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Fevrier 2003
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Conseil Général
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8 - 2003, ASES 24 G - Subvention de fonctionnement à l'association "Act Up" (11e). - Montant : 32.000 euros

Débat/ Conseil général/ Février 2003


Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous passons maintenant au projet de délibération ASES 24 G portant attribution d'une subvention de fonctionnement à l'association "Act Up". Une proposition d'amendement a été déposée par le groupe "Les Verts".
J'ai trois orateurs inscrits : Mme Cécile RENSON, M. Gilles ALAYRAC et Mme Véronique DUBARRY, sur l'amendement.
M. LHOSTIS répondra ensuite.
Je donne la parole à Mme Cécile RENSON.
Mme Cécile RENSON. - Madame la Présidente, chers collègues, j'interviens sur le projet de délibération soumis à notre Conseil concernant l'attribution d'une subvention de fonctionnement à l'association "Act Up", pour trois raisons.
D'abord parce que je crois que cette subvention est méritée, dussè-je vous surprendre. En effet, si je n'approuve pas certaines formes pour le moins peu nuancées de cette association, il faut reconnaître qu'elle a eu le mérite d'attirer l'attention des pouvoirs publics et de l'opinion sur une maladie qui a fauché toute une partie des jeunes et qui continue de décimer, de façon tout à fait inégale et injuste, des populations selon qu'elles appartiennent, pour simplifier, au Nord ou au Sud de l'hémisphère.
Ensuite parce que je m'interroge sur le contenu des motifs qui sont portés à notre Assemblée. En effet, je ne comprends pas que la collectivité parisienne n'apporte pas de soutien à l'action d'information médicale auprès des personnes contaminées. Est-ce à dire que l'Exécutif parisien méconnaît les effets indésirables des antirétroviraux ? Qu'il soit insensible aux problèmes physiques induits par les trithérapies, de fonte musculaire et de lipodystrophie ou d'atteintes neurologiques périphériques ? Bref, que l'Exécutif parisien ignore l'angoisse générée par ces traitements ?
Comment ne pas comprendre la déception du patient qui a vu se substituer au problème de survie à court terme, les espoirs, les attentes et les doutes de traitements, par ailleurs plus ou moins salvateurs, mais à quel prix, et dans quelles conditions ?
Je suis sûre que les adhérents d'"Act Up", s'ils se reconnaissent dans cette structure, seraient réconfortés par un dialogue entre membres de cette association et je regrette que la Ville de Paris ne veuille pas apporter son soutien à l'action d'information médicale pour les personnes touchées par l'infection, qui se réclament d'"Act Up".
Enfin, troisième raison, d'une façon générale, j'ai l'impression que la Ville de Paris méconnaît la nécessité d'une information médicale par et pour les personnes infectées par le V.I.H. A ce sujet, il me semble que l'association "Action Traitement", qui remplit admirablement ces fonctions, dont les responsables bénévoles sont eux-mêmes concernés, et qui a célébré en février 2002 ses dix ans d'action sur les traitements, mériterait, elle aussi, une subvention conséquente, qui lui permettrait de professionnaliser son offre de soins, comme elle en a fait récemment la demande.
La compréhension des stratégies et des schémas thérapeutiques est une condition à la bonne observance de traitements. Ce serait l'honneur de notre Conseil d'aider à lutter contre le Sida dans sa prévention mais aussi dans ses traitements, et leurs abords affectifs, psychologiques et sociaux induits par le V.I.H.
Merci de votre attention.
(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - M. Gilles ALAYRAC a la parole.
M. Gilles ALAYRAC. - Madame la Présidente, chers collègues, la lutte contre le Sida, la lutte contre les conduites à risques dans les pratiques sexuelles, l'information et la prévention, l'encouragement à l'utilisation du préservatif masculin et féminin font l'objet, grâce à notre Municipalité, d'une action volontariste et nécessaire.
La Ville de Paris, en effet, tient les engagements que les différentes composantes de sa majorité ont pris devant les électeurs et je veux, à cet égard, saluer l'effort financier considérable qui est fourni, depuis deux ans, dans la mesure où ces subventions aux associations de lutte contre le Sida ont augmenté de près de 40 %.
