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Avril 1999
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Conseil Général
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7 - 1999, ASES 48 G - Politique de la ville. - Subvention à l'Association culture berbère (20e). - Montant : 20.000 F

Débat/ Conseil général/ Avril 1999


M. Philippe LAFAY, président. - Nous passons au projet de délibération ASES 48 G relatif à la politique de la ville. Subvention à l'Association culture berbère, 20e. Montant 20.000 F.
Je donne la parole à Mme DURAND.
Mme Françoise DURAND. - Monsieur le Président, mes chers collègues, vous nous proposez d'attribuer une subvention de 20.000 F à l'association de culture berbère, 37 bis rue des Maronites, Paris 20e.
Nous sommes, naturellement, favorables à cette subvention mais compte tenu du dynamisme de cette association, de ses projets pour 1999, de son efficacité dans l'intégration des populations immigrées à la société française, nous pensons que la subvention devrait être plus importante.
La croissance du nombre des adhérents de l'association de culture berbère est constante depuis 1994 et son audience dépasse largement le nombre de ses adhérents. Celle-ci pourrait être encore accrue avec plus de moyens, au regard du potentiel démographique que représente la communauté berbérophone. Les attentes sont nombreuses sur le plan social et culturel et sont liées, pour certaines, aux conséquences de la crise algérienne.
Si l'association vise à valoriser la culture berbère, elle entend s'appuyer sur les valeurs républicaines et laïques qui rassemblent dans un contexte de dérive identitaire et de délitement du lien social. Elle veut être une association citoyenne c'est-à-dire une structure active de la vie démocratique locale, qui incite ses adhérents et les réseaux d'associations dans lesquels elle s'insère à jouer ce rôle.
L'association édite une publication intitulée " actualités culture berbère " qui contribue à l'intégration. Elle offre des informations qui font comprendre la trajectoire migratoire en France et qui permettent à chacun de mieux appréhender sa propre intégration. L'objectif est de refuser une logique identitaire exclusive pour vivre des identités plurielles, sans contradictions insurmontables. Il s'agit de fournir des exemples d'adaptation, d'ouverture, d'échange.
Les activités de l'association sont multiples et convergent toutes vers les objectifs qui viennent d'être énoncés. Elle anime un atelier de soutien scolaire pour les enfants après l'école. Elle leur propose une bibliothèque, des activités informatiques, des jeux. Elle dispose d'un club de football qui est fréquenté par environ 120 membres. Elle organise des soirées littéraires, des séminaires d'histoire de la civilisation notamment sur les femmes, sur le code de la famille, des cours de langues pour les adultes et les enfants. Elle dispose d'un atelier de théâtre, d'un atelier de danse. Elle aide à la création d'autres associations. Elle mène une action sociale pour l'information des jeunes et des adultes par des permanences juridiques, et d'aide à la recherche d'un emploi.
Cette association extrêmement dynamique dans tous les domaines a plus de la moitié de ses adhérents qui ont moins de 35 ans et recrute toujours plus parmi les enfants. Elle mérite donc d'être davantage aidée financièrement par la Ville ainsi que dans la recherche de locaux plus grands, les locaux actuels étant devenus trop petits.
Au-delà de l'association de culture berbère, je terminerai cette brève intervention en demandant à nouveau à la Ville une politique cohérente et d'ensemble pour l'intégration des populations immigrées. Il faudrait mener une réflexion plus générale sur la politique de la Ville en la matière. Il faudrait recenser les besoins, les problèmes d'alphabétisation, les problèmes juridiques, les problèmes relatifs au statut personnel et familial (décès, mariage, héritage, divorce) les problèmes d'insertion professionnelle.
Un programme et un calendrier devraient être mis en place rapidement.
M. Philippe LAFAY, président. - Je vous remercie, Madame.
Je donne la parole maintenant à M. MESMIN.
M. Georges MESMIN. - Notre position est exactement semblable à celle que je rappelais pour l'association précédente sur les communautés africaines. Nous sommes contre l'engagement de la Ville dans le soutien des associations qui ont un caractère communautariste car nous pensons que ce n'est pas un bon moyen pour éviter les ghettos, bien au contraire, cela les favorise.
Nous sommes extrêmement sceptiques en entendant parler de laïcité ou de caractère citoyen de ces associations qui, en fait, sont là pour favoriser, au contraire, la création voire le maintien d'un système de ghetto.
M. Philippe LAFAY, président. - Merci.
La parole est à M. HUBIN.
