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Novembre 2003
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Conseil Municipal
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15 - VI - Question d'actualité de M. Jack-Yves BOHBOT, au nom du groupe U.M.P., relative à l'aménagement de la rue des Rosiers

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2003


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons maintenant à la question d'actualité de M. Jack-Yves BOHBOT relative à l'aménagement de la rue des Rosiers.
M. Jack-Yves BOHBOT. - Enfin, Monsieur le Maire, la question de la rue des Rosiers est abordée au Conseil de Paris. Et ce n'est pas faute de vous avoir interrogé à plusieurs reprises sur ce problème, puisque nous attendons toujours la réponse à la question orale que nous vous avons posée lors des séances de septembre et d'octobre dernier. Oui, Monsieur le Maire, la révolte gronde dans le 4e arrondissement et à Paris contre le projet municipal d'aménagement urbain de la rue des Rosiers et des rues alentours.
Si les intentions qui vous ont conduit à élaborer ce projet (limiter l'accroissement du bruit et de l'insécurité, du trafic automobile) sont légitimes, les réponses qui sont apportées par la municipalité d'arrondissement et la municipalité parisienne risquent d'être catastrophiques pour l'un des plus vieux quartier de Paris.
Ainsi le projet initial qui prévoyait la piétonisation temporaire de la rue des Rosiers le dimanche après-midi, de 14 heures à 20 heures, a évolué sans réelle concertation vers une réfection totale de cette voie, la suppression des trottoirs, l'installation d'un niveau central et une semi piétonisation permanente le dimanche après-midi, avec une modification des sens de circulation des rues adjacentes auquel s'ajoute la suppression d'une trentaine de places de stationnement. Le tout serait réalisé après une longue année de travaux.
D'autres quartiers parisiens, qui ont fait l'objet de telles transformations, ont vu un changement radical de la nature de leurs activités commerciales : disparition des commerces de proximité, notamment les commerces traditionnels, et apparition de nouveaux commerces qui ont engendré des nuisances multiples aux riverains. Telle est la crainte des habitants et des commerçants du quartier de la rue des Rosiers.
J'ajoute que les commerces traditionnels qui sont menacés font partie de l'histoire et de la culture de ce quartier, qui a une très forte identité culturelle. Les rues des Rosiers, des Ecouffes, Ferdinand-Duval, Pavé forment ce qui reste du plus vieux quartier juif de la Capitale, depuis près de dix siècles. On vient du monde entier, de la banlieue, ou de New York, humer ces terres pas comme les autres. On y vient parce que l'endroit a une âme, une identité qui espère bien les conserver.
Vous-même, Monsieur le Maire, avez été interpellé sur cette inquiétude lors de votre voyage en Israël. Et les nombreux articles de la presse nationale, parisienne ou de la communauté juive se font l'écho de cette crainte de voir disparaître le plus vieux quartier juif d'Europe.
Aussi aujourd'hui, Monsieur le Maire...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Si vous voulez bien conclure. Vous avez déjà dépassé votre temps.
M. Jack-Yves BOHBOT. - Notre interrogation, celle du groupe U.M.P., Monsieur le Maire, est simple : acceptez-vous de surseoir, oui ou non - répondez-moi simplement oui ou non - à la mise en ?uvre des travaux de piétonisation du quartier de la rue des Rosiers et d'engager une vraie concertation avec tous les riverains, commerçants et habitants ?
Merci, Monsieur le Maire.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Comme je suis courtois, je vous remercie.
La parole est à Denis BAUPIN. Peut-être même que j'ajouterai un commentaire, on verra.
M. Denis BAUPIN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
Je pense que je serai un peu plus long que de répondre simplement par oui ou par non.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Non, vous êtes dans votre temps de parole. Allez-y ! Il est simple ce dossier. Faites court et efficace.