Je n'omettrai pas non plus de rappeler les deux campagnes d'information, très fortes, que notre collectivité a menées depuis 2001 contre le V.I.H.
C'est dans cette perspective, dans cette logique de soutien aux associations qui font de la prévention et de l'aide aux malades qu'il nous est proposé de verser une subvention de fonctionnement, de 32.000 euros.
Je veux la mettre en parallèle, parce que cela est nécessaire, avec la participation de l'Etat qui est à peine deux fois supérieure à cette somme.
"Act Up" n'est pas seulement le groupement protestataire ou turbulent dont il donne parfois l'image, c'est aussi une association qui s'attache au quotidien à défendre les droits juridiques et sociaux des personnes séropositives et malades, quelles que soient leurs origines et leur nationalité.
Les personnes atteintes du virus V.I.H. sont plus particulièrement vulnérables aux discriminations, aux violences, aux diffamations du fait de leur état de santé ou de leur orientation sexuelle. Elles ont tout particulièrement besoin d'aide pour faire valoir leurs droits, pour se défendre sur leur lieu de travail, dans leurs relations avec l'administration, avec leurs bailleurs.
C'est pour cette raison que les élus socialistes et radicaux de gauche voteront la subvention de 32.000 euros en faveur d'une information juridique et sociale de ces victimes et du financement d'une permanence juridique. Cette action est tout à fait respectable et nous la soutiendrons. En adoptant ce projet de délibération qui correspond à un certain nombre d'actions que j'ai évoquées et qui sont celles que réalisent d'autres associations, nous n'opérons aucune discrimination particulière à l'égard d'"Act Up" ; nous n'avons pas voulu qu'interfère, dans la décision que va prendre notre Conseil, un certain mode d'actions sur lesquelles chacun peut avoir son opinion. Nous ne voulons pas pénaliser ou frapper d'ostracisme une association qui s'est livrée à certaines attaques à l'égard de tel ou tel élu.
Je veux, mes chers collègues, redire au nom de mon groupe que nous n'acceptons pas le comportement adopté par "Act Up" à l'encontre de Mme HIDALGO dans le cadre de son mandat, alors qu'elle a été gravement mise en cause personnellement et injustement il y a deux mois. Après ces incidents, Mme HIDALGO a proposé à "Act Up" de participer aux groupes de travail de pilotage sur la prostitution ; elle a témoigné de la volonté de la Municipalité de travailler en partenariat étroit et conscient avec tous les acteurs de la lutte contre le Sida.
Pour cette raison, nous sommes favorables à cette première aide en faveur d'"Act Up". La Ville doit encourager celles et ceux qui font entendre la voix des malades ; elle le témoigne par cette première subvention de fonctionnement.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - La parole est à Mme Véronique DUBARRY qui s'exprimera sur la proposition d'amendement déposée par le groupe "Les Verts".
Mme Véronique DUBARRY. - Merci.
Je serai brève, l'exposé des motifs de notre amendement étant suffisamment explicite.
Je tenais à reposer les termes du débat que nous avons à propos de cet amendement. Nous ne sommes pas en assemblée générale d'une association, nous ne sommes pas non plus en réunion de bureau d'une association quelconque, ce n'est pas à nous de décider de la stratégie ou des modes d'action que choisit une association. Chaque association a un but, une philosophie et c'est à elle de choisir la méthode qui lui paraît la plus adaptée.
(Exclamations dans l'hémicycle).
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Ceux qui souhaitent s'exprimer s'inscrivent sur le projet de délibération. C'est Mme DUBARRY qui a la parole.
Mme Véronique DUBARRY. - Nos propres envies, nos propres choix de militantisme n'ont pas à rentrer en ligne de compte dans l'attribution de subvention à telle ou telle association.
Il y a quelques mois, Mme HIDALGO, car elle est prise à témoin, défendait devant notre Assemblée une subvention à une association ; elle disait que les élus ne doivent pas opérer de distinction en fonction des approches philosophiques des associations, ce à quoi elle rajoutait : "Le rôle de la collectivité est de vérifier la réalité et le bien-fondé des actions conduites".
