

L'idée d?ouvrir le Palais Brongniart sur le quartier et sur la ville m?a d?ailleurs amenée à proposer aux conseils de quartier du 2e d?y organiser chaque année un bal : le bal des conseils de quartier. C'est ainsi que depuis 2002, les habitants du 2e, mais pas seulement, viennent tous les ans plus nombreux et sont enchantés de pouvoir pénétrer dans un bâtiment qui leur est fermé le reste de l'année. C?est, en quelque sorte, un avant-goût de ce que pourrait offrir l'ouverture au public d'un tel équipement.

Lors de la campagne des municipales de 2008, j?ai rencontré divers acteurs économiques du centre de Paris, qui avaient, déjà à cette époque, tous plaidé pour que le Palais Brongniart soit affecté, lors de la nouvelle convention, à des activités économiques innovantes et compatibles avec un centre-ville hyper dense.

En vue du renouvellement de l'attribution de la concession, le Conseil de Paris a approuvé la création d?une commission chargée d'étudier et de classer les réponses à l'appel d'offres. J?ai été chargée par Bertrand DELANOË d?en assurer la présidence, le maire du 2e, Jacques BOUTAULT, comme il l?a dit, a été désigné par son groupe pour en être membre.

Je voudrais, à cette occasion, remercier l?ensemble des membres de la commission pour la qualité de leur travail, ainsi que les services qui nous ont accompagnés pendant tous nos travaux.

Les candidats ont été invités à proposer un projet d?exploitation et de rénovation selon trois axes : une ouverture au public tout au long de l'année et sur l?ensemble des espaces du Palais susceptibles de s'y prêter, l'optimisation, la mutualisation, la valorisation des espaces de réception comme des espaces de travail, notamment les bureaux, la création d'un ou plusieurs espaces commerciaux, notamment de restauration ou de service.

Il était, en outre, précisé dans le cahier des charges que ces activités devaient s?inscrire dans un schéma d?ensemble cohérent, alliant innovation et économie sociale et solidaire et que le projet devait être fortement créateur d'emploi.

Il est apparu à la majorité des membres de la commission que le projet de GL Events, centré autour des nouvelles formes entrepreneuriales, répondait le mieux à l'ensemble des critères de l'appel d'offres.

L'identité financière du bâtiment sera préservée, mais avec d?importantes évolutions. Concrètement, le visiteur trouvera réunis dans ce lieu les principales associations d?aide à la création d?entreprise (boutique de gestion, France Initiative, France Activité, etc.) et aussi les acteurs du micro-crédit tels que l?A.D.I.E.

Les entrepreneurs en herbe pourront gagner du temps dans leurs démarches grâce à un réseau permanent d?aide aux créateurs d?entreprise, que ce soit au niveau de la conception ou du financement.

Parallèlement, cet espace sera un lieu d?échange pour les "start-up".

Emblématique de cette volonté, l?installation sur place de l?association Silicon Sentier, bien implantée dans le 2e arrondissement, qui regroupe une centaine de jeunes pousses dans le champ des nouvelles technologies. Un incubateur destiné à aider les créateurs d?entreprises pendant les premières années de leur parcours s?implantera également sur place.

L'ancienne Bourse hébergera également Vigeo, l?agence de notation sociale de Nicole NOTAT, le réseau Gesat des organismes ?uvrant pour le travail protégé des handicapés.

Le lieu sera ainsi positionné comme une référence en matière de finance responsable.

Enfin, GL Events compte programmer des expositions, des colloques et des conférences, avec pour objectif d'accueillir 160.000 visiteurs par an, un "fast food" bio du grand cuisinier Marc VEYRAT accueillera les visiteurs.

Au-delà d'un projet novateur, mais qui respecte l?histoire de ce lieu prestigieux, GL Events a l'avantage de ne pas être néophyte en matière de gestion de gros équipements. La société gère déjà 33 grands équipements dans le monde, notamment le Parc d'expositions de Budapest, le Palais des congrès de Barcelone, le Zénith de Clermont-Ferrand, le Palais de la Mutualité à Paris.

GL Events est en capacité de financer les importants investissements nécessaires au renouveau de la Bourse.

