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Septembre 2002
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Conseil Général
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3 - 2002, ASES 121 G - Autorisation à M. le Président du Conseil de Paris, siégeant en formation de Conseil général, de signer une nouvelle convention avec l'association "Les amis du bus des femmes" (11e). - Fixation, pour l'exercice 2002, de la subvention du Département de Paris à ladite association pour un montant de 40.000 euros

Débat/ Conseil général/ Septembre 2002


M. LE PRÉSIDENT. - Nous passons à l'examen du projet de délibération ASES 121 G, portant autorisation à M. le Président du Conseil de Paris de signer une nouvelle convention avec l'association "Les amis du bus des femmes".
La parole est d'abord à Mme Liliane CAPELLE.
Mme Liliane CAPELLE. - Merci, Monsieur le Président.
Je serai extrêmement brève puisque cette association "Les amis du bus des femmes" est très connue. Elle mérite pleinement l'octroi de cette subvention car le travail accompli est remarquable.
Je voudrais simplement, à l'instar de ce qui s'est dit ce matin, exprimer mon inquiétude et mon indignation concernant un sujet grave, souvent tabou même si on en parle : la prostitution, telle que la vivent les jeunes filles ou les jeunes garçons dans la Capitale, est une honte pour nous tous.
Comment peut-on assister à ce déferlement de violence faite à des êtres humains et rester silencieux ?
Je voudrais saluer le travail effectué par la Première adjointe, Mme HIDALGO qui, sans démagogie ni polémique, traite ce sujet.
Encore une fois, cela dépasse les compétences de la Ville de Paris et ce n'est pas une émission de télévision qui apportera les solutions.
Tout est difficile quand on évoque la prostitution. Il incombe néanmoins à l'Etat de tout mettre en ?uvre pour casser les réseaux qui exploitent les êtres humains et mettre hors d'état de nuire leurs chefs maffieux qui en vivent.
Il faut aussi réinventer l'aide qui peut être apportée à celles et ceux qui, de plus en plus jeunes, sont blessés à jamais dans leur corps et leur esprit, trouver des lieux de vie, des lieux de soins, des écoles.
Il faut surtout accepter de voir que cela existe de cette manière et à nos portes, ne pas fermer les yeux, ne pas tout tolérer et tendre la main quand cela est nécessaire.
Je vous remercie.
(M. Christian SAUTTER, vice-président, remplace M. le Président du Conseil de Paris au fauteuil de la présidence).
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame CAPELLE, de cette intervention très humaine.
La parole est à Mme LE STRAT.
Mme Anne LE STRAT. - Si j'interviens sur ce projet de délibération, c'est autant pour saluer la proposition qui nous est faite de voter une subvention de 40.000 euros à l'association "Les amis du bus des femmes", que pour souligner l'attention particulière que nous devons accorder aux conditions de vie des personnes prostituées.
Je commencerai en rappelant l'importance et la qualité du travail que cette association réalise en faveur de cette population. Créée en 1994 par une femme prostituée cette association fait partie des premiers projets en France fondés sur les principes de la "santé communautaire", projets qui se développent au début des années 1990 dans le cadre de la prévention contre le Sida.
Une des principales originalités de ces associations réside dans la participation pleine et entière des personnes prostituées assurant une continuité entre les équipes proposant leurs services et les bénéficiaires.
Ces associations, comme Cabiria à Lyon, Aides ou le PASTT à Paris, comptent au sein de leurs équipes aussi bien des personnels qualifiés dans les domaines sanitaire, juridique et social, que des personnes ayant exercé ou exerçant la prostitution et considérées du fait de cette expérience comme disposant d'aptitudes spécifiques pour assurer une action de prévention et de suivi auprès des personnes prostituées en difficulté.
De ce fait, et au contraire des quelques associations antérieures ?uvrant dans le milieu de la prostitution, et pour lesquelles le jugement moral est au c?ur de l'action, l'aide aux personnes prostituées ne s'échange pas contre la promesse de vouloir s'en sortir. L'accent est mis sur la nécessité d'assurer un suivi des personnes en matière d'accès aux droits avant même qu'il soit question de la sortie du milieu de la prostitution.
