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Juin 2003
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128 - 2003, DU 118 - Substitution de la dénomination "quai François Mitterrand" à celles de "quai des Tuileries" et "quai du Louvre" entre l'avenue du Général-Lemonnier et la rue de l'Amiral-de-Coligny (1er)

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2003


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous reprenons nos travaux par l'examen du projet de délibération DU 118 qui consiste - c'est ma proposition - à attribuer le nom de François Mitterrand à une partie du quai des Tuileries et à une partie du quai du Louvre.
Sur ce sujet, je veux moi-même, puisque c'est ma proposition et que j'ai été à la barre si j'ose dire depuis le début sur cette question, faire le point pour notre Assemblée.
D'abord, je crois que c'est bien que notre Ville sache rendre hommage à toutes les grandes personnalités de la République. Cela a été fait avant que je ne sois Maire et d'ailleurs, à propos de François Mitterrand, c'est mon prédécesseur qui, au moment de sa mort, en 1996, avait dit : "il faudra donner le nom de François Mitterrand."
Deuxièmement, depuis que je suis Maire, j'ai essayé de m'attacher à résoudre les conflits qui pouvaient naître de la politique intérieure lorsqu'il y avait à prendre en compte ce qui nous est commun.
Souvenez-vous, sur Pierre Mendès-France j'ai travaillé pour rassembler. Cela a pris du temps d'ailleurs parce qu'il y avait des oppositions et des votes contre, pas ici, mais il y a eu même des mots très forts. Je ne rappellerai pas d'où ils venaient, ni de quelles personnalités.
Rappelez-vous pour Jacques Chaban-Delmas : pour Jacques Chaban-Delmas, je me suis engagé et je ne le regrette pas. D'ailleurs, nous n'avons pas fini notre travail, chers amis. Pour Jacques Chaban-Delmas, il faut que l'on surmonte une difficulté qui n'est pas surmontée et qui ne vient pas de moi. Vous avez remarqué ?
Il faut la surmonter. Si on ne la surmonte pas, il faut qu'on trouve un autre emplacement prestigieux. C'est Jacques Chaban-Delmas !
Voilà comment on travaille.
En ce qui concerne le Président François Mitterrand, il a été Président quatorze ans, c'est même un record de longévité ! Il est mort depuis plus de sept ans. Il est bien temps !
C'est un personnage considérable.
Alors savons-nous ou ne savons-nous pas, lorsque le temps est passé, reconnaître que des personnages conservateurs, libéraux, progressistes ont marqué l'histoire du pays ? Et puis, bien sûr, il y a eu des débats. Nous sommes une démocratie, je vous le rappelle, et dans une démocratie il y a toujours des oppositions et des critiques, il y a toujours des contradictions, et c'est bien. Mais lorsque le temps est passé, alors il faut savoir honorer notre richesse commune.
Quoi que vous ayez pensé les uns et les autres, l'abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans... tant d'immenses réformes de cette première alternance sous la Ve République, ce qui est déjà un fait historique ! Quoi qu'on en pense, on est pour ou on est contre, et Dieu sait que François Mitterrand a été un acteur du débat parfois même gourmand !
Mais voilà, la France, la République, notre histoire, en tout cas ne vaut pas, au moment où nous avons besoin d'inscrire dans notre patrimoine commun tout cela, des comportements médiocres de notre part.
Il faut honorer le nom de François Mitterrand.
Bien sûr que quelqu'un comme moi, militant socialiste, qui aie même été son collaborateur - j'avais 25 ans - je le vis avec une forme d'émotion, avec un engagement, mais avec, je vous assure, beaucoup de recul.
Nous savons tous que tout est complexe, tout est à dimension humaine. Cela concerne François Mitterrand, cela concerne tout le monde. Tout le monde.
Sept ans, est-ce trop tôt ?
On me dit que peut-être que dans trois mois ce serait mieux parce qu'il y aurait une autre actualité, d'autres choses. Chaque fois qu'il va y avoir une actualité, on va dire : "ah non, la République attendra ?"
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Ce n'est pas la République !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur LEGARET, croyez-vous vraiment que cette interruption soit opportune ?
Alors poursuivons !
Depuis le début, on cherche un lieu.
Plusieurs lieux ont été évoqués. Un de mes adjoints parlait de la rue de Bièvre. Pourquoi pas ? Il y a beaucoup d'habitants rue de Bièvre. La rue est petite, elle est bien petite pour un Président de la République et il y a beaucoup d'habitants, donc j'aurai beaucoup de polémiques.
Vous savez, pour relativiser, il y a même eu beaucoup de polémiques quand a été donné le nom de Charles de Gaulle à la place de l'Etoile. On est comme cela !
Mais on peut essayer, en 2003, d'être une assemblée particulièrement intelligente. Chacune et chacun de ses membres en sont à mon avis comptables.
Je me souviens qu'avant même que je ne sois Maire, des idées ont été évoquées : le quai de la Tournelle. Je me souviens que le député de la circonscription avait dit que ce n'était pas raisonnable - j'avais entendu son argument - car, là aussi, il y avait beaucoup de monde et cela posait pas mal de problèmes. J'avais été sensible à ce discours qui me paraissait sage.
Le jour de la mort de François Mitterrand, j'ai évoqué la place où se trouve la pyramide du Louvre. Et je me suis assez vite aperçu qu'elle s'appelait la cour Napoléon. Je n'ai pas insisté.
Et donc quand je vois à la télévision, hier soir, un ami de François Mitterrand dire : "oui, mais cela aurait été mieux". D'accord, mais proposer d'enlever le nom de Napoléon...
Mme Marie-Chantal BACH. - Ah non !
M. LE MAIRE DE PARIS. - On ne pouvait pas !
Je vous demande de garder à ce débat un peu de sérénité.
Comment ai-je procédé ?
D'abord, chaque fois qu'il y avait une idée - je vais vous dire, je n'ai rien à vous cacher - je consultais Mme Danièle Mitterrand, les fils de François Mitterrand, Mazarine PINGEOT et le Président de la République française. A tous les moments, y compris sur ce dont on est en train de parler. Vous n'ignorez pas, j'espère, qu'il y a eu des conversations avec l'Elysée sur le quai et avec le Ministre de la Culture.
En effet, je ne cherche pas quelque chose qui nous divise, j'essaie que nous oeuvrions sagement.
Après faut-il attendre encore, je l'ai dit tout à l'heure, par rapport à telle ou telle actualité ?
On me dit : "plus de concertation". Bien sûr qu'on peut faire plus de concertation, mais le maire du 1er arrondissement n'ignore pas que j'avais pensé - c'est vrai - à la place et au jardin du Carrousel. Vous savez tous ce que c'est. Il restait le pont du Carrousel. Par rapport à la dimension historique, pour le Carrousel, un pont cela devait pouvoir suffire. La dimension historique n'est pas considérable. J'avais pensé à cela, mais c'est un lieu d'Etat, donc j'en ai parlé de vive voix avec le Président de la République. Je lui ai écrit et j'ai veillé à ce que le Maire du 1er arrondissement soit toujours informé, y compris par des appels téléphoniques de mon directeur de cabinet.
Cela n'a pas été possible. C'est d'ailleurs de l'impossibilité, il faut dire la vérité, estimée sur la place et le jardin du Carrousel qu'est née l'idée du quai. Pourquoi ?
Parce que c'est le Louvre et que le Président français qui a le plus investi culturellement par son autorité sur le Louvre, c'est François Mitterrand.
Parce que cela permettait de donner un quai prestigieux, j'y reviendrai, mais de ne pas supprimer le nom quai des Tuileries qui restera tout le long du jardin des Tuileries. Cela permettait de ne pas supprimer le nom quai du Louvre puisqu'il va rester entre la portion de Saint-Germain-l'Auxerrois et la Samaritaine, le Pont Neuf si vous voulez. Ce sera petit, le quai du Louvre, mais ce qui compte ce n'est pas le quai, mais le Louvre.
De même, aucune dénomination n'est enlevée.
J'ajoute que cet endroit a quand même beaucoup de classe. On me dit, mais il n'y passe que des voitures, mais quel type de Parisiens êtes-vous ? Beaucoup de Parisiens s'y sont promenés dont François Mitterrand. Vous-mêmes, j'imagine. C'est quand même un lieu magique de Paris, au c?ur de Paris et qui a un avantage considérable : c'est qu'il n'y a pas de résident. Quand on sait les difficultés qu'il y a même pour changer trois adresses... Voilà.