Je suis convaincue que le Palais Brongniart va devenir une vitrine de l?innovation et de la nouvelle économie, un lieu d'attractivité et d'animation pour les Parisiens comme pour les visiteurs de Paris.

GL Events s'est engagé à informer et consulter les riverains sur les aménagements autour du Palais Brongniart. Symbole important, les grilles, qui transforment la Bourse en un véritable bunker  devraient tomber.

Un espace de plusieurs centaines de mètres carrés sera réservé pour y accueillir à terme le laboratoire Paris Région Innovation.

Enfin, un Comité consultatif des usagers du Palais Brongniart devrait voir le jour, auquel j'ai suggéré que le président du conseil de quartier concerné soit associé.

L'implantation dans le 2e d'entreprises d'économie sociale et solidaire, en complément des activités traditionnelles de confection du Sentier, mettra un peu de couleur et de diversité dans cet arrondissement fortement touché par la monoactivité.

La Bourse va changer de visage, devenir un lieu attractif, dynamique et moderne, tout en retrouvant les liens avec le quartier. Les habitants et les élus du 2e ne peuvent que s'en réjouir.

(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés).

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme Valérie SACHS.

Mme Valérie SACHS. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, le groupe Centre et Indépendants votera contre votre choix de confier à la société GL Events la destinée du Palais Brongniart, pour les mêmes raisons que celles que j'ai régulièrement exprimées lors des réunions de la commission spéciale.

Il ne s'agit en aucune façon de douter des capacités de GL, capacités financières ou en matière événementielle, ou de remettre en cause les compétences techniques du groupe. Il s'agit de s'opposer à l'erreur stratégique de la Ville de Paris dès l?appel à projets, dans sa volonté de rompre avec l?image historique de Brongniart, qui a été comprise comme une volonté de la Ville de Paris à nier sa place financière, alors qu?elle a tant besoin du soutien des politiques, au-delà de la période de crise que nous traversons.

Voulant rompre avec un symbole qui, matériellement, au sens strict, n?existe plus depuis une dizaine d?années alors que le quartier reste dans l?inconscient collectif celui de la Bourse et que se crée un nouvel écosystème de P.M.E. financières, innovantes et dynamiques, votre choix de trouver à tout prix une identité nouvelle à ce lieu aboutit finalement à une non-identité, tout cela pour satisfaire les exigences d'un cahier des charges instituant une coproduction fade quand il faudrait une identification forte.

GL, un groupe lyonnais à l?assaut de Paris, a su présenter un dossier irréprochable, peut-être trop. Fédérateur jusqu'à l'excès, trop lisse, en adéquation parfaite aux demandes de la Ville, mais pas forcément avec la vision des élus, mêmes certains issus de l'Exécutif qui se sont néanmoins pliés à l'exercice de la majorité municipale.

A ce sujet, je ne peux me défaire d?un sentiment de malaise face aux commissions spéciales qui sont, sur le papier, une excellente initiative, mais qui laissent l'impression, pour un élu d?opposition, même se voulant constructif, que les décisions sont déjà prises et que la commission comme le Conseil ne feront qu'entériner.

La commission a choisi la forme plus que le fond. Quand vous trouvez que Viparis-Euronext n'a pas trouvé le bon équilibre entre réaffirmation de l?identité du Palais Brongniart et nouvelle orientation souhaitée par la Ville, c'est faux, mais c'est l'illustration de votre a priori négatif vis-à-vis du monde de la finance.

Quand vous considérer que le projet GL Events répond parfaitement à l?ambition politique de la Ville en développant soi-disant de nouvelles formes entrepreneuriales, je n'y vois que faiblesse conceptuelle et m'inquiète pour l?avenir de Paris.

Sur le plan patrimonial et financier, GL Events semble avoir l?offre la plus attractive pour la Ville, mais le groupe a-t-il le recul nécessaire pour connaître les difficultés d'exploitation rationnelle des lieux classés, n?est-il pas victime de son inexpérience de la gestion du lieu ?

J?espère que l?avenir financier ne sera pas trop compliqué.

Votre choix est celui de la forme. Or, il fallait au projet du fond. Un projet industriel que seuls Euronext et Paris Europlace, qui disposent d'une expérience reconnue, peuvent réaliser.

