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Mars 2007
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par Mme BARANDA relatif à la maigreur des mannequins, dommageable à la santé.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2007


 

M. Yves CONTASSOT, adjoint, président. - Nous passons à l?examen du v?u référencé n° 76 dans le fascicule, déposé par Mme BARANDA, relatif à la maigreur des mannequins.

La parole est à Mme Violette BARANDA.

Mme Violette BARANDA. - C?est drôle comme cela fait sourire !

Comme nous le savons tous, Paris est incontestablement une capitale mondiale de la mode. La Ville de Paris joue un rôle majeur dans la promotion de ce statut, notamment en subventionner le Salon des jeunes créateurs, en primant les jeunes talents. Par ces activités, la Ville encourage ces nouveaux talents à venir s?installer à Paris. Elle contribue ainsi à développer notre économie.

Mais l?économie n?est pas une fin en soi : son développement doit avant tout permettre à l?individu de s?épanouir dans la société. La Ville de Paris aujourd?hui doit redevenir la première capitale de la mode, à condition d?être l?une des pionnières, à l?instar de Madrid, dans la défense des droits des mannequins.

En effet, le 12 février 2007, des mannequins trop maigres ont été empêchés par la région autonome de Madrid de participer aux défilés de mode. Le ministre britannique Tessa JWELL a applaudi cette initiative, rappelant le danger de ces ?images de beauté filiforme? pour la santé des jeunes filles. La Ville de Milan a annoncé des mesures analogues.

En effet, certains créateurs, peu scrupuleux, exigent de leurs mannequins de se conformer à des critères de maigreur ; ils mettent par la même la vie de ces très jeunes filles en péril de mort, comme l?a prouvé la mort du jeune mannequin brésilien des suites de son anorexie à la veille de son départ pour Paris. Ce drame fait renaître l?attention sur un des secrets les plus jalousement gardés dans le monde de la mode, et tout particulièrement dans les milieux de la haute couture parisienne qui fait, plus que partout ailleurs, le black-out sur le sujet.

Or, le centre de Paris est bien le siège de la plupart de ces maisons de couture et des agences qui fournissent ces mannequins. Je dois ajouter que, M. Didier GRUMBACH, Président de la Fédération française de la Haute couture a déclaré dans ?Le monde? du 12 septembre : ?C?est aux créateurs de décider de quels types de mannequins ils ont besoin. Cela ne se réglemente pas.? Il a ajouté que : ?si une telle mesure était prise en France, tout le monde rigolerait?.

Je ne vois pas du ce qu?il y a d?hilarant à vouloir interdire cela. Je trouve ces propos irresponsables. Les mannequins des défilés du monde sont des êtres humains, celles qui pèsent moins de 56 kilos et mesurent plus de 1,75 mètre, selon les normes de l?O.M.C., mettent leur vie en danger mais aussi véhiculent une image de formatage de maigreur qui contribue à renforcer une norme de beauté unique et impossible à atteindre. Aujourd?hui, la Française moyenne pèse 62 kilos pour un 1,62 mètre d?après les normes 2006.

Trop de femmes et de jeunes filles se ruinent la santé car elles croient que la maigreur est synonyme de beauté. Et j?ai envie de dire : oui, aujourd?hui, le ridicule tue !

C?est pour toutes ces raisons que je demande que le Conseil de Paris demande aux organisateurs des salons et défilés de mode de refuser d?employer des mannequins trop maigres dont la maigreur peut nuire à leur santé.

Je vous remercie.

M. Yves CONTASSOT, adjoint, président. - Madame COHEN-SOLAL, vous avez la parole.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, Madame BARANDA, juste un point d?ordre, vous semblez ignorer que Madrid et la province de Madrid ont organisateurs directement de défilés, ce qui n?est pas du tout la cas à Paris où les défilés sont organisés par des maisons de coutures qui sont d?ordre privé.

