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Mars 2007
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Conseil Municipal
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II - Question d’actualité du groupe communiste relative aux interventions policières intervenues devant une école maternelle du 19e arrondissement. III - Question d’actualité posée par Mme Véronique DUBARRY, au nom du groupe “Les Verts”, à M. le Préfet de police, concernant les arrestations à proximité d’établissements scolaires. IV - Question d’actualité du groupe socialiste et radical de gauche à M. le Préfet de police relative aux opérations de police visant à interpeller des personnes d’origine étrangères, dans la rue et plus récemment aux abords d’écoles. V - Question d’actualité du groupe du Mouvement républicain et citoyen à M. le Préfet de police relative à l’arrestation des parents sans papiers à proximité des écoles.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2007


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Maintenant, nous avons plusieurs questions d?actualité qui portent sur le même sujet. Dans l?ordre des questions, je vais donner la parole à M. VUILLERMOZ, pour le groupe communiste, à Mme DUBARRY, pour ?Les Verts?, à M. MADEC, pour le groupe socialiste et radical et à Mme CAPELLE, pour le groupe M.R.C., et M. le Préfet de police s?exprimera.

Tout d?abord, la parole est à M. VUILLERMOZ.

M. Jean VUILLERMOZ. - Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet de police, ma question s?adresse à vous deux : un incident très grave s?est produit la semaine dernière dans le 19e arrondissement. Une intervention policière musclée s?est produite devant une école maternelle et à une heure où beaucoup d?enfants avec leurs parents étaient présents.

Monsieur le Préfet, vous nous dites souvent pour le justifier que les forces de police seraient, dans le cas présent, intervenues sur réquisition du Parquet. Mais le Parquet infirme cette information et dit, pour aller vite, qu?il n?a fait qu?autoriser l?intervention que vous lui aviez demandée. Les élus du groupe communiste demandent donc des éclaircissements sur ce point qui me paraît quand même important.

Cette intervention des forces de police qui a choqué les familles et leurs enfants présents s?est conclue par l?arrestation d?un grand-père, qui venait chercher ses petits-enfants. Cet acte confirme que la police est actuellement employée à traquer les parents sans papier, et dans le cas présent en utilisant les enfants.

C?est une énième provocation, organisée par le Ministre de l?Intérieur, candidat à l?élection présidentielle. Le groupe communiste dénonce l?utilisation des pouvoirs d?Etat à des fins électoralistes. Dans ce contexte, il est logique et salutaire que la population de ce quartier résiste énergiquement et s?oppose à de tels agissements qui sont à l?oeuvre depuis plusieurs mois.

Il faut ajouter que l?intolérable a été atteint avec la mise en garde a vu pendant sept heures de Mme Valérie BOUKOBZA, la directrice de cette école maternelle qui se voit menacée de mise en examen, alors qu?elle a rempli sa mission première, c?est-à-dire celle de protéger les enfants de son école.

Il est de notre responsabilité de dénoncer cette détention arbitraire et d?exiger l?arrêt des poursuites engagées à l?encontre de Valérie BOUKOBZA. J?en profite aussi pour dire que le groupe communiste condamne l?attitude du Rectorat qui, dans cette affaire, se rend coupable de renier ses missions fondamentales en ne soutenant pas la directrice de l?école maternelle Rampal, qui n?a fait que remplir son devoir.

Face à une telle situation, le groupe communiste souhaite que notre Conseil exprime sa solidarité à Valérie BOUKOBZA et aux parents qui ont agi sainement face à de tels agissements. Et je vous demande, Monsieur le Préfet de police, et je demande donc aussi au Maire de Paris, d?intervenir auprès de vous pour que cessent les contrôles au faciès dans Paris, qu?aucune poursuite ne soit engagée contre Mme Valérie BOUKOBZA et que notre Municipalité soutienne la manifestation de protestation qui se déroulera ce soir lundi 26 mars au Rectorat.

Merci.

(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame DUBARRY, vous avez la parole.