M. Denis BAUPIN, adjoint. - J'ai le sentiment que l'inquiétude soulevée par ce projet dépasse largement le projet d'aménagement dont il est question. Je voudrais dire que le projet qui a été élaboré par la mairie du 4e arrondissement répond surtout à une demande locale d'amélioration des déplacements piétonniers, des poussettes. Il répond notamment à tout ce que M. BOHBOT a, à juste titre, présenté comme l'attractivité très forte de ce quartier. C'est à dire aux nombreux déplacements piétons qui ont lieu dans ce quartier. Il s'inscrit dans la logique de quartiers verts où trois secteurs ont été identifiés comme nécessitant des aménagements : la rue du Trésor, pour laquelle le projet est largement avancé, la rue des Rosiers et le terre-plein Saint-Paul.
Un cabinet de sociologie urbaine a travaillé, a fait un diagnostic, des propositions d'aménagement. Il est chargé d'accompagner la concertation locale avec les conseils de quartier et les associations.
Lorsque des réunions de concertation se sont déroulées, les riverains ont fait part de leur souhait de voir remanier le plan de circulation. Notamment pour diminuer et empêcher les rotations incessantes de véhicules ; on pense notamment à des deux-roues à moteur qui font le tour du quartier à grande vitesse et qui nuisent à la sécurité et à la tranquillité du secteur. Il y a donc une proposition qui a été soumise à la discussion, une proposition qui vise dans la partie la plus large de la rue à réduire la voie et à élargir le trottoir afin de favoriser l'attraction de la rue, avec le maintien d'une file de stationnement. Et puis, dans la partie la plus étroite de la rue, il est proposé de limiter la vitesse de circulation à 15 kilomètres heure et de tout faire pour sécuriser les déplacements des piétons.
Voilà le projet tel qu'il est aujourd'hui avec la proposition d'étendre le dispositif "Paris respire" le dimanche après-midi dans ce tronçon de la rue, de façon à donner toute leur place aux piétons qui sont nombreux dans cette période de la semaine dans ce secteur.
Vous avez bien fait de rappeler qu'il ne s'agit pas d'un projet, contrairement à ce qu'on a pu lire ici ou là, qui entraînerait trois années de travaux mais d'une durée beaucoup plus courte qui serait sans doute de huit à neuf mois de travaux si ce projet était retenu. En tout état de cause, la concertation se poursuit, et elle se poursuivra le temps qu'il faudra. Il est évident pour la Municipalité qu'il n'est pas question de toucher à l'identité forte que vous avez rappelée de ce secteur et au caractère historique de ce quartier. Mais nous faisons le maximum pour, en même temps, améliorer les conditions de vie des habitants et de ceux qui y viennent. C'est notre état d'esprit et je peux vous signaler qu'il y a déjà une prochaine réunion de concertation qui est prévue le 4 décembre prochain.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, sur ce point, d'abord, il faut que l'on s'habitue à la démocratie, c'est-à-dire au débat. Il y a une hypothèse, et chacun connaît le sens du mot "hypothèse", d'évolution de ce quartier. Et il y a des points de vue contradictoires. Et l'on veut me sommer de ne rien faire ou de ne pas débattre, tout en me disant qu'il n'y a pas assez de concertation et l'on me dit: "Vous avez décidé".
Je vous rassure, personne ne m'a interrogé en Israël. Mais il y avait un commerçant opposé à ce projet, que je connais bien et l'on s'entend bien, dans l'avion qui me conduisait de Paris à Tel Aviv, ce qui m'a fait dire "même dans l'avion de Paris à Tel Aviv, je parle de la rue des Rosiers"! Tout va bien, Monsieur BOHBOT, attendez la suite. C'est cela, la démocratie!
Il y a une hypothèse, il y a un projet, on le débat. On n'a rien décidé. Or, il y a des agitations. Que des commerçants, des riverains - beaucoup sont pour, y compris des commerçants, et puis il y en en qui sont contre - me disent: "Attention, Monsieur le Maire, vous n'avez pas décidé", je comprends cela, même quand c'est un peu injuste. Mais que des élus aillent manipuler, organiser, faire circuler des rumeurs, dire que "c'est décidé, ce sera comme cela", cela ne sert pas la démocratie participative. Nous allons nous habituer encore, les uns et les autres pendant trois ans, à avoir des débats, et des débats naîtront des idées, ce qui m'amène à un moment donné à décider.