Vous savez, je n'ai pas trouvé tout seul cette idée. C'est le produit de discussions. Et donc...
M. Christophe LEKIEFFRE. - Ce n'était pas avec nous.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Non, mais c'est une idée trouvée en parlant avec des personnalités qui partagent.
Il s'agit d'un Président de la République. Nous ne sommes pas la 25.000e commune de France.
C'est normal qu'il y ait des personnalités avec qui j'en parle, y compris si nous n'avons pas les mêmes choix de politique intérieure. C'est ma conception de la démocratie, du respect de l'histoire, figurez-vous.
Et je continuerai à faire comme cela aussi longtemps que je serai ici. De la même manière que j'ai agi, je vous le répète, d'une certaine manière par rapport à Jacques Chaban-Delmas ou Pierre Mendès-France. Puisque je dois répéter, je répète.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").
Je vous en prie, je ne cherche pas de polémique.
Voilà sur ce sujet, sur cette proposition concrète qui est née du refus de la place du Carrousel et de conversations que j'avais à ce propos. Là, est née l'idée des quais. J'en ai parlé à qui je devais en parler et vraiment dans de bonnes conditions. C'est une proposition que j'ai faite. J'en ai prévenu aussitôt le Maire de l'arrondissement puisqu'il a pu déjà l'évoquer à son Conseil d'arrondissement, je crois, dans la première quinzaine de mai, me semble-t-il. Il a été prévenu très tôt.
Puis je me suis aperçu qu'il fallait qu'il y ait suffisamment de temps. D'ailleurs, j'avais déjà déplacé d'un mois, entre le moment où je saisissais le Maire de l'arrondissement et la délibération du Conseil de Paris. D'ailleurs, le Conseil d'arrondissement a délibéré et même un conseil de quartier pouvait le faire. Il n'y a pas de riverain, mais admettons le conseil de quartier le plus proche. Le temps matériel suffisait.
Il aurait fallu que tous les conseils de quartier du 1er puissent en délibérer. Pourquoi pas ceux du 20e ? Il n'y a pas de riverain et on me reproche d'avoir consulté le Président de la République ? Quand même, chers amis, il faut être de bonne foi entre nous et honnêtes intellectuellement. Je crois que l'on peut l'être tous ensemble.
Maintenant, j'ai donné beaucoup d'explications. On peut encore attendre. On peut encore le faire dans deux mois. Mais êtes-vous sûrs que cela ira mieux et que ce sera plus simple ?
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Bonne proposition !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Non parce que nous avons tous l'expérience et nous nous pratiquons. Je ne crois pas que deux mois de plus changeront quoi que ce soit. Ou nous l'acceptons ou pas. Comprenez que, dans la situation où je suis, je m'efforce de trouver les consensus et je reconnais que tel ou tel élu de Paris peut se dire : "quand même, il va chercher le consensus avec le Président de la République, il pourrait le chercher d'abord avec nous".
Mais il s'agit d'un Président de la République justement. Permettez-moi d'avoir la faiblesse, et de l'assumer, de trouver au moins aussi important d'aller chercher un consensus avec le Président de la République actuel qu'avec chacun des membres. D'autant que quand je le cherche avec chacun des membres de l'Assemblée, parfois j'ai l'assurance de ne pas le trouver. Je le regrette d'ailleurs. Mais...
Chers collègues, je ne serai pas plus long. Je pense qu'il faut que nous prenions cette décision en sérénité. Bien sûr qu'il y a d'autres hypothèses. Il y en aura toujours d'autres. A un moment, il faut bien trancher et c'est sans doute le bon équilibre entre l'Histoire, le c?ur de Paris, les dérangements, les débats et, en plus, quand je vois des arguments comme : "cela va avoir une influence sur le tourisme...". Il faut rester sur des arguments crédibles.
Chers amis, après vous avoir présenté ce projet avec beaucoup de simplicité, beaucoup de sincérité, je voudrais que, quelles que soient nos opinions partisanes, et je ne ferai pas de jeux de mots en réponse à d'autres jeux de mots, que nous préférions ce qui nous est commun à ce qui est de l'ordre légitime du débat contradictoire de la démocratie.
Je vous le dis, ce que je fais, ce que je vous propose là pour François Mitterrand que j'ai soutenu, pour lequel j'ai admiration et affection, même si je sais que tout est imparfait, que j'ai beaucoup côtoyé comme tant d'autres, y compris qui ont été parfois ses ministres ou ses collaborateurs ou ses amis, je le ferai pour n'importe quelle grande figure de la République française, y compris dont je ne partagerais pas les convictions.
Je vous demande que notre débat soit digne, digne de notre République et de ses grandes personnalités qui sont, par nature, diverses. Car je vous rappelle, mes chers collègues, que nous sommes une grande démocratie et que, dans une grande démocratie, les grands personnages sont nécessairement différents, parfois même opposés les uns aux autres.
C'est cela le privilège démocratique. Je nous demande de le faire, si possible, avec hauteur de vue. Et, bien entendu, nous le conclurons tout à l'heure par un vote.
Je vois qu'il y a beaucoup d'inscrits, je vous demande à chacune et chacun de respecter votre temps de parole et surtout, mais je suis sûr que c'est ce qui vous anime, d'intervenir non pas pour l'effet éphémère par définition de votre intervention, mais pour ce que nous allons donner à Paris et qui durera.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste et du Mouvement républicain et citoyen).
Je donne la parole à M. Alain RIOU.
M. Alain RIOU. - Monsieur le Maire, chers collègues, François Mitterrand a été un chef d'Etat, un artiste de la politique, un personnage de roman. On lui doit notamment l'abolition la peine de mort, la retraite à 60 ans ô combien nécessaire aujourd'hui, la cinquième semaine de congés payés, la construction européenne, en tout cas il a été un moteur de la construction européenne.
Incontestablement, il a illustré la vie politique française de manière positive, mais également de façon très négative. Inutile de décrire cet itinéraire sinueux, tortueux et parfois douteux. Les mots de Lionel JOSPIN et Michel ROCARD sur le sujet suffisent. Lionel JOSPIN a parlé de "droit d'inventaire", il a dit que l'on aurait souhaité un itinéraire plus clair de la part du Président de l'union de la gauche. Michel ROCARD a déclaré qu'il n'était pas un "honnête homme" !
Quant aux écologistes du monde entier, ils se souviendront toujours du "Rainbow Warrior", navire amiral de "Green Peace" dans le Pacifique, et de son crime d'Etat.
Tout dernièrement, l'affaire "ELF" a été tout autant le procès de délinquants extraordinaires que celui du second septennat de l'ancien Président.
Etait-il nécessaire le même mois de vouloir lui rendre hommage en donnant son nom à un quai alors même qu'il existe déjà la Bibliothèque nationale et une station de métro François-Mitterrand ?
Ne fallait-il pas, comme il le disait, "laisser le temps au temps" avant d'entreprendre une telle démarche ?
Il y a quelques mois, ici, était refusé le nom de Curiel à une artère parisienne à cause, je crois, de sa part d'ombre. Côté part d'ombre, avec François Mitterrand, on a été plutôt gâté.
Mais il a été Président. Pour les "Verts", être président n'est pas un motif suffisant pour mériter tous les hommages, tout de suite. Les "Verts" n'ont-ils pas proposé de débaptiser la voix Georges-Pompidou en voie de la "vélorution" contre votre avis, Monsieur le Maire, et en présence du Ministre de l'Environnement, Yves COCHET ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - Tant que je serais Maire de Paris, on ne débaptisera rien qui porte le nom de Georges-Pompidou.
M. Alain RIOU. - En conscience, des "Verts" ne pouvaient pas voter pour ce projet de délibération. En responsabilité, d'autres ne pouvaient pas voter contre. On a donc laissé les uns et les autres à leur âme et conscience, à travers la liberté de vote, même si majoritairement l'abstention ou le refus de vote se sont dégagés.
Monsieur le Maire, cette neutralisation du vote contre qu'un certain nombre d'entre nous ont décidé, c'est justement pour respecter votre admiration et votre affection pour celui dont nous parlons maintenant.
Ce projet de délibération n'est pas vraiment important dans la politique municipale. Il y a des questions beaucoup plus essentielles dans la vie des Parisiennes et des Parisiens. Il convient de lui redonner sa vraie place, c'est-à-dire plus que mineure.