Mme Véronique DUBARRY. - Merci, Monsieur le Maire.

La semaine dernière, la police a procédé à plusieurs arrestations devant des établissements scolaires parisiens. Ces arrestations, qui se sont déroulées au moment de la sortie des classes, ont donné lieu - et les images qui circulent un peu partout l?attestent - à une très grande violence. L?utilisation de gaz lacrymogènes, de matraques et de chiens d?attaque n?était, à notre avis, pas tout à fait adaptée surtout sous les yeux des parents et des enfants qui ont été visiblement choqués.

Tous les témoignages attestent de la violence de ces opérations et du traumatisme engendré par là même chez les enfants, qui pour nombre d?entre eux ont désormais peur d?aller à l?école, craignant à la fois pour eux, pour leurs camarades et pour leurs parents.

En fin de semaine, comme vient de le rappeler M. VUILLERMOZ, la directrice de l?école maternelle Rampal qui avait tenté, comme son devoir l?exige, de protéger parents et enfants de la violence des policiers a été interpellée puis mise en garde à vue tout de même pendant 7 heures pour dégradation publique et outrage en réunion.

Malheureusement, c?était prévisible. Depuis des mois, la traque aux sans papier s?intensifie dans Paris. Depuis des mois, nous dénonçons ces rafles. Un pas de plus a été franchi, ce qui fait maintenant des écoles de véritables pièges pour les parents sans papier d?enfants scolarisés.

Nous ne pourrons pas dire cette fois que nous ne savions pas. C?est pour cela que, contrairement aux propos qui ont été tenus ce matin de certains de mes collègues, nous prônons la désobéissance civile. Quand un ensemble de lois est injuste, quand ces lois s?en prennent à des personnes parmi les plus défavorisées, oui, nous estimons que notre responsabilité d?élus et de citoyens est de s?y opposer et de dire non.

Devons-nous pour protéger les enfants et leurs parents leur conseiller de ne plus aller faire leur marché, de ne plus se promener, de ne plus se rendre dans les structures qui peuvent les aider, comme on l?a vu encore récemment auprès d?une structure de distribution de nourriture, de ne plus envoyer leurs enfants à l?école ? En bref, devons-nous leur conseiller de ne plus vivre à Paris et surtout de rester cachés ? Devons-nous même en arriver à les cacher nous-mêmes ?

(Protestations sur les bancs du groupe U.M.P.).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mais, s?il vous plaît, quelle intolérance !

Vous semblez oublier qu?il s?est passé des événements graves dans votre Ville et des événements graves s?en prenant à des enfants.

Poursuivez, Madame DUBARRY, sereinement, quelle que soit cette agitation que je qualifierais de négligeable.

Mme Véronique DUBARRY. - Effectivement l?agitation est totalement déplacée.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Ils se posent en politiciens sur ces opérations, en pleine campagne électorale. Politiciens effectivement ! Ceux qui font cela ont des visées électoralistes pour draguer l?électorat d?extrême droite.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

J?en ai encore d?autres à votre service. Par exemple, sur la révocation d?un recteur qui a condamné les propos révisionnistes de M. GOLLNISCH.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Et là, je ne défends pas un étranger ni un recteur de gauche.

La parole est à Mme DUBARRY.

Mme Véronique DUBARRY. - Je crois effectivement que cette attitude de la part des bancs de droite est déplacée, vraiment. Vous oubliez de qui et de quoi on parle. Je vous trouve très politiciens.

Je voulais demander au Préfet de police quelles mesures irait jusqu?à prendre la Préfecture de police qui soient en correspondance avec les injonctions et les directives données par les Ministres de l?Intérieur. Qu?il s?agisse de M. SARKOZY ou de M. BAROIN qui le remplace, nous avons à faire face, et c?est ainsi que je l?entends en tant qu?élue de la Ville de Paris, à une politique du chiffre, à une politique injuste.

Je souhaiterais savoir si celle-ci continuera dans les mois à venir.

