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Mars 2003
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53 - Echanges autour de récents propos de M. LELLOUCHE

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2003


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur NAJDOVSKI, vous avez la parole.
M. Christophe NAJDOVSKI. - Je vous demande la parole, Monsieur le Maire - j'aurais préféré ne pas la demander... - parce que je voudrais dénoncer ici avec la plus grande fermeté et avant qu'il ne s'apprête à prendre la parole des propos injurieux et scandaleux qui ont été tenus par M. LELLOUCHE en notre direction.
M. LELLOUCHE a cru bon récemment de considérer qu'il y avait (je le cite) "un antisémitisme venu de l'extrême gauche et des "Verts" et qui a progressivement contaminé le parti socialiste".
Je tiens à réaffirmer ici dans cette enceinte que "Les Verts" rejettent, condamnent de la manière la plus claire et la plus ferme l'antisémitisme. Récemment, une rencontre entre "Les Verts" et le Conseil représentatif des institutions juives de France a été l'occasion de réaffirmer dans une déclaration commune que nous nous opposions ensemble à toute forme de racisme et d'antisémitisme.
Je demande donc à M. LELLOUCHE de retirer ses propos et de présenter des excuses publiques à toutes celles et ceux qui, dans cette enceinte, ont été profondément choqués et insultés par ses propos.
Dans le cas contraire, nous quitterons l'hémicycle pendant son intervention et nous ferons cela à chaque fois que M. LELLOUCHE prendra la parole dans cette enceinte.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Les Verts", socialiste et radical de gauche, communiste et du Mouvement républicain et citoyen).
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur BLOCHE, vous m'avez demandé la parole.
Nous vous écoutons.
M. Patrick BLOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.
Christophe NAJDOVSKI a dit l'essentiel. Je souhaitais m'associer à ses propos puisque le parti socialiste a été également visé par des propos publics qui, je l'espère, ont dépassé la pensée de Pierre LELLOUCHE.
En l'occurrence, à cette tribune, en ce lieu, je ne vais évidemment pas (j'allais dire je ne me sens pas dans l'obligation) justifier du combat contre le racisme et l'antisémitisme que le parti socialiste a toujours mené et mène aujourd'hui encore plus qu'hier. Le fait que nous ayons il y a quelques semaines inauguré la rue "Jean-Pierre Bloch", dans le 15e arrondissement, montrant la profonde unité de notre Assemblée et des partis politiques parisiens pour rendre hommage à une figure emblématique du combat contre l'antisémitisme, pousse évidemment les socialistes à n'avoir aucunement besoin de se justifier.
Donc, il me paraîtrait effectivement souhaitable, compte tenu de nos travaux, compte tenu d'un certain nombre d'éléments qui ont amené le parti socialiste par la voix de Bruno LEROUX, à le demander, que Pierre LELLOUCHE présente des excuses publiques. J'ai constaté qu'il avait déjà corrigé son propos en associant la droite modérée à la gauche modérée dans un antisémitisme qui serait en progression...
Cette réponse n'est pas satisfaisante et nous serions effectivement tout aussi sensibles que le groupe "Les Verts" à ce qu'il puisse retirer publiquement ses propos et présenter ses excuses à l'égard de toutes celles et tous ceux qui se sont sentis injuriés par ses déclarations.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement républicain et citoyen).
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Avant de donner la parole à M. LELLOUCHE, M. Jean VUILLERMOZ.
M. Jean VUILLERMOZ. - Monsieur le Maire, je serai très court évidemment : dans les propos de M. LELLOUCHE, le parti communiste n'était pas concerné...
Cela dit, on le comprend à demi-mots, c'est-à-dire qu'on commence par la gauche, on s'attaque aux "Verts" et évidemment, à partir de là, on regarde derrière et on voit bien qu'il ne reste plus personne !
Donc, j'aime mieux tout de suite intervenir pour être complètement solidaire de mes collègues.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
Monsieur LELLOUCHE, vous avez la parole.
M. Pierre LELLOUCHE. - Merci, Monsieur le Maire, si vous le permettez, j'interviendrai sur le v?u n° 30 après avoir répondu aux injonctions qui viennent de m'être faites.