C'est donc finalement, somme toute, sans passion, sans enthousiasme, sans panache qu'aujourd'hui Paris s'apprête à donner le nom d'un président très controversé à un quai malheureusement encore bruyant et souvent embouteillé.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. VUILLERMOZ.
M. Jean VUILLERMOZ. - Monsieur le Maire, vous nous proposez d'honorer la mémoire de François Mitterrand en substituant la dénomination François-Mitterrand à celle de Quai des Tuileries et Quai du Louvre.
En ce qui nous concerne, nous considérons qu'il est légitime que Paris, ville capitale, rende hommage à celui qui fut Président de la République pendant la durée de deux mandats, de 1981 à 1995.
Effectivement, comme il est indiqué dans le projet de délibération, Paris a su honorer tous les présidents de la Ve République. Il apparaît donc légitime que François Mitterrand puisse avoir un site, proche du Louvre, pour rendre hommage à l'action qu'il a impulsée pour mener à bien la rénovation de ce grand musée.
C'est donc en prenant en compte ces considérations que nous accueillons favorablement la proposition que vous avancez.
En affichant ce positionnement, nous affirmons aussi vouloir éviter les raccourcis fulgurants qui permettent à certains de faire un inventaire des ombres d'une vie, ce qui permet tout à la fois d'occuper l'espace médiatique et de forcer des portes qui sont déjà largement ouvertes.
Comme tout homme politique qui a marqué le siècle passé, François Mitterrand n'échappe pas à l'inventaire qui doit se poursuivre, de ses positions et de ses actes. Les ombres en sont connues et, en la matière, l'histoire fait déjà et fera son ?uvre dans la durée.
A ce sujet, je souhaiterais rappeler, ici, l'immense espoir que représentât l'arrivée de l'union de la gauche au Gouvernement de notre pays en 1981.
Oui, ce fut un immense espoir, marqué par des avancées de civilisation majeures comme la cinquième semaine de congés payés, le droit à la retraite à 60 ans, les 39 heures, la nationalisation d'entreprises stratégiques pour notre économie et, je tiens à le souligner, l'abolition de la peine de mort.
Autant de progrès humains auxquels les communistes apportèrent toute leur contribution jusqu'en 1983-1984, période où d'autres choix dominèrent jusqu'à rouvrir la voix de la domination du marché.
Bien qu'incomplet, ce bilan continue d'être très insupportable pour la droite. Il n'est qu'à voir la politique du Gouvernement RAFFARIN actuellement.
(Mouvements divers sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
Mme Roxane DECORTE. - C'est scandaleux !
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - Il fallait le faire quand vous étiez au pouvoir. Il fallait le faire pendant cinq ans !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne veux empêcher personne d'avoir les convictions qu'il veut et qui sont respectables. Mais je ne sais pas si, vraiment, il faut que nous parlions absolument de la politique gouvernementale et de ce qui se passe à l'Assemblée.
M. Jean VUILLERMOZ. - La retraite à 60 ans qui est un acquis, est aujourd'hui remise en cause par ce Gouvernement. Il me semble aussi qu'il se prépare à porter de nouveaux mauvais coups à la Sécurité sociale.
C'est évidemment quelque chose qui ne peut pas être passé sous silence, à l'opposé de l'une des mesures sociales majeures mise en place sous la présidence de François Mitterrand.
Je voudrais profiter de ce projet de délibération, en exprimant, une nouvelle fois, la préoccupation des élus communistes de voir les dossiers, d'attribution de sites, pour Maurice Audin et Henry Rol-Tanguy aboutir le plus rapidement possible.
Concernant Maurice Audin, ses amis et sa famille attendent avec impatience de savoir quand pourra aboutir la proposition de donner son nom à une placette du 5e arrondissement.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Allons, allons. Vous n'êtes pas très patients !
M. Jean VUILLERMOZ. - Nous souhaitons vraiment que, dès juillet et dès septembre, l'on puisse rendre cet hommage. Vous le savez, la famille ne peut plus attendre pour des raisons graves de santé.
Concernant Henry Rol-Tanguy, nous le répétons, il s'agit de lui rendre un hommage à la hauteur du service rendu à notre ville. Aux côtés du Maréchal Leclerc, il a été celui qui a commandé l'action de la résistance pour libérer Paris. Communiste, ouvrier, il était bien le représentant comme le disait François Mauriac, je cite : "de la classe ouvrière, seule fidèle à la patrie profanée".
Pour terminer, je souhaite redire, Monsieur le Maire, que les élus communistes voteront la proposition qui nous est faite pour que Paris honore la mémoire de François Mitterrand.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Essayez de vous écouter tranquillement même si vous n'êtes pas d'accord avec ce que dit l'orateur.
La parole est à Georges SARRE.
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement républicain et citoyen, maire du 11e arrondissement. - Monsieur le Maire, chers collègues, la décision de la Municipalité parisienne de substituer la dénomination quai François-Mitterrand à celle de quai des Tuileries et quai du Louvre est un hommage légitime rendu par la Capitale de la France à un ancien Président de la République. J'y suis évidemment favorable ainsi que tous les élus du groupe du Mouvement républicain et citoyen.
Au-delà de la coutume qui veut que chaque ancien chef de l'Etat donne son nom à un endroit de Paris, François Mitterrand mérite cet honneur pour plusieurs raisons.
D'abord parce qu'il a marqué de son empreinte l'architecture et l'urbanisme de notre Ville avec le Grand Louvre et sa pyramide, la Cité des Sciences de la Villette, l'Opéra-Bastille et la Bibliothèque nationale de France, la Grande Arche qui permet de poursuivre la perspective, qui sont aujourd'hui des monuments phares de la Capitale, ainsi que la restructuration du Collège de France.
Toutes ces opérations ont renforcé le rayonnement culturel de Paris et de la France.
Ensuite, il faut se souvenir que François Mitterrand avait élu domicile à Paris et qu'il aimait notre ville, qu'il parcourait souvent à pied même alors qu'il était chef de l'Etat.
Et puis aussi, et peut-être surtout, cette décision se justifie parce qu'au-delà des jugements personnels que chacun peut porter sur l'homme et son action, au-delà des controverses sur les idées et le bilan, François Mitterrand a été, pendant quatorze ans, record inégalé, un Président de la République qui a marqué de son empreinte l'histoire de la nation et de ses institutions.
L'Histoire retiendra de lui ce moment historique de l'arrivée de la gauche au pouvoir, le 10 mai 1981, puis la création, grâce aux nationalisations, d'un grand secteur public, aujourd'hui, hélas, bradé à l'encan.
Avec Gaston Defferre, il permit la décentralisation et, par exemple, l'adoption de la loi Paris-Marseille-Lyon. Dans le domaine de la politique étrangère, on retiendra notamment son discours au sommet de Cancun. Et dans le domaine social, il faut le rappeler en ces temps de régression ultra-libérale, il fut l'homme des grandes avancées : la retraite à 60 ans, la semaine de 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, le renforcement de la protection des salariés par les lois Auroux.
Sur les questions de société enfin, François Mitterrand, en phase avec son temps et l'évolution de la société, prit la décision historique, avec le Ministre, Garde des Sceaux, Robert BADINTER, de proposer au Parlement l'abolition de la peine de mort.
Il fut également, en 1989, celui qui ordonna et ordonnança les festivités de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française, acte de fondation de la République.
Voilà, mes chers collègues, pourquoi nous voterons ce projet de délibération.
A ceux qui s'y opposent, je ne ferai qu'une remarque : serait-il décent que la Capitale du pays des Droits de l'Homme et du Citoyen compte, par exemple, une avenue Mac-Mahon, chef de l'Etat qui, après avoir dirigé l'armée versaillaise, fit tout pour remettre sur le trône le Comte de Chambord, et que François Mitterrand n'ait pas un quai à son nom ? Bien évidemment non !
Il n'y a donc pas à hésiter. La vie et l'?uvre de François Mitterrand imposent cet hommage mérité et, comme l'a dit excellemment Léon Blum "l'Histoire jugera".
(Applaudissements sur les bancs du groupe du Mouvement républicain et citoyen et du groupe socialiste et radical de gauche).
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Patrick BLOCHE.