Alors, vous avez employé vous-même une expression magnifique. Si je la trouvais sous la plume d'un de mes collaborateurs, j'écrirai "techno", ce qui m'arrive souvent. Mais ils ne sont pas techno. Vous avez parlé d'une "semi-piétonnisation permanente".
Monsieur BOHBOT, souffrez qu'on vous dise quelques mots. Vous n'avez pas toujours raison, même si vous êtes utile, comme tout le monde. Souffrez qu'on vous réponde. Souffrez que l'on discute et que l'on apaise, au lieu de semer des divisions. Et vraiment, là moins qu'ailleurs, je souhaiterais que l'on contribue tous, les élus, au-delà de nos différences, à ne pas semer la division.
Par exemple, et je l'ai dit hier à "Radio J", c'est vrai que beaucoup de mamans ou de papas qui se promènent avec des poussettes, et j'étais hier rue des Rosiers où on voit bien qu'elle est un peu étroite, demandent que l'on élargisse pour pouvoir passer avec les poussettes ! Est-ce une mesure anti-commerçants ? Discutons-en, on va voir. Ce n'est pas nécessairement une catastrophe nationale.
Enfin, et je n'en fais le reproche à personne ici, je pense que celles et ceux qui, de mauvaise foi, veulent faire croire que la Mairie de Paris voudrait toucher à l'identité de ce quartier, commettent une mauvaise action. Et je ne le reproche à personne ici. Vraiment, dans les temps où nous sommes et compte tenu de ce que nous sommes tous, compte tenu de ce que nous faisons pour l'histoire et, notamment, pour l'histoire de la Shoa, pour la transmettre au-delà même de nous, notamment par ces plaques que nous posons dans chaque école de Paris pour qu'on n'oublie jamais les enfants qui ont été arrachés à la vie par une idéologie barbare.
Par rapport à tout cela et dans le climat actuel, je ne crains pas les man?uvres politiciennes parce que ça ne prend pas, me concernant, mais soyons attentifs. Cet endroit a besoin de concertation, a besoin de respect et a besoin de projets discutés. Cet endroit n'a pas besoin d'attiser les passions. Et pour tous les combats que nous avons à mener ensemble, notamment contre l'antisémitisme, ne nous basons que sur les réalités. Et si nous pouvons, ensemble, contribuer à la sérénité, faisons-le.
En tout cas, je vous confirme, Monsieur BOHBOT, ce que j'ai dit aux habitants, aux commerçants de la rue des Rosiers, ce que j'ai dit hier à "Radio J": c'est moi qui déciderai en dernier ressort, et je vous garantis... Il faut continuer à débattre, je n'ai pas peur du débat, y compris contradictoire. Moi, Maire de Paris, il est impossible qu'un projet, quel qu'il soit, ne soit pas de valorisation de la rue des Rosiers. Vous m'entendez, Monsieur BOHBOT ? Moi, Maire de Paris, ma décision ne pourra consister qu'à valoriser ce lieu, son passé, son présent et son futur.
Je vous redonne la parole.
Voulez-vous la parole avant, Monsieur GOASGUEN ?
M. Claude GOASGUEN. - Vous avez raison de faire un vade-mecum de convenance. Je voudrais vous dire que si, parfois, le débat se présente mal et ce n'est pas une polémique parce que cela s'est produit dans les Conseils précédents, c'est que souvent l'information est mal distribuée, est mal répartie. Vous ne pouvez pas interdire à des élus d'opposition de s'en prendre à des projets dont ils n'ont eu communication, en général, qu'après tout le monde. J'en veux un exemple récent lorsque le "Journal du Dimanche" publie la carte des tours qui vont être prévues sur Paris. Vous comprendrez que les élus de l'opposition que nous sommes n'ont pas eu accès à ces documents...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Surtout le Maire !
