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2009, Vœu déposé par M. Sylvain GAREL et les éluEs du groupe "Les Verts" relatif à l'avenir de l'église Saint-Nicolas du Chardonnet.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2009


 

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du v?u référencé n° 47 dans le fascicule du groupe "Les Verts" qui a trait à l'église Saint-Nicolas du Chardonnet.

La parole est à M. Sylvain GAREL.

M. Sylvain GAREL. - C'est la suite d'un très long feuilleton.

Comme vous le savez, cette église située en plein coeur de Paris est squattée depuis plus de 30 ans par des catholiques intégristes qui l'occupent d'une façon illégale alors que notre Assemblée a pris position, à plusieurs reprises, pour demander leur expulsion, ce que la Préfecture n'a jamais fait.

Il est probablement plus aisé d'être catholique intégriste que d'être sans-papiers ou sans logement lorsqu'on veut rester illégalement dans un endroit à Paris.

Cette église va sans doute revenir dans le giron de l'église catholique puisque la Fraternité Saint Pie X, qui était partie il y a maintenant près de 40 ans de l'église catholique, est en phase de réintégration et que l'un des principaux obstacles à cette réintégration, qui était l'excommunication des évêques considérés comme schismatiques, vient d'être levée.

Ils étaient considérés comme tels, je ne prends pas position, Monsieur le Président. Ce n'est pas à moi de dire qui est schismatique et qui ne l'est pas.

Ces évêques sont réintégrés. Parmi eux, l'un est particulièrement sympathique, les trois autres ne sont pas mal non plus. L'évêque WILLIAMSON, évêque britannique, vient de réitérer ses prises de position niant la Shoah et les chambres à gaz.

Cela a fait réagir dans l'église catholique et cela devrait faire réagir notre Assemblée parce que cette église va fort probablement d'ici quelques mois redevenir un édifice qui sera géré, comme les autres églises parisiennes, par l'église catholique.

Je pose un certain nombre de questions et en particulier trois que j'évoque dans ce v?u.

Premièrement, est-ce que Monseigneur WILLIAMSON ou d'autres évêques ou prêtres de cette congrégation, bientôt réintégrés dans l'église catholique, vont pouvoir tenir des propos négationnistes au sein d'un bâtiment appartenant à la Ville de Paris ?

Deuxièmement, est-ce que la librairie située à l'entrée de cette église, qui diffuse des propos islamophobes et judéophobes, va pouvoir continuer à fonctionner ? Je rappelle que suite à une alerte que j'avais faite il y a quelques années auprès du Procureur, les responsables de l'édition de la Fraternité Saint Pie X diffusée dans cette librairie ont été condamnés pour propos racistes.

Troisièmement, est-ce que la stèle que j'ai découverte lors d'un pèlerinage dans cette église?

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Vous parlez depuis deux minutes 40, si vous pouviez conclure ?

M. Sylvain GAREL. - Mon troisième et dernier point était de savoir si la stèle consacrée aux morts pour l'Algérie française, construite en toute illégalité au fond de cette église, va demeurer en l'état ou va enfin être démontée parce qu'elle a été construite illégalement ?

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à Mme Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Je tiens à dire à cette Assemblée, en mon nom mais également au nom de l'Exécutif et je pense de tous les groupes de la majorité, que l'indignation qui est la vôtre, plus que de l'indignation d'ailleurs, suite aux propos abjects tenus par l'un des évêques de la Fraternité Saint Pie X, est une indignation que nous partageons.

Par ailleurs, force est de constater que la proposition de réintégration de quatre évêques de cette même Fraternité fait débat, dans l'église catholique mais également dans la société.

Une fois que j'ai dit tout cela, je vais néanmoins vous demander, Monsieur GAREL, de retirer votre v?u. Si vous ne le faisiez pas, j'appellerai à voter contre.

Si le Pape a levé l'excommunication qui frappait ces quatre évêques, la levée de cette sanction à titre personnel, donc concernant ces quatre évêques, ne signifie pas pour autant que la Fraternité est réintégrée dans l'église catholique.

Cela n'aurait donc aucun sens que nous acceptions votre v?u qui consiste à demander à ce que le Maire de Paris intervienne auprès de l'Archevêque de Paris. Or, ce dernier ne peut pas intervenir à propos d'un clergé qui n'est pas placé sous son autorité, clergé qui refuse d'ailleurs l'autorité de l'Archevêque de Paris.

On reste dans la situation antérieure à cette proposition de réintégration des quatre évêques.

Par ailleurs, la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat qui est un fondement de la laïcité importante, à laquelle le Maire de Paris est attaché, il l'a suffisamment rappelé, ne nous permet pas d'intervenir sur des questions de dogme ou sur l'organisation des églises. En aucun cas, en tant que Municipalité, nous ne pouvons contrôler ou sanctionner ce qui est dit dans les lieux de culte.

Cependant, cette règle ne nous empêche évidemment pas de faire appel ou de porter plainte auprès du Procureur de la République - c'est d'ailleurs notre devoir - si des propos négationnistes ou condamnables devaient y être tenus puisque les ministres du culte ne bénéficient pas d'immunité et sont donc évidemment soumis à la loi.

