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Mars 2003
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55 - Vœu présenté par la majorité municipale du 9e arrondissement relatif à la mise en valeur de l'histoire du surréalisme dans le 9e arrondissement.Vœu n° 30 présenté par M. LELLOUCHE et des membres du groupe U.M.P. relatif à la collection d'André Breton (suite)

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2003


M. Christophe CARESCHE, adjoint président. - Je vais donner la parole à M. LELLOUCHE sur le v?u qu'il a déposé relatif à la collection d'André Breton.
M. Pierre LELLOUCHE. - Monsieur le Maire, ce voeu touche aux sujets évoqués précédemment par M. BRAVO sur la succession d'André Breton.
Depuis quelques semaines, les collections d'André Breton sont l'objet d'un vif débat et de beaucoup d'inquiétude de la part des milieux de la culture et de nombre de Parisiens, ces collections devant être dispersées lors d'une vente publique à Paris. L'annonce a causé beaucoup d'émoi. Elle a donné lieu à un voeu, à l'unanimité, le 25 avril, du Conseil de Paris et le 13 mars dernier à un voeu, également à l'unanimité, du Conseil du 9e arrondissement. Cette vente prochaine a également donné lieu à un échange de lettres entre le Maire de Paris, Bertrand DELANOË et le Ministre de la Culture, Jean-Jacques AILLAGON. L'heure est venue aujourd'hui de voir ce que la Ville va faire. C'est le sens du voeu que j'ai déposé au nom de mes collègues du groupe U.M.P.
Du côté de l'Etat, depuis 1975 - car il faut rappeler que cela fait 25 ans que cette collection dort rue Fontaine dans l'appartement d'André Breton -, un certain nombre d'achats ont été effectués par l'Etat, par le Musée d'Art moderne en particulier (Miro, Tanguy, Ernst, Duchamps et Dali). La dernière acquisition en date remonte à 2002, un Guillaume Tell acquis par l'Etat. De même, le Musée du quai Branly a acquis un certain nombre d'effigies et de masques africains. De plus les héritiers, sous forme de dons ou par dation vont donner à la République un certain nombre d'?uvres d'art importantes appartenant à cette collection.
Reste que de très nombreux objets vont être dispersés. Il résulte de l'échange de lettres entre le Maire de Paris et le Ministre de la Culture que l'Etat est disposé à préempter pour le compte de la Ville de Paris l'achat d'un certain nombre d'?uvres. La question est de savoir qui paye quoi et combien.
Dans le voeu que je dépose au nom du groupe U.M.P., j'ai souhaité aller au-delà des propositions faites par le Maire du 9e, auxquelles je m'associe d'ailleurs totalement à savoir notamment la création d'une place au nom d'André Breton ainsi que d'un Espace du surréalisme dans le 9e arrondissement. Il faudrait que la Ville débloque une enveloppe budgétaire afin de répondre à la proposition du Ministre de la Culture et que l'on connaisse l'état des disponibilités financières du côté de la Ville et du côté de l'Etat.
On peut s'interroger sur les intentions de la Ville dans la mesure où, lors de sa séance de la 9e Commission, du 19 février, la Directrice des Affaires culturelles avait assuré que la Ville consacrerait une partie importante des crédits d'acquisition de 2003 à l'achat de pièces de la collection Breton. Un mois plus tard, M. GIRARD ici présent, n'a pas été en mesure de donner à la Commission la moindre indication sur les intentions de la Ville. J'entends dire, il y a un instant par M. BRAVO qu'apparemment, le vote de ce matin qui n'a rigoureusement rien à voir d'ailleurs avec le sujet qui nous occupe cet après-midi, empêcherait toute acquisition par la Ville d'?uvres appartenant au patrimoine parisien !
J'ajoute que, dans le fonctionnement de la Direction des Affaires culturelles, on peut noter ces derniers temps un certain nombre de dysfonctionnements graves : le sous-directeur des richesses artistiques a été révoqué en mars 2002 et n'a, à ce jour, pas encore été remplacé. Il n'y a pas eu de chef du bureau des musées, de mai à octobre 2002.
