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Juin 2002
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Conseil Municipal
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27 - 2002, DAC 214 - Apposition d'une plaque commémorant la rafle du 16 juillet 1942, 5, cours de la Métairie (20e)

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2002


Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous passons au dossier DAC 214 relatif à l'apposition d'une plaque commémorant la rafle du 16 juillet 1942, 5, cours de la Métairie dans le 20e et je donne la parole à Sophie MEYNAUD.
Mme Sophie MEYNAUD. - J'interviendrai en lieu et place de Mme BORVO qui a dû s'absenter.
Madame la Maire, notre Conseil s'honorera d'apposer une plaque commémorative sur la façade de l'immeuble 5, cour de la Métairie, dans le 20e arrondissement. En effet, à cet endroit, plusieurs centaines de personnes des quartiers Belleville, Couronne et Ménilmontant ont été parquées lors des rafles de juifs de juillet 1942.
La grande rafle des 16 et 17 juillet 1942 est un souvenir infamant, indélébile. Au cours de ces deux journées terrifiantes, 13.000 juifs seront arrêtés. Les survivants ont raconté l'effarement, la peur, des familles qui au petit matin furent réveillées par la police, sommées de prendre quelques affaires et poussées dans la rue vers des autobus et des véhicules de police qui les emmenaient au Vélodrome d'Hiver.
On a du mal à imaginer aujourd'hui cet événement. Mais on peut imaginer comment ces milliers de personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards, malades enfermés dans l'immense espace qu'était le Vélodrome d'Hiver, entassés dans les gradins ou dans l'anneau central en bas, criant, cherchant à comprendre, s'interpellant, pleurant, soignés par quelques rares médecins et par des équipes de secouristes.
La honte et l'horreur.
Ils devaient être emmenés dans les camps de Drancy et du Loir-et-Cher pour alimenter les horribles trains de la mort entassés dans des wagons à bestiaux vers Auschwitz, par séquence de 1.000 personnes.
Il faut rappeler que 73 convois ont emmené de France 73.000 personnes. 2.500 sont revenues. Mais il faut aussi rappeler comment a fonctionné la solidarité de Françaises et de Français courageux durant cette période terrible.
Combien de familles juives ont été prévenues la veille par des indiscrétions volontaires venant de certains policiers et membres de l'appareil d'Etat. Combien de voisins, de gardiennes d'immeubles, d'amis, de braves gens tout court qui ont fait fuir un enfant par là, mal orienté des policiers, bref sauvé des juifs. "Le journal d'un coiffeur juif", paru récemment, en raconte une épopée parmi d'autres.
Dès le premier jour des rafles, les hauts responsables, collaborateurs français des nazis s'inquiétaient du manque d'efficacité du système qui avait été mis en place.
Mais hélas ! Pour les 13.000 raflés du Vel d'Hiv et pour ceux dans tout le pays qui allaient suivre, puisque 74.000 personnes sont parties vers Auschwitz, c'était le chemin de l'horreur et de la mort.
Le travail entamé à Paris, dans les écoles, à la suite de l'initiative du Comité Tlemcen, pour le souvenir des enfants juifs, et ce qui nous est proposé aujourd'hui, est un travail de mémoire. Mais plus que de mémoire, de tristesse, de colère, il s'agit tout simplement de politique.
Nous savons bien que la haine de l'autre ou l'incompréhension qui continue de viser le juif et le "détail de l'histoire" dont parlait M. LE PEN, peut aussi viser l'africain, l'arabe. Tout ce qui est désigné comme coupable des malheurs alors qu'ils en sont aussi les victimes.
Nous n'accepterons jamais que l'on oublie, selon la merveilleuse formule de la Révolution française que "les êtres naissent et demeurent libres et égaux". Les humains sont à nos yeux égaux en dignité. N'oublions jamais ce qui s'est passé envers les juifs durant ces années terribles.