Une fois que je vous ai dit cela et que je vous ai expliqué les raisons pour lesquelles je vous demanderai de retirer votre v?u, je tiens à vous dire que je comprends, et c'est d'ailleurs un début de dialogue que nous avons eu avec Danielle FOURNIER en 9e Commission, les craintes que vous exprimez, que la levée de cette excommunication à titre personnel puisse être le préalable à une reconnaissance future de la Fraternité en tant que telle.

Mais à l'heure où nous parlons, cela n'est pas le cas, et rien n'a changé dans la situation du clergé qui occupe aujourd'hui illégalement, c'est tout à fait vrai, Saint-Nicolas du Chardonnet illégalement notamment à l'égard de l'église catholique officielle. Donc, il n'y a pas de nouveauté depuis la décision prise par le pape.

Avant de terminer, je voudrais vous répondre sur les deux derniers points puisqu'ils font partie du v?u et je souhaitais vous apporter quelques éléments supplémentaires.

D'abord, suite à une interpellation de votre part, il y avait eu une action en justice sur la vente de livres et d'ouvrages négationnistes ou racistes, qu'importe d'ailleurs, à l'intérieur de l'église. Evidemment, là aussi, si cela devait se faire et s'il devait y avoir des publications qui tombent sous le coup de la loi de 1972, nous saisirions bien entendu la justice, en tant que Ville.

Un dernier point qui concerne la plaque installée à l'intérieur de l'église, il s'agit d'une plaque qui a été installée de façon illégale. Saint-Nicolas du Chardonnet est un édifice classé et il y a donc besoin que le Ministère de la Culture soit saisi sur une installation à l'intérieur de cette église, ce qui n'a pas été le cas lors de l'installation de cette plaque.

Suite à une de vos interpellations au Conseil de Paris, nous avions saisi la D.R.A.C. pour savoir ce qu'il en était. Je dois vous avouer qu'à l'occasion de votre v?u j'ai découvert que la D.R.A.C. n'avait jamais répondu à notre courrier de 2005. Bien entendu, et en dehors de la position que je vous ai donnée sur ce v?u, je saisirai de nouveau la D.R.A.C. et veillerai à ce qu'une réponse nous soit apportée.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci, Madame.

Monsieur le Président GAREL, une explication ?

M. Sylvain GAREL. - Oui, parce qu'il y a une demande de retrait et je veux simplement dire que nous allons maintenir ce v?u. D'abord, cette église est toujours propriété de la Ville, cette église est toujours en principe donnée à l'église catholique et c'est elle qui doit gérer ce qui se passe à l'intérieur.  D'autant plus maintenant que le schisme dont nous parlions tout à l'heure est en voie de résorption.

On peut faire après des arguties en disant que ce n'est pas encore fait mais tout le monde sait très bien que la fin de l'excommunication de ces prélats était le principal obstacle à cette réintégration de la Fraternité Saint-Pie X. Je pense que les débats qui sont menés, à la fois au sein de l'église catholique et dans la société, comme vous l'avez souligné, sont des débats utiles.

Deux petites précisions : tout d'abord, ce n'est pas une plaque mais vraiment une stèle puisque c'est un monument qui a été construit au fond de l'église pour les morts de l'Algérie française.

Deuxièmement, je suis bien content que l'on demande à la D.R.A.C. d'intervenir, mais je pense que c'est surtout pour une fois la police qui devrait intervenir et qui devrait aller démonter cette stèle, vérifier ce qui est vendu dans la librairie et chasser les squatters qui sont là depuis trente ans.

Pour toutes ces raisons, nous allons maintenir ce v?u.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Je donne la parole pour une explication de vote à Mme la Présidente BACHE et ensuite à M. le Président BROSSAT.

Madame BACHE, vous avez la parole.

Mme Marinette BACHE. - Très rapidement pour dire d'abord que je partage totalement l'indignation de Sylvain GAREL concernant les propos négationnistes tenus par l'évêque WILLIAMSON. Je pense, en tout cas je l'espère, que ces propos révoltent sur tous les bancs de cette Assemblée.

Il ne m'a d'ailleurs pas échappé que cela révolte également au sein de l'église catholique. Mais je pense qu'il faut rester fidèle à l'un des principes fondateurs de la République Française, la loi de 1905 qui instaure la laïcité.

En conclusion, je ne pense pas que dans ce cadre le Maire de Paris doive intervenir auprès de l'archevêque. En tant que citoyens, nous avons des moyens de nous manifester et nous avons, je pense, à le faire. En tant qu'élus, et comme à son habitude, notre groupe restera strictement fidèle au principe de laïcité.

Je veux juste conclure en disant que je veux manifester un total accord avec la réponse de Colombe BROSSEL.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci, Madame la Présidente.

La parole est à M. le Président BROSSAT pour deux minutes.

M. Ian BROSSAT. - Merci, Monsieur le Maire.

Nous avons affaire, mon collègue des "Verts" l'a dit tout à l'heure, à une église qui inscrit et perpétue dans le c?ur et la pierre de notre ville des mensonges historiques dangereux et des discours d'une rare intolérance.

A l'heure où certains banalisent le négationnisme sur des scènes de théâtre, la décision du Vatican nous fait craindre un surcroît de bêtises et de publicité décomplexée pour les thèses véhiculées par les fidèles de Saint-Nicolas du Chardonnet.

C'est la raison pour laquelle nous voterons le v?u des "Verts".

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Président.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u déposé par le groupe "Les Verts" assorti d'un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le v?u est rejeté.