Mes chers collègues, il n'a jamais été dans mes intentions, soyons clairs, de mettre en cause ni les dirigeants du parti socialiste ni le parti socialiste en tant que tel. Je l'ai dit publiquement, et je crois que ceci vaut la clarification que vous aviez demandée, je reviendrai sur le mot "excuse" tout à l'heure.
Quant aux "Verts", c'est plus délicat.
M. François FLORES. - Ah !
M. Pierre LELLOUCHE. - Permettez-moi de m'exprimer, s'il vous plaît...
Il y a une quinzaine de jours, dans une interview au "Parisien", interview d'ailleurs croisé entre Noël MAMERE et moi, il y avait dans les propos de Noël MAMERE, avant l'interview de "La Croix" qui m'est reproché, des points qui sont difficiles à accepter. Difficiles à accepter !
Ce que je dis, je ne suis pas le seul à le constater, mes chers collègues. Croyez-moi, un certain nombre d'élus et de militants de gauche, qui sont mes amis, sont venus me dire leur propre expérience dans leur famille politique. De la même façon que ce genre de dérapage existe aussi à droite.
Vous pouvez casser ou dénoncer le thermomètre autant que vous voulez, vous ne changerez pas une réalité qui est hélas que dans notre pays, à la suite de la diabolisation menée depuis de nombreuses années de l'Etat d'Israël, celui-ci étant présenté comme un Etat "bourreau" du peuple palestinien, un certain nombre de gens font la confusion entre la critique - qui peut parfaitement être légitime d'ailleurs - de l'Etat d'Israël, la dénonciation du sionisme, qui est plus problématique, car cela remet en cause le droit d'un peuple à avoir un état, et une attitude quasi raciste ou antisémite.
M. Sylvain GAREL. - C'est scandaleux ! Jamais "Les Verts" n'ont tenu de propos antisémites !
M. Pierre LELLOUCHE. - Je n'ai interrompu personne !
M. Sylvain GAREL. - "Les Verts" sont contre les antisémites !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Vous voyez bien que vos propos sont extrêmement difficiles à entendre et que ces accusations publiques sont problématiques, enfin !
M. Jacques BRAVO, maire du 9e arrondissement. - C'est honteux !
M. Pierre LELLOUCHE. - Vous ne m'empêcherez pas de m'exprimer. Je ne mets en cause ni les responsables ni les partis en tant que tels, je dis qu'un certain nombre de gens, y compris des élus nationaux connus, font ce genre d'amalgame et il est dommage que vous refusiez d'admettre cette réalité.
M. Yves CONTASSOT, adjoint. - Pas les élus !
M. Pierre LELLOUCHE. - Je ne veux pas faire de peine à quiconque ici, mais dans les rues de Paris, dans des manifestations antiguerre ou pro-palestinienne, on a vu non seulement des drapeaux du Hamas, et autres, mais on a entendu des "Mort aux juifs", y compris sur les différents boulevards dans ma propre circonscription alors...
(Vives protestations sur les bancs du groupe "Les Verts").
... Vous voudrez bien dire que c'est la liberté d'expression, je dis qu'il y a confusion des genres et je dis que votre responsabilité politique est engagée.
M. Sylvain GAREL. - C'est vous qui faites la confusion des genres.
M. François FLORES. - C'est honteux !
M. Jean-François BLET. - C'est vous qui faites la confusion ! C'est scandaleux !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Arrêtez.
M. Pierre LELLOUCHE. - Calmez-vous, Monsieur, devant, et laissez parler.
M. Jean-François BLET. - Ce sont des amalgames honteux.
Ce sont des méthodes inqualifiables ! Qu'est-ce que c'est que ces méthodes.
M. Pierre LELLOUCHE. - Arrêtez !
M. Patrick TRÉMÈGE. - Et la tolérance !
M. Pierre LELLOUCHE. - C'est exactement ce que je viens de dire. Par vos propos...
M. Jean-François BLET. - C'est un amalgame déplorable, vous êtes le premier à le faire l'amalgame !
M. Pierre LELLOUCHE. - Je l'ai dit.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Laissez-le parler.
M. Pierre LELLOUCHE. - Si vous croyez m'intimider par vos vociférations, vous vous trompez complètement. Je suis parfaitement serein. Notre pays connaît un problème grave que vous ne voulez pas voir. C'est votre droit, mais n'empêchez pas ceux qui sont concernés par ce problème de se battre contre lui.
