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Septembre 2002
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Conseil Général
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10 - 2002, ASES 170 G - Subvention à l'Institut Théophraste Renaudot (11e). - Montant : 7.623 euros

Débat/ Conseil général/ Septembre 2002


M. Christian SAUTTER, président. - Nous passons maintenant à l'examen du projet de délibération ASES 170 G qui propose d'attribuer une subvention à l'Institut Théophraste-Renaudot d'un montant de 7.623 euros.
C'est Mme Catherine GÉGOUT qui a souhaité intervenir.
Mme Catherine GÉGOUT. - Merci, Monsieur le Maire.
Cette subvention vise à aider l'Institut Théophraste-Renaudot dans le montage d'un colloque sur l'évaluation des pratiques de santé communautaire. Evidemment, nous sommes tout à fait d'accord avec cette subvention, mais c'est une approche qui est très originale et moderne et sur laquelle il me semble que cela vaut la peine de s'attarder un peu.
Comme vous le savez, la santé publique en France a d'abord été marquée vers 1860 par les grands travaux d'assainissement et de surveillance de la salubrité des logements.
Ensuite, au début du XXe siècle, on a vu les règlements sur les vaccinations, les désinfections, les lois d'hygiène sociale créant les sanatorium, les dispensaires. C'était une conception très hygiéniste de la santé.
En 1946, l'O.M.S. a introduit le concept de santé globale, et je cite la définition : "la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité".
C'est une étape importante puisque cela veut dire que soigner la maladie est loin de suffire à maintenir la santé d'une population quand on garde à l'esprit cette notion de bien-être global dans son environnement social et culturel.
A partir des années 1960, l'essor du médico-social a intégré le sanitaire dans le mode de vie des familles et a introduit le concept de médecine préventive.
Les questions de santé publique ont acquis, ces dernières années, une nouvelle actualité liée d'une part à l'émergence de nouvelles maladies contagieuses, V.I.H. hépatite C, avec une forte connotation sociale et en même temps à la montée d'une nouvelle pauvreté qui a révélé, de façon flagrante, les inégalités en matière d'accès aux droits et d'accès aux soins.
Cette évolution de la santé publique vers la prise en compte de déterminants sociaux de la santé a représenté un premier pas vers la conception moderne de la promotion de la santé.
Par exemple, juste pour me faire comprendre, comment peut-on enrayer des maladies rhino-pharyngées si on ne tient pas compte de logement insalubre ? On a assez parlé du saturnisme ici pour savoir qu'entre l'habitat et la santé, il peut y avoir des rapports extrêmement directs.
Le texte fondateur du concept de promotion de la santé est la charte d'Ottawa, et la première conférence internationale sur ce thème s'est tenue en 1986. Cela développe l'idée que la santé et le bien-être d'une population reposent sur le développement d'un environnement propice à la santé, au renforcement du tissu social. La promotion de la santé, c'est l'ensemble des processus qui permettent aux personnes individuellement et collectivement d'augmenter leur contrôle sur leur propre santé et de l'améliorer. Cela ne veut pas dire seulement : "Il ne faut pas faire ceci ou cela, il ne faut pas fumer, avoir des conduites à risques", mais c'est plus une action éducative menée auprès des populations, construite autour de l'idée de les amener elles-mêmes à lutter contre la maladie et contre la mort. Cela met donc en exergue une représentation positive de la santé, c'est un concept plus large que la prévention.
Cela agit sur l'ensemble du champ économique, social et politique, sur tout ce qui peut intervenir en faveur ou au détriment de la santé ; c'est donc une conception positive.
Il me semble que c'est très directement lié à notre action ; c'est pourquoi j'en parle.
En fait, pour que les individus et la collectivité s'approprient les moyens d'une maîtrise de leur propre santé, cela nécessite la participation et la compréhension du rôle que chacun peut jouer dans ce processus, donc un travail de proximité auprès des populations démunies qui doit permettre la remobilisation, l'estime de soi... Finalement, il y a l'idée même qu'une personne ne peut pas se réduire à sa pathologie et que "la médecine est un mauvais paradigme pour le traitement de la santé. En fait, c'est le traitement lui-même qui n'est pas la bonne façon d'aborder la santé. Si on traite les gens, on les met en position de malade, et on est les empêche d'agir comme personne".
Cela représente une critique de notre société qui repose sur l'individualisme et l'économique. Cette approche nous permet d'interroger le mode de développement social, économique ; cela concerne fortement la politique de la ville.
Le colloque de l'institut Théophraste-Renaudot est une des rares occasions de mutualiser ces expériences, et de faire se rencontrer les acteurs sur cette approche très moderne.
M. Christian SAUTTER, président. - Vous nous avez brossé une fresque d'un siècle de préoccupations de la maladie et de la santé. Je crois que cela valait la peine d'être écouté.
Mme STIEVENARD va essayer elle aussi de brosser une fresque aussi vaste en moins de temps !
Mme Gisèle STIEVENARD, vice-présidente, au lieu et place de M. Alain LHOSTIS, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Mme GÉGOUT ayant été très éloquente, je pourrais être plus brève en disant, en effet, que cette association concourt à la promotion des pratiques communautaires de santé qui est un concept assez peu développé en France. Un colloque avait été organisé l'an dernier dans le Nord-Pas de Calais, cette année il est question qu'il se tienne à Ivry dans l'Essonne dans quelques jours fin septembre. Nous sommes sollicités pour apporter notre contribution modeste à l'organisation de ce colloque. Le mieux serait que les élus intéressés s'y rendent pour être plus savants.
Le contenu et l'originalité de ce colloque, est de réfléchir autour des démarches de quartier, des ateliers santé-ville qui peuvent être mis en place dans le cadre de la politique de la ville, de l'organisation des réseaux sanitaires et sociaux, autour de pathologies comme la tuberculose ou le saturnisme, le Sida, la toxicomanie, bref un ensemble de sujets essentiels qui peuvent contribuer à réduire les inégalités sociales de santé.
C'est pourquoi, en effet, nous avons souhaité apporter cette subvention de 7.623 euros à la tenue de ce colloque.
M. Christian SAUTTER, président. - Merci pour cette double invitation à se cultiver.
Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 170 G.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, ASES 170 G).