Il s'agit ainsi d'offrir aux personnes prostituées à travers ce suivi et cette aide la possibilité de recouvrer une autonomie leur permettant précisément de mieux décider de leur avenir. Cette démarche qui refuse de cloisonner cette population par des jugements moraux, a fait la preuve de son efficacité par la qualité du suivi et la fréquence des visites des prostitué-e-s incité-e-s à revenir.
Cette démarche participe de la lutte indispensable contre la stigmatisation et l'exclusion des personnes prostituées.
Les actions ainsi engagées par les associations comme le Bus des Femmes prennent des formes concrètes et diverses.
En matière de santé, elles assurent un travail de prévention, d'éducation, de soutien et d'accès aux soins face aux risques encourus par les personnes prostituées (V.I.H., hépatites, grossesses, toxicomanie...).
Sur le plan social, elles participent à l'émancipation des prostitué-e-s en favorisant l'accès aux aides sociales, à la formation et à la possibilité d'une insertion sociale ; elles sont également des lieux d'accueil, d'échanges et de réflexion.
Pour toutes ces raisons, il nous semble que ce type d'association constitue l'un des moyens efficaces pour apporter aide et protection aux personnes prostituées.
Cependant, je voudrais insister sur le fait que ces associations, trop peu nombreuses, n'ont pas la possibilité d'assurer une couverture satisfaisante de toute la ville. D'après les chiffres déclarés par l'association, l'Abri-bus a accueilli 1.900 personnes pour l'année 2000 sur une population d'environ 8.000.
Cela signifie qu'au plus un quart des prostituées s'y est rendu, chiffre surestimé par la fréquence des visites de nombreuses personnes prostituées.
Nous pensons ainsi qu'au niveau municipal, il serait souhaitable d'orienter la politique de la Ville concernant la prostitution vers l'accroissement des subventions à ces associations afin d'étendre leur action et de favoriser la création de structures similaires.
Plus largement et au-delà du débat sur la législation à adopter en matière de prostitution, comme sur la pénalisation du client, question qui ne relève pas directement des prérogatives de la Ville et sur laquelle je ne m'étendrai pas ici malgré certaines divergences de points de vue, il revient en revanche à la Ville de développer une politique qui soit dirigée vers et pour les personnes prostituées. Une politique qui refuse la stigmatisation et les discriminations dont cette population est trop souvent victime.
Cette approche passe par une aide accrue aux associations mais aussi par des actions de sensibilisation auprès des services municipaux en contact avec ces personnes. Il s'agit d'?uvrer pour une véritable avancée sur l'accès aux droits d'une population marginalisée et précarisée.
M. Christian SAUTTER, président. - Madame LE STRAT, il faut conclure !
Mme Anne LE STRAT. - Je termine... Par ailleurs, la Ville doit veiller à une meilleure coopération avec les services de police engagés dans la lutte contre le proxénétisme comme dans leurs mission de protection contre les violences faites aux prostitué-e-s. La condamnation des délits reste largement insuffisante au regard des exactions qui ne cessent de se multiplier.
Enfin, la Municipalité a un rôle à jouer en matière d'éducation à la sexualité par le biais notamment de campagnes d'information et de sensibilisation auprès d'un public jeune très souvent et étonnamment ignorant de ces questions. Cette méconnaissance est source de comportements non responsables, de prises de risques, de vulnérabilité et de violence dans les rapports sexuels dont sont d'ailleurs particulièrement victimes les filles.
C'est pourquoi au-delà de la satisfaction à voter sur cette délibération, elle ne saurait cependant nous faire oublier l'étendue du travail à accomplir en matière d'aide aux personnes prostituées. Elle ne dédouane pas non plus la Ville de la nécessité à s'engager dans une politique ambitieuse quant à l'ensemble des questions liées à la sexualité.
Je vous remercie de votre attention.
M. Christian SAUTTER, président. - La règle des cinq minutes s'applique à tous les sujets.
Je suis sûr que M. BOUTAULT va s'exprimer avec gravité et concision !
