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Mars 2003
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Conseil Municipal
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33 - III - Question d'actualité de Mme Roxane DECORTE, au nom du groupe U.M.P., à M. le Préfet de police, relative au dispositif de sécurité en vigueur au sein de la Capitale

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2003


M. LE MAIRE DE PARIS. - Je passe maintenant à la question de Mme DECORTE à M. le Préfet de police, relative au dispositif de sécurité en vigueur au sein de la Capitale.
Madame, vous avez la parole.
Mme Roxane DECORTE. - Monsieur le Préfet de police, la sécurité à Paris est la raison d'être de la Préfecture de police, aussi permettez-nous de rendre hommage au travail et aux compétences que vous déployez au service du plus grand nombre.
Compte tenu de la situation internationale, il nous apparaît important, au sein du groupe U.M.P., de vous interroger concrètement sur le dispositif de sécurité en vigueur au sein de la Capitale.
En premier lieu, quelles sont les mesures de sécurité spécifiques en terme de surveillance de tous les établissements scolaires, des lieux de prière, des écoles et des sites communautaires fréquentés par nos compatriotes de confession juive ou musulmane ? C'est vrai qu'en tant qu'élue du 18e arrondissement, je redoute notamment les tensions entre les communautés.
Quelles sont également les mesures de sécurité spécifiques en terme de surveillance des transports en commun, en particulier du métro, des gares, du ciel de Paris, des aéroports, des réseaux de distribution d'eau, des intérêts sur le territoire parisien des pays qui participent à la coalition ?
En second lieu, quelle est la nature des dispositions contre les éventualités d'emploi d'armes chimiques ou bactériologiques ?
Je vous remercie par avance de ces informations précieuses pour les Parisiennes et les Parisiens.
(Applaudissements sur les bancs du groupe U.M.P.).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
La parole est à M. le Préfet de police.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame, dès le déclenchement de l'intervention américaine en Irak et en application des dispositions arrêtées par le Gouvernement, j'ait été amené à prendre un certain nombre de mesures pour renforcer la vigilance dans la Capitale.
En premier lieu, le plan "Vigipirate" a été renforcé par la mise à ma disposition d'unités de C.R.S. et de gendarmes mobiles de la réserve nationale, ainsi que de 300 militaires supplémentaires.
Ces moyens supplémentaires ont permis de renforcer la sécurité dans les lieux sensibles et symboliques de la Capitale ainsi que la protection d'un certain nombre de représentations diplomatiques.
Des moyens militaires ont été placés en renfort de l'U.M.I.P., qui est l'Unité mobile d'intervention et de protection chargée, pour la Préfecture de police, de la sécurité des institutions et des ambassades.
La Direction de la Police urbaine de proximité est également mobilisée, puisque chaque commissariat d'arrondissement a désigné un officier assurant la mise en ?uvre et la coordination au niveau local, avec tous les contacts nécessaires, des mesures de surveillance particulières pour les établissements situés dans chaque arrondissement.
J'ai réuni vendredi dernier, 21 mars, les responsables d'institutions, les grands opérateurs publics, notamment la R.A.T.P. et la S.N.C.F., les responsables des grands magasins, des musées, des cinémas, des théâtres, ainsi que les représentants du commerce et de l'industrie, pour les sensibiliser de nouveau sur les mesures à prendre dans les établissements recevant du public, notamment en ce qui concerne la nécessité de prendre des mesures de surveillance intérieure visibles telles que le recours à des contrôles aléatoires des sacs ou la neutralisation des consignes en l'absence de dispositifs de contrôle appropriés.
Ces mesures ne doivent pas bouleverser les habitudes de nos concitoyens, elles traduisent simplement des recommandations de bons sens à appliquer en fonction des situations locales.
En deuxième lieu, l'engagement du conflit en Irak suscite des réactions et de l'émotion que la population de notre pays souhaite exprimer, notamment par le biais de manifestations sur la voie publique.
La Préfecture de police prend toutes dispositions pour que ces manifestations puissent se dérouler dans le respect des lois en vigueur, pour que tout débordement soit contenu et pour que soient protégés, conformément aux exigences du droit international, les représentations et intérêts diplomatiques des différents pays.
Le droit de manifester est une liberté publique fondamentale dans notre pays, rien ne justifie qu'il puisse être réduit dans le contexte actuel et leurs organisateurs ont su, jusqu'à présent, conserver à ces manifestations un calme et une dignité qui témoignent de leur esprit de responsabilité.
C'est ainsi que près de 80.000 personnes ont pu se réunir place de la Concorde dès le jeudi 20 mars et que près de 100.000 ont défilé entre la place de la République et la Nation samedi dernier.
Aucun de ces deux rassemblements n'a donné lieu à d'incidents notables sauf un peut-être, et celui-là fera l'objet d'un examen tout particulier puisque j'espère bien que les auteurs de cet incident entre deux communautés seront identifiés et pourront être poursuivis par la justice.
Je pense que le calme relatif de ces différentes manifestations était lié à la responsabilité des organisateurs mais aussi à un important dispositif policier que j'ai cru devoir déployer pour éviter tout débordement.