Paris Europlace, l?organisation en charge de promouvoir Paris place financière auprès des investisseurs internationaux, est devenu un benchmarker mondial, apte à monter des opérations de très haut standard.

Paris est la seconde place financière européenne derrière Londres. Son poids économique est considérable : 15 % du PIB régional et 4,4 % du PIB national. Le secteur financier emploie plus de 270.000 salariés, soit davantage que les secteurs de l?agroalimentaire et de l?automobile réunis, dont 150.000 sont Parisiens, ce qui représente 11 % de l'emploi parisien, auquel il convient d'ajouter les emplois indirects.

Moins exposée, plus rigoureuse aussi, Paris semble avoir moins souffert que ces concurrentes de la crise financière. Et dans la tempête, elle s'est montrée plus sûre, plus efficace. Elle a une carte à jouer et a besoin du soutien actif des politiques.

Avec l'avenir du Palais Brongniart, c'était l'occasion d'un geste fort. Encore un rendez-vous raté et pour trente ans. Laissez partir Euronext hors de Paris intra-muros serait une erreur lourde de conséquences.

Aussi j'espère la presse bien informée quand elle évoque l'ouverture de négociations entre Euronext et Olivier GINON, patron de GL.

Je vous remercie.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - La parole, pour cinq minutes, est à M. Jean-François LEGARET.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, je voudrais, après ce que vient de dire Valérie SACHS, dire que notre Assemblée prend aujourd'hui une lourde responsabilité.

Parce que finalement il s'agit de mettre le marché financier à la porte du Palais Brongniart, au moment où les marchés financiers s'effondrent à l'échelle planétaire, en provoquant à l'échelle planétaire d?innombrables drames.

Je pense que, effectivement, la Ville de Paris, capitale de la France, avait l'occasion de témoigner de son intérêt et de son investissement réel dans cette responsabilité, qui est indissociable de son statut de ville capitale dans notre pays.

C'est aussi une lourde responsabilité parce qu'il s'agit d'une convention de trente ans. Je me suis toujours efforcé de limiter les durées des conventions. D'ailleurs, nous étions plutôt partis sur vingt-cinq et c'est parce que le candidat, qui est proposé, a finalement fait monter les enchères sur le montant des investissements que l'on aboutit à trente ans.

Franchement, trente ans, c'est trop long. Nous n'aurons pas la possibilité de changer le titulaire au cours de cette mandature. Ce ne sera pas possible non plus après les élections municipales de 2014, ni après celle de 2020, ni après celle de 2026, ni après celle de 2032 !

Ce n'est qu'après les élections municipales de 2038 que notre assemblée sera saisie à nouveau du choix du titulaire de ce bail emphytéotique administratif avec le Palais Brongniart. Je considère que c'est une durée qui est vraiment déraisonnable, même au regard des investissements à réaliser.

Alors, c'est vrai que la commission s'est réunie. Elle a tenu quatre réunions intéressantes. Je pense que la démarche est bonne d'avoir finalement un appel à candidatures qui permette à tous les représentants des groupes de travailler sur les projets. Il est dommage que cette procédure ne soit pas généralisée. On aurait eu cette procédure à Jean-Bouin, par exemple, on n'en serait pas là.

En tout cas, c'est bien de l'avoir fait pour le Palais Brongniart et cela a d?ailleurs permis de montrer que ces trois candidats, une fois que le quatrième s'était retiré de lui-même, avaient tous des qualités. La preuve d'ailleurs, les votes ont été partagés, ce qui démontre que chacun des candidats a recueilli des suffrages et que chacun de ces candidats présentait un dossier qui avait des qualités.

Je n'aurais rien à critiquer sur le titulaire qui est proposé, GL Events, que l'on connaît bien d'ailleurs, qui gère convenablement des salons à Paris et qui fait aujourd'hui les travaux de la Mutualité.

Je pense que l'on a voulu un peu trop vite évincer la candidature de Viparis-Euronext et Unibail.

On a dit que ce candidat n'avait pas été particulièrement performant et actif au cours du bail qui vient aujourd'hui à échéance. Je ferai observer que la Ville de Paris n'a pas été très active non plus sur la même période. La Ville de Paris disposait en effet d'un droit en application de cette convention, lui permettant d'utiliser le Palais Brongniart, un mois par an, pour y faire des expositions.

