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Juin 2007
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Conseil Municipal
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Intervention de M. le Préfet de police.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2007


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet, vous avez la parole.

M. LE PREFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, je voulais effectivement dire un mot. Je crois que c?est la tradition lorsqu?un Préfet de police arrive et siège à votre Conseil.

Je suis donc tout particulièrement heureux et honoré de m?exprimer pour la première fois devant vous, quelques jours après mon installation par Mme le Ministre de l?Intérieur, de l?Outre-Mer et des Collectivités territoriales.

Depuis cette tribune, à vos côtés, Monsieur le Maire de Paris, et face aux élus de la Capitale, je mesure toute l?importance et l?exigence de la responsabilité qui est désormais la mienne et je ressens profondément l?honneur que m?ont fait le Président de la République et le Gouvernement en me la confiant.

Merci, Monsieur le Maire, pour les mots d?accueil que vous avez bien voulu m?adresser en votre nom et au nom des Conseillers de Paris. J?y suis tout à fait sensible et j?ai bien noté que vous avez signalé - le contraire serait inquiétant - que nos premiers contacts ont été particulièrement cordiaux et amicaux.

Je voudrais, si vous le permettez, m?associer aux félicitations qui ont été adressées aux élus, aux nouveaux députés, dans le cadre des récentes élections.

Vous le savez, la relation entre la Préfecture de police et la Mairie de Paris est exceptionnelle à plusieurs titres.

Tout d?abord, bien sûr, elle est fondée sur un socle juridique spécifique, ce qui fait toute son originalité.

Elle s?appuie ensuite, aussi et peut-être surtout, sur la volonté des deux institutions de travailler ensemble. De travailler ensemble pour un objectif commun : la défense de l?intérêt général, la satisfaction des Parisiens et le rayonnement de la capitale de notre pays.

Enfin, elle repose, vous l?avez dit, sur le travail des hommes : les relations avec les élus dans la diversité de leurs sensibilités et de leurs responsabilités, l?action complémentaire des dizaines de milliers de fonctionnaires qui sont des fonctionnaires de la Ville ou bien des fonctionnaires de l?Etat à la Préfecture de police, et qui oeuvrent quotidiennement au service de Paris.

Vous avez souligné, Monsieur le Maire, l?importance que vous accordiez à ce travail en commun, à cet esprit de dialogue et de partenariat. Vous avez même utilisé une expression, dont je sais qu?elle vous est chère, qui est celle de ?coproduction?. Je serais, bien sûr, particulièrement attentif à cet engagement à tous les niveaux de nos maisons et souhaite vous affirmer d?emblée ma volonté d?inscrire mon action dans ce sens.

Je prends le commandement de la Préfecture de police avec beaucoup de fierté et en ayant conscience de trois réalités.

La première de ces réalités est celle de m?inscrire dans l?histoire particulièrement riche d?une grande institution qui a été forgée par les événements, les épreuves et également la personnalité des hommes qui l?ont dirigée. A cet égard, je voudrais rendre un hommage particulier à mes trois prédécesseurs. Pourquoi mes trois prédécesseurs ? Parce que dans mes fonctions précédentes de directeur général de la police nationale, j?ai eu beaucoup à travailler avec eux : Philippe MASSONI, Jean-Paul PROUST et bien sûr, Pierre MUTZ, mon prédécesseur immédiat.

La deuxième réalité est de pouvoir m?appuyer sur l?action et le savoir-faire de 34.000 agents, dévoués au service de la Ville et de ses habitants. Qu?il s?agisse des agents administratifs, des policiers ou des pompiers, ce sont tous des serviteurs du service public. Ce sont tous des fonctionnaires et nous sommes fiers - je suis fier moi-même en cette qualité de fonctionnaire - de me retrouver à leur tête pour, non pas rechercher une quelconque rentabilité, ce n?est pas notre objectif, mais en revanche je pense que cela ne nous exonère pas de la recherche de l?efficacité. Nos premiers contacts nous ont montré que vous y teniez beaucoup. La recherche de l?efficacité, la recherche de meilleurs résultats, c?est l?objectif de la fonction publique.