M. Jacques BOUTAULT. - En effet, Monsieur le Président, j'interviendrai, plus brièvement, dans la continuité des propos d'Anne LE STRAT qui insistait sur le droit et la protection des personnes prostituées, mais en apportant un éclairage sur la situation du 2e arrondissement.
Il me semble, en effet, important de rappeler que les personnes prostituées sont avant tout des femmes et des hommes plusieurs fois victimes : victimes de la misère économique qui pousse à l'exercice de cette activité, victimes des réseaux maffieux, de la domination masculine et victimes de la misère sexuelle. Ces victimes sont exclues des droits sociaux et civiques élémentaires : protection sociale, retraite, droit de séjour pour les étrangères.
Lutter contre le proxénétisme, diminuer la prostitution passe prioritairement par une aide accrue à ces victimes afin de les soustraire aux réseaux de traite et leur permettre de s'émanciper de leur proxénète. Pour ce faire, les associations notamment celles qui travaillent avec les prostituées sur les principes de santé communautaires méritent d'être mieux soutenues.
Le phénomène récent de la prostitution dans la périphérie de la Capitale, pour important qu'il soit, ne doit pas occulter que le phénomène existe aussi et depuis longtemps au centre de Paris et particulièrement dans le 2e arrondissement, rue Saint-Denis et alentours. La prostitution surtout féminine est principalement située entre la rue Réaumur et les grands boulevards. Une prostitution ancienne, sur le déclin, essentiellement d'origine française, y côtoie une prostitution d'origine africaine, en augmentation, régulièrement renouvelée par des femmes peu intégrées, souvent très jeunes, maîtrisant mal le français. Ces dernières, très vulnérables, vivent sous la coupe de proxénètes. Les associations telles "Les amis du bus des femmes" ont ici un rôle fondamental à jouer : établir un lien avec ces jeunes femmes et éviter ainsi le cloisonnement propice aux exactions, leur faciliter un accès aux structures de droit commun notamment aux structures de soins, mais aussi les informer sur leurs possibilités de formation et d'emploi.
Pour toutes ces raisons, la mairie du 2e arrondissement est disposée à faciliter l'implantation des associations d'aide aux prostituées, à encourager leur travail avec et en direction des prostituées.
Ainsi, la rue Saint-Denis et ses habitants ont un besoin urgent du retour du "Bus des femmes". Les demandes sont, semble-t-il, importantes. Il faut que notre collectivité apporte une aide accrue à ces associations, une aide à la hauteur des problèmes que pose aujourd'hui la prostitution à Paris.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Les Verts", socialiste et radical de gauche, communiste et du Mouvement des citoyens).
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur BOUTAULT, d'avoir fait une proposition concrète et aussi d'avoir respecté votre temps de parole.
Mme Clémentine AUTAIN a la parole.
Mme Clémentine AUTAIN. - Monsieur le Président, mes chers collègues, comme mes collègues de gauche qui viennent de s'exprimer, je tiens à apporter mon entier soutien à cette délibération qui vise donc à conventionner avec l'Association "Les amis du bus des femmes".
En effet, aider les femmes qui sont en situation de prostitution me paraît une absolue priorité dans le combat contre l'exploitation sexuelle. La législation ne peut pas tout, voire ne peut rien, si elle n'est pas assortie d'une réelle volonté politique accompagnée de moyens pour la mettre en ?uvre.
Si la principale question est celle des conditions de vie des personnes prostituées, nous devons permettre aux associations présentes sur le terrain de pouvoir amplifier leur action.
La voie empruntée par notre Municipalité dans le cadre de ses prérogatives a le mérite d'être en adéquation avec les valeurs auxquelles nous sommes attachés.
