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Mars 2003
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Conseil Municipal
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11 - Vœu n° 4 déposé par le groupe Union pour la démocratie française relatif à la journée internationale des femmes, célébrée le 8 mars

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2003


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l'examen du v?u n° 4 déposé par le groupe Union pour la démocratie française relatif à la journée internationale des femmes, célébrée le 8 mars.
Je donne la parole à Mme Géraldine MARTIANO.
Mme Géraldine MARTIANO. - Nous allons changer de sujet.
Un jour par an la femme est glorifiée. Opération médiatico-politique qui conduit implicitement à imaginer que les 364 autres jours sont dédiés aux hommes. L'existence même de cette célébration est discutable. Qu'avons-nous donc de si formidable qui justifie que l'on fête globalement le sexe dit faible ?
Cette pseudo faiblesse justifie-t-elle que le 8 mars, inexorablement, nous devenions icônes ? Pour tout dire - pardonnez-moi cette remarque personnelle - le 8 mars est l'unique jour où j'ai envie d'être un homme, tellement le principe même de cette célébration me semble démagogue. Une fois par an la femme est photographiée, affichée, "Algecoisée" sur le parvis de l'Hôtel-de-Ville. On dit alors qu'on la défend, qu'on soutient ses combats, qu'on connaît ses misères. Quelques fantaisies de langage. Quelques exclamations, admirations, quelques larmes de compassion et on est le 9 mars !
Jusqu'à ces dernières années dans le monde loin de nous, des Nations, des gouvernements, des religions sécrètent une dose croissante de violence, d'intolérance, de mépris même de la vie des femmes. Mais aujourd'hui en France, phénomène récent, si insidieux qu'il aurait presque échappé au thuriféraire mondain de la cause des femmes, ce sont des bandes qui menacent, injurient, terrorisent les adolescentes et les jeunes femmes, condamnant leur essence même : la féminité.
Ce même 8 mars, en France, chez nous, sur la terre des Droits de l'Homme, certaines ont exprimé leur difficulté d'être, d'exister simplement entre violence et soumission. Soumission subie par celles qui n'ont pour toute expression que celle de leur père ou de leur frère, violence pour toutes ces jeunes filles victimes de brimades, d'agressions, de viols, d'assassinats.
Célébrer la femme le 8 mars consiste au minimum, si l'on veut rester digne, à reconnaître la situation réelle dans laquelle des jeunes filles, des femmes de demain, grandissent en France et à Paris.
Sans attendre de réponse à la question certainement cruciale de savoir si la politique a un sexe, assurons-nous d'abord qu'elle n'est pas impuissante.
Considérant que le Conseil de Paris s'est engagé, avec raison, à subventionner les associations mettant notamment en place des actions d'aide et de réinsertion des personnes victimes des nouvelles formes d'esclavage, et a proposé la réalisation d'une campagne d'information à destination des jeunes, que cette décision va dans le bon sens et qu'elle doit être étendue et amplifiée, je demande que la Mairie de Paris initie une véritable mobilisation sur le long terme contre la discrimination et la violence envers les jeunes filles ; adopte un programme d'aide aux associations, telle "Ni pute, ni soumise", qui luttent contre toute attitude obscurantiste et rétrograde et que la Ville mette en place une campagne de sensibilisation, notamment dans les établissements scolaires, pour rappeler les principes fondamentaux du respect de l'autre et l'égalité des sexes.
Il serait intolérable que notre Assemblée ne décide pas de soutenir 365 jours par an celles qui luttent pour défendre les fondements de notre République.
Je vous remercie.
Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe. - Informez-vous ! On ne vous a pas attendue !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Madame HIDALGO, vous avez la parole pour répondre.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe. - Madame MARTIANO, en effet, le 8 mars n'a pas la même valeur, je le constate à travers votre expression. C'est vrai que le 8 mars est né en 1910, à Copenhague, lors d'une conférence internationale socialiste des femmes, et c'est vrai aussi que la France, pour la première fois, le Gouvernement français en 1982, donc avec Pierre MAUROY comme Premier Ministre et François Mitterand comme Président et Yvette ROUDY comme Ministre des Droits des Femmes, ont décidé de célébrer officiellement cette journée internationale des femmes le 8 mars de chaque année.