Enfin, la troisième réalité qui correspond à cet engagement, c?est de savoir pouvoir compter sur cette capacité de la Préfecture de police à faire face à toutes ses missions : la lutte contre la délinquance, la criminalité et le terrorisme bien sûr - car quand on pense à la Préfecture de police, c?est à la délinquance que l?on pense - mais également les missions d?accueil et de services pour l?exercice des libertés publiques et la protection des citoyens. La Préfecture de police, c?est aussi cela : c?est l?exercice de la citoyenneté et des libertés publiques fondamentales, le secours aux personnes et notamment les plus fragiles.

Voilà, je souhaite que la Préfecture de police soit un modèle, ce qui suppose un effort constant et quelques jours de présence dans cette maison me montrent qu?il y a un effort de modernisation à faire. C?est dans cet esprit que je dirigerai la Préfecture de police.

Alors, quelques jours après cette prise de fonction, je me garderai bien de vous livrer dans le détail une position arrêtée sur tous les sujets.

La modestie habituelle de mes attitudes et ma référence fréquente à une formule de Platon que je trouve assez belle, qui consiste à considérer que ?dans l?Etat, on ne doit pas entreprendre plus que ce dont on peut convaincre?, m?amène à cette modestie et à cette humilité.

Je me limiterais donc à vous présenter brièvement mes premières réflexions en termes de priorités d?action dans le cadre de la feuille de route que m?a fixée la Ministre de l?intérieur en votre présence lors de mon installation.

Poursuite de la lutte contre la délinquance, élucidation, lutte contre les filières, recours à de nouvelles technologies et enfin, nouvelle politique de ressources humaines, notamment concernant la fidélisation des personnels.

Mon premier objectif sera donc encore plus d?efficacité dans la lutte contre la délinquance.

Beaucoup a déjà été fait en ce domaine. Chacun sait dans cette Assemblée que la délinquance générale est à la baisse depuis 5 ans dans cette Ville. Elle est à son niveau le plus bas depuis 20 ans.

Le sentiment d?insécurité a beaucoup diminué, si j?en crois notamment le sondage B.V.A. que mon prédécesseur avait fait faire à l?automne dernier. Et tout responsable policier le sait néanmoins : on ne doit pas, à partir de là, faire de l?autosatisfaction car rien n?est jamais acquis et il faut en permanence évoluer, anticiper et s?adapter à de nouvelles formes de délinquance.

Nous savons notamment que nous avons à faire face aux nouvelles formes de violence sur les personnes, généralement des violences gratuites ou non crapuleuses, selon la qualification du nouvel indicateur que nous avons mis en place avec l?Observatoire de la délinquance. Et ce nombre demeure préoccupant, même si nous savons qu?il y a probablement des phénomènes de révélation qui n?existaient pas préalablement.

Il faut donc lutter en la matière, comme pour l?ensemble de la délinquance, sur toutes les formes d?impunités et les coupables d?agressions violentes doivent être interpellés et répondre de leurs actes. Cela est important pour les victimes. C?est également important pour la confiance entre la population et la police.

Le taux d?élucidation a beaucoup évolué au cours des dernières années et il doit encore progresser avec les moyens de l?enquête mais aussi par le recours à de nouvelles technologies.

Je pense naturellement à la police technique et scientifique que l?on a beaucoup développée au cours des dernières années, et tout particulièrement ce principe que nous avons mis en France de passer du ?régime de l?aveu? au ?régime de la preuve scientifique?.

Mais je pense aussi à de nouvelles techniques qui nous permettront d?être plus efficaces avec de nouvelles techniques d?aide au commandement, la géolocalisation, les transmissions, l?équipement de la police ou la vidéosurveillance.

La vidéo ne permet sans doute pas d?empêcher la délinquance même si bien sûr elle a un effet dissuasif. Elle constitue toutefois un outil remarquable d?aide à l?élucidation. Et aujourd?hui grâce aux milliers de caméras qui sont installées par la R.A.T.P. et la S.N.C.F., nous faisons des progrès en matière d?élucidation des affaires d?agression.

Mais en surface, Monsieur le Maire, mesdames et messieurs les Conseillers, je pense que Paris est assez substantiellement sous-équipée, n?est pas suffisamment bien équipée.

