Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Octobre 2001
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

62 - 2001, DLH 271 - DAUC 160 - Réalisation par la R.I.V.P. d'un programme de construction d'un immeuble de 14 logements en accession sociale à la propriété, 109-111, avenue Jean-Jaurès (19e). - Cession de l'emprise de l'opération à la R.I.V.P

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2001


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DLH 271 - DAUC 160 relatif à la réalisation par la R.I.V.P. d'un programme de construction d'un immeuble de 14 logements en A.S.P. 109-111, avenue Jean-Jaurès.
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Merci, Monsieur le Maire.
Au 109-111, avenue Jean-Jaurès, est donc prévu un programme d'accession sociale à la propriété. Nous nous réjouissons de cette orientation et nous souhaitons clairement que l'accession sociale à la propriété puisse se développer à Paris, il n'y a aucune ambiguïté sur ce point. Nous déplorons que ce programme soit réalisé sur ces terrains situés le long de l'avenue Jean-Jaurès.
En effet, deux immeubles R + 1 et R + 2, témoignages de l'habitat ouvrier de l'entre-deux guerres sont implantés sur ces parcelles. Ces deux immeubles étaient inclus dans l'îlot Tandou-Crimée qui regroupait les parcelles du 109-111-113 et 115, avenue Jean-Jaurès et qui était grevé partiellement d'une réserve scolaire. La nouvelle école envisagée a finalement été réalisée sur le lot 14 de la Z.A.C. limitrophe du "Bassin de la Villette". Le sort du 109 et du 111 restait donc ainsi en suspens.
L'état des bâtiments autorisait tout à fait une réhabilitation pour un prix extrêmement modique compte tenu de leur faible hauteur qui est de l'ordre de 5.000 maximum 6.000 F du mètre carré, mais leur faible hauteur ne pouvait qu'attirer les convoitises. Les dents creuses constituent en effet du pain béni pour les promoteurs qui profitent de ces opportunités foncières pour réaliser de juteuses opérations tout en justifiant leurs pratiques destructrices et densificatrices par un discours pseudo-technique axé sur la nécessité de recouvrir les héberges mitoyennes et de réaliser des fronts bâtis continus, car, nous dit-on, il n'y a rien de pire que les murs pignons aveugles. En clair, il faudrait raser tout Paris car il y a des murs pignons aveugles partout y compris dans les beaux quartiers !
Le 109-111 n'a pas échappé à ce traitement spécial dent creuse.
Le projet de la R.I.V.P. est de démolir les bâtiments existants pour reconstruire un immeuble de six étages comprenant 14 logements en accession sociale à la propriété. S'ajoutent au programme 14 places de stationnement en sous-sol et un local commercial de 200 mètres carrés en rez-de chaussée. 14 parkings pour 14 logements : c'est sans doute pour participer à la réduction de la circulation automobile préconisée par le P.D.P voté ce matin.
Le prix de vente moyen des logements serait de 14.500 F le mètre carré habitable, celui des surfaces commerciales de 15.900 F le mètre carré utile et celui d'une place de stationnement serait de 85.000 F. Selon les fourchettes de prix indiquées pour chaque type de logement, la vente devrait ainsi rapporter entre 21.370.000 F et 24.040.000 F, soit entre 2,4 et 4 millions de plus que le prix de revient qui lui, était estimé à 19 millions de francs.
Afin que cette réalisation puisse voir le jour, la Mairie de Paris doit donc céder les terrains et les bâtiments à la R.I.V.P. La Direction spécialisée des impôts pour la Région Ile-de-France a apprécié le 18 janvier dernier la valeur des biens des deux parcelles à 6.500.000 F, la démolition des immeubles étant qui plus est à la charge de la Ville. Or, il nous est proposé de céder les terrains au prix de 1.720.000 F, montant qui correspond à un prix de 1.000 F par mètre carré de logements à réaliser et 2.500 F par mètre carré de commerces alors que la R.I.V.P. prévoit, je le rappelle, de vendre ces logements à 14.500 F le mètre carré et les commerces à 15.900 F le mètre carré. L'unique justification donnée à ce cadeau est d'assurer l'équilibre financier de l'opération alors que nous avons vu qu'elle sera largement bénéficiaire.