Dans ces conditions, j'aimerais interroger la Municipalité et notamment M. GIRARD sur ses intentions s'agissant de cette vente publique et de la dispersion des collections Breton. J'aimerais connaître les intentions de la Municipalité et je souhaiterais que, dans cette affaire comme dans la précédente, qui concernait la pose d'une plaque sur un certain pont de Paris, et qui était - je m'en félicite - plus sereine, nous arrivions à trouver les bases d'un accord entre majorité et opposition à la Ville de la même façon que l'on peut espérer que MM. DELANOË et AILLAGON trouvent un accord pour que l'essentiel de ces collections, qui appartiennent au patrimoine culturel de la France et qui évoquent toute une période qu'a été le surréalisme, soit disponible au plus grand nombre.
(Applaudissements sur les bancs du groupe U.M.P.).
M. Christophe GIRARD, adjoint. - C'est donc l'élu "Vert" et par ailleurs homosexuel, qui va répondre à M. Pierre LELLOUCHE en lui lisant la lettre du Maire de Paris à M. AILLAGON.
Cela veut dire exactement ce que ça veut dire. Si, ça change tout figurez-vous, quand on connaît soi-même la haine !
"Monsieur le Ministre, je vous remercie de votre courrier du 12 mars où vous soulignez que vous avez été sensible au voeu que le Conseil a unanimement adopté le 25 février dernier. Les élus du Conseil de Paris et moi-même avons suivi avec beaucoup d'attention et d'émotion les débats suscités par l'annonce de la vente et donc de la dispersion des collections de l'atelier d'André Breton, de la rue Fontaine dans le 9e, dans lequel il a vécu jusqu'à sa mort.
J'ai personnellement - rappelle le Maire - aussitôt demandé à M. GIRARD d'examiner ce qui pouvait être acquis au cours de cette vente. Conscient toutefois que nous ne pouvions nous substituer à l'Etat dans la sauvegarde de ce patrimoine national...
... nous substituer à l'Etat dans la sauvegarde de ce patrimoine national... - je vous demande de bien retenir cette phrase pour la suite de mon explication - ... je ne manquerais pas, à cet égard, de faire connaître aux élus du Conseil de Paris les différentes initiatives prises par l'Etat depuis longtemps déjà, pour mettre à l'abri ces collections et présenter au public les ?uvres les plus remarquables.
Concernant la préemption que vous acceptez de mener pour le compte de la Ville de Paris, ce dont je vous remercie, je peux vous préciser que les services de la Ville ne manqueront pas de se rapprocher, dans les jours qui viennent, de ceux de votre ministère pour établir la liste des ?uvres que nous souhaiterions acquérir.
J'aimerais donc connaître la teneur de l'effort que l'Etat prévoit de consentir dans le cadre de la vente à venir..."
Le reste, ce sont des formules de politesse.
La réponse du Ministre a été de dire que, sur le plan technique en effet, il permettrait à la Ville d'acquérir mais en aucun cas il n'a répondu à la lettre en indiquant les budgets ou les subventions possibles pour l'acquisition des ?uvres. Il existe à la Ville de Paris un budget d'acquisition d'?uvres d'art contemporain, une enveloppe assez importante. En effet, sur cette enveloppe, les experts nous feront des propositions. La Direction des Affaires culturelles, en l'occurrence Mme Suzanne PAGÉ, grande experte et responsable d'un des plus grands musées européens, celui d'Art moderne de la Ville de Paris, nous indiquera avec son comité d'acquisition ce qu'il semblerait bon d'acquérir pour la Ville de Paris.
Les services du Ministre et de la Direction des Affaires culturelles ne se sont pas encore vus. J'ose espérer que ça se fera très rapidement puisque nous approchons de la date de la vente aux enchères.
N'ayant pas d'indications plus importantes de la part du Ministère de la Culture, en réponse à la lettre du Maire et nous, la Ville, ayant un budget sur lequel on pourra, en effet, consacrer une somme, qui vous sera proposée, je crois qu'il n'est pas nécessaire de présenter des v?ux de cette nature.