M. Patrick BLOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, rassembler ! Rassembler la collectivité parisienne et, en premier lieu, celles et ceux qui la représentent au sein de notre Assemblée, dans l'hommage rendu au Président François Mitterrand, tel est le sens premier que le groupe socialiste et radical de gauche veut donner à la proposition que vous nous faites, monsieur le maire, d'attribuer le nom de l'ancien chef de l'Etat à une partie des quais du Louvre et des Tuileries.
Dès lors, les oppositions ou les réserves suscitées par ce projet qui s'inscrit dans une tradition parisienne bien établie, apparaissent souvent dérisoires face à la personnalité de François Mitterrand, à sa stature d'homme d'Etat, à la dimension historique de son action.
Que n'entend-on pourtant ? "Ce n'est pas le moment", "ce n'est pas le bon lieu", "on n'a pas consulté les riverains" (et pour cause puisqu'il n'y en a pas), "il y a déjà une bibliothèque".
Sincèrement, mes chers collègues, quelque soit le jugement que l'on peut porter sur la vie et sur l'?uvre de François Mitterrand, on ne peut aussi légèrement jouer la division des Parisiens et, par là même, sans le vouloir sans doute, contester la plus forte légitimité qui soit en démocratie, celle du suffrage universel, celle qui a amené à deux reprises nos concitoyens à faire de François Mitterrand leur Président de la République, le Président de tous les Français.
Il y a l'aéroport Charles-de-Gaulle et la place Charles de Gaulle, il y a le Centre Georges-Pompidou et la voie Georges-Pompidou, il y a la bibliothèque François-Mitterrand et il y aura donc...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Pardonnez-moi, il y aussi l'hôpital Georges-Pompidou.
M. Patrick BLOCHE. - Vous avez raison, Monsieur le Maire, il y a la bibliothèque François-Mitterrand et il y aura donc le quai François-Mitterrand.
L'hommage que nous rendons ainsi à François Mitterrand est un témoignage supplémentaire de la reconnaissance de la Nation envers celui qui, quatorze ans durant, en assuma la plus haute fonction, à l'image même de l'intervention que le Président de la République prononça devant les Français au soir de sa disparition.
Par ce choix, Paris s'honore en rendant vivante la mémoire d'un homme dont la vie épousa de façon si significative le destin de la patrie. Homme d'un siècle à jamais marqué par la tragédie de deux guerres mondiales, François Mitterrand n'a eu de cesse de dépasser sa propre histoire pour faire de l'Europe le continent de l'espoir et de la paix.
Il fut aussi l'inlassable défenseur d'un idéal humain. L'abolition de la peine de mort, cela a déjà été rappelé, la modernisation de notre Code pénal, son engagement permanent pour défendre les droits de l'Homme partout où ils étaient bafoués sont la marque d'une mobilisation constante pour le respect de la personne humaine.
Soucieux de faire entrer la France dans une modernité républicaine qui déclinait la liberté tout autant que l'égalité, il sut donner force de loi à de grandes réformes sociales et conduire une action décentralisatrice, qui a bouleversé l'organisation administrative de notre pays.
Au-delà de la reconnaissance de la capitale de la France à un ancien Président de la République, ce projet de dénomination est aussi la marque de la gratitude des Parisiens à un homme qui a pensé notre ville dans une démarche architecturale, qui en a renforcé l'esthétique. Les nombreuses réalisations dont il est à l'origine sont le témoignage du choix de Paris comme territoire de création.
Paradoxe a priori pour un homme dont le parcours rappelait la province dans ce qu'elle a d'attaches et d'identités, cette "France rurale qu'il avait tant aimé, presque charnellement" comme l'a rappelé Jacques CHIRAC le 8 janvier 1996. Mais, après tout, pour reprendre le mot de François Mauriac, Paris n'est-elle pas "l'immense délégation de toutes les provinces" ?
De fait, il y a eu la rencontre déterminante d'un homme et d'une ville qui amené François Mitterrand lui-même à déclarer : "Comme beaucoup, je suis amoureux de Paris. J'ai donc tendance à y trouver beau ce que je vois. 'L'amour que j'en ai, magnifie sans doute, à mes yeux, bien des choses".
En rendant hommage au Président François Mitterrand, son successeur a su trouver les mots justes pour dire qu'il avait "débordé sa propre vie". A notre façon, sachons déborder nos propres vies partisanes pour que Paris rende unanimement hommage à celui qui en fut un architecte du c?ur.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je suis très touché de cette très belle intervention ainsi que de celle de Georges SARRE.
La parole est à Mme de FRESQUET.
Mme Elisabeth de FRESQUET. - Monsieur le Maire, chers collègues, le débat que nous avons aujourd'hui au sein de notre Conseil doit échapper aux vaines polémiques et à la surenchère médiatique.
Honorer François Mitterrand, premier et dernier Président de la République à avoir accompli deux septennats, est juste et légitime.
Le consensus existe ; il est donc nécessaire de ne pas le compromettre par des propositions controversées et discutables.
Débaptiser le quai des Tuileries et celui du Louvre, au prétexte que l'ancien Président aimait vivre et se promener dans Paris, n'a que le sens que vous cherchez à lui donner.
Certes, François Mitterrand adorait flâner le long des rives de la Seine à la recherche d'un livre rare ou d'une inspiration. Ce promeneur infatigable connaissait chaque pierre et chaque lieu, jusque dans leurs histoires intimes. Il savait aussi que le nom des rues n'est pas attribué par hasard et qu'il y a entre ces noms et ces rues un lien indéfectible et particulier.
Si le quai des Tuileries et le quai du Louvre s'appellent comme cela depuis 1731 et 1804, c'est parce qu'il ne peut en être autrement, l'histoire de France ayant ici imprimé sa marque pour toujours.
Vous cherchez un symbole à la hauteur des ambitions culturelles de François Mitterrand pour la Capitale et vous pensez l'avoir trouvé avec la proximité du Grand Louvre, sauf que vous restez à la périphérie, j'oserais dire sur la rive, l'attribution du nom de l'ancien Président de la République au plus beau musée du monde se heurtant à un interdit tout à la fois technique et intellectuel.
J'en déduis d'ailleurs que vous avez jeté votre dévolu sur ces quais par défaut comme par facilité, l'absence de riverain favorisant grandement les choses. Sauf que vous touchez là le c?ur même de Paris, dans ce qu'il a de plus précieux et qui appartient au patrimoine mondial de l'humanité.
Je ne pense pas que François Mitterrand lui-même aurait apprécié ce choix. Je pense même qu'il l'aurait combattu, parce qu'il aimait que chaque chose soit à sa juste place.
François Mitterrand a voulu inscrire Paris dans la modernité. Son nom est attaché à des projets architecturaux qui ont changé le visage de notre ville, à l'Ouest avec la Grande Arche, à l'Est avec la TGB et le Ministère des Finances. C'est de ce côté qu'il aurait fallu regarder, là où le consensus et le bon sens se rejoignent.
J'ajoute que le précédent existe, le nom de Georges Pompidou étant naturellement attaché à Beaubourg et à la voie expresse. Un homme et son projet, voilà qui est cohérent.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Voilà qu'on est débordé par les porte-parole de François Mitterrand posthume.
Votre intervention est très respectable évidemment !
Je vous en prie, Madame de FRESQUET...
Mme Elisabeth de FRESQUET. - D'autant que vous avez le choix et que ce choix ne peut être contesté. Le parvis devant la Grande Arche est encore anonyme, le quai de Bercy peut être débaptisé sans difficulté, sans parler de la future passerelle qui reliera demain le parc de Bercy à la très grande Bibliothèque.
Voilà de quoi satisfaire, Monsieur le Maire, votre promesse électorale sans pour autant provoquer le trouble chez les Parisiens !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous écoute avec intérêt... il n'y a pas de promesses électorales. Nous ne sommes pas dans le domaine de la promesse électorale, Madame de FRESQUET. Je pense que vous l'avez compris ?
Mme Elisabeth de FRESQUET. - Oui, Monsieur le Maire, je veux bien retirer cette phrase.
Souvenez-vous de la polémique née du changement du nom de la place de l'Etoile. Pourquoi recommencer aujourd'hui avec les Tuileries et le Louvre quand des solutions alternatives existent ?
L'amour de Paris passe par le respect de son histoire et de la mémoire des lieux.