A ma connaissance, cette faculté n'a été utilisée que deux fois au cours de la décennie passée, ce qui est, vous l'avouerez, fort peu et qui n'a pas rempli la possibilité qui était offerte pas la convention.

Deuxièmement, il faut savoir que cette convention avait été resignée avec le responsable du marché financier, qui ne s'appelait pas à l'époque Euronext, mais justement pour une période de transition, pendant laquelle la Ville de Paris et ce titulaire devaient travailler à la reconversion du bâtiment.

Je ne sache pas que la Ville de Paris ait été particulièrement active pour proposer des solutions permettant de concevoir un projet d'avenir sur la reconversion de ce lieu.

Voilà. Je regrette vraiment la décision symbolique dans le contexte actuel, qui est prise.

Je regrette la durée qui me paraît véritablement excessive, même au regard des investissements consentis.

Je regrette enfin que les arguments sonnants et trébuchants, et au regard des investissements réalisés et au regard de la redevance, aient finalement été l'argument manifestement dominant.

Je pense que le Palais Brongniart méritait mieux que le ramener à une pure et simple mise en concurrence, une pure et simple adjudication de ce lieu, qui est effectivement un symbole et qui le restera.

Pour toutes ces raisons, les élus du groupe U.M.P.P.A. s'abstiendront sur le projet de délibération.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Alain LHOSTIS, pour cinq minutes.

M. Alain LHOSTIS. - Merci, Monsieur le Maire.

Le Palais Brongniart, ancienne bourse des valeurs, propriété de la Ville de Paris, déserté depuis des années en tant que lieu d'activité de la finance, accueille un certain nombre d'activités tournées vers l'événementiel mais isolées par les grilles du reste du quartier.

L'appel à projets lancé par la Ville de Paris a laissé espérer qu'en plein coeur de la capitale, dans un espace de grandes dimensions, et compte tenu des éléments du cahier des charges qui prévoyaient une ouverture large au public tout au long de l?année et sur l?ensemble des espaces du Palais, qui plaçait également au centre l'innovation et l'économie sociale et solidaire ainsi que la forte création d'emploi, que la symbolique ancienne du lieu serait donc investie par la symbolique d'un changement radical et novateur, tout particulièrement au regard des objectifs sociaux et solidaires.

La commission pluraliste, dans laquelle je représentais le groupe communiste et les élus du parti de gauche, a pu examiner sérieusement trois projets, y compris par une audition des candidats. Je remercie d'ailleurs de ce point de vue la présidente.

Tous les participants ont reconnu la qualité du projet, au regard de la thématique solidaire du groupe S.O.S., acteur reconnu de ce secteur. Aucun des deux autres participants ne s'appuyait sur cette dimension, qui devrait être pourtant majeure pour une Municipalité comme la nôtre.

En définitive, le choix qui a prévalu est celui affirmé de la sécurité, notamment dans le rendement du retour financier. Il est certain que la plupart des membres de la commission n'ont pas voulu examiner concrètement ce qu?était le mode de fonctionnement d?un groupe non capitalistique.

Il est évident que le Groupe GL Events, qui pèse aujourd'hui 600 millions d'euros de chiffres d?affaires, dont 35 % à l'international, et qui n'est pas le petit groupe provincial, tel que présenté en commission par un membre de l'Exécutif, ce groupe, pour ceux qui ont une lecture libérale, présente beaucoup d'intérêt.

D'ailleurs, le même élu a également déclaré : le pire, c?est de perdre l'image de place financière pour Paris.

Pour ma part, si l?image de place financière de Paris est celle qui a été donné ces derniers mois par les traders, Goldman Sachs, les spéculateurs contre les Etats grec, espagnol ou portugais, je pense que cette image est détestable, et que nous aurions pu au contraire, en choisissant un intervenant reconnu et qualifié du secteur de l?économie sociale et solidaire, faire en quelque sorte un pied de nez à l?histoire de ce lieu, ou autrement dit oser le social et solidaire.