C'est vrai aussi que ce n'est que depuis mars 2002, puisque nous n'étions pas là en 2001, que nous célébrons aussi à Paris officiellement cette journée internationale des femmes.
Alors cette histoire - je le vois bien - vous est étrangère et pourtant c'est l'histoire du féminisme, c'est la lutte des femmes pour leurs droits et la nécessité qui, à travers le monde, a été exprimée d'utiliser cette journée pour montrer, pour parler, pour discuter, pour faire avancer la cause des femmes et la cause de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Alors à Paris, nous travaillons toute l'année, je vous rassure, ce n'est pas uniquement trois jours par an, et d'ailleurs depuis que nous sommes ici en responsabilité nous nous sommes dotés de deux instruments extrêmement importants au niveau de l'administration, tout d'abord un Observatoire de l'égalité entre les femmes et les hommes et ensuite un Bureau des temps qui sont tous les deux rattachés au Secrétariat général de la Ville pour appuyer la politique transversale que nous mettons en ?uvre depuis mars 2001.
C'est vrai que vous auriez du mal à comparer avec ce qui se passait avant puisqu'en fait il n'y avait rien et je n'hésite pas à le dire de façon aussi forte.
Alors que faisons nous depuis mars 2001 ? Eh bien nous travaillons dans tous les domaines de l'action municipale, tout d'abord avec les associations féministes et féminines auxquelles nous avons je crois redonné une dignité, parce que désormais elles peuvent accéder à des subventions pour monter des actions et aider les femmes dans notre Ville de Paris.
Mais nous avons aussi mis en ?uvre une politique dans le domaine de la sécurité, une politique sexuée et cette politique conduit d'ailleurs un certain nombre de maires d'arrondissements et je salue Michèle BLUMENTHAL qui a notamment conduit des marches exploratoires pour donner à la question de la sécurité une dimension qui parfois est oubliée dans le discours d'un certain nombre de personnes politiques.
Mais nous avons également travaillé dans le champ des violences, de la lutte contre les violences, en nous associant à la campagne de l'Etat menée sur ce sujet et en créant un centre d'hébergement dans le 17e arrondissement, et prochainement nous ouvrirons aussi un centre d'hébergement pour des femmes victimes de violences avec leurs enfants.
Nous avons aussi ?uvré et nous continuons dans le domaine de la santé avec notamment le numéro vert sur la contraception mis en place avec le planning familial, qui d'ailleurs au passage permet à plus de 42 % de jeunes hommes de s'informer sur les questions de sexualité, de contraception. Vous voyez que quand la cause des femmes avance, c'est la cause des êtres humains qui avance.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et "Les Verts").
Nous avons aussi financé et mis en place 20 centres de planification familiale pour venir en aide aux femmes qui se posent des questions, qui souhaitent accéder à l'interruption volontaire de grossesse et puis nous mettrons en place prochainement une grande campagne sur le dépistage gratuit du cancer du sein.
Je vous rappelle que le Département de Paris est le 34e département français à entrer dans cette dynamique. Cela ne s'était pas fait auparavant. Désormais les femmes de 50 ans et plus pourront toutes bénéficier à Paris d'un dépistage du cancer du sein gratuit. Mais nous avons aussi ?uvré et nous poursuivons, avec M. SAUTTER, Mme STIEVENARD et l'ensemble de mes collègues, sur la question de l'insertion et de l'emploi.
Je vais m'arrêter là parce que nous pourrions y consacrer une séance entière du Conseil de Paris. D'ailleurs, cette séance du Conseil de Paris serait utile.
Concernant notamment les violences dont sont victimes les femmes des quartiers, nous ne vous avons pas attendu, Madame MARTIANO ! Notre parrainage a été accordé à la Marche des femmes des quartiers avant qu'elle ne soit engagée. C'est vous dire si nous les soutenons. Nous les avons reçues, avec Mme DURLACH, bien avant les 8 mars. C'est vous dire si nous sommes conscientes des messages qu'elles nous passent.