Je suis totalement d'accord avec la deuxième partie de cette déclaration, le rôle des élus est bien de vérifier la réalité et le bien-fondé des actions conduites par une association et de ne pas gaspiller par là-même l'argent public.
Par contre, lorsqu'il s'agit de ne pas opérer de distinction en fonction des approches philosophiques des associations, je ne suis pas d'accord ; nous avons été élus sur des approches politiques sur un certain nombre de sujets, de problématiques, et cela se traduit par nos choix de vote concrètement.
Ceci étant dit, je souhaiterais rajouter un point sur un aspect de cette subvention qui me paraît le fond du problème : nous entendons et comprenons M. LHOSTIS quand il dit, en 6e Commission, disposer de la même enveloppe que l'an dernier et devoir, sur cette même enveloppe, apporter le soutien de la Ville à un nombre croissant d'associations.
Nous sommes parfaitement conscients que cet état de fait est lié, entre autres, à la politique menée par le Gouvernement en matière de réduction de lutte contre les toxicomanies, politique contraire à celle que la Ville entend mener. Malheureusement, je crains fort que les choses ne fassent qu'empirer et qu'il va nous falloir rapidement mener une réflexion sur la manière dont nous allons pouvoir répondre aux associations qui voient leurs subventions diminuées, quand elles ne sont pas supprimées, ce qui va mener à une mort certaine un grand nombre d'associations.
Pour finir et pour résumer, si l'on nous dit que la subvention n'est pas à la hauteur de ce qu'avait demandé l'association et que ce n'est lié qu'à un problème d'enveloppe et de répartition entre les différentes actions et les différentes associations, nous sommes prêts à l'entendre. Si, par contre, il s'agit, et c'est un peu ce que laisse entendre la phrase que je cite dans notre amendement, la phrase figurant dans ce projet de délibération, si l'on nous dit qu'il s'agit d'un moyen de régler des différends politiques, là, par contre, ce serait inadmissible.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Je donne la parole à M. LHOSTIS.
M. Alain LHOSTIS, au nom de la 6e Commission. - Je ne règle aucun différend politique, notamment avec l'association "Act Up". Je n'ai pas attendu d'être adjoint au Maire chargé de l'action contre le Sida pour la soutenir, y compris dans des formes d'action assez radicales, et notamment quand certains laboratoires avaient des pratiques contraires à la dignité et à la morale.
Je me réjouis que tout le monde aujourd'hui approuve la subvention - je parle pour les bancs de la droite - en faveur de l'association "Act Up" pour son action. En effet, il s'agit de soutenir, comme nous le faisons avec d'autres associations, des actions qui sont menées auprès des malades. C'est notre priorité. En conséquence, nous avons examiné cette demande de subvention sous cet angle et je vais vous délivrer un secret : l'association "Act Up" n'avait jamais déposé de demande de subvention à la Ville, elle n'avait pas tellement confiance dans cette partie là de l'Assemblée qui, aujourd'hui, semble la soutenir. Lorsque nous l'avons rencontrée, c'est moi qui lui ai proposé de déposer une demande de subvention argumentée, et cela peut être attesté par l'ensemble des intervenants.
Ensuite, vous avez souligné que dans l'exposé des motifs, il y avait une phrase qui pouvait prêter à confusion ; je vous en donne acte et j'en prends l'entière responsabilité ; j'aurais dû faire en sorte que cette phrase ne puisse être mal interprétée.
Ceci étant dit, il ne s'agit pas non plus de gommer un certain nombre de choses. Et puisque nous avons discuté à plusieurs reprises avec Anne HIDALGO et reçu avec elle le 20 décembre dernier l'association "Act Up", je ne peux pas laisser dire qu'il s'agit simplement de prises de position politiques. Les injures qui ont été proférées par des militants d'"Act Up", la façon dont ils sont intervenus dans les comptes rendus de mandat est pour moi proprement inacceptable. Dans cette affaire, quand on dit : "Anne HIDALGO complice de la répression, complice du Sida, prostituées pourchassées, HIDALGO, ton silence tue" c'est intolérable. Nous l'avons dit aux gens d'"Act Up", ce n'est pas une opinion, ce sont des injures, donc nous ne pouvons pas l'accepter.