Cette image de place financière est d?ailleurs très bien symbolisée hier soir dans le billet du polémiste d?un grand quotidien du soir qui écrit : "Les marchés sont volatils, et même volages. Mais ils ne font pas dans le sentiment. Ils se fichent éperdument du Marché commun, qu'on appelle aujourd'hui l'Union européenne. Leur seul souci est de s'en mettre plein les poches. Et si, pardessus le marché, on entrave leurs spéculations, bonjour les dégâts ! Les marchés sont exigeants : ils marcheraient sur le corps de leur mère pour gagner quelques millions. Dès l'ouverture des cours, ils manifestent leur humeur et sont capables de transformer ce bazar en grand souk."

Je laisse donc à chacun ses symboles : "Paris, place de la finance" ou "Paris solidaire".

Si l'on prend le second critère, le plus important à nos yeux, normalement, celui de l'emploi, je me permets de lire une phrase dans la note de la Direction du Développement économique et de l'Enseignement supérieur de la Ville de Paris. Il est écrit : "Un défaut est cependant commun à ces trois contributions : aucune n'a raisonné en création nette d'emplois. Les éléments fournis sont donc difficilement exploitables." Donc, la qualité de l'emploi pour GL Events laisse un peu à désirer !

Même si l?on prend le critère de la redevance, cela a été rappelé par le maire du 2e, le groupe SOS a apporté une proposition équivalente à celle de GL Events. Certes, ce dernier groupe a pris des engagements au regard d?une certaine ouverture sur la vie associative du quartier, mais que pèseront ceux-ci face aux objectifs de rendement des actionnaires de ce groupe ? Ce lieu restera donc, en réalité, fermé sur lui-même, au sens qu'il sera ouvert à un public plus familier du CAC40, de la restauration certes de qualité avec Marc VEYRAT mais de luxe. Du point de vue de l'ouverture vers l'extérieur, je note que le seul candidat à avoir proposé une ouverture des grilles dans la journée était le groupe SOS.

Pourtant, le cahier des charges précisait que "chaque candidat est invité à présenter un projet ayant vocation à animer, sur l'ensemble de l'année, la vie du quartier et à s'ouvrir autant que possible sur son environnement en s?intégrant dans le contexte urbain du Centre de Paris".

De ce point de vue, si nous votons pour le projet de GL Events, c'est raté !

Nous allons donc avoir un nouveau lieu événementiel, plus prestigieux au sens clinquant du terme. Au lieu d'un espace au c?ur de Paris, certes d'accueil d'événements, mais qui aurait pu être largement ouvert à la population qui en a bien besoin, dans des quartiers où les mètres carrés de déambulation, de rencontre, de solidarité sont si rares.

La Commission s'est prononcée majoritairement, ainsi que le Conseil du 2e arrondissement, favorablement pour ce projet. Notre groupe ne peut cependant donner quitus d'une démarche inaboutie, au plan de ces objectifs affirmés sociaux et solidaires. En conséquence, le groupe Communiste s'abstiendra.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Bernard GAUDILLÈRE.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, au nom de la 1ère Commission. - Merci, Monsieur le Maire.

Je trouve que ce débat a été très intéressant et je vais essayer de répondre à chacun des orateurs.

Un mot d'histoire peut-être.

Tout le monde sait que le Palais dit de la Bourse est la propriété de la Ville de Paris depuis l'origine, c'est-à-dire depuis sa construction au tout début du XIXe siècle, mais que la suppression des cotations boursières, il y a plus d'une quinzaine d'années, a créé une situation nouvelle que l'on peut résumer par une formule toute simple : quelle vocation pour ce magnifique bâtiment situé au c?ur de Paris et qui était en fait, soulignons-le, déserté par les activités boursières ?

La nouvelle Municipalité de 2001 était tout à fait consciente de la sous-utilisation du Palais Brongniart, pour employer un terme modéré, mais elle ne pouvait évidemment se saisir de ce dossier que lorsque serait expirée la concession dont Euronext était titulaire. Nous avons entamé ce processus de renouvellement lorsque l'expiration de la concession a été proche et nous avons fait délibérer le Conseil de Paris dès septembre 2009 sur le lancement d'un appel à projets et sur la création d'une commission d?élus, destinée à analyser les différentes offres, comme cette Municipalité le fait depuis 2001 pour nombre de dossiers importants.

