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Decembre 2010
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2010, Intervention de M. le Maire de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2010


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vais vous donner un peu mon sentiment sur ce budget.

Mes chers collègues, un budget, c'est d'abord une hiérarchie des priorités, c'est-à-dire des choix assumés.

En vous présentant ce matin le projet de budget de notre collectivité pour 2011, je renonce donc d'emblée à l'exhaustivité. Je tiens en revanche à tracer quelques grandes lignes qui identifient notre politique et qui peuvent s'exprimer en quatre mots : solidarité, diversité, dynamique, exigence.

J'ai envie de rajouter silence, mais bon.

Solidarité, diversité, dynamique et exigence.

Solidarité d'abord. L'effort social de notre collectivité a augmenté de près de 75 % depuis 2001 pour s'élever aujourd'hui à plus de 2 milliards d'euros.

Cet élan sera accéléré parce que la crise n'est pas finie et que les Parisiens en subissent de plein fouet les conséquences.

Dans ce contexte, la solidarité passe notamment par des moyens pour aider au retour à l'emploi.

Certes, depuis bientôt deux ans, le taux de chômage parisien est passé pour la première fois depuis 20 ans en dessous du taux national, il s'établit à 8,7 % contre 9,3 % au plan national.

Mais cela reste évidemment trop élevé et nous devons continuer à mobiliser tous les instruments disponibles.

Au-delà même de l?augmentation des crédits attribués aux allocations R.S.A. qui passent à 310 millions d?euros, nous renforcerons les moyens du plan départemental d'insertion et nous intensifierons notre action dans le secteur de l'économie sociale et solidaire.

Dans la mesure de ses compétences et parfois même au-delà, la collectivité parisienne, et ce budget l?atteste, veillera donc à être présente auprès de tous ceux qui attendent d'elle protection et soutien.

Mais la solidarité, c'est aussi plus simplement encore, protéger les plus vulnérables, et je pense en particulier aux enfants en situation de solitude ou de détresse sociale.

Les crédits de l'Aide sociale à l'enfance, qui soutiennent

26.000 jeunes, seront ainsi sensiblement augmentés, avec notamment une hausse de plus de 8 % des sommes destinées aux mineurs étrangers isolés.

Ces enfants, de plus en plus nombreux dans notre ville, sont en effet dans une situation souvent dramatique et l'État, sur ce sujet comme sur tant d'autres, n'assume pas ses responsabilités.

Mais au-delà même de la solidarité, Paris doit être une ville diverse.

Car la vie d'une métropole, c'est une multiplicité d'origines, de générations et de cultures.

Cette diversité doit d'abord être sociale, et la réalisation de cet objectif passe par une politique déterminée en faveur du logement.

Je réaffirme ici notre volonté d'atteindre en 2014, en 2014, les 20 % de logements sociaux, soit avec six années d'avance sur les échéances fixées par la loi S.R.U.

En 2011, 6.000 logements supplémentaires seront bien financés, et nous renforcerons les moyens du dispositif "Louer Solidaire", de même que ceux de "Paris Logement", qui soutient sous condition de ressources les Parisiens qui consacrent plus de 30 % de leurs revenus à leur loyer.

Comme je vous l'avais annoncé lors de notre précédente séance, ce dispositif, qui est venu en aide à 35.000 foyers en 2010, sera étendu aux retraités et aux personnes handicapées.

Nous en débattrons lors de notre prochaine séance, mais pour amorcer dès maintenant cette nouvelle mesure, 2 millions d'euros supplémentaires ont été inscrits à cette fin dans le budget primitif.

Car le problème du logement dans notre ville, qui compte plus de 60 % de locataire, c'est bien sûr avant tout l'envolée des loyers.

Aussi, je le répète, nous souhaitons expérimenter dans la Capitale un dispositif d'encadrement des loyers à la première location et au changement de locataire. Il faut pour cela que l'Etat prenne les dispositions législatives et réglementaires nécessaires.

De même, nous attendons du Gouvernement qu'il débloque les emprises foncières qui permettraient de construire plus de 5.000 logements avant 2014.

Cette décision, que je réclame avec insistance, aurait une influence très positive sur l'offre de logements alors que la spéculation immobilière se nourrit précisément de la rareté.

Cela contribuerait aussi à renforcer la diversité sociale de Paris.

Mais la diversité est aussi celle des générations. Nous voulons une ville pour tous les âges de la vie. Ainsi, en 2011, 55 millions d'euros seront investis dans les crèches. Et en 2014, Paris comptera bien 10.300 berceaux de plus qu'en 2001, ce qui représente une augmentation de plus de 50 % par rapport à 2001.