La position du groupe U.D.F. est donc simple : oui à l'hommage rendu au Président Mitterrand à condition que vous abandonniez votre proposition au profit d'une des suggestions que nous venons de vous formuler.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe Union pour la démocratie française).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
La parole est à M. LEGARET.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, l'hommage de Paris, Capitale de la France, aux anciens Présidents de la République disparus, est une tradition républicaine que tous les élus parisiens respectent.
Cette tradition a toujours, jusqu'à présent, été entourée de précautions qui ne sont pas réunies aujourd'hui.
Primo, l'hommage doit être fait lorsque le jugement de l'histoire a pris suffisamment de recul, ou comme vous le suggérez, Monsieur le Maire, de hauteur sur la personnalité qu'il s'agit d'honorer.
Secundo, une telle attribution doit réunir un large consensus et répondre aux attentes des habitants de Paris.
D'ailleurs c'est bien parce que cette condition-là n'est pas réunie, Monsieur le Maire, qu'au terme d'une longue explication que vous venez de nous fournir, vous avez démontré que vous avez été avant toutes choses à la recherche d'un endroit où il n'y avait pas d'habitants.
Il y a encore d'autres anomalies qui affectent le projet de délibération dont nous débattons aujourd'hui.
D'abord, et ce n'est pas votre habitude, Monsieur le Maire, la discrétion. C'est sans tambours ni trompettes que ce projet de délibération a été introduit. L'exposé des motifs est ainsi rédigé, que toute la biographie consacrée à François Mitterrand tient en deux paragraphes.
J'observe que c'est la première fois ce matin que vous venez nous parler de ce projet de délibération sur lequel vous allez vraisemblablement nous demander de délibérer dans quelques instants.
Est-ce cela l'hommage que l'on doit faire à une personnalité à laquelle vous êtes attaché ?
Et puis pourquoi le faire dans la précipitation ?
Vous avez rappelé, Monsieur le Maire, qu'en tant que Maire du 1er arrondissement, j'ai été averti par votre directeur de cabinet, et que le Conseil du 1er arrondissement a émis un v?u le 12 mai. Je vous ai écrit le lendemain 13 mai, et vous m'avez répondu le 21 mai pour me dire que la délibération serait introduite au mois de juin.
J'ai même lu, avec amusement, ce matin, dans la presse, que vous prétendez avoir différé ce projet de délibération d'un mois.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous ai confondu avec le Président de la République.
Je n'aurai pas dû faire cette confusion.
Le retard d'un mois, c'était à la demande du Président de la République, quand l'Elysée étudiait la question de la place du Carrousel. Je reconnais que je me suis trompé et vraiment cette erreur est inexcusable.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Il n'y avait aucune confusion possible. Cela démontre que le résumé des événements que vous avez fait tout à l'heure, n'est pas conforme à la vérité.
Un conseil d'arrondissement était convoqué le 2 juin. Je répète, Monsieur le Maire, qu'il n'était pas possible d'organiser une consultation des habitants, des riverains, des conseils de quartier, dans de telles conditions.
Oui, mes chers collègues, je considère que rien n'aurait été pire, sur un tel sujet, qu'une consultation tronquée, précipitée.
Une fois de plus, je suis obligé de rappeler, je l'ai déjà dit, que vous témoignez de votre allergie totale à la démocratie de proximité.
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste et du Mouvement républicain et citoyen).
Au surplus, puis-je relever que c'est la première fois que pour honorer une personnalité, on débaptise non pas une ancienne dénomination mais deux, et pas n'importe lesquelles. Le Louvre et les Tuileries appartiennent, comme l'a reconnu l'UNESCO, au monde et à l'humanité.
Enfin, est-il utile de rappeler que le nom de François Mitterrand a déjà été attribué à la grande Bibliothèque dans le 13e arrondissement et à la station de métro la plus proche ? Est-il judicieux - c'est une simple remarque d'ordre toponymique - pour les visiteurs de Paris, pour les touristes, d'avoir pour la même dénomination des implantations aussi éloignées ?
Monsieur le Maire, mes chers collègues, le choix est regrettable, et...
Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe. - Tout cela est mesquin !
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - ... la méthode exécrable. Ce n'est pas dans la polémique que l'on rend un hommage, or vous voyez bien, vous le constatez, la polémique est là, elle grandit, elle enflera encore.
Ecoutez, Monsieur le Maire, pour une fois, la voix de la raison en retirant ce projet de délibération, donnez, comme le disait François Mitterrand, du temps au temps, c'est-à-dire le temps de réfléchir, de dialoguer, et peut-être de convaincre. Aujourd'hui, parce que, comme beaucoup de Parisiens, les élus U.M.P. ne sont pas convaincus, ils ne prendront pas part à un tel vote, mais si vous maintenez ce projet de délibération vous refuserez de céder au bon sens, au terme d'une procédure précipitée, contraire aux attentes des Parisiens. On appelle cela le fait du Prince ! Certes, il s'agit de François Mitterrand, Prince incontesté de l'équivoque, mais vous déposerez ainsi une tache sur la mémoire d'un homme qui n'en a certes pas besoin.
(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur BOHBOT...
(Mouvements de désapprobation sur les bancs de la majorité municipale).
Vous savez, il y a des propos qui se passent de commentaires tellement ils emploient les mots pour qualifier les autres qui s'appliquent à ce qu'ils sont en train de dire !
M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Vous pourriez rappeler à M. LEGARET qu'il a été un des seuls à refuser de débaptiser la rue Alexis-Carrel. Vous êtes le seul dans cette enceinte...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Quand même, comme il y a beaucoup d'interruptions, je rappelle qu'effectivement une partie de cette Assemblée, quand j'étais dans l'opposition, que je demandais qu'on enlève le nom d'un personnage raciste, antisémite, Alexis Carrel, et qu'ensuite, par la conviction, en y prenant beaucoup de temps j'ai même proposé qu'on donne le nom de Jean Pierre-Bloch, Président de la LICRA, je n'ai pas convaincu tout le monde !
M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Surtout pas M. LEGARET !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Puisque vous en parlez, Monsieur AIDENBAUM, on a eu aussi le problème du Général Richepanse, le Général esclavagiste, c'était dans le 1er arrondissement, là aussi il y a eu des controverses et des polémiques évidemment !
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
Evidemment c'était du fait du Prince ! Fait du Prince ! Honteux, inadmissible, exécrable ! Je prétendais enlever le nom d'un Général esclavagiste pour mettre celui d'un grand musicien métisse, sauf que certains élus ont une spécialité, à un endroit ils polémiquent, attisent une forme de haine, et sur le terrain, quand les citoyens y compris de leur électorat viennent vous encourager au changement, à l'évolution, à la transparence, au respect des uns et des autres, là ils sont là avec vous pour partager les poignées de mains, et dans un climat extrêmement aimable, auprès des électeurs, quand les électeurs vous renvoient quelque chose de positif, pour la démocratie, avec sa diversité, tout d'un coup il n'y a plus ce ton haineux, exécrable, ai-je envie de dire !
(Applaudissements sur les bancs de la majorité municipale).
Je donne la parole à M. BOHBOT...
M. Hervé BENESSIANO. - Vous oubliez M. Claudius Petit qui est un grand résistant de la Seconde guerre mondiale qui, dans cette Assemblée, n'a pas retrouvé sur tous les bancs de cet hémicycle le respect qui lui était dû.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci d'avoir cité le nom de M. Claudius Petit qui est un homme remarquable dont je pense que le nom, l'histoire, les actes doivent être honorés. Je ne distingue pas, selon que les gens ont été à droite ou à gauche, chers collègues !
Je suis maire, j'essaye de faire mon boulot, et moi quand il y a des personnages qui sont des grands personnages de notre vie collective, qu'ils aient eu des engagements à droite ou à gauche, si ce sont comme Claudius Petit de grands résistants, des héros de notre vie collective, je l'affirme et le proclame !
Maintenant la parole est à M. BOHBOT.
M. Jack-Yves BOHBOT. - Monsieur le Maire, "qu'est-ce que la mémoire ?" s'interrogeait Marguerite Yourcenar. C'est la trace que les événements du passé laissent en nous. Je pense, personnellement, qu'il est trop tôt pour s'interroger aujourd'hui sur l'héritage que laissera l'ancien Président de la République, François Mitterrand, à la postérité. Trop tôt pour se prononcer tant l'image qu'il nous a laissée est floue et ambiguë.