En ce qui concerne les indications faites, ou le v?u fait par le Conseil du 9e arrondissement, je voudrais simplement vous dire qu'il existe déjà, dans le 1er arrondissement, sur le jardin du Forum des Halles, à côté de l'allée Paul-Eluard, une allée André-Breton. Néanmoins, j'ai suggéré à Jean-Pierre CAFFET, qui en était d'accord, et si vous en étiez tous d'accord, que nous regardions s'il était possible d'avoir finalement une rue André-Breton, plutôt qu'une pauvre allée perdue au milieu des arbres du Forum des Halles, ce à quoi il semblerait qu'il soit possible de répondre favorablement.
Quant à la création d'un espace du surréalisme, bien sûr, l'idée est évidemment séduisante mais je vous mets en garde si cette idée devait entraîner un coût supplémentaire pour le budget culturel de la Ville de Paris.
Je vous recommande la prudence et d'attendre de connaître les intentions de l'Etat. Sachez qu'en tout cas, la Ville assumera ses responsabilités dans la mesure de ses moyens, car nous aimons passionnément André Breton.
Je vous rappelle que nous sommes des élus locaux d'une ville importante mais qui, néanmoins, n'est pas toute la France.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
Dois-je en déduire que vous êtes défavorable au v?u n° 30 et au v?u n° 29 ?
M. Christophe GIRARD, adjoint. - Je ne suis pas défavorable dans l'esprit, je suis défavorable parce qu'il est prématuré.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à M. LELLOUCHE, ensuite à Mme GÉGOUT pour l'explication de vote.
M. Pierre LELLOUCHE. - J'avoue ne pas vraiment comprendre la position de M. GIRARD. Est-il défavorable au v?u du 9e arrondissement ou au v?u que j'ai déposé ?
Deuxièmement, je souhaiterais rappeler à notre Assemblée que la lettre de M. DELANOË ne constitue pas une réponse à la lettre de M. AILLAGON. Les lettres se sont croisées, de l'aveu même du Maire de Paris.
Ce que je regrette c'est que, dans une affaire d'intérêt général touchant au patrimoine culturel de notre Ville et de notre pays, on continue, cet après-midi, à jouer au ping-pong en se renvoyant la balle d'un côté à l'autre, ce qui est un petit peu en dessous de ce qu'on aurait pu attendre de la Municipalité.
J'ai demandé au Maire du 9e, l'autre soir, 13 mars, puisqu'il avait lui-même fait introduire ce v?u, de donner des précisions financières. Il est Président de la Commission des finances. Ce soir, j'apprends qu'il n'y a pas d'argent disponible. M. GIRARD dit qu'il y a un budget, qu'on va prendre dans le budget. A hauteur de quoi ? On ne sait pas. Et on renvoie la balle sur M. AILLAGON. A ce rythme, la collection sera dispersée et personne n'aura fait son devoir du côté de la Municipalité, ce que je regrette.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
Je vais donner la parole à Mme GÉGOUT et M. BRAVO, je voudrais simplement dire à M. LELLOUCHE que je n'ai pas compris ce qu'il entendait par "M. GIRARD renvoyait la balle".
Ce dernier a indiqué très clairement que la Ville était prête, y compris sur le plan financier, à procéder à un certain nombre d'acquisitions. Il a tout simplement lu la lettre de M. AILLAGON qui, de son côté, ne précise pas les engagements, y compris financiers, que l'Etat pourrait prendre.
J'ai plutôt le sentiment, dans cette affaire, que la Ville en prend et pas l'Etat.
Madame GÉGOUT, vous avez la parole.
Mme Catherine GÉGOUT. - Merci, Monsieur le Maire.
Je suis étonnée, et même vraiment choquée parce que je trouve que les élus, dans cet hémicycle, ont la mémoire courte, en tout cas certains.