Quant aux écoles, 108 millions d'euros leur seront consacrés l'année prochaine en investissements, notamment pour la restructuration des groupes scolaires Binet, dans le 18e, Keller-Bullourde dans le 11e, et Olivier-de-Serres dans le 15e.

A l'autre bout de la vie, pour le soutien à nos aînés, le C.A.S.-V.P. ouvrira en 2011 trois nouveaux établissements pour les personnes âgées dépendantes. Car c'est bien notre ambition : faire de Paris une ville accueillante pour tous sans distinction d'aucune sorte.

Solidaire, diverse, notre Capitale doit aussi être dynamique, et le budget 2011 traduit pleinement cette part de notre identité.

Dynamique urbaine avant tout.

Parmi la quarantaine de projets importants engagés, je citerai les Halles, mais aussi Boucicaut, Saint-Blaise, et les opérations dans les Z.A.C. "Batignolles", "Paris Rive gauche" et "Paris Nord-Est", et bien sûr, le réaménagement des voies sur berges, qui restituera à tous les amoureux de Paris ce site unique entre tous.

Oui, Paris aura changé en 2014, dans le respect scrupuleux de son patrimoine mais avec le souci de l'avenir, c'est-à-dire notamment la prise en compte du défi climatique.

Dans cet esprit, nous continuerons de créer des espaces verts, et 46 millions d'euros sont prévus à cet effet pour 2011.

Dans cet esprit toujours, nous intensifierons notre politique de diversification des moyens de transport, qui a déjà produit des effets très concrets.

Nous voulons que chacun ait le choix de son mode de déplacement. En dehors du tramway, dont la prolongation se poursuivra évidemment, 2011 sera l'année d'Autolib'.

Cette véritable nouveauté dans la façon de concevoir la métropole moderne est menée en partenariat avec 38 collectivités voisines, qu'elles soient socialistes, communistes, Nouveau Centre ou U.M.P. Seuls les élus de la Droite parisienne ont choisi, et je le regrette, de rester en dehors de cette dynamique.

Il est vrai qu'ils étaient aussi contre le tramway, contre "Paris Métropole" et qu'ils sont aujourd'hui contre le projet des voies sur berges que nous menons là encore avec des élus de l'agglomération venus de toutes les familles politiques.

Mais chacun est libre de choisir comme il l'entend, ce que je crois être le vrai choix, entre l'immobilisme et le mouvement, l'anachronisme et l'innovation.

Et on peut toujours aller chercher son inspiration à l?Élysée plutôt qu'auprès des Parisiens.

(Applaudissements).

Non, je ne suis vraiment pas jaloux.

Mes chers collègues, puisque je parle?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - C'est toujours la même chose.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Restez détendus : il y en aura d?autres. Comme j?essaie d?être détendu parfois pendant vos interventions, et j'y ai quelque mérite.

Mes chers collègues, puisque je parle d'innovation, l'examen de ce budget est pour moi l'occasion de faire un point sur un sujet où j'ai été souvent contesté par l'opposition, c'est l'un des engagements importants que j'avais pris devant les citoyens avant les dernières municipales.

Entre 2008 et 2014, nous aurons bien consacré un milliard d'euros à la recherche, aux universités et aux entreprises innovantes.

D'ailleurs, la moitié de cette somme est déjà engagée à ce moment de notre mandat.

Avec l'impulsion donnée à de grands équipements comme l'Institut de la vision ou l'Institut du cerveau et de la moelle, ou avec le soutien aux P.M.E., des pépinières et des incubateurs continuent en outre à ouvrir leurs portes. Ce sera le cas en 2011, entre autres, rue des Poissonniers ou rue du Chemin-Vert.

Et nous maintiendrons bien sûr notre contribution au dynamisme universitaire de Paris et à la recherche sous toutes ses formes, en particulier en menant à bien le projet de l'Institut d'études avancées et en poursuivant le grand chantier de rénovation de la bibliothèque de la Sorbonne.

Bien entendu, l'ensemble de ces projets coûte cher, et rien ne serait possible sans une gestion très sérieuse de nos finances.

C'est pourquoi, au service de la solidarité, de la diversité et de la dynamique de Paris, nous mettons une très grande exigence.

Celle-ci s'applique d'abord à nos dépenses de fonctionnement.

Les charges à caractère général seront ainsi en 2011 en légère diminution, ce qui représente un effort considérable, si l'on considère l'ensemble des équipements et services qui seront ouverts.