Malheureusement, l'histoire de sa vie, ses hésitations, si courtes soient-elles, ses terribles engagements politiques de l'année 1942, n'en demeurent pas moins révélatrices d'un moment crucial de l'histoire de notre pays.
Nous avons tous en mémoire la participation de François Mitterrand en 1942 auprès du Gouvernement de Vichy, au Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre, engagement qui sera récompensé par la remise de la francisque n° 2022, la plus haute distinction de l'Etat français de Vichy par le maréchal Pétain lui-même.
Faut-il rappeler, Monsieur le Maire, qu'en 1942 une lutte sans merci est menée depuis deux ans par les autorités de Vichy pour traquer les juifs de Paris ! Dès juillet 1940, le sort des juifs de Paris est scellé : ils sont exclus de la fonction publique, et les enseignants juifs doivent abandonner leurs classes à la rentrée.
Le 3 octobre 1940, le Conseil des Ministres de Vichy décrète le premier statut des juifs, suit une série de mesures restrictives et infamantes.
M. Christophe CARESCHE, adjoint. - C'est inacceptable !
M. Jack-Yves BOHBOT. - Des fonctions sont interdites aux juifs, haute administration...
M. Alain DESTREM. - Faites respecter l'ordre, dites aux autres de se taire !
(Mouvements de désapprobation sur les bancs de la majorité municipale).
M. Pierre CASTAGNOU, maire du 14e arrondissement. - C'est un tribunal ici ! C'est une honte !
M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Qui a fait de PAPON un Ministre ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - M. PAPON a siégé ici à la demande du Général de Gaulle, hélas, je ne peux pas appeler Pierre de Bénouville pour venir dire la vérité et pourtant c'était aussi un adversaire politique notamment dans le 12e, je l'estimais beaucoup, c'est vrai que s'il était présent... C'est vrai que je ne peux pas appeler M. Couve de Murville dont je respecte la mémoire qui a été Conseiller de Paris, qui a été aussi à Vichy, peut-être qu'il faudrait qu'on soit tous un peu plus... Jean-Pierre, si tu as des idées, garde-les...
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Je pensais à Couve de Murville !
M. LE MAIRE DE PARIS. - ... qui a été Conseiller de Paris pendant très longtemps ! D'autant que François Mitterrand après, a été dans les rues de Paris un résistant exceptionnel qui a fait preuve de courage physique et moral comme résistant.
Cela aussi, c'est dans l'histoire !
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste et du Mouvement républicain et citoyen).
On va laisser poursuivre M. BOHBOT. Que voulez-vous...
M. Jack-Yves BOHBOT. - Merci, Monsieur le Maire.
Suit une liste d'interdictions, de mesures restrictives, vous le savez, infamantes, et fonctions et mandats qui sont interdits aux juifs : la haute administration, les grands corps de l'Etat. Ils se voient également bannis de certaines professions comme le journalisme, la littérature, le cinéma, le théâtre et les arts. Quelques intellectuels (quelques rares intellectuels) s'insurgent contre ces positions, comme Jean Guehenno écrivant, à la date du 19 octobre 1940 : "Le Gouvernement de Vichy publie ce matin le statut des juifs en France. Nous voilà antisémites et racistes. Je me sens plein de honte".
Le décret de mai 1942 institue à partir du 7 juin le port de l'étoile jaune pour tout juif âgé de plus de 6 ans.
M. Pierre CASTAGNOU, maire du 14e arrondissement. - On le sait !
M. Christophe GIRARD, adjoint. - C'est honteux !
M. Jack-Yves BOHBOT. - Une étape est franchie dans la descente aux enfers lors de la grande rafle parisienne du 16 juillet 1942, avec le concours de la police française. 13.000 juifs seront arrêtés.
(Vives protestations sur les bancs de la majorité municipale).
La contribution de Vichy à la déportation n'est plus à démontrer.
M. Christophe GIRARD, adjoint. - Honteux !
M. Jack-Yves BOHBOT. - La rafle du Vel d'Hiv en apporte la preuve.
M. Christophe GIRARD, adjoint. - Voyou !
M. Jack-Yves BOHBOT. - Tout cela, le fonctionnaire zélé de Vichy, François Mitterrand ne pouvait l'ignorer.
Alors devons-nous, Monsieur le Maire, oublier Vichy ? Pour moi comme pour beaucoup de Parisiens, comme pour beaucoup de Français et comme le disent si bien les historiens Jean-Pierre AZEMA et Olivier WIEWORCKA, Vichy reste un passé qui ne passe pas.
Je le dis sans haine et sans colère, mais le choix de François Mitterrand d'être au côté des autorités maréchalistes de Vichy alors qu'au même moment à Paris la police française, sous les ordres de son ami René Bousquet, se livrait à l'attaque et à la chasse aux juifs, ne passe pas.
En conscience, je voterai contre ce projet de délibération.
(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Très bien !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Chers collègues, j'écoute vraiment tout et je ne peux pas empêcher qui que ce soit de parler, simplement je n'aime pas qu'on torde l'histoire. L'histoire est complexe, je le rappelais tout à l'heure, et il faut essayer, pour en comprendre les dessous, de la comprendre honnêtement.
Par rapport à l'histoire que vous évoquez, à cette période le plus cruelle pour nous, Parisiens, le fait est qu'il y a eu très longtemps un Préfet de police qui s'appelait PAPON et, moi, je ne reproche pas au Général de Gaulle de l'avoir nommé. Je sais que François Mitterrand a été à Vichy, je sais aussi - vous n'avez pas cité Marguerite Duras - qu'il a été totalement héroïque dans les réseaux de la Résistance, avec Chaban-Delmas...
(Mouvements divers sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
... S'il vous plaît, il y a quelques personnes qui n'ont pas vécu cette période et qui s'agitent, mais est-ce que vous avez trouvé un seul résistant qui porte ce genre d'accusation contre François Mitterrand ? Ne savez-vous pas, Monsieur BOHBOT, au nom de l'histoire, que quand en 1965 François Mitterrand s'est présenté contre le Général de Gaulle, des collaborateurs du Général de Gaulle lui ont proposé d'utiliser dans la campagne électorale la question de la francisque...
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - C'est vrai.
M. LE MAIRE DE PARIS. - ... et que le Général de Gaulle, qui connaissait l'histoire, qui connaissait cette période, qui savait tout cela - ceux qui avaient été d'abord à Vichy, puis résistants - et qui était mieux placé que vous, Monsieur BOHBOT, pour savoir ce qu'était l'histoire de ce pays, le Général de Gaulle a refusé même que l'argument de la francisque soit employé ?
Voyez, je vous rappelle ce genre de chose parce que l'histoire est faite par des grands personnages et pas par, j'allais dire, les tribuns de pacotille que nous sommes. L'histoire se fait parfois avec son sang, elle se fait parfois avec la quasi-certitude de la mort. Les personnages dont nous parlons ont connu cela, les Ghislain de Benouville, les Chaban-Delmas, les Rol-Tanguy, les François Mitterrand. Quels qu'aient été avant les choix, à un moment donné ils ont été face à : "Est-ce que ma conviction m'amène à prendre ce risque, le risque suprême pour la vie ?"
Eh bien ! Par rapport à l'antisémitisme, par rapport à ce qu'a été la période 1940-1945, François Mitterrand a pris ce risque majeur, avec sa vie comme arme principale de sa conviction. Ils étaient nombreux, mais François Mitterrand dans la Résistance était un de ceux-là.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste et du Mouvement républicain et citoyen).
La parole est à Christian SAUTTER.
M. Christian SAUTTER, adjoint. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, j'ai eu l'honneur et le bonheur de travailler auprès de François Mitterrand pendant sept ans et, malgré cette proximité, je ne me permettrai pas de porter, comme certains, un jugement péremptoire sur cet homme d'Etat qui était aussi un homme avec ses qualités et ses défauts. Comme cela a été dit, seule l'Histoire le jugera.
Mais je soulignerai après d'autres quelques grandes actions de ce Président.
François Mitterrand a confirmé la vocation européenne de la France par cette phrase symbolique : "L'Europe est notre avenir, la France est notre Patrie".
Dès son élection, François Mitterrand a voulu rétablir les rapports déséquilibrés entre les pays du Nord et les pays du Sud et il a été fait allusion à son discours de Cancun. Il a dit : "Aider le Tiers-monde, c'est s'aider soi-même". Et je pense que François Mitterrand a été, après Pierre Mendès-France, un pionnier de ce que l'on appelle aujourd'hui le commerce équitable.
