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Juin 1998
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30- 1998, DLH 28 - Autorisation à M. le Maire de Paris de déposer une demande de permis de démolir visant 2 bâtiments à usage d'activité et de commerce situés 3-5, passage Fréquel (20e).

Débat/ Conseil municipal/ Juin 1998



M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons au projet de délibération DLH 28 concernant une demande de permis de démolir visant 2 bâtiments à usage d'activité et de commerce situés 3-5, passage Fréquel.
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, le n° 3-5 du passage Fréquel que vous voulez détruire fait partie du secteur d'intervention " Fréquel-Fontarabie-Orteaux " ; il concerne deux bâtiment élevés respectivement de un et deux étages à usage d'activités et de commerces.
Comme pour les autres permis de démolir soumis à ce Conseil, du 18, passage Ménilmontant, et du 28, rue de Pixérécourt, le manque d'information est évident.
Le secteur d'intervention D.P.U.R. voté le 11 juillet 1990, renforcé en 1992 par une Z.A.C., a été en grande partie abandonné sans que l'on sache ce qui est désormais prévu.
Quel est le nouveau périmètre du secteur ? Mystère total.
Pour tout viatique, vous nous dites que la démolition de cet immeuble contribuera à permettre la réalisation de l'aménagement du secteur " Fréquel-Fontarabie-Orteaux ".
Voilà la seule information dont nous disposons. En guise d'aménagement, c'est un déménagement forcé et forcené que vous provoquez, au nom d'un projet nébuleux dont nous ne savons rien.
Vous dites du bâtiment concerné par le projet de délibération et que vous voulez démolir qu'il est entièrement vide et que plus aucune activité n'y trouve place. Certes, mais n'est-ce pas vous qui l'avez chassée ?
Le mur de côté est soutenu par des étais en bois ; l'aurait-il été si vous n'aviez pas détruit les bâtiments qui y étaient adossés ?
Vous dites également qu'il est dans un état général médiocre. Si vous entendez par là que ses murs ne sont pas en pierre de taille, je vous l'accorde volontiers : ils sont en brique. Jusqu'ici, rien que de très normal pour un bâtiment d'activités. Je ne vois guère d'autres éléments qui permettent de dire qu'il est médiocre, si ce n'est que ses fenêtres ne sont pas dotées de balcons en fer forgé !
Pour le reste, il est en excellent état, voilà la vérité.
Les bâtiments de la rue des Orteaux où des artistes ont trouvé refuge sont exactement du même type, ils font des ateliers de rêve à moindre coût. Luminosité, hauteur de plafond, facilité d'entretien, je vous assure que des artistes ne trouveraient pas ce bâtiment médiocre. Des associations se battent dans tout Paris pour obtenir quelques mètres carrés où elles pourraient se réunir. Voilà ce que pourrait redevenir ce bâtiment.
Composez avec l'existant, sachez doser réhabilitation et rénovation, faites confiance à l'inventivité, à la générosité des habitants.
Pourquoi détruire ce bâtiment ? Le passage Fréquel n'est-il pas assez défiguré sur toute sa longueur par la succession brutale des quatre immeubles de 11 étages côté pair ?
Des programmes de logement importants ont été réalisés rue de Fontarabie de part et d'autre, tout le quartier est couvert de friches dans l'attente d'en livrer de nouveaux.
Faites une pause, laissez respirer le tissu, vous permettrez aux habitants de faire de même.
Préservez le caractère et l'esprit du côté impair du passage, succession de petites maisons, de locaux d'activités, aucun immeuble n'y excède trois étages, la cohérence d'ensemble est évidente.
Voilà le parti pris d'aménagement qui s'impose et qui récuse vos destructions.
Une personne âgée habite le passage Fréquel, elle est inquiète quant à son avenir, cela fait des années que la Ville lui dit qu'elle va être expulsée, elle ne sait ni comment, ni quand, ni si elle va se voir proposer un relogement à proximité.
Elle assiste impuissante et désemparée à la disparition progressive de son quartier.
Le patron de la petite usine de conditionnement de fruits secs située au 22, de la rue de Fontarabie, se désespère aussi, la Ville veut la racheter pour pouvoir la raser.