Je constate qu'à l'échelle nationale le fossé entre les principes affichés et les moyens accordés est frappant. En effet, comment imaginer que les 30 fonctionnaires de police affectés à la cellule chargée de lutter contre le trafic des êtres humains sur l'ensemble du territoire puissent mener à bien leur mission ? Or, Paris est évidemment victime de la faiblesse de la politique nationale sur cette question, une question qui a récemment resurgi sur le devant de la scène médiatique portée par quelques-uns de nos collègues de l'opposition dont le silence sur cette délibération m'étonne aujourd'hui, et notamment celui de Mme la Maire, pardon ! Mme le Maire du 17e arrondissement, qui a déclaré publiquement faire de la prostitution sa priorité politique. Noble ambition si elle ne se traduisait par l'incohérence des propos et la fragilité des principes. Mme de PANAFIEU voulait, selon sa propre expression, "mettre les pieds dans le plat". Peut-être se les est-elle juste pris dans le tapis !
Le phénomène prostitutionnel est complexe, protéiforme et supporte mal la démagogie et les amalgames. Ce qui est sûr, c'est que l'engagement aux côtés des prostituées est une nécessité, une priorité et je crois que nous pouvons aujourd'hui rendre hommage au travail effectué par les militantes salariées et bénévoles de l'Association du "Bus des femmes".
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et radical de gauche, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame AUTAIN.
Je donne la parole à la dernière oratrice, Mme DECORTE... ou Melle DECORTE, pardon !
Mme Roxane DECORTE. - "Madame" DECORTE.
Monsieur le Président, mes chers collègues, si je me suis inscrite à propos de ce projet de délibération concernant l'autorisation de signer une nouvelle convention avec l'Association "Les amis du bus des femmes" et l'attribution de la subvention du Département de Paris à cette même association, qui a seulement augmenté de 1.887 euros par rapport à l'an dernier, c'est pour vous exposer plusieurs remarques.
En premier lieu, il ne s'agit nullement de remettre en question ce projet de délibération, car cette association de santé communautaire fait un formidable travail de terrain et a une vraie connaissance des publics auxquels elle vient en aide de manière très concrète. L'organisation des permanences mobiles de cette association permet de traiter des formes de prostitution de plus en plus complexes et variées comme l'a récemment illustré l'article d'un quotidien du soir.
Si la France apparaît sur la scène internationale comme un des pays leaders de la défense de l'abolitionnisme, le désengagement des pouvoirs publics est patent en matière de prévention de la prostitution et de réinsertion des prostituées.
Aussi, le nouveau Gouvernement va-t-il s'efforcer de changer la donne.
"Les amis du bus des femmes", avec sa dynamique directrice, interpellent les élus, c'est-à-dire nous tous...
(Mouvements divers sur les bancs de la majorité).
... Vous n'avez pas le monopole du social ! Vous n'avez pas le monopole de la politique sociale...
M. Laurent DOMINATI. - Surtout que vous n'avez rien fait pendant cinq ans !
Mme Roxane DECORTE. - Une certitude : l'inaction de notre part est et serait impardonnable.
M. Christian SAUTTER, président. - On écoute Mme DECORTE !
Mme Roxane DECORTE. - La prostitution touche directement aux rapports hommes/femmes dans notre société. Certes, les femmes ne sont pas les seules à se prostituer, les hommes entrent même de plus en plus nombreux dans la prostitution, mais les femmes y restent largement majoritaires tandis que clients, proxénètes et trafiquants appartiennent à un univers masculin dans une écrasante proportion.
Changer l'image de la prostitution dans l'opinion publique, installer l'idée qu'il s'agit d'une atteinte à la dignité humaine est fondamental.
Depuis quatre ans environ, "Les amis du bus des femmes" constatent l'arrivée massive et brutale d'une nouvelle forme de prostitution composée de femmes jeunes originaires d'Europe centrale et orientale, des Balkans et d'Afrique de l'Ouest. Elles sont abusées, trompées, vendues, revendues sur le trottoir, violées et torturées aux fins d'exploitation sexuelle par des groupes criminels organisés, internationaux, fortement mafieux, qui gèrent toute la filière : recrutement, fourniture de papiers, passage en France et menaces sur la famille dans le pays d'origine. Ces femmes sont privées de tous leurs droits fondamentaux et même réduites littéralement en esclavage.