J'ajouterai, cela n'a pas encore été dit, que François Mitterrand a permis que l'on crée des radios libres. Il est difficile pour les plus jeunes d'entre nous de se souvenir que, dans les années 70, créer une radio libre forçait la police à intervenir. On ne pouvait pas à l'époque défier l'information officielle.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
Et je terminerai cette brève intervention par l'essentiel : François Mitterrand a aboli la peine de mort et cette décision à elle seule justifie, à mes yeux, que Paris l'honore.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement républicain et citoyen).
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Alain LE GARREC.
M. Alain LE GARREC. - Merci, Monsieur le Maire.
Mes chers collègues, attribuer un nom à une rue de Paris est une responsabilité de notre Assemblée, je crois que c'est aussi un honneur. Cet honneur, mes chers collègues, nous l'avons souvent sollicité et nul doute que nous le solliciterons de nouveau. Il ne nous appartient pas de décider si, au cours des années qui vont venir, tel ou tel sera plus grand ou moins digne. L'histoire s'en chargera et l'histoire sait donner du temps au temps. Elle a souvent fait, d'ailleurs, d'étranges détours.
Qui peut dire ici que François Mitterrand n'a pas été élu deux fois Président de la République au suffrage universel, en 1981 et 1988 ?
Certains de nos collègues nous disent "oui" pour qu'une voie porte le nom de François Mitterrand... mais pas ici. Puis d'autres disent "oui" pour qu'une voie porte le nom de François Mitterrand... mais pas maintenant.
Nous souhaitons, nous, Monsieur le Maire, que ce soit ici et maintenant !...
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement républicain et citoyen).
"Le Président Mitterrand a débordé sa propre vie, il a épousé son siècle, plus de 50 ans passés au c?ur de l'arène politique, au c?ur des choses en train de s'accomplir". C'est par ces mots que Jacques CHIRAC lui rend hommage le lendemain de sa mort, le 8 janvier 1996.
Cela fait plus de sept ans que François Mitterrand nous a quittés et certains sont encore en train de discuter de l'opportunité.
Je n'ai pas le souvenir que, quand il s'est agi d'abolir la peine de mort, il ait lui, recherché une opportunité.
Quand il s'est agi, et Christian SAUTTER le rappelle, de donner la liberté aux radios périphériques, lui, qui avait été mis en examen pour s'y être exprimé, il aurait trouvé alors une opportunité ?
Enfin, laissons les biographes et les historiens travailler. Quand il s'est agi de rendre au Louvre la plénitude de son volume et d'en débarrasser les voitures agglutinées comme sur un parking de supermarché - je reprends ses propres mots - il a utilisé, je vous l'accorde, l'opportunité d'être devenu Président de la République pour donner à Paris le symbole des cultures et des arts qu'elle n'avait plus.
Il y avait là l'opportunité de placer Paris au c?ur du monde, il l'a saisie. Certains dans cette Assemblée ou ailleurs en discuteraient peut-être encore.
Nous proposons de dénommer une partie du quai du Louvre pour lui substituer le nom de François Mitterrand et rappeler ainsi que si le Louvre est aujourd'hui ce qu'il est, ce n'est pas parce qu'on y accède par le quai du Louvre, mais parce qu'un Président de la République qui s'appelait François Mitterrand a décidé que le Louvre deviendrait le musée qu'il devait être.
N'est-ce pas une raison suffisante pour que l'un indique le chemin de l'autre ? Pour moi, si !
Mais nous ne voulons pas, cela a été rappelé, troubler le sommeil des seuls habitants du quai du Louvre : une portion gardera ce nom. Il restera encore dans le 1er arrondissement, car à lire certaines pétitions, cela devenait le chaos, la rue du Louvre, amputée en 1972 par l'Amiral de Coligny, grand oublié de l'histoire parisienne, la place du Louvre, la porte du Louvre et le port du Louvre. La nostalgie restera donc ce qu'elle est.
Enfin, je voudrais rappeler, et cela ne l'a pas été ici, que le 1er mai 1995, un des derniers gestes du Président François Mitterrand en notre nom, sur les berges en contrebas du futur quai François Mitterrand, fut de jeter un bouquet de muguet dans la Seine, en souvenir de Brahim Bouarram, disparu plus tôt dans la journée à cet endroit. Il y a aujourd'hui une plaque, dorénavant la géographie du lieu liera ces deux hommes et leur souvenir.
Monsieur le Maire, en écrivant ce petit texte hier soir, je me demandais si François Mitterrand n'aurait pas souhaité que nous nous divisions un peu sur cet hommage..., ou peut-être pas. Nous ne le saurons jamais.
Je terminerai par une citation de François Mitterrand : "Un socialiste, un écologiste, c'est d'abord quelqu'un qui aime et qui combat pour ce qu'il aime".
Merci.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci de cette très belle intervention, ce qui veut dire qu'on peut être ou avoir été rocardien et être collectif.
D'ailleurs sous forme de taquinerie, je dirai que c'est difficile de se réclamer de l'héritage de ROCARD et de jeter le deuxième septennat de François Mitterrand car c'est quand même pendant le deuxième septennat que M. ROCARD a été Premier Ministre assez longtemps ! Il faudra mettre un peu de cohérence, certains, dans les arguments !
Pour répondre au nom de l'Exécutif...
Qu'est-ce qui vous arrive ? Monsieur LEGARET, honnêtement, je crois qu'on en a entendu assez !
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je demande la parole pour fait personnel.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous avez le cuir fragile et vous ne voulez pas que les autres aient le cuir fragile !
Allez-y ! Après, Jean-Pierre CAFFET répondra.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je vous remercie.
Je voulais dire à M. AIDENBAUM qui m'a mis en cause tout à l'heure que, contrairement à ce qu'il a affirmé, j'ai voté le projet de délibération attribuant le nom d'une rue à Jean Pierre-Bloch et que j'étais d'ailleurs, sous une froide pluie, avec vous, le jour de l'inauguration de la rue Jean-Pierre-Bloch. Je tenais à le rectifier.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Pierre AIDENBAUM, vous n'avez pas la parole, même si je rappelle que vous étiez avec François Mitterrand quand il est allé jeter ces fleurs à la mémoire de Brahim Bouarram.
Dont acte, Monsieur LEGARET. En tout cas, ce que vous ne pourrez pas rectifier c'est que lorsque j'ai proposé à l'opposition d'enlever le nom d'Alexis Carrel ou de Richepanse, vous ne nous avez pas soutenus !
Je donne la parole à Jean-Pierre CAFFET.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Merci, Monsieur le Maire.
Tellement de choses ont été dites ce matin à propos de ce débat que je répondrai rapidement aux différents orateurs.
Je voudrais commencer par dire qu'à deux reprises, le Conseil de Paris a pu se rassembler pour honorer la mémoire de Pierre Mendès-France et de Jacques Chaban-Delmas, même si, en ce qui concerne Jacques Chaban-Delmas, un certain nombre de difficultés matérielles en relation avec l'Assemblée nationale doivent être encore aplanies. Mais nous avions su nous rassembler.
On aurait pu espérer ce matin que, pour honorer la mémoire de François Mitterrand, ce fût également le cas.
Apparemment, compte tenu de ce que j'ai entendu, ce ne le sera pas.
A croire décidément que François Mitterrand, sept ans après sa mort, déclenche beaucoup de passion. Que dis-je de passion ? Après ce que j'ai entendu, c'est parfois plus que de la passion : c'est souvent de la haine, du moins dans la bouche de certains orateurs.
Je ne veux pas revenir très longuement sur ce qu'a dit M. BOHBOT et l'évocation de l'année 1942. Mais, Monsieur le Maire, vous avez eu raison de citer Maurice Couve de Murville car, apparemment, sur certains bancs, ce qu'on a pu pardonner à Maurice Couve de Murville, qui est resté plus longtemps, significativement plus longtemps dans le régime de Vichy que François Mitterrand, et dont Charles de Gaulle a fait un Premier ministre, on ne le peut pas pour François Mitterrand.
(Mouvements divers sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
Il est resté plus longtemps à Vichy que François Mitterrand. Relisez vos livres d'histoire, Monsieur LEBEL !
Si un jour, il fallait honorer la mémoire...
(Mouvements divers sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
... Est-ce que je peux répondre ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - Jusqu'où va aller l'intolérance ?