M. Claude GOASGUEN. - Je continue. Lorsqu'on présente à un arrondissement un quartier vert dont les élus de l'opposition n'ont jamais entendu parler, vous comprendrez vraiment que les élus de l'opposition fassent parfois des procès d'intention malvenus.
Si nous voulons le débat, il faut que l'opposition soit traitée de la même manière que votre majorité dans l'équilibre des informations préalables, ce qui n'est pas le cas pour le moment.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Non, mais pratiquons la démocratie, et je vais donner la parole à M.BOHBOT, bien sûr.
Mais, Monsieur GOASGUEN, vous ne découvrez pas que la presse, et on l'a vécu dans les mandatures précédentes, a parfois des documents que les élus n'ont pas. Figurez-vous que la carte qu'il y avait dans le JDD, moi, je ne l'ai pas.
Et s'il y a quelques techniciens qui ont fait des schémas, pourquoi pas? Je vous garantis qu'en revanche c'est moi qui déciderai après débat ici et vote ici.
Pour le reste, je pense que nous savons tous ici, et je n'ai mis en cause personne, Monsieur GOASGUEN, je l'ai bien dit, nous savons tous ici que nous pouvons avoir une manière de polémiquer qui, dans certains cas, peut être dangereuse, et qu'il ne faut pas transformer débat et pré-décision. Sinon, à quoi sert le débat?
Monsieur BOHBOT, je vous donne la parole.
M. Jack-Yves BOHBOT. - J'enregistre, Monsieur le Maire, que vous avez un style moins affirmatif et que vous êtes plus prudent que la maire du 4e arrondissement qui, elle, dit lors des réunions que tout est ficelé, tout est terminé. J'enregistre donc positivement votre intervention.
Deuxièmement, la polémique, la crainte, l'inquiétude n'est pas née dans l'esprit de quelques élus U.M.P. du centre de Paris. Elle est véritablement le fruit des associations, des commerçants, des riverains, de journalistes, de tas de gens qui habitent à Paris et qui ont peur que ce quartier ne soit dénaturé. Il ne s'agit pas, comme vous le dites, d'élargir les trottoirs. On ne peut plus les élargir et la chaussée est déjà très étroite. Il s'agit de supprimer les trottoirs de la rue des Rosiers et des rues avoisinantes. Si cela est réalisé, les commerçants traditionnels, vous le savez, Monsieur le Maire, devront disparaître. Et oui, je vous le dis, le caractère juif de ce quartier, son âme, son identité disparaîtront.
Puisque vous êtes prêt au dialogue et à la concertation, je vous demande une chose, Monsieur le Maire. Peut-être me répondrez-vous par oui ou par non une nouvelle fois ? Je vous demande de recevoir vous-même personnellement les associations de commerçants et de riverains de la rue des Rosiers, d'abord pour les écouter et savoir ce qu'ils ont à vous dire, pour qu'ils puissent vous exprimer leurs craintes et leurs inquiétudes, et que vous puissiez aussi leur dire comment vous voyez les choses pour ce quartier.
Je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur BOHBOT, vous faites une description inexacte. La chaussée laisse passer au moins une voiture et il y a deux files de stationnement. J'ai quasiment mesuré hier puisque j'y étais.
Ensuite, je ne vous ai pas attendu pour les écouter. Je discutais avec eux, je ne vous connaissais même pas. Ces jours-ci, je les ai vus souvent, que croyez-vous ?
Il est vrai qu'il y a des associations, qu'elles se contredisent, etc. Dernièrement, un monsieur m'a mis en cause et, après, il m'a dit qu'il n'habitait pas le quartier.
Personnellement, j'accepte tout. Chacun fera ce qu'il veut, par définition, mais je ne nous conseille pas de faire croire qu'il se prépare un drame là-bas, pour l'identité juive. Mais vous ferez ce que vous voudrez.
Bien, nous avons terminé les questions et nous passons au Conseil général.