Mais surtout, ce que nous déplorons dans cette opération, c'est son caractère outrageusement densificateur. Il s'agit en effet de substituer à des petits bâtiments de 1 et 2 étages, un énième bâtiment de six étages. Qui plus est, ce bâtiment qui occupera deux parcelles sera plus élevé que le bâtiment R+5+combles du 107 situé à sa gauche côté rue et surplombera de trois étages le bâtiment R + 3 du 115 situé à sa gauche. On ne s'embarrasse ainsi même plus d'harmonisation des hauteurs ou de couverture des héberges. On crée même des murs pignons aveugles.
Ce qui veut bien dire qu'un certain type de discours et de langue de bois atteint vite sa limite quand il s'agit de réaliser des opérations de densification.
Le site qui est situé avenue Jean-Jaurès aurait pu permettre soit la réalisation d'équipements de proximité plus qu'utiles dans ce quartier et non pas des équipements pharaoniques mais de véritables petits équipements qui, en plus, permettent une aération dans le tissu de cette avenue Jean-Jaurès qui n'a pas vocation à devenir une avenue de Flandres avec des murs canyon qui encadrent compte tenu de son caractère qui est encore très largement faubourien.
Le caractère densificateur de l'opération a conduit les élus Verts du 19e arrondissement à voter contre le permis de démolir et le permis de construire, nos collègues communistes ayant quant à eux choisi de s'abstenir.
Cette délibération illustre de manière caricaturale ce que nous avons dénoncé, ce matin. Elle est en totale contradiction avec le PLU puisqu'elle n'a fait l'objet d'aucune concertation avec les associations de riverains et les associations locales, ce qui risque de la fragiliser. Elle est en contradiction avec le P.L.A.-H dans sa version ambitieuse, que nous allons approuver. Ce qui, à nos yeux, mérite incontestablement d'être révisé. Nous espérons que la sagesse finira par triompher et que les services de la Ville et l'opérateur à savoir la MIP acceptera de reprendre sa copie. Ce projet, en effet, ne constitue pas un projet de requalification urbain, mais un projet de déqualification de l'avenue Jean-Jaurès.
M. Jean-Yves MANO, adjoint, au nom de la 8e Commission. - Monsieur BLET, mon cher collègue, la nostalgie architecturale est parfois utile, mais elle peut ne pas constituer à elle seule des orientations politiques en matière d'urbanisme. Sinon on ne change jamais rien. On a un projet d'accession sociale à la propriété. De tous les bancs ce matin, il a été émis une volonté réelle de poursuivre et de prolonger la nécessité de faire l'accession sociale à la propriété. L'avenue Jean-Jaurès a besoin de requalification urbaine. L'accession sociale à la propriété en est un moyen non négligeable. Au-delà de la nécessité de poursuivre cette politique, nous sommes souvent confrontés à des réalités difficiles, soit nous avons un terrain et il faut y faire des équipements publics, soit nous avons un terrain et il faut y faire des espaces verts, soit nous avons un terrain et il faut y faire de l'accession plutôt du PLUS. Il y a parfois un certain nombre de difficultés que nous devons maîtriser. Il faut parfois envisager l'urbanisme parisien de façon globale et pas toujours au coin de sa rue, sinon nous ne tiendrons jamais une politique cohérente. Même si je dois vous déplaire, Monsieur BLET, je vais continuer à accepter le principe de l'accession sociale à la propriété. Ce projet, me semble-t-il, est une bonne opération pour la Ville et les habitants du 19e.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 271-DAUC 160.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2001, DLH 271-DAUC 160).