Et pour avoir accompagné M. BAROIN très récemment à Madrid et à Londres, j?ai pu constater, sans rechercher un développement qui est peut-être exagéré à Londres, que nous avons des progrès à faire sur lesquels nous pourrions travailler en commun.

Il faut bien sûr également travailler sur la prévention.

Je sais qu?à Paris un excellent travail concret et efficace est conduit dans chaque arrondissement au sein des conseils de sécurité et de prévention. Les missions de prévention et de communication, les M.P.C. qui existent depuis 5 ans dans chaque commissariat conduisent une action de qualité en liaison avec les élus et tous les acteurs représentatifs du quartier.

J?accorderai un intérêt tout particulier à ces questions très importantes, et vous avez donné votre accord pour que l?on réunisse dans les prochains jours le conseil de l?ensemble de la Ville sur cette question.

Nous y sommes d?autant plus enclins que, comme vous le savez, une nouvelle loi a été adoptée par le Parlement en fin de législature, la loi du 5 mars 2007, que nous devons décliner dans la Ville de Paris.

Et je crois enfin qu?il faut s?attacher à créer un environnement général favorable à la sécurité. C?est le travail des aménageurs qui doivent intégrer cette donnée dans leurs réflexions et leurs projets.

C?est aussi l?action quotidienne conduite contre l?incivisme courant et les nuisances qui sapent la confiance dans les pouvoirs publics et peuvent favoriser l?émergence de comportements plus graves.

Voilà donc pour le premier objectif qui, en comportant un volet prévention important, doit aboutir à la baisse de la délinquance.

Le second objectif sera une recherche permanente de qualité dans le travail de terrain.

Je souhaite pour la police parisienne une action orientée vers toujours plus de proximité et plus d?individualisation.

La connaissance précise des territoires, l?attention globale aux situations personnelles garantit une approche polyvalente des problèmes, un jugement affiné des situations.

Ce sont les principes qui fondent l?action de la police urbaine de proximité à Paris avec un découpage territorial adapté, une police de quartier au contact, une relation étroite avec les élus et avec l?administration municipale.

La volonté de confier progressivement aux commissaires d?arrondissement la responsabilité et les moyens de gérer les enjeux complexes et parfois contradictoires, il faut le reconnaître, de la police de la circulation s?inscrit dans ce souci de donner à l?échelon territorial les moyens d?agir globalement de la manière la plus adaptée et la plus réactive en liaison avec les interlocuteurs habituels.

La question de l?accueil est une composante essentielle de ce souci de proximité et de prise en compte de chacun.

Il est évident que cette politique de l?accueil doit s?adresser d?abord aux victimes, mais bien évidemment tout le soutien et l?assistance nécessaire sont aussi indispensables à tous ceux et celles qui sont amenés à venir dans les locaux de la Préfecture de police.

Beaucoup de choses ont été engagées et j?ai pu noter, avec les difficultés de la direction de la police générale, que nous devions à nouveau mettre ce chantier à l?ordre du jour.

Mon troisième objectif sera d?anticiper les risques majeurs qui menacent la Capitale.

Le premier d?entre eux, qui nous a beaucoup préoccupé au cours de la période électorale, est celui du terrorisme.

Nous sommes dans notre pays, après que le terrorisme ait frappé en France et en France, en première ligne maintenant sur les risques si l?on en croit nos services spécialisés.

Ce n?est sans doute pas le lieu de dire davantage dans le détail quelles sont les sources de nos inquiétudes, mais pour avoir travaillé sur ces sujets au cours des 5 dernières années et tout particulièrement au cours de la dernière année, je crois qu?il faut avoir présent à l?esprit ce risque.

Il y a également les risques sanitaires et les risques naturels qui peuvent menacer notre Capitale.

Les travaux qui ont été engagés sur les conséquences d?un attentat, sur le risque inondation ou sur celui de la grippe aviaire, qui revient en première ligne avec ce qui vient de se passer en France, doivent être poursuivis afin que nous ayons les réflexions nécessaires sur les scénarii et l?élaboration des planifications.

Enfin, je voudrais signaler mon intention d?élargir le champ de la réflexion dans tous ces dossiers au niveau régional.