(Applaudissements sur les bancs des groupes ?Les Verts?, socialiste et radical de gauche, communiste, et du Mouvement républicain et citoyen).

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Roger MADEC.

M. Roger MADEC, maire du 19e arrondissement. - Monsieur le Préfet, de nombreuses opérations de police ont été menées ces dernières semaines dans les 11e, 13e et 19e arrondissements de Paris visant à interpeller des personnes d?origine étrangère, en majorité asiatique, dans la rue et plus récemment aux abords des écoles.

Le lundi 19 mars, aux alentours de 18 heures, une parente d?élève, en situation certes irrégulière, a été interpellée alors qu?elle venait chercher son enfant à l?école du 5, rue Rampal. Cette personne a été interpellée et fouillée sur le seuil même de l?école, devant son enfant, d?autres enfants et des parents d?élèves.

Le lendemain, mardi 20 mars, un grand-père venu chercher ses deux petits-enfants a été interpellé dans un café du quartier, certes qui pose problème, ce qui a provoqué un mouvement d?indignation de la part de la communauté scolaire. Le quartier a été quadrillé, des chiens et des gaz lacrymogènes ont été utilisés par les policiers à l?encontre des parents et en présence des enfants qui ont été traumatisés par le climat de violence ainsi engendré.

Mercredi 21 mars, vers 18 heures, dans le quartier de la porte d?Ivry, plusieurs personnes ont été arrêtées lors d?une opération policière spectaculaire. Ces personnes ont été arrêtées dans la rue, aux abords d?un centre d?animation où il y avait des enfants, par les policiers des Renseignements généraux appliquant des méthodes plus que critiquables. En effet, le quartier a été quadrillé, des cordons ont été déployés pour trier la population, utilisant des méthodes vraiment pas dignes de la police de la République et faisant un contrôle au faciès.

Le placement en garde à vue, vendredi 23 mars, de la directrice de l?école maternelle Rampal, ?coupable? de s?être indignée des interpellations violentes et traumatisantes de parents et de grands-parents d?élèves devant l?école, a été reçu comme une tentative d?intimidation de la communauté scolaire et citoyenne. Elle a suscité l?émotion et l?indignation. Mme Valérie BOUKOBZA n?est pas un dangereux malfaiteur. Quel que soit ce qu?on lui reproche, c?est indigne de la République de la maintenir en garde à vue pendant 7 heures. Parallèlement dans les cités, des voyous, connus, fichés, interpellés, relâchés, pas inquiétés pourrissent la vie des habitants de nos quartiers. C?est inadmissible.

Ce climat de tension créé par ces opérations est devenu insupportable pour les habitants de ces quartiers et pour beaucoup de Parisiens. On peut d?ailleurs s?inquiéter que le pacte républicain et de confiance qui doit lier population et police nationale n?en sorte pas renforcé. En effet, on ne peut que s?interroger sur un tel déploiement d?agents de la force de police dans des quartiers populaires où, parfois, on nous dit qu?il n?y a pas d?effectif pour faire régner l?ordre républicain.

Que penser du déploiement de dizaines d?agents avec des véhicules dispersés dans les quartiers environnants pour mener ces opérations de contrôle d?identité ? Ce qui s?est passé est totalement inadmissible. C?est une très mauvaise image que reflète l?action de la police de la République. Ce n?est pas celle que nous attendons de la police républicaine.

Je voudrais dire aussi qu?on ne me mette pas en avant l?application d?une décision de justice sans tomber dans les travers, et je n?utiliserais pas le mot de rafle. Je rappellerai qu?en 1942 ce sont les policiers de l?Etat français qui ont mis en ?uvre des décisions critiquables et qu?aujourd?hui ce ne sont pas les policiers qui ont exécutés ces ordres qui sont honorés. Ce sont ceux qui ont résisté et désobéi aux lois scélérates qui sont honorés.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Je sais que, dans un mois, il y a une élection majeure dans ce pays et que toutes les voix sont bonnes à prendre mais quand on prétend incarner la République on ne court pas après l?extrême droite, on respecte la fonction qu?on occupe.