D'ailleurs, avant d?en venir au fond des projets, je voudrais insister, Monsieur le Maire, sur la qualité des débats de cette commission. Nous avons tous, élus de la majorité et de l'opposition, examiné ce sujet, sous la présidence éclairée de notre collègue Sylvie WIEVIORKA, avec la plus grande honnêteté intellectuelle, sans a priori. Le choix majoritaire de la commission s?est fait, je crois, sans aucune tension, sans aucun esprit politicien, après des auditions et des discussions de haute tenue. Je le dis sous le contrôle de tous les élus et de toutes les élues qui siégeaient avec nous.

A dire vrai, le choix n'était pas évident, et je rejoins la totalité des orateurs qui viennent de s'exprimer sur le fait que nous nous trouvions devant trois projets de qualité, qu'il a donc fallu classer en fonction de critères aussi rigoureux que possible, entre autres : le contenu des projets, la création d'emploi, le montant des investissements et de la redevance, la place faite à l'innovation économique, puisque c'était une des contraintes du cahier des charges, enfin, la solidité financière des candidats.

C'est à la suite de cette comparaison rigoureuse que s'est dégagée une majorité.

Je réponds au passage à Jacques BOUTAULT et Alain LHOSTIS. Ils savent, parce qu'ils siégeaient à la commission d?élus, que nous pensions tous, comme eux, que le dossier SOS présentait d'incontestables qualités. Mais, il se trouve que la situation financière du candidat et le dossier d'investissement qu?il présentait ont été quasi unanimement jugés comme extrêmement fragiles. La démonstration, ou plus exactement les démonstrations détaillées que la commission a entendues à cet égard étaient hélas très probantes et nous avons pratiquement tous pensé, à l'exception de Jacques BOUTAULT et Alain LHOSTIS, que nous ne pouvions prendre ce risque.

Donc, la majorité de la commission s'est dégagée au profit du dossier de GL Events.

GL Events, je le signale, et d'ailleurs Sylvie WIEVIORKA a évoqué ce sujet tout à l'heure, a fédéré autour de son projet des acteurs de premier plan. J'y reviens juste un instant :

- France Initiative, réseau dont chacun connaît le retentissement dans le monde des relations sociales, avec Bernard BRUNHES ;

- Vigeo, l'agence de notation sociale de Nicole NOTAT ;

- le GESAT, organisme central dans l'emploi des personnes en situation de handicap, et je pense que chacun dans cette Assemblée reconnaîtra la priorité absolue que nous conférons depuis 2001 à ce sujet ;

- enfin, Silicon Sentier, association bien connue dans le domaine des nouvelles technologies.

Ces compétences variées et fédérées autour GL Events sont une garantie, à notre sens, une garantie de succès d'un projet moderne, dynamique, faisant du Palais Brongniart un lieu d'innovation autour de nouvelles formes entrepreneuriales, en même temps ouverts sur son environnement grâce à un comité de site, et c'est une forme de réponse aux remarques du maire du 2e arrondissement, et redonnant à ce palais un lustre et un grand retentissement autour de certains événements thématiques.

J'ajoute, et on ne s?en étonnera peut-être pas forcément compte tenu de mes responsabilités, que la solidité financière du projet de GL Events est incontestable :

- financement de 20 millions d'euros d'investissement à 80 % par fonds propres, et je réponds au passage à M. LEGARET, la durée de 30 ans est une durée qui a été effectivement jugée comme nécessaire pour l'amortissement de ces 20 millions d'euros d'investissement ;

- redevance de 3 % du chiffre d?affaires, avec un minimum de 3,4 millions d'euros.

En conclusion, mes chers collègues, je dirai que nous avons certes attendu longtemps, puisque nous avons attendu, et nous y étions contraints, la fin de la concession précédente, mais je pense vraiment que la procédure démocratique et réfléchie, que nous avons suivie, aboutira à une véritable résurrection de ce lieu historique, dont nous avions bien conscience qu'il était étroitement lié à l'image de Paris et offrira au Palais Brongniart une deuxième existence au service de l'économie et du rayonnement de la Capitale.

C'est la raison pour laquelle je ne doute pas du vote de notre Assemblée.

Merci, Monsieur le Maire.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci, Bernard GAUDILLÈRE, pour toutes ces explications. Maintenant, je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DF 37.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2010, DF 37).