Sur proposition des élus communistes, il y avait eu un v?u, adopté à l'unanimité au dernier Conseil, qui disait texto - la phrase, d'ailleurs, a été reprise par M. DELANOË dans sa lettre - : "La Ville de Paris ne peut pas se substituer à l'Etat dans la sauvegarde de ce patrimoine national mais elle se doit d'y contribuer".
Vous avez tous voté ce v?u.
Ensuite, on demandait au Ministre de prononcer l'interdiction de sortie du territoire, d'user de son pouvoir de faire reporter la vente et de réunir une table ronde.
Sortie du territoire ? Il ne l'a pas fait.
Faire reporter la vente ? Il ne l'a pas fait.
Table ronde ? Il ne l'a pas fait et il renvoie la balle au Maire de Paris en disant : "Maintenant, on va préempter à votre place" ! Alors là, vraiment, figurez-vous que les membres du Comité de vigilance d'André Breton ne sont pas dupes, ils ont été absolument choqués par cette réponse !
Ils sont allés distribuer des tracts au Salon du livre, ils vont faire une manifestation le jour du démarrage de la vente. D'ailleurs, je vous invite à y aller, le 7 avril, à 13 heures, devant Drouot.
C'est vraiment scandaleux. Là, le Ministre a botté en touche. Ce n'est pas la peine de voter des v?ux comme celui-là pour proposer ensuite un v?u comme celui de M. LELLOUCHE. Sur le comportement du Ministre, M. AILLAGON, je ne le mets pas en cause personnellement, je pense qu'il a subi des coupes sombres dans son budget culturel et qu'il ne sait plus quoi faire.
C'est comme cela, c'est la réalité.
Alors, que fait le Ministre ? Il dit : "Débrouillez-vous et je préempte à votre place". Non, mais quand même, de qui se moque-t-on ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci, Madame GÉGOUT.
M. BRAVO, qui est l'auteur du v?u, a la parole.
M. Jacques BRAVO, maire du 9e arrondissement. - C'est facile d'intervenir après Catherine GÉGOUT. Sur les deux premiers éléments du v?u du 9e, il n'y a pas de réserves sur les suggestions que l'on fait. J'ai compris à partir de l'intervention de l'Adjoint chargé de la Culture qu'il fallait réfléchir et se revoir sur le troisième élément, qui était la création d'un espace du surréalisme.
Maintenant, concernant le v?u déposé par M. LELLOUCHE, qui décidément ne rate pas une occasion d'être décalé par rapport à son propre mouvement, dans la même journée voir l'U.M.P. refuser à la Ville des ressources, 111 millions d'euros, et proposer des dépenses pour le compte de l'Etat, c'est scandaleux.
Donc ma réponse, pour moi, c'est clairement non. Ce n'est pas le Ministre de la Culture qui doit dire au Maire de Paris : "Je préempte pour votre compte".
Ceci étant, que la Ville fasse un effort sur certains achats, je suis d'accord.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci. Non, non, Monsieur LELLOUCHE, c'est terminé. Je clos le débat et je mets aux voix.
Je mets aux voix le v?u n° 29. Si j'ai bien compris, Monsieur BRAVO, vous retirez de ce v?u le troisième alinéa portant sur la création d'un espace du surréalisme.
M. Jacques BRAVO, maire du 9e arrondissement. - On va en discuter.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix.
M. Patrick BLOCHE. - Allez, on vote, on vote.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - C'est un v?u, ce n'est pas un amendement.
Ce n'est pas une pratique.
M. Laurent DOMINATI. - Non, Monsieur le Maire. Confusion pour confusion, au moins vous êtes clair. Vous déposez des v?ux et vous les retirez.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Non, non, il y a une discussion, vous savez très bien comment se font les choses.
Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 29 amendé par M. BRAVO, qui en est l'auteur.
Qui est pour ?
M. Pierre LELLOUCHE. - C'est n'importe quoi !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Qui est contre ?
Abstentions ?
Le v?u amendé est adopté. (2003, V. 41).
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 30 de M. LELLOUCHE, avec un avis défavorable de l'Exécutif.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Abstentions ?
Le v?u n° 30 du fascicule est repoussé.