Monsieur le Préfet, ma colère est grande. Ce n?est pas contre vous qu?elle s?exprime, je vous connais. Vous êtes un fonctionnaire républicain. Je vous respecte. Qu?on ne vienne pas dire ici que je porte atteinte à l?image de la police, je suis fils de policier et je sais ce qu?est être un policier de base.

Notre question est, Monsieur le Préfet : le nouveau Ministre de l?Intérieur poursuivra-t-il ou mettra-t-il un terme à ces opérations brutales, inutiles et humiliantes ou va-t-il, au contraire, mobiliser tous les effectifs de police de la Capitale pour protéger nos concitoyens ?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur MADEC.

La parole est à Mme CAPELLE.

Mme Liliane CAPELLE. - Merci, Monsieur le Maire.

Je voudrais vous dire, mes chers collègues de droite, que je suis atterrée, le mot n?est sûrement pas assez fort, face à votre attitude. Je vous rappelle qu?il s?agit d?enfants, qui n?ont pas à supporter ce qu?ils supportent actuellement. Moi, j?ai été enfant dans les années 50 et je suis allée à l?école. Mes parents n?avaient pas de papiers, je n?ai pas eu peur et mes parents n?avaient pas peur de m?emmener à l?école. Ce n?est pas le cas aujourd?hui. J?ai beaucoup de gravité à m?exprimer et j?ai même beaucoup d?émotion parce qu?on ne touche pas à un enfant, jamais.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Quels enfants ont été arrêtés ?

Mme Liliane CAPELLE. - Dans un communiqué du 22 mars, Georges SARRE demandait au Premier Ministre de donner des instructions nécessaires pour que cessent les arrestations de demandeurs de titre de séjour de parents d?enfants scolarisés. Il semblerait que le Ministre sortant, candidat à la Présidence de la République, ait adressé vendredi une instruction au Préfet dans laquelle il rappelle, un peu tard à mon sens, que les mesures d?éloignement de sans-papiers, je cite, ?ne doivent en aucun cas donner lieu à des interpellations dans ou à proximité des écoles?. Qu?est-ce à dire exactement ? Les interpellations doivent-elles se faire en toute discrétion au domicile des personnes concernées ?

Deux choses me choquent profondément. La première, la plus évidente pour moi, est que l?on ne peut faire de l?école un guet-apens. C?est pour moi le plus grand contresens que l?on puisse faire en France, pays de l?humanisme et de l?intégration par l?apprentissage des fondements de notre République dont le meilleur outil est l?école.

Je le rappelle, la scolarisation de ces enfants de familles en situation irrégulière est le meilleur gage de la volonté de ces parents que leurs enfants restent et grandissent sur le territoire français et inscrivent leur vie future dans ces cadres, qu?ils soient géographiques ou idéaux.

La municipalité du 11e arrondissement a d?ailleurs voté un v?u lors de son dernier Conseil pour la régularisation de la situation des parents d?enfants scolarisés et je reprendrai les paroles de Patrick BLOCHE, ?je ne suis pas sur une ligne de régularisation de tout le monde?. Donc, je parle de quelque chose de très précis.

Je ne pense pas qu?elle ait dit autre chose.

La seconde est la violence déployée pour effectuer ces interpellations. J?ai appris avec émotion que des parents d?élèves et de jeunes enfants s?unissant pour défendre les parents en situation irrégulière qui se sont fait arrêter à plusieurs reprises la semaine dernière, dans le 19e arrondissement - cela est surtout vrai dans ce quartier que l?on appelle Belleville, qui est une terre d?accueil - ont été éloignés par les forces de police au moyen de gaz lacrymogènes.

Quand je dis terre d?accueil, c?est qu?au plus fort des guerres qui ont eu lieu au Proche-Orient et au Moyen-Orient, jamais les communautés juives et arabes ne s?étaient battues. C?était vraiment une terre d?asile. N?allez pas mettre de la guerre là où il ne doit pas y en avoir !

