Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Decembre 2010
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2010, DAC 716 - Signature d'une convention avec l'Institut Mèvementmoires de l'Edition Contemporaine (14280 Saint-Germain-la-Blanche-Herbe) pour l'attribution d'une subvention. Montant : 35.000 euros.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2010


 

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DAC 716. Il s'agit d'une signature d'une convention avec l'Institut Mémoire de l'édition contemporaine.

La parole est à Mme Odette CHRISTIENNE.

Mme Odette CHRISTIENNE. - Merci, Monsieur le Président.

Dans l'ouvrage Paris allemand, au chapitre intitulé "activités culturelles, évasion ou soumission", le grand historien Henri MICHEL observe : "A Paris, sous l'occupation, la vie culturelle a été brillante, féconde, dans tous les domaines, y compris celui de la philosophie".

Les cours de la Sorbonne et du collège de France ont continué sans interruption. L'existentialisme s'est épanoui avec Gabriel Marcel et Merleau Ponty et Alain, Bachélard, Henri Wallon ont continué à écrire dans une totale indifférence de l'occupant à leur égard.

Cela pose bien des questions car, comme il faut le remarquer, si l'occupant allemand l?avait voulu, toute activité culturelle aurait disparu en France comme ce fut le cas en Pologne.

Concernant la culture scientifique, Joliot Curie, même, a reçu la visite au collège de France de collègues allemands dont certains avaient été ses élèves, et finalement, la science ne connaissant pas de frontières, il accepta que son cyclotron refonctionnât sous la direction de spécialistes allemands.

Comment mieux saisir ce que furent, en cette période d'occupation, la culture et en particulier la vie littéraire ?

Nous espérons d'appréciables éclaircissements grâce à l?exposition dont il est question. Car, au-delà de l'aspect militaire, la Seconde Guerre mondiale a été analysée dans ses dimensions politiques, Vichy, puis plus récemment culturelles (on pense aux travaux impulsés par Pascal ORY notamment).

Il parait dès lors aujourd?hui particulièrement judicieux de croiser le politique et le culturel, pour aborder notamment la question de l?engagement des intellectuels. On a beaucoup étudié en effet "la naissance des intellectuels" avec l?affaire DREYFUS où l?engagement de Sartre après guerre, mais paradoxalement, assez peu les "années noires".

Les informations dont nous disposons sont bien souvent parcellaires et disséminées. Un effort de reconstitution de cette mosaïque est donc nécessaire. C'est à quoi nous invite le projet d'exposition à l'Hôtel de Ville que propose l?I.M.E.C. (Institut des mémoires de l'édition contemporaine) sur la vie littéraire française sous l'Occupation.

Il s'agit d'une histoire singulière qui nous conduit à nous interroger sur le rapport des intellectuels et leur siècle, le parcours d?un Céline qui s?est mis brutalement à écrire des pamphlets antisémites, d?un Chardonne qui se réjouissait de l?effondrement du vieux monde sous la botte nazie, d?un Drieu La Rochelle qui a fait basculer la NRF dans la collaboration, d'un Rebatet auteur des "les décombres" ou d?un Brasillach exhortant la déportation des enfants juifs, qui ne nous laissent pas de nous interroger sur la nature humaine.

A contrario, comment cacher notre admiration face à l?engagement de Vercors, auteur de l?inoubliable "Silence de la mer", et fondateur des éditions de Minuit, d?un Paulhan qui organisa la résistance clandestine chez Gallimard - il en sera question à l'exposition - d'un Char qui cessa d'écrire de la poésie pendant toute la guerre et maudit l'occupant de l'avoir contraint à la radicalité, d?un Camus infatigable animateur de "Combat" ou d?un Aragon à la tête des "Lettres françaises".

Certains conflits concernant le théâtre, même s'ils apparaissent anecdotiques, sont aussi significatifs. Ils concernent la nature même des textes. On pense aux "Mouches" de Sartre, dont on peut dire en un raccourci brutal qu?elles récusent la notion de responsabilité de Dieu et proclament le principe de la liberté humaine et la possibilité de la révolte. Il n?y eu pas de censure allemande, mais un manifeste déplaisir des fervents de la collaboration européenne.

Dullin mit également en scène six mois plus tard "Le soulier de satin" de Paul Claudel.