Sachons combattre aujourd'hui dans tant de pays du monde, l'oppression, les inégalités, les discriminations raciales qui souvent se conjuguent avec les discriminations sociales qui continuent d'exister.
Puis-je ajouter, comme je l'ai dit lors du Conseil de septembre dernier, comme l'a dit Mme BORVO, à propos des enfants juifs morts en déportation, que les hommes qui portent la responsabilité de ces crimes étaient des gens apparemment ordinaires. Ce sont hélas des policiers français qui sont venus chercher ces gens pour les livrer à des officiers allemands. Et ces officiers nazis écoutaient Wagner et Bach, affichaient une grande culture. "Ils étaient corrects" comme disaient les collaborateurs.
Il faut toujours rester vigilant contre la bête immonde.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens et "Les Verts").
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci beaucoup. M. Sylvain GAREL a déposé un amendement, amendement n° 4 sur ce projet de délibération, mais il n'est pas là. Est-ce que quelqu'un de son groupe le dépose ? Non, il est là.
Ensuite Mme Odette CHRISTIENNE répondra sur l'intervention et la proposition d'amendement.
M. Sylvain GAREL. - Madame la Maire, ce v?u avait été déposé simplement parce que nous avions constaté que dans le projet de délibération qui nous était proposé, le texte de la plaque était rédigé d'une façon qui le rendait illisible. Nous avions donc proposé une nouvelle rédaction, mais je crois que Odette CHRISTIENNE a une autre proposition de texte qui nous convient parfaitement. Je lui laisse la parole tout de suite.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci, Monsieur GAREL.
Je donne la parole à Mme Odette CHRISTIENNE.
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe, au nom de la 6e Commission. - Merci, Madame la Maire.
Je voudrais remercier Sophie MEYNAUD pour son intervention dans laquelle elle dit toute son indignation pour ce qui s'est produit au moment de la rafle du Vel d'Hiv. Je voudrais d'ailleurs en profiter pour annoncer que nous sommes en train de préparer un fascicule en direction des élèves concernant la rafle du Vel d'Hiv, mais aussi l'action positive des Parisiens pour la protection de ces juifs persécutés dans Paris et à cette période.
Concernant la plaque, l'Amicale des déportés d'Auschwitz a suggéré le libellé suivant, après avoir eu connaissance de la proposition initiale et de ce qui avait été proposé par le groupe "Les Verts", je vous lis donc cette rédaction :"Parce que nées juives, dans cette cour de la Métairie, furent rassemblées plusieurs centaines de personnes arrêtées le 16 juillet 1942 par la police de l'Etat français de Vichy dans les quartiers de Belleville, Couronne et Ménilmontant lors de la rafle du Vel d'Hiv.
Elles furent déportées et exterminées à Auschwitz, victimes de la barbarie nazie".
Il s'agit là de la dernière proposition concernant le libellé de la plaque.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Monsieur GAREL, vous avez la parole.
M. Sylvain GAREL. - Comme je le disais dans mon introduction tout à l'heure, bien entendu nous nous rallions à cette formulation, d'autant plus qu'elle a été rédigée par des personnes qui sont directement concernées. Bien sûr, nous voulons dire combien il nous semble important que ce genre de plaque soit apposée dans ce lieu. Simplement, peut-être pour les prochaines fois, il faudra voir en amont avec les gens qui ont été directement concernés par ces tragiques événements pour que les textes de ces plaques aient un sens et soient lisibles. En effet, la première rédaction, était une phrase de trois lignes sans virgule et sans point, qui faisait que c'était difficilement compréhensible.
En tout cas c'est très important que cette plaque soit apposée. Merci à la Municipalité de le faire.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci.
Je mets aux voix, à main levée, l'amendement n° 4 modifié par Mme Odette CHRISTIENNE.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
L'amendement n° 4 est adopté.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 214 ainsi amendé.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération amendé est adopté. (2002, DAC 214).