Quant aux emplois, ils seront stabilisés, les besoins nouveaux étant pourvus par redéploiement. A l'heure où le Gouvernement gèle la valeur du point Fonction publique, nous voulons préparer, au terme d'une négociation que j'ai confié à Maïté ERRECART - elle est d'ailleurs déjà lancée avec les syndicats - un train de mesures destinées avant tout à renforcer le pouvoir d'achats de nos agents dont les revenus sont les plus bas, et à améliorer les conditions de travail de tous.

De même, nous poursuivrons, sous l'autorité de la Secrétaire générale, les réformes structurelles de notre administration. A cet égard, je rappelle que la mise en place de la Direction des achats a permis des économies de quelques 15 millions d'euros sur les marchés passés entre octobre 2009 et octobre 2010. Cette impulsion se poursuivra.

Mes chers collègues, ce budget a été établi dans un contexte de très grande incertitude, liée notamment au comportement de l'Etat. D'abord, celui-ci s'obstine à refuser aux Parisiens un droit constitutionnel : la compensation intégrale de toutes les dépenses correspondant aux compétences transférées aux collectivités locales.

La dette de l'Etat envers de Paris s'élève aujourd'hui à 470 millions d'euros et il a fallu que nous allions devant la Justice pour que l'Etat consente enfin à prendre sa part du financement de la Maison départementale des personnes handicapées.

Mais il faut ajouter à cela la suppression de la taxe professionnelle, qui est conduite d'une façon extrêmement confuse. Les entreprises parisiennes devront, au titre du nouveau dispositif envisagé, verser une contribution deux fois supérieure - je dis bien : deux fois supérieure - à ce qu'elles acquittaient jusqu'à présent, et ce matraquage ne profitera évidemment pas aux finances de la Ville.

Je ne suis pas sûr que les acteurs économiques parisiens aient clairement pris conscience de ce danger et je souhaiterais que les parlementaires, qui ont voté cette réforme, ne fuient pas leurs responsabilités. Non seulement donc l'Etat affaiblit les collectivités locales, mais ils bride la compétitivité des entreprises de Paris.

En dépit de ces réalités, notre budget se veut volontariste et sérieux. Il est édifié sur trois principes.

Premièrement, nous ne toucherons plus au taux des impôts locaux. Les hausses de 2009 et 2010 auront donc été les seules en treize ans.

Rappelez-vous de ce que je viens de dire sur la taxe professionnelle et sur l'effet sur les entreprises parisiennes : un doublement de leur contribution ! Ce qui permet de relativiser les deux années d'augmentation d'impôts locaux à Paris en treize ans et qui permettent à Paris de rester la ville où les contribuables sont les moins imposés de toutes les grandes villes de France.

Deuxièmement, nous maintiendrons un endettement modéré. D?ailleurs, je lisais ce matin dans un journal que nous n'étions pas assez endettés. Et la semaine dernière, je lisais dans un autre journal que nous étions vraiment dans une situation catastrophique !

Nous devons être, cher Bernard GAUDILLÈRE, sur l'équilibre du sérieux. Nous allons donc maintenir un endettement modéré. Le plafond d'emprunt prévu au budget 2011 s'élèvera à 770 millions d'euros. Même s'il était intégralement utilisé, cela laisserait notre ville à un niveau d'endettement très raisonnable : 45 % de nos recettes de fonctionnement contre 80 % en moyenne dans les grandes villes.

Troisième principe, nous investirons encore de façon résolue. L'investissement avait doublé entre 2001 et 2008. Il a augmenté depuis de 18 % en moyenne annuelle, et il s'élèvera en 2011 à près de 1,7 milliard d?euros. Nous ne relâcherons pas cet effort parce que c'est, pour Paris, un gage de progrès.

Mes chers collègues, le budget qui vous est présenté ce matin exprime dans sa diversité le dynamisme de notre Ville.

Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui y ont contribué, au premier rang desquels tous les agents de notre collectivité et bien sûr la Direction des finances.

J?exprime une nouvelle fois ma gratitude à l'ensemble de l'Exécutif, qui a contribué à l'élaboration de ce budget, et bien sûr tout particulièrement à Bernard GAUDILLÈRE, qui comme toujours a conduit la préparation de ce budget avec beaucoup d'intelligence, de discernement et de sens des priorités.

(Applaudissements).

Et à vous tous, mes chers collègues, je veux dire, sans aucun spleen, ma confiance totale dans le mouvement de Paris.

Merci.

(Applaudissements).