Au-delà des mots de compassion, certes importants, nous avons engagé un plan d'actions avec notamment cette association qui s'est constituée, pour faire en sorte que, dans les quartiers, les femmes, les jeunes filles reconquièrent l'espace public qui, souvent, leur a été interdit ou refusé.
Voilà comment nous travaillons de façon extrêmement concrète. Moi, Madame MARTIANO, le 8 mars je n'ai pas envie d'être un homme. J'ai envie d'être une femme tout au long de l'année. J'insiste sur le fait que la cause des femmes, la cause de l'égalité renvoie à la dignité humaine, à la dignité des êtres humains et elle nous mobilise toute l'année.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et "Les Verts").
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Voulez-vous reprendre la parole, Madame MARTIANO ?
Mme Géraldine MARTIANO. - Je voulais juste dire que la compassion n'existe pas qu'à la gauche de cet hémicycle. On a eu droit à un très beau mémoire en défense. Mme HIDALGO a fait un très joli catalogue des mesures prises par notre Assemblée. Cela dit, peut-être pourrions-nous réfléchir à une façon plus efficace d'agir pour ces adolescentes et c'était le seul objet de ma question.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je crois que nous avons compris.
Mme MAZETIER a la parole, pour une explication de vote au nom du groupe socialiste.
Melle Sandrine MAZETIER, adjointe. - Pour expliquer à Mme MARTIANO que nous voterons contre son voeu.
Le 8 mars n'est pas une opération médiatico-politique, Madame MARTIANO.
Ce n'est pas parce que le 8 mars Mme MARTIANO a des pulsions - comme dirait son président de groupe - "purement gauloises", une fois par an.
Ce n'est pas parce que vous ne vous intéressez qu'à ce qui fait l'écume des luttes, l'écume des choses, l'écume de la vie que la gauche depuis un siècle, ne s'est pas intéressée aux inégalités qui frappent en tous lieux, en tout temps et depuis toujours les femmes.
Je voudrais expliquer à Mme MARTIANO qu'il n'y a aucune compassion dans notre action, mais il y a de la solidarité, il y a de l'engagement, il y a de la conviction ; il y a la conviction qu'il faut lutter partout, en tous lieux, tous les jours contre toutes les inégalités y compris contre les inégalités dont sont victimes les femmes. C'est ce qu'a engagé l'équipe municipale sous l'égide d'Anne HIDALGO depuis deux ans.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et "Les Verts").
Je voudrais même vous dire, Madame MARTIANO, que La femme n'existe pas. C'est une pure création idéologique, littéraire, politique. Cela n'existe pas. Il y a Des femmes, Madame MARTIANO. C'est auprès de ces femmes que nous combattons, comme nous combattons auprès de toutes les victimes d'inégalités tous les jours. Consacrer une journée à parler des problèmes qu'elles rencontrent, des difficultés et des douleurs qu'elles traversent, c'est bien la moindre des choses.
Dans les attendus de ce voeu vous dites, je cite : "Il serait intolérable que notre Assemblée ne décide pas de soutenir 365 jours par an celles qui luttent pour défendre les fondements même de notre République". Sachez qu'on ne le décide pas aujourd'hui ! On l'a déjà décidé et les Parisiens l'ont décidé quand ils ont mis une majorité alternative à la tête de cette Municipalité.
Et les choses ont changé en matière de politique et de soutien aux droits des femmes !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à M. NAJDOVSKI.
M. Christophe NAJDOVSKI. - Je souhaite dire que les élus du groupe "Les Verts" partagent entièrement les propos tenus par Mme HIDALGO et Mme MAZETIER. Par conséquent, compte tenu de l'action que mène la Municipalité actuelle en direction des femmes et de tout ce qui a été dit précédemment, nous voterons contre ce voeu.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le voeu avec un avis défavorable de l'Exécutif.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Abstentions ?
Le voeu est repoussé.