Je suis également très sensible à l?inquiétude de ces mères qui expliquent que depuis ces incidents graves leurs enfants sont terrorisés à l?idée de se rendre à l?école. Les personnes arrêtées si brutalement sont les parents, les grands-parents de leurs camarades de classe, de leurs amis, et je ne pense pas sans inquiétude au choc que ces enfants ont certainement ressenti.

Je souhaite apporter tout mon soutien à Mme BOUKOBZA, ainsi que l?a fait le conseil d?école de l?école Piver, samedi dernier, cette directrice de l?école maternelle de la rue Rampal qui a agi pour le bien des enfants et non pas contre le bien des enfants. Elle a fait son devoir d?enseignante et de directrice d?école.

Je regrette que l?apprentissage républicain de ces enfants se fasse dans ces conditions. Je me félicite néanmoins que M. WUANG et Mme SUN aient été libérés rapidement, cela constituant pour moi la preuve que la pression exercée par des citoyens et des élus peut, grâce à la mobilisation et à la résistance, faire revenir à la raison des forces de police parfois incitées par un responsable ambitieux, oserai-je dire irresponsable, à agir dans le mauvais sens pour des raisons qui n?ont rien à voir avec les intérêts de la France.

Je souhaite donc savoir, Monsieur le Préfet de police, quelle suite pourra être donnée aux instructions de l?ancien et du nouveau Ministre de l?Intérieur.

Je voudrais également ajouter, puisque je n?ai pas eu le temps, ce matin, que, naturellement, je ne condamne pas les policiers. Je ne condamne pas les policiers puisque dans un état de droit la police, l?armée et d?autres doivent obéir, mais quand le commandement est mauvais, au plus haut, c?est là qu?il faut condamner.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement républicain et citoyen, socialiste et radical de gauche, communiste et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - En réponse à ces quatre questions dont je prends acte qu?elles sont issues des quatre groupes de la majorité, je donne la parole à M. le Préfet de police et je dirai ensuite quelques mots, avant Eric FERRAND.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - En réponse aux différents points que comportent ces questions, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, je souhaite rétablir quelques faits.

Tout d?abord, la police effectue en effet, régulièrement, à Paris, des opérations de sécurisation. Ces opérations visent à renforcer ponctuellement la présence et l?investigation dans des endroits ou sur des objectifs sensibles en termes de délinquance. Elles contribuent à la sécurité de Paris et constituent un élément du dispositif de lutte contre la délinquance, comme j?ai eu l?occasion de le dire tout à l?heure, lorsqu?on a parlé de la délinquance violente.

Une opération de ce type était organisée, le 20 mars dernier. Elle portait, au moment où les événements dont vous parlez se sont produits, sur un débit de boisson situé à côté d?une école, dans le cadre d?une recherche d?infraction à la législation sur les armes.

En aucun cas, cette opération n?avait pour objectif délibéré, comme vous le soulignez, d?aller procéder à des interpellations devant et encore moins dans les écoles. La Préfecture de police, vous le savez, ne l?a jamais fait et ne procède pas de cette manière.

D?ailleurs, la veille?

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).

? une personne de nationalité étrangère contrôlée dans ce quartier et démunie de pièce d?identité avait, sur-le-champ, été laissée libre, dès qu?il a été indiqué aux policiers qu?il s?agissait d?un parent d?élève se rendant à l?école voisine pour chercher son enfant.

Deuxièmement, les opérations de sécurisation sont faites sur réquisition du Procureur de la République. Ces réquisitions comprennent des mesures de contrôle, notamment d?identité. C?est à l?occasion du contrôle effectué dans des conditions parfaitement légales des personnes se trouvant dans ce débit de boisson que l?une d?entre elles, un homme seul, est apparue comme étant en situation irrégulière.