Mais au nom de l?Exécutif municipal, je donnerai un avis favorable à ce voeu tel qu?il est rédigé et nous ne manquerons pas de relayer ce message auprès des professionnels de la mode.

Pour aller plus loin dans votre sens, je pense que le problème de la maigreur des mannequins soulève en fait deux questions majeures : d?abord les conditions de travail de ces femmes, souvent très jeunes, et d?autre part du véritable problème de santé publique, lié à une fausse image de la femme véhiculée souvent par la mode et beaucoup par les médias.

La Ville a malheureusement peu de moyens d?action sur les conditions de travail des professionnels. Il faudrait en effet aller plus loin dans la législation du travail et notamment dans l?obligation de présenter des certificats médicaux récents, avant l?embauche, par tel ou tel couturier ou tel ou tel magazine. Il faudrait effectivement renforcer les contrôles en ce qui concerne les très jeunes femmes, qui sont prises de plus en plus jeunes comme mannequins, à 15, voire 14 ans, et qui souvent recrutées dans les pays de l?Est et viennent défiler dans la Capitale.

Ce sont d?ailleurs ces jeunes femmes qui posent le plus de problèmes en termes de santé ; elles sont souvent prépubères et donc pas encore formées ; elles vivent mal la transformation de leur corps qui pourrait les empêcher de travailler et donc de subvenir aux besoins de familles, souvent dans la pauvreté, et qui ont placé tous leurs espoirs en elles.

De plus, à l?heure où des études récentes sur les mensurations du corps ont montré, comme vous l?avez dit, que les femmes étaient plus grandes et plus rondes qu?avant, il est important que les médias relaient une image plus juste de la femme, de toutes les femmes, et non pas d?une icône de minceur non représentative et génératrice de mal-être pour des filles très jeunes.

Nous avons appris qu?un groupe de travail s?était réuni sous l?égide du Ministère de la Santé très récemment dans le cadre du plan ?Nutrition Santé? avec des professionnels de la mode, de la publicité, de la presse féminine. Il est dommage qu?il ait fallu attendre la mort de deux jeunes femmes en Amérique du Sud pour prendre conscience de ce problème en France. Mais il en va effectivement de la responsabilité du Gouvernement de protéger cette profession et de prendre en compte les problèmes de santé publique qui sont liés à l?image de la femme.

Nous ne connaissons pas encore les conclusions de ce groupe et la Ville de Paris n?a pas été appelée à participer à ce groupe. Mais je peux vous dire qu?elle sera particulièrement vigilante à ce que ressortent de ces réflexions des exigences sur les conditions de travail des mannequins pour que cette profession soit mieux encadrée par la loi, même si certaines dispositions existent déjà dans notre pays contrairement à d?autres pays, par exemple, sur le travail des mineurs.

En termes de santé publique, il est nécessaire que ce groupe de travail intervienne aussi sur la valorisation des femmes. Mais la Mairie de Paris a déjà pris des mesures dans les écoles. Et mon collègue, Alain LHOSTIS, pourrait vous parler longuement de ce qui, dans les écoles, pour pallier les problèmes alimentaires de certains enfants, concerne l?obésité infantile, et qui donc permet aux enfants d?apprendre à manger correctement.

Le problème que vous posez est un problème d?adolescents plutôt que d?enfants, mais apprendre à manger correctement dès l?enfance peut aider à l?adolescence.

Nous nous devons d?être exemplaires, et la Ville de Paris qui est la capitale de la création doit le faire. Je propose que la Mairie de Paris réunisse assez vite les fédérations professionnelles du prêt-à-porter et de la haute couture ainsi que les organisateurs de défilés afin de travailler ensemble à une charte de déontologie de la mode parisienne.

Je ne manquerai pas de vous tenir informés, mes chers collègues, de l?avancée de ce dossier. Merci.

M. Yves CONTASSOT, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par Mme BARANDA, assortie d?un avis favorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée. (2007, V. 119).