Tout d?abord, il me paraît nécessaire, comme Mme le Ministre de l?Intérieur l?a évoqué, d?avoir une meilleure connaissance des défis que nous avons à relever.

En matière de criminalité, de délinquance, d?incivilité, nous sommes souvent un peu le dos au mur réagissant aux derniers événements.

Je crois qu?il faut, sans tomber dans des réflexions seulement théoriques, contraires à une action efficace, bien identifier les besoins auxquels on a à faire face.

Et sur l?ensemble de ces questions pour la sécurité à Paris, il me paraît évident que l?échelle du bassin de vie que l?on pourrait appeler ?bassin de délinquance? ne peut être éludée. Nous avons pour cela les exemples de dispositifs qui fonctionnent bien et dont on pourrait s?inspirer que sont le service régional des transports et le fonctionnement de la B.S.P.P.

Mais je sais, puisque je me suis déjà exprimé sur cette approche régionale, qu?elle engendre quelquefois quelques inquiétudes. Je voudrais mettre un terme, tout au moins donner un apaisement à ces inquiétudes, car il ne s?agit en rien d?enlever des moyens à Paris, mais il s?agit, en revanche, de faire en sorte que, par de nouvelles méthodes et une nouvelle organisation, on puisse avoir cette approche régionale. D?ailleurs, mes compétences de Préfet de zone m?incitent à travailler en ce sens.

Voilà, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, quelques réflexions dont je souhaitais vous faire part quelques jours après ma prise de fonction comme Préfet de police de Paris.

Je voudrais vous exprimer, dans cette salle du Conseil de Paris, combien je me sens désormais pleinement investi, à vos côtés, de cette mission éminente que constitue le service de Paris et des Parisiens.

Je voudrais dire, puisque chacun sait que j?ai l?habitude d?une certaine franchise, que ma proximité a été grande avec le Ministre d?Etat, Ministre de l?Intérieur, que j?appartiens - il n?y a aucun lien, d?ailleurs - à la promotion Henri-François d?Aguesseau de l?ENA. L?un de mes amis, beaucoup plus lettré que moi, m?a envoyé cette citation à l?occasion de ma nomination. Vous excuserez le caractère désuet du vocabulaire, mais je crois qu?en mettant les notions de ?citoyen? à la place de ?sujet? et de ?président? à la place de ?roi?, cette formule peut traduire comment j?envisage mon rôle.

Henri-François d?Aguesseau avait, en effet, écrit - paraît-il car je n?aurais pas la prétention de vous dire que j?ai lu toutes les France du Chancelier ! que : ?Un intendant placé entre le roi et le peuple doit se regarder comme l?homme de l?un et de l?autre. Tellement destiné à être l?organe des volontés du maître, qu?il le soit peut-être encore plus des v?ux et des prières des sujets?.

Voilà donc quel sera mon rôle. Je ne cache pas la confiance dont m?honore M. le Président de la République, mais je m?efforcerai également d?être le porte-parole et au service de tous les citoyens et de tous les Parisiens, pour faire en sorte, comme vous le souhaitez tous, que la Ville de Paris soit la ville la plus sûre du monde.

(Applaudissements).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet, merci beaucoup d?abord d?avoir tenu à vous exprimer longuement et complètement devant les élus municipaux de Paris.

Je vous remercie d?autant plus que j?ai retrouvé dans votre discours une part de notre travail commun, récent, mais qui montre que notre détermination à tous les deux de faire avancer les choses ensemble est bien réelle. Par exemple, je vois que vous vous êtes fait l?écho d?une préoccupation qui est la mienne, à savoir que Paris ne soit pas déshabillée au profit d?autres endroits, même si ces autres endroits ont des besoins tout à fait importants. Je vous remercie sur ce point, comme sur d?autres, déjà, de faire état de notre coproduction.

Quant à votre dernière citation, j?aime la littérature, j?aime l?histoire et tout cela nous grandit et nous enrichit.

Je sais que nous inscrivons notre travail commun dans l?amour de la République, dans le sens du service de la France et du respect du pluralisme démocratique. Donc, sur ces principes-là, j?ai confiance dans notre manière - je l?espère - d??uvrer ensemble au service de valeurs et au service des Parisiens.

Donc, merci, Monsieur le Préfet de police.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).