Il appartient à la police de faire appliquer la loi de la République et en l?espèce celle du droit au séjour. Cette personne a donc été interpellée pour être conduite au commissariat.

Troisièmement, les policiers se sont heurtés à des comportements d?outrage et de violence à leur encontre. A l?issue de cette opération de contrôle, le déplacement des policiers vers leurs véhicules s?est heurté à un mouvement de personnes qui s?étaient rassemblées sur les lieux.

Ce mouvement s?est révélé agressif, voire violent, à l?encontre des forces de l?ordre, tant dans les propos émis que dans les comportements. Un policier a été blessé avec une interruption temporaire de travail de dix jours ; des liquides colorés et irritants ont été jetés sur les forces de l?ordre ; des véhicules de police ont été dégradés.

Face à cette situation, les policiers ont usé de moyens strictement nécessaires et proportionnés pour se dégager et assurer le respect de la loi. Ils ont ainsi été contraints, par les comportements auxquels ils étaient confrontés, de procéder en tout et pour tout à trois émissions de leurs aérosols individuels de gaz lacrymogène, après avoir retardé au maximum leur usage.

Quels qu?en soient les motifs, ce genre d?attitude, d?outrage et de rébellion vis-à-vis des forces de l?ordre dépositaires de l?autorité publique est condamnable. C?est en ce sens que le Parquet a demandé l?audition de plusieurs personnes impliquées dans l?événement. Après cette audition qui a eu lieu vendredi matin, elles ont été remises en liberté.

Tels sont, Mesdames et Messieurs les Conseillers, les faits établis que je souhaitais porter à votre connaissance en réponse à votre question et je vous rappelle que la Préfecture de police, vous le savez, ne procédera pas à des contrôles d?identité de parents d?élèves devant les écoles de Paris.

(Applaudissements sur les bancs du groupe U.M.P.).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, avant de donner la parole à Eric FERRAND, je voudrais vous dire d?abord que je me sens plus qu?en harmonie avec cette majorité municipale, puisque les quatre groupes ont jugé opportun de s?exprimer, avec une certaine solennité, aujourd?hui, par rapport à des actes que je considère comme extrêmement graves.

Vous m?avez demandé d?être engagé, et je le suis, depuis plusieurs mois, aux côtés de l?association ?Réseau Education sans Frontières?. Nous nous sommes mobilisés. Moi-même, au début du mois d?août, j?ai été aux côtés de cette association qui mène un combat juste.

D?autre part, la semaine dernière, après ces incidents particulièrement condamnables, j?ai été heureux de voir que le maire du 19e arrondissement était immédiatement réactif dans cette circonstance et qu?Eric FERRAND réagissait rapidement, indépendamment de toute considération électoraliste, sur un sujet majeur.

Et comme vous le savez, j?ai adressé au Premier Ministre, vendredi, une lettre en urgence car je pense que la situation le justifiait. Je n?ai pas encore de réponse. Je peux vous dire que ces actes sont condamnables. Ce qui est condamnable, ce sont les ordres qui sont donnés par le pouvoir politique et qu?il y a une coïncidence électorale inquiétante à laquelle je faisais allusion tout à l?heure lorsque vous protestiez.

(Protestations sur les bancs du groupe U.M.P.).

C?est que le Ministre de l?Intérieur jusqu?à ce matin donne beaucoup de signes qui m?inquiètent pour la France.

(Protestations sur les bancs du groupe U.M.P.).

Donc nous sommes dans la Capitale de la France et il est de notre devoir d?exprimer des convictions courageuses.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

(Protestations sur les bancs du groupe U.M.P.).

Et si je ne convainc pas une partie de l?opposition municipale, cela aurait tendance à me conforter dans mes convictions.

Je donne la parole à M. FERRAND.

M. Eric FERRAND, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Je vais être assez court puisque beaucoup de choses ont été dites.

Je voudrais dire au Préfet de police que je veux bien prendre acte de sa déclaration mais je voudrais faire deux observations.