Je suis l'auteur d'une proposition de loi - et le Maire de Paris a bien voulu le rappeler tout à l'heure - qui a été votée à l'unanimité et je remercie tous mes collègues de gauche présents ce jour là, qui visait à punir non seulement les agressions verbales ou par écrit, c'était la loi "Gayssot", mais les violences physiques contre les personnes et les biens pour avec une intention raciste.
Nous sommes dans cette situation là, mes chers collègues, il est un fait qu'à côté de l'ancien antisémitisme d'extrême droite, s'est développé dans ce pays un antijudaïsme nouveau qui vient de l'extrême-gauche, en effet, et qui confond antisionisme et antisémitisme. Je maintiens ces propos.
Je les maintiens. Alors je veux bien en exclure les responsables nationaux et les formations que vous représentez car je n'ai rien contre les formations, je suis un démocrate. Mais vous pouvez dénoncer et essayer de casser le thermomètre autant que vous voudrez, vous ne changerez rien à ce cancer qui désormais se développe à l'extrême-gauche de notre pays et que je dénonce tout autant que je dénonce et je condamne l'extrémisme de droite.
Voilà la position d'un honnête homme aujourd'hui !
(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
Et après, Messieurs, si vous voulez poursuivre cette discussion en justice, je suis tout à fait prêt à venir devant la justice m'expliquer avec vous.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Très bien !
M. Jean-François BLET. - Arrêtez l'amalgame ! C'est de la diffamation, de la calomnie !
M. Pierre LELLOUCHE. - Avec votre permission, Monsieur le Maire, j'aimerais...
M. François FLORES. - Vous faites exactement de l'amalgame.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je donne la parole à Patrick BLOCHE... attendez...
M. Patrick BLOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.
Christophe NAJDOVSKI, Jean VUILLERMOZ et moi-même nous sommes exprimés dans des conditions qui exprimaient insuffisamment, pour justement ne pas être provocateurs, combien nous nous sommes sentis injuriés et blessés par les propos de Pierre LELLOUCHE.
Je regrette, au regard de notre responsabilité d'élus, et dans cette enceinte, en fonction de ce qu'est le débat républicain, le débat démocratique, que Pierre LELLOUCHE surajoute à la provocation dans les réponses insatisfaisantes qu'il nous a faites, y compris à l'égard du parti socialiste.
Je considère que les conditions de son intervention, les conséquences que cela a eues sur le travail de notre Assemblée, m'amènent au nom du groupe socialiste et radical de gauche à demander une suspension de séance.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Madame BORVO, vous avez la parole.
M. Patrick TRÉMÈGE. - Il y a une demande de suspension de séance !
Mme Nicole BORVO. - Monsieur LELLOUCHE, vous êtes vraiment un provocateur. Vous savez que le type d'amalgame que vous faites peut tuer et a pu tuer dans l'histoire. Alors écoutez, je vous prie d'enregistrer - peut-être ne le saviez-vous pas - que les organisateurs des manifestations auxquelles vous faites référence ont fait sortir des cortèges toute inscription qui pouvait prêter à ambiguïté.
Alors je ne sais pas qui vous visez quand vous dites d'un mot très large "extrême gauche", "gauche", etc.
M. Pierre LELLOUCHE. - C'est incroyable !
Mme Nicole BORVO. - C'est moi qui parle, Monsieur LELLOUCHE, ce n'est pas vous ! Il est inadmissible que vous fassiez ce type d'amalgame et je le dis avec autant de solennité parce qu'on sait que ce type d'amalgame peut aller très loin.
Alors je vous prierai de retirer...
M. Pierre LELLOUCHE. - C'est exactement ce que je dénonce.
Mme Nicole BORVO. - Vous pouvez penser ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas faire l'amalgame avec des organisations politiques, syndicales, qui organisent des manifestations, et heureusement qu'il y en a qui font des manifestations pour la paix et pour le peuple palestinien !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je suspens la séance pour 5 minutes.