Nicolas SARKOZY a rencontré récemment le Ministre de l'Intérieur roumain pour discuter des réseaux d'immigration clandestine, car les relations d'Etat à Etat ont un rôle essentiel dans ce type de dossier.
Les Municipalités ont leur rôle à jouer et vous pouvez compter sur notre contribution d'élus de l'opposition sur ce problème de société, en particulier la contribution de Joëlle CHÉRIOUX de SOULTRAIT qui participe au groupe de travail.
Cependant, nous pouvons regretter qu'aucun débat de fond n'ait eu lieu au sein de cette Assemblée, sauf au travers de v?ux et de différentes questions.
Par ailleurs, "Les amis du bus des femmes" prennent pour exemple un prêtre italien qui a retiré des centaines de femmes du trafic des êtres humains en créant un centre d'hébergement sécurisé. L'an dernier, lorsque j'étais intervenue pour cette même association, Anne HIDALGO avait évoqué cette possibilité de centre d'hébergement. Où en sont concrètement les projets de la Ville de Paris en termes d'hébergement sécurisé ?
Nous pouvons également rappeler que l'Etat tient une partie des cartes en main et que nous connaîtrons dès le mois prochain les premières mesures du nouveau Gouvernement pour lutter contre ces réseaux mafieux et renforcer les moyens de l'Office central pour la répression des trafics d'êtres humains.
Je vous remercie de votre attention.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour la République et apparentés", "Démocratie libérale et indépendants", "Ensemble pour Paris" et Union pour la Démocratie française).
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame DECORTE.
Mme Anne HIDALGO va répondre aux cinq interventions... Madame de PANAFIEU, vous souhaitez la parole ?
Mme Françoise de PANAFIEU. - Pardon, Monsieur le Président, mais ayant été mise en cause je voudrais juste...
M. Christian SAUTTER, président. - Je vous donne la parole.
Mme Françoise de PANAFIEU. - Merci.
Après tout ce que je viens d'entendre, j'avais envie quand même de remettre un peu les choses à leur place.
Je crois que c'est un sujet...
M. Christian SAUTTER, président. - Je vous donne deux minutes !
Mme Françoise de PANAFIEU. - ... qui est vraiment trop grave pour que l'on se livre à une polémique quelconque.
Je voudrais simplement rappeler que le Gouvernement est en place depuis le mois de juin dernier. Vous le savez très bien, en tant qu'élus responsables, au fond il y a les intentions qui sont énoncées par une Assemblée, mais celles-ci ne se traduisent vraiment dans les faits qu'au moment où nous votons les budgets. Il en est de même pour notre Conseil municipal et il en est ainsi, bien sûr, à l'Assemblée nationale. Le Gouvernement - étant en place depuis le mois de juin - va présenter son premier budget au mois d'octobre prochain (beaucoup d'entre vous le savent, étant députés). Nous serons donc là, dans l'hémicycle, pour voter le budget gouvernemental. A ce moment-là seulement, nous pourrons voir quelle est la priorité du Gouvernement. Mais avant, quand on prend la parole sur un tel sujet, ou bien c'est qu'on ne connaît pas la marche des Assemblées, ou bien c'est que l'on veut polémiquer sur un sujet qui, encore une fois, ne le supporte pas.
Deuxièmement, je voudrais dire, là vraiment pour rassurer, qu'il est bien évident que si l'on veut lutter contre cette prostitution, il y a un volet informatif qui passe par l'Education nationale (et la Ville de Paris a son mot à dire), il y a un volet répressif qui passe par la loi principalement et qui, donc, passe par le Gouvernement, l'Assemblée nationale, les textes de loi, et il y a enfin - et je terminerai là-dessus - un volet curatif, si je puis dire, qui passe essentiellement par les associations. Nous nous félicitons donc tous que les associations soient remarquées, dans le travail admirable qu'elles font, par la Ville de Paris.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour la République et apparentés", "Démocratie libérale et indépendants", "Ensemble pour Paris" et Union pour la Démocratie française).
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame de PANAFIEU.