M. Jean-Philippe HUBIN, vice-président. - Entre l'enthousiasme de notre collègue qui est intervenue en premier et la position très négative de M. MESMIN qui vient d'intervenir, nous, nous avons une position qu'on espère être un peu intermédiaire parce que, sur le plan personnel (Mme BRAQUY, qui connaît l'activité de cette association dans le 20e nous le disait encore), nous ne pouvons qu'être tout à fait favorables à ce qu'il y ait des associations qui développent la culture berbère, comme d'autres la culture basse-normande ou de haute-Bretagne.... Pardon ? Vache normande ? Non, non, basse-normande.
On n'a absolument rien contre la culture berbère. Néanmoins, nous trouvons que la Ville de Paris n'a pas vocation à subventionner ces associations de façon systématique.
Ce qui est ennuyeux dans cette association c'est que, pour moi, une association, ce sont des gens qui se réunissent bénévolement et qui contribuent à la promotion de ce qu'ils croient être leur idée, leurs origines, leur culture personnelle. J'insiste sur le mot " bénévolement ".
En l'occurrence, le bénévolat, je ne le vois pas beaucoup parce que le budget 1997 de cette association, qui s'élève à 1,5 million de francs, est représenté à plus de 60 % par des frais de personnel. Cela veut dire que l'association consiste à payer des gens.
Je constate, dans le plan qui nous est proposé, que pour 237.000 F de dépenses spécifiques que nous voulons soutenir, il y a 60 % de dépenses de personnel également. On se demande si cette association vise à aider le développement de la culture berbère ou simplement à aider les gens qui la constituent.
A cet égard, sur le plan strictement financier, je suis un peu inquiet parce que ce n'est pas la vocation normale de la Ville d'aller subventionner de façon indirecte des personnes pour avoir une activité qui s'apparente à une activité privée qui, là, n'a rien à voir avec les objectifs de la Ville de Paris.
Pour ma part, comme je suis partagé, ne sachant pas très bien comment conclure, j'annonce notre propre abstention sur ce sujet, en souhaitant que la Ville de Paris définisse de façon claire ses objectifs. Si une association a une activité sociale, on voit bien pourquoi on peut la subventionner. Si elle a une activité de défense culturelle, on ne voit pas du tout, et je rejoins M. MESMIN, pourquoi il faudrait que nous, nous la subventionnions car, à ce moment-là, c'est une activité privée.
On est entre les deux et on ne sait pas trop si, véritablement, il n'y a pas une petite utilisation un peu abusive des dépenses publiques pour couvrir des activités qui sont tout à fait privées.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "Union pour la Démocratie à Paris").
M. Philippe LAFAY, président, au nom de la 5e Commission. - Je vais répondre rapidement à l'ensemble des orateurs.
Mme DURAND demande une augmentation de la subvention. Nous verrons d'abord l'activité de cette association au bout d'un an pour porter un jugement sur une éventuelle augmentation de cette subvention.
Je répondrai, comme tout à l'heure, dans le même sens à M. MESMIN. Bien sûr, la voie est étroite par rapport à une action où l'on doit s'impliquer directement dans la communauté et donc avoir accès à certaines techniques d'entrisme (dans le bon sens du terme) au niveau de cette association.
Je vais répondre un peu plus longuement à M. HUBIN en lui rappelant que la subvention est de 20.000 F. C'est donc une somme quand même relativement modeste.
La politique de la Ville, loin de s'inscrire dans une logique communautariste de développement séparé, consiste au contraire à favoriser résolument les efforts d'intégration des minorités dans la société française.
La communauté parisienne peut se réjouir de voir ce souci relayé par des associations à même de servir de trait d'union entre les cultures, comme c'est le cas pour l'Association culture berbère.
L'association anime des services gratuits à caractère social tels que des permanences sociales assurées par une ancienne assistante sociale, des permanences juridiques dirigées par des avocats bénévoles. Une aide à la recherche d'emploi fonctionne quotidiennement. C'est ainsi que de nombreux C.V. et lettres de motivation sont rédigées au secrétariat de l'association. Des activités d'éveil, activités destinées à une centaine d'enfants comme le chant, la danse, la musique sont réalisées par l'association en complément d'une aide à la lecture.
L'excédent de l'association résulte d'une meilleure gestion en matière de coût d'exploitation des personnels.
Cependant, Monsieur HUBIN, la santé financière de l'association reste fragile en raison d'une situation nette négative à hauteur de 51.000 F, résultat d'ancien exercice comptable déficitaire.
Le taux de pourcentage des frais du personnel s'élève à 62 %, soit une proportion tout à fait normale vu l'encadrement nécessaire pour le bon fonctionnement des actions entreprises par l'association.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 48 G.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1999, ASES 48 G).