Vous allez me dire que c'était sur des banderoles dans le vif de l'action et concernait peut être un nombre marginal de militants, mais ils ont récidivé le lendemain : "En fermant les yeux sur les conséquences de ses positions en matière de santé publique, HIDALGO se rend complice de l'épidémie de Sida". C'est un communiqué d'"Act Up Paris" !
Vous voyez bien, on a pris cela pour un dérapage, mais, en même temps, je ne peux pas l'accepter. Quand des gens s'expriment de cette manière, il ne s'agit pas d'une prise de position, mais d'injures publiques. Je témoigne à Anne, une nouvelle fois, ma solidarité face à ces attaques. Vous pouvez en penser ce que vous voulez, voilà ma position !
Vous avez oublié une chose, mais vous n'êtes pas membre de la 6e Commission, entre 2000 et 2002, les subventions pour les associations oeuvrant en faveur des malades atteints du Sida ont augmenté de 40 %. On ne peut pas augmenter chaque année de 40 %. Pour 2003, mes crédits sont identiques à ceux de l'an dernier. Ceci étant dit, pour vous montrer que nous ne faisons pas de discrimination, à enveloppe constante et selon les recommandations faites à l'Exécutif, je redéploierai.
Je réponds à Mme RENSON que les informations à caractère médical, c'est la responsabilité de la Direction générale de la Santé. 72.000 euros donnés par la Direction générale de la Santé à une association comme "Act Up", c'est notoirement insuffisant. Vous voudriez me proposer de donner plus que l'Etat, dans un domaine qui n'est pas le nôtre. Je suis fier de mon budget de lutte contre le Sida. J'en suis très fier. Nous avons mené des actions. La campagne actuelle que nous menons également de prévention et d'affichage, nous l'avons continuée malgré les retraits de l'Etat. Nous sommes extrêmement préoccupés dans ce domaine comme dans d'autres, comme celui de la toxicomanie, par les reculs de l'Etat. En tout cas, je crois que nonobstant les explications que je vous ai fournies, vous conviendrez qu'il n'y a sans doute qu'un malentendu entre nous, un problème d'éclairage. Je vous demande de retirer votre amendement et de voter avec enthousiasme les 32.000 euros. C'est un premier acte... up !
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
Mme Cécile RENSON. - Je voudrais la parole, Madame la Présidente.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Je voudrais me tourner d'abord vers Mme DUBARRY pour lui demander si elle accepte de retirer son amendement qui tendait à augmenter la subvention à hauteur de 90.000 euros.
Mme Véronique DUBARRY. - Je vous remercie, Madame la Présidente.
Que les choses soient claires. Il est hors de question pour le groupe "Les Verts" de cautionner quelque injure que ce soit à l'encontre de qui que ce soit. C'est le premier point.
Second point : les explications et le mea culpa parisien de M. LHOSTIS sont tout à fait convaincants sur la coquille dans le projet de délibération et le fait qu'il le prenne totalement à sa charge.
M. Alain LHOSTIS, rapporteur. - Retirez le mot "mea culpa" parisien. Vous savez que mon acte de contrition, jamais !
Mme Véronique DUBARRY. - C'était malvenu, j'en suis consciente. Quant à l'enthousiasme pour voter le projet de délibération, M. LHOSTIS sait à quel point nous savons en faire preuve et donc effectivement, je retire mon amendement ; nous voterons cette subvention en l'état.
Je vous remercie.
M. Alain LHOSTIS, rapporteur. - Merci, merci.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Madame RENSON, vous avez la parole.
Mme Cécile RENSON. - Il me semble que M. LHOSTIS n'a pas bien compris ce que je voulais dire, ni ce que sont les traitements difficiles subis par ces patients. Je ne voudrais pas que l'on fasse un procès d'intention