La parcelle mitoyenne, le n° 24, est propriété de la Ville depuis plus de quinze ans. Le bâtiment qu'elle abrite est à moitié en ruine, sa cour s'est transformée en mini-décharge ou pullulent les rats. Il est obligé de faire appel tous les mois sur ses propres deniers à une entreprise de dératisation pour contenir l'invasion. Cela dure depuis un moment puisque la Ville refuse de faire enlever les déchets.
Premier manquement grave.
Deuxième manquement : cet entrepreneur avait proposé à la Ville de reprendre le 24 en bail précaire. Il voulait également réhabiliter intégralement le bâtiment et changer le portail sur rue. Cela lui aurait permis d'agrandir son entreprise et d'embaucher quatre personnes de plus. Il s'engageait à respecter les modalités du bail précaire et à quitter les lieux sur simple demande de la Ville. Vous lui avez proposé une fin de non recevoir.
Cette histoire est édifiante, elle jette une lumière crue sur vos méthodes de destruction des quartiers.
Vous refusez délibérément de voir votre patrimoine entretenu. Vous préférez délibérément le laisser pourrir afin de pouvoir justifier sa destruction. Vous fabriquez ainsi les preuves de votre ignominie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
Monsieur BULTÉ, vous avez la parole.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci Monsieur le Maire.
Je rappellerai à M. BLET que le projet d'aménagement de secteur visait à la mise en oeuvre d'un programme prévoyant la réhabilitation d'un grand nombre de logements sociaux, aux alentours de 170.
Les analyses menées sur ce secteur par les services municipaux en collaboration avec l'architecte de l'O.P.A.C. ont conduit à une limitation des préemptions sur les immeubles où la Ville de Paris et l'O.P.A.C. ont d'ores et déjà acquis un nombre de lots très important.
Les services de l'Etat mènent actuellement des études de faisabilité relatives à un projet d'implantation d'une école d'architecture dans ce secteur. En attente d'un projet définitif visant un nouveau périmètre du secteur, l'action municipale peut d'ores et déjà porter sur les deux bâtiments visés par le présent projet de délibération qui sont propriétés de la Ville de Paris et libres de toute occupation, leur démolition est compatible avec l'hypothèse du projet de l'école que j'ai énoncée tout à l'heure. Les études sont en cours en vue de la réhabilitation du bâtiment sur rue. Les deux bâtiments visés sont en mauvais état général, leur situation dans une zone d'ancienne carrière pourrait à terme compromettre la solidité de leur structure.
Voilà ce que je voulais dire, Monsieur le Maire.
(M. Vincent REINA, adjoint, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).
M. Vincent REINA, adjoint, président. - Merci Monsieur BULTÉ.
Monsieur BRET, vous avez la parole.
M. Bertrand BRET. - Très rapidement, une explication de vote sur ce projet de délibération. Le conseil d'arrondissement du 20e a souhaité émettre un avis défavorable à cette autorisation de demande de permis de démolir non pas pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être exprimées par M. BLET, à savoir la préservation de bâtiments qui ont en soi peu d'intérêt, mais tout bonnement et simplement faute d'avoir un projet d'ensemble. Aujourd'hui, il semble difficile d'envisager la démolition de quelque chose dont on ne sait pas si on aura intérêt à le maintenir pour l'avenir.
C'est la raison pour laquelle je souhaite que la Ville puisse prendre des dispositions pour entretenir son patrimoine afin qu'il ne se dégrade pas, que dans l'attente du projet définitif elle le maintienne en état. Nous émettrons un avis défavorable concernant le permis de démolir sur le passage Fréquel-Fontarabia.
Monsieur BULTÉ, est-ce que vous avez répondu sur la rue de Pixérécourt ?
M. Michel BULTÉ, adjoint, rapporteur. - Nous en parlerons tout à l'heure.
M. Vincent REINA, adjoint, président. - Monsieur BULTÉ, vous voulez rajouter quelque chose ?
M. Michel BULTÉ, adjoint, rapporteur. - Très rapidement, Monsieur le Maire, je comprends les préoccupations de Bertrand BRET, mais je compte aussi sur son dynamisme pour pousser le projet de l'Etat notamment en ce qui concerne l'école d'architecture qui ne dépend pas directement de la décision de la Ville de Paris.
M. Vincent REINA, adjoint, président. - Merci Monsieur BULTÉ.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 28.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, les groupes socialiste et apparentés, communiste, du Mouvement des citoyens, Mmes BILLARD, SILHOUETTE et M. BLET ayant voté contre. (1998, DLH 28).