Je crois que nous sommes tous bien conscients du calendrier gouvernemental. Je rappelle quand même qu'il y a eu un collectif budgétaire où de premières décisions auraient pu être prises, mais nous ne sommes pas ici...
M. Laurent DOMINATI. - Que ne les avez vous prises quand vous étiez Ministre !
M. Christian SAUTTER, président. - ... nous ne sommes pas ici pour anticiper les actes du Gouvernement. Chacun attend avec curiosité les décisions du Gouvernement en la matière.
Je donne la parole à Anne HIDALDO.
Mme Anne HIDALGO, au nom de la 1ère Commission. - Il y a unanimité des groupes politiques du Conseil de Paris, pour voter ce projet de subvention de 40.000 euros pour l'association "Les amis du bus des femmes".
Cela me réjouit. Nous avons eu raison d'augmenter le soutien financier à cette association dès le premier budget de cette mandature.
Madame DECORTE, ce n'est pas une première subvention. L'Exécutif municipal a fait voter une subvention exceptionnelle d'investissement de près de 25.000 euros pour l'achat d'un bus dès avril 2001.
Je rappelle que cette association n'est pas subventionnée par l'Etat, mais puisque vous nous dites qu'il y avait des engagements très forts en ce sens, nous les attendons.
Nous avons besoin, en tant que Ville de Paris, du concours de l'Etat, notamment pour aider ce type d'association.
Ce bus sillonne plusieurs nuits par semaine les boulevards des Maréchaux en alternance et en complément avec deux autres bus que je me permets de citer :
Le bus Intermède qui est un bus de l'association "Amicale du Nid", qui va à la rencontre également des femmes prostituées pour favoriser leur accès aux structures de droit commun, à la prévention, à l'information, à l'hébergement.
Il y a également, mes chers collègues, un troisième bus géré par l'association "Aide Ile-de-France" qui effectue la même démarche auprès des hommes prostitués qui sont estimés à environ 2.000 personnes à Paris.
L'accueil, dans ces bus, n'a de sens, on le sait, que s'il peut se prolonger dans la journée dans le cadre de permanences telles que celles des amis du bus, que des femmes organisent rue du Moulin-Joli dans le 11e arrondissement. Les femmes prostituées peuvent y venir et réaliser un bilan médical, ainsi qu'un bilan personnel.
D'ailleurs elles sont accueillies par des médecins, par un personnel médical qui parle également la langue de la plupart de ces jeunes femmes et notamment le bus s'est doté d'un service d'un médecin russe, ce qui permet d'entrer en contact avec toutes les jeunes femmes venues des pays de l'Est.
Ces démarches aboutissent pleinement quand ces mêmes femmes peuvent ensuite bénéficier d'un suivi assuré par les permanences hebdomadaires mises en place par ce bus avec l'A.N.P.E.
Le Conseil de Paris sera sollicité en décembre 2002 pour une seconde subvention au titre de ces actions d'insertion par l'emploi, et par la formation pour les personnes prostituées.
L'association "Les amis des femmes", figure parmi les plus importantes, sur lesquelles la Ville de Paris - je tiens à le souligner et la Région Ile-de-France aussi - s'appuie aujourd'hui pour agir auprès des personnes prostituées, qu'il s'agisse de prévention de l'infection au V.I.H., des hépatites et des M.S.T., d'incitation au dépistage ou d'accompagnement de ces personnes.
Je voudrais préciser à mes collègues du groupe "Les Verts" ce que j'ai dit ce matin : la Ville de Paris a accru sa subvention aux associations très fortement. Je vous l'ai dit ce matin, sous la précédente mandature, c'étaient 75.000 euros par an qui figuraient, non pas au registre de la lutte contre le phénomène prostitutionnel, mais au titre des subventions qui étaient versées dans le cadre de l'action sociale de la Ville.
Aujourd'hui, nous contribuons à hauteur de 600.000 euros par an, pour l'ensemble des associations. Il est vrai qu'on peut toujours aller plus loin, plus vite, plus fort.
Je crois qu'il faut avancer progressivement et là nous sommes à un niveau de contribution de la Ville et du Département, qui est particulièrement important.