La première observation, c?est que les événements très graves qui se sont déroulés le 20 et le 21 mars dernier ont été extrêmement mal vécus et sont apparus en rupture totale avec les engagements qui avaient été exprimés ici même par vous, Monsieur le Préfet de Police, indiquant qu?il n?y aurait pas d?arrestation, d?interpellation, de fouille, de contrôle devant l?école de la République.

Or, il y en a eu, quelles qu?en soient les circonstances, et c?est ce qui a naturellement traumatisé, choqué toute la communauté scolaire.

Je voudrais faire une deuxième observation. C?est qu?il a fallu attendre 3 jours pour que le Ministre de l?intérieur intervienne et parle de cette affaire, laissant naturellement le sentiment que l?on pouvait faire tout et n?importe quoi et qu?il ne s?intéressait pas à ces événements d?une grande gravité.

Enfin, je voudrais dire que naturellement, et le Maire de Paris vient de le faire, nous exprimons notre totale solidarité à la directrice de l?école de la rue Rampal.

Je voudrais également indiquer que la Ville de Paris accorde l?assistance juridique à cette directrice pour la défendre.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement républicain et citoyen, socialiste et radical de gauche, communiste, et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Je crois vraiment que cet échange qui a eu lieu est clair et exprime bien les convictions. Je pense que ce n?est pas la peine d?y revenir mais je ne l?interdis pas. Je pensais que tout avait été très clair, mais vous êtes libres.

Je donne la parole à M. VUILLERMOZ.

M. Jean VUILLERMOZ. - Il y a une question à laquelle il n?a pas été répondu. M. le Préfet parle de : ?réquisition du Parquet? et le Parquet dit : ?Ce n?est pas vrai, on a simplement apporté notre soutien?. Donc qui croire dans cette situation ?

Et enfin, quand même, opération de sécurisation pour lutter contre la délinquance ! Résultat : un grand-père d?arrêté !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame DUBARRY, voulez-vous rajouter un mot ?

Mme Véronique DUBARRY. - Des termes, des mots, des concepts ont été ici agités, brandis parfois. Ceux de ?désobéissance civile? et/ou de ?résistance? me paraissent importants.

Jean VUILLERMOZ a fait, tout à l?heure, et il n?y a pas été répondu, une demande de suspension de notre séance de façon à ce que ceux qui le souhaitent puissent se joindre au rassemblement qui a lieu ce soir. Je réitère cette demande. Il me semble que lorsqu?on désire marquer sa solidarité avec un mouvement citoyen, eh bien, c?est aussi en étant à ses côtés dans la rue. Donc je réitère cette demande si elle peut trouver un accord.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes ?Les Verts?, socialiste et radical de gauche, communiste et du Mouvement républicain et citoyen).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Pardonnez-moi, mais cette demande m?avait échappé.

Ce que je vous propose, c?est de voir avec Christophe CARESCHE et tous les présidents de groupe par rapport à l?organisation de la séance. Je comprends très bien qu?on aille manifester. Moi-même, si je ne participais pas à une émission de télévision, à ce moment-là j?irais.

(Protestations sur les bancs du groupe U.M.P.).

Excusez-moi mais vous êtes un peu ridicules, d?abord parce que, franchement, je refuse quand même beaucoup plus les médias que certaines des personnes que vous soutenez localement et nationalement, ensuite parce que c?est plus efficace pour démontrer ses convictions que dans la manifestation. Je fais donc efficace, excusez moi !

(Protestations sur les bancs du groupe U.M.P.).

D?autant que tout à l?heure, un de mes adjoints répondait à quelqu?un qui l?avait interrogé avant et qui n?était pas là.

Alors, pour que nos travaux ne soient pas handicapés, je propose que Christophe CARESCHE, avec les présidents de groupe, regarde comment peut s?organiser une éventuelle suspension mais attention, pas des heures, car nous avons beaucoup de travail à fournir pour les Parisiens au cours de cette séance.

(Protestations sur les bancs du groupe U.M.P.).