Il y a quelque chose qui ressemble à de la haine. Beaucoup de choses ont été dites.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Si un jour il fallait honorer Maurice Couve de Murville, je ne verrais pas d'inconvénient, à titre personnel, à lui donner le nom d'une rue malgré son passé.
Quels sont les arguments que l'on emploie ?
Alain LE GARREC les a rappelés : "ce n'est pas le lieu", "ce n'est pas le moment".
Qu'entendons-nous dire : "Tout, mais pas là, on ne peut pas débaptiser une partie, une petite partie simplement du quai du Louvre ou du quai des Tuileries parce qu'ils s'appellent de la sorte depuis 1731 pour l'un et 1804 pour l'autre", comme si l'histoire s'était arrêtée en 1731 ou en 1804 !
Cet argument n'a aucun sens et si ce lieu a été choisi, ce n'est pas parce que François Mitterrand avait coutume de s'y promener, mais simplement, parce que sans la volonté politique de François Mitterrand de transformer un ancien Ministère des Finances en un musée, probablement l'un des plus grands du monde, le Louvre aujourd'hui ne serait pas ce qu'il est.
Faisons justice de cet argument du lieu.
L'argument du temps : ce n'est pas le moment. Que nous dit M. LEGARET. "Attendons le jugement de l'Histoire". Nous retrouvons bien là M. LEGARET qui a tendance souvent à confondre son propre jugement avec celui de l'Histoire. Non, Monsieur LEGARET, vous n'êtes pas le seul dépositaire du jugement de l'Histoire. Je crois quand même - je ne dis pas que l'Histoire a tranché, comme dit Jean VUILLERMOZ - que rendre hommage à François Mitterrand n'est pas véritablement déshonorant du point de vue de l'Histoire.
Autre argument : les modalités, à savoir les conseils de quartier n'ont pas été consultés. Je voudrais simplement rappeler puisqu'il n'y a que M. LEGARET qui utilise cet argument, que quand il s'est agi de débaptiser la rue Alexis-Carrel pour lui donner le nom de Jean Pierre-Bloch, M. LEGARET n'a pas demandé une large consultation et concertation. C'était sans doute une sage précaution de votre part, Monsieur LEGARET.
Voilà pour les arguments utilisés auxquels je voulais répondre.
S'il m'est permis, Monsieur le Maire, de terminer mon intervention par une citation relativement courte, dont je donnerai l'auteur après l'avoir lue.
Ce texte dit : "François Mitterrand, c'est une volonté. Volonté de servir certains idéaux. La solidarité et la justice sociale. Le message humaniste dont notre pays est porteur, et qui s'enracine au plus profond de nos traditions. L'Europe, une Europe dans laquelle la France, réconciliée avec l'Allemagne et travaillant avec elle, occuperait une place de premier rang. Mais aussi une façon de vivre notre démocratie. Une démocratie moderne, apaisée, grâce notamment à l'alternance maîtrisée, qui a montré que le changement de majorité ne signifiait pas crise politique. Et nos institutions en ont été renforcées.
En politique, François Mitterrand fut d'abord profondément respectueux de la personne humaine, et c'est pourquoi il décida d'abolir la peine de mort. Respectueux aussi, des droits de l'homme : il ne cessa d'intervenir partout où ils étaient bafoués. Ses choix étaient clairs, et il les a toujours faits au nom de l'idée qu'il se faisait de la France".
Ce texte se termine par : "A l'heure où François Mitterrand entre dans l'Histoire, je souhaite que nous méditions son message".
Ces propos, ces lignes, ne sont pas de moi, mais de Jacques CHIRAC. Elles ont été prononcées le 8 janvier 1996, le jour du décès de François Mitterrand.
Comme disait mon collègue Alain LE GARREC, qui citait tout à l'heure "Ici et maintenant", je voudrais moi-même faire référence à "La paille et le grain". La paille, c'est la basse polémique que nous avons entendue parfois ce matin. Le grain, c'est peut-être la manière dont François Mitterrand a servi son pays.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et "Les Verts").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Avant de mettre aux voix le projet de délibération, je voudrais d'abord remercier les orateurs. Bien sûr, et je ne veux pas être hypocrite, il y a des interventions qui m'ont beaucoup plus touché que d'autres. Peu importe, vous savez. Je ne sais pas si ce débat va rester historique.
En revanche, je sais que François Mitterrand dans l'Histoire de ce pays, et il l'a beaucoup marquée, n'a jamais laissé indifférent.
Quelque part, je pencherai, si jamais il y a interrogation, pour une forme de malice et de plaisir à voir qu'encore il suscite autant d'énergie, autant de volonté de s'exprimer. En même temps, c'est vrai que dans sa vie politique (et il n'est pas le seul d'ailleurs) il a subi souvent la haine.
Je crois qu'il faut que notre République, notre société civilisée, sache distinguer la polémique, la contradiction, la critique sévère de l'injustice et de la haine. Et je crois qu'il faut rendre justice à François Mitterrand. Rendre justice à François Mitterrand, ce ne sera pas supprimer sa dimension humaine. Mais rendre justice à François Mitterrand, c'est incontestablement admettre, poser quels que soient nos sentiments personnels, l'?uvre immense et les changements importants introduits dans ce pays grâce à lui.
J'ajoute que, si on n'a pas pu trouver le consensus de tout le Conseil de Paris, je me réjouis pour la République d'avoir cherché à discuter et à entendre le chef de l'Etat actuel. Je ne sais pas encore comment se fera cette inauguration du quai François Mitterrand, si tout à l'heure notre Assemblée le vote. Je voudrais qu'il y ait une forme d'honnêteté intellectuelle et cela m'ennuierait que le jour de la mort de François Mitterrand tout le monde l'aime, que le jour où l'on inaugure le quai François-Mitterrand, tout le monde l'adore et qu'entre temps on entende des choses difficiles à entendre pour ceux qui ont été, effectivement, ses amis, ses ministres, ses collaborateurs et tout simplement des citoyens engagés dans cette grande aventure respectable.
Chers amis, et dans le fond si François Mitterrand ne laisse pas indifférent, est-ce pour cela que tant d'hommes politiques, j'allais dire de gauche et de droite, presque surtout de droite, cherchent à s'inspirer de son talent, de son envergure peut-être ? Regardez le nombre de personnalités qui exercent des responsabilités importantes ou qui aspirent à les exercer et qui semblent prendre François Mitterrand comme modèle. Il doit y avoir quand même une explication dans tout cela, et je doute qu'elle ne soit que dans la psychanalyse.
En tout cas, chers amis, moi je veux vous dire que François Mitterrand aimait Paris. Il avait d'ailleurs une relation très ambiguë avec Paris puisque j'ai eu beaucoup l'occasion de parler, y compris de mon implantation à Paris avec lui puisque j'étais sans doute le seul provincial qui venait à Paris et qui était candidat à des élections à Paris en venant de province.
François Mitterrand était de Saintonge et de la Nièvre par la naissance et par les choix et, en même temps, il était tellement de cette ville, de son histoire qu'il adorait, y compris avec ses aspects les plus controversés, de ce que la poésie, la littérature trouvaient comme inspiration à Paris, mais aussi portaient après au nom de Paris.
François Mitterrand, et cela en a frappé beaucoup, avait une relation de simplicité avec cette Ville. Il n'avait pas une relation de notable, il avait une relation de familiarité, une relation charnelle, y compris quand il était Président de la République et, en même temps, il n'en a jamais été l'élu alors qu'il la connaissait sans doute, cette Ville, mieux que beaucoup d'entre nous.
Voilà. Je crois donc que, dans ce vote, nous ferons à la fois notre devoir en toute rationalité, pour certain d'entre nous. Ce sera aussi un acte qui aura une sensibilité et une subjectivité très fortes, en tout cas je suis sûr qu'en donnant le nom de François Mitterrand à un lieu emblématique de Paris, nous sommes dans la continuité de l'Histoire, de la République, de ce qu'est François Mitterrand et, ce qui importe le plus dans notre mandat, de ce qu'est Paris.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et "Les Verts").
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 118.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2003, DU 118).
Nous passons maintenant à la suite de notre ordre du jour. Nous allons examiner les voeux n° 19 et n° 20 qui ne se rapportent à aucun projet de délibération.
(M. Christophe CARESCHE, adjoint, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je vais suspendre la séance trois minutes le temps de reprendre ses esprits.