Le soutien aux associations apporté par la Ville de Paris est également ciblé sur des actions de prévention auprès de l'ensemble de la population parisienne. Chacune de ces actions d'information et de sensibilisation aux réalités des phénomènes prostitutionnels doit être bien entendu ciblée en fonction des publics auxquels elles s'adressent.
En effet, les adolescents, les adultes clients potentiels et les touristes mais aussi les travailleurs sociaux qui sont des acteurs incontournables des équipes de rue qui vont à la rencontre de ces publics en difficulté, doivent bénéficier d'une information adaptée à leur situation pour être mieux prévenus de l'univers de violences que constituent les prostitutions.
Le Comité de pilotage auquel je le rappelle, mais vous l'avez dit, les uns et les autres, tous les groupes politiques du Conseil de Paris sont invités à participer doit produire et continuer à produire des propositions.
Il élaborera ces différentes propositions avec l'Observatoire de l'égalité qui pilote ce dossier et nous sommes, d'ores et déjà, en train de préparer des propositions de campagnes d'information particulièrement ciblées.
Parallèlement je vous rappelle, en réponse à Mme DECORTE, que sont à l'étude trois projets d'hébergement pour femmes et hommes prostitués qui souhaitent sortir de ces réseaux dans lesquels ils sont enfermés.
Nous sommes notamment à la recherche d'un hébergement sécurisé pour des femmes prostituées dans Paris et nous nous orientons plutôt vers des appartements dans ce que l'on appelle l'habitat diffus plutôt qu'un centre dans lequel les questions de sécurité seraient très importantes.
En revanche, nous sommes en train de recenser l'existence de lieux puisque la Ville de Paris a un patrimoine aussi en province, de lieux en province qui pourrait nous permettre effectivement de créer un centre à l'image de celui qui existe dans le Sud de l'Italie.
Enfin, pour les quelques 500 femmes prostituées, dites traditionnelles, qui sont plus particulièrement présentes dans l'arrondissement dans lequel Jacques BOUTAULT est Maire, ce sont des femmes prostituées, plus âgées, qui présentent des caractéristiques différentes de celles qui relèvent de la traite d'êtres humains. Nous travaillons actuellement à des mesures spécifiques pour ces femmes et notamment à des solutions là aussi d'hébergement, d'aide au reclassement - je suis désolée d'utiliser ce terme - car il faut effectivement travailler avec elles, voir quels sont les autres types d'activités qui peuvent leur être proposées, aux revenus de remplacement lorsqu'elles sont atteintes par l'âge de la retraite.
Vous savez, il y a effectivement encore, notamment dans le centre de Paris, des femmes très âgées, qui continuent à se prostituer parce qu'elles n'ont pas d'autres activités possibles, pour subvenir à leurs besoins.
Voilà pour cette politique globale que nous mettons en place. Nous reviendrons fréquemment, dans le cadre de ces Conseils, sur des délibérations concernant les aides aux associations.
Nous reviendrons également bien entendu sur une information plus générale, sur les résultats du pilotage.
Je voudrais dire, en conclusion, à Mme DECORTE, que depuis mars 2001, cette question a beaucoup occupé, fort heureusement, nos débats. Je pense que c'est aussi sans doute lié à la parité, c'est-à-dire le fait qu'il y ait beaucoup plus de femmes dans cette Assemblée pour porter aussi cette question, même si elle est aussi portée par des hommes et je les en remercie.
Nous avançons sur un sujet pour lequel la polémique politicienne, à mon avis, n'a pas beaucoup de sens.
Nous sommes là pour résoudre ce problème dramatique et faire en sorte que les réseaux mafieux se détournent de Paris et ne considèrent plus que c'est un marché du sexe fructueux dans lequel ils n'ont qu'à déverser des personnes qui sont dans une situation d'esclavage. On ne peut pas qualifier autrement cette situation !
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens, communiste et "Les Verts").
M. Christian SAUTTER, président. - Merci beaucoup, Madame HIDALGO, pour cette réponse à la fois dynamique et concrète.
Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 121 G.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, ASES 121 G).