En troisième lieu, tout doit être mis en ?uvre pour éviter que le conflit en Irak n'entraîne des réflexes identitaires de repli parmi certaines catégories de la population. Rien ne justifie en effet que d'une manière ou d'une autre, cette guerre, contre le déclenchement de laquelle notre pays s'est engagé, se traduise par des tensions et des rivalités sur notre territoire.
C'est pourquoi j'ai personnellement reçu les représentants des quatre grandes religions présentes dans la Capitale. Unanimement ces autorités ont tenu un message de calme et appellent à la sérénité et à la paix. Ces contacts ont également permis d'apporter les mesures de sécurité des lieux de culte les plus sensibles.
Lors de ces entretiens, j'ai également rappelé à mes interlocuteurs l'entière détermination que je mets à faire réprimer toute manifestation de xénophobie ou d'antisémitisme, qu'elle soit physique ou même simplement verbale. J'ai donné les instructions nécessaires aux services de police pour que les plaintes soient systématiquement enregistrées et que les auteurs de ces délits soient identifiés, interpellés et présentés à la justice.
J'ajouterai que s'agissant du risque terroriste je crois pouvoir dire qu'il convient d'être à la fois vigilant et serein. La menace terroriste est latente mais elle n'est pas plus importante qu'il y a quelques mois, elle n'a pas de lien direct avec la situation internationale présente.
Ceci étant dit, elle est latente, à preuve les nombreuses arrestations qui sont intervenues pour des actions de type de préparation d'actions terroristes au cours de ces derniers mois qui font qu'actuellement, à ce jour, plus de 30 interpellations en quelques mois ont été faites et qui ont conduit à plus de 19 personnes aujourd'hui écrouées pour préparation d'actions terroristes dans la Région parisienne.
Cela montre l'existence de cette menace mais ne doit affoler personne car cette menace, encore une fois, n'est pas plus grande aujourd'hui qu'il y a un an mais nous devons être particulièrement vigilants.
Bien sûr, parmi les affaires qui ont été élucidées, il y a le risque traditionnel de menace à l'explosif que hélas notre pays a connu il y a un certain nombre d'années et il y a manifestement - on l'a vu avec cette affaire de ricine - des gens qui de manière plus ou moins professionnelle, peut-être tout à fait artisanale, font quelques recherches mais ont aussi quelques intentions sur l'utilisation de produits chimiques pour conduire des actions terroristes. On ne peut pas dire qu'aujourd'hui cette menace avait un caractère opérationnel, dans le cas précis elle n'en avait pas. Mais il y a lieu d'être vigilant sur ce plan là également.
Je peux vous assurer que tous les services, aussi bien ceux des Renseignements généraux que ceux de la Police judiciaire, de la Préfecture de police, en liaison étroite avec la D.S.T., font tout pour identifier ces menaces terroristes et intervenir avant que ceux-ci ne soient en capacité de nuire mais encore une fois, vigilance mais aussi sérénité par rapport à cette menace terroriste.
Tout est mis en ?uvre pour qu'en France et ici, à Paris en particulier, chaque communauté puisse vivre en paix, dans le respect mutuel des cultures et des religions. Chacun de nos concitoyens a droit à la sécurité et au respect de sa dignité.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
M. Christian SAUTTER, adjoint. - Bravo !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet, je veux vous remercier et vous dire au nom des Parisiens la confiance que nous inspire le dispositif que vous conduisez à Paris, dans ces circonstances un peu particulières.
Je veux aussi vous dire, ou plutôt vous confirmer, car vous le savez, que la Ville est vraiment une institution partenaire de la Préfecture de police, dans des moments qui peuvent être difficiles, que nous nous y préparons et que notre manière de travailler ensemble sur beaucoup de dossiers doit nous permettre de faire face à une situation que vous avez raison de qualifier comme devant appeler la vigilance et la sérénité.
Je voudrais dire aussi à quel point il m'importe et il m'importera, à tous les moments, que chaque Parisienne et chaque Parisien soit respecté quelles que soient sa religion ou son origine. De ce point de vue là je veux dire que je condamne avec la plus grande fermeté les incidents qui se sont déroulés samedi après-midi rue Saint-Claude, dans le 3e arrondissement.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
Nous en parlions tout à l'heure avec M. le Préfet de police, il ne s'agit pas de grossir les faits, et vous m'informerez. Il est établi que quelques individus s'en sont pris à quelques jeunes juifs parce qu'ils étaient juifs, les ont brutalisés physiquement, dans la rue Saint-Claude, devant les locaux où il y a notamment le Cercle Bernard-Lazare, et d'autres institutions, en plus ce sont des militants d'organisations juives qui oeuvrent pour la paix et pour un Etat palestinien, peu importe d'ailleurs, mais je ne veux pas l'accepter.
Je veux dire ici, au nom de Paris, ma condamnation la plus ferme de ces incidents. A Paris on peut être contre la guerre, on peut être digne, debout, libre, avec ses convictions, son origine et j'entends qu'il n'y ait aucune exception. C'est pourquoi je veux condamner ces incidents de samedi après-midi rue Saint-Claude avec la plus grande netteté.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).