Tractations et désaccords de metteurs en scènes, auteurs, acteurs, et finalement cela fut le prétexte pour plonger le nez de l'auteur, qui a su flairer depuis le vent opportun de la victoire, dans le moutarde de son ode au Maréchal. Et selon Henri Jeanson, Picasso, pressenti pour les décors répondit : "Moi, travailler pour Claudel, plutôt crever !"

Comment mieux rendre les tensions inhérentes aux relations artistiques de cette époque ? L'intérêt de l'exposition qui nous est proposée est précisément de mettre en exergue cette complexité de la vie littéraire, mais aussi et surtout le rôle des maisons d'édition.

Sur ce point, face à la dérive d'un Grasset ou des Nouvelles éditions françaises, l'aventure de Minuit dans la clandestinité paraît exemplaire. La connaissance de cette période est irremplaçable pour mieux comprendre l?Humanité, ses affres et son destin. Or, les phares que sont les écrivains n'ont-ils pas un devoir d?exemplarité, notamment quand la patrie est en danger ?

Car les deux môles pour reprendre l?expression du général De Gaulle qui ont sauvé la France, l?un était le tranchant de l?épée, l?autre la pensée française.

C'est pourquoi cette exposition me paraît devoir être particulièrement soutenue.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et EELVA).

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci beaucoup.

Pour vous répondre, je donne la parole à M. Christophe GIRARD, Mme VIEU-CHARIER étant souffrante.

M. Christophe GIRARD, adjoint, au lieu et place de Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe, au nom de la 9e Commission. - Mes chers collègues, on peut se féliciter que la Ville de Paris présente cette exposition sur le thème de la vie littéraire française sous l'occupation.

Serait-il possible d'avoir moins de brouhaha ? Parce qu?en plus je suis tenté d?écouter ce que vous dites. Cela a l?air très intéressant?

On est très loin dans cette affaire, vous le reconnaîtrez, des approximations scandaleuses de l?exposition Zucca. On est bien là sur un sujet de fond, organisé avec l?I.M.E.C., l?Institut des mémoires des éditions contemporaines, et je vous rappelle que l'exposition se tiendra à l'Hôtel de Ville. J?ai eu la chance de la voir à New York quand elle se tenait, en 2009, à la grande bibliothèque publique de la Cinquième avenue où l?exposition était en effet d?une qualité absolument remarquable. Et l?I.M.EC. fait un travail en effet exceptionnel.

D'ailleurs, hasard du calendrier, le vote de ce projet de délibération intervient - au moment où on ferme les rideaux du Conseil de Paris - le lendemain même de l?inauguration d?une exposition aux Cordeliers, organisée par le Comité d?histoire de la Ville de Paris sur le thème de la vie quotidienne des Parisiens sous l'Occupation.

Cette exposition nous permet de travailler avec l'Institut mémoires de l'édition contemporaine qui préserve et met en valeur des fonds d'archives consacrés aux différents acteurs de la littérature, et contribue au développement de la connaissance de la vie littéraire, artistique et intellectuelle contemporaine.

En 2011, l'Hôtel de Ville accueillera une exposition qui a déjà été présentée à New York, comme je viens de le dire, à travers des collections françaises, canadiennes, américaines, et retracera les destinées d?écrivains, artistes et intellectuels français, dont a si bien parlé à l'instant notre chère collègue Odette CHRISTIENNE, ancien proviseur d?Henri IV, ne l?oubliez jamais, ayant traversé la période de l?Occupation dans toute sa complexité et dont certains furent collaborateurs mais d?autres résistants.

L'objectif est de mieux connaître le rôle décisif joué par ces hommes et ces femmes au c?ur de cette période terrible.

D'Althusser à Marguerite Duras, d?ailleurs je signale à notre Assemblée et je sais que cela éveillera l?attention d?Hélène MACÉ de LÉPINAY, la maison de Marguerite Duras est à vendre, et vraiment j'en appelle à l'Etat. Je sais que Marguerite Duras était une femme de gauche, mais la maison de Marguerite Duras étant à vendre, il serait bien que l'Etat puisse la sauver et qu'elle devienne une maison que l'on puisse visiter, comme un beau musée, comme la maison de Victor Hugo ou comme la maison de Tolstoï à Moscou.

Donc, d'Althusser à Marguerite Duras, de Sartre à Aragon, ils seront tous présents dans cette exposition que nous vous invitons évidemment à aller voir, et je souhaite à Catherine VIEU-CHARIER un prompt rétablissement au nom du Conseil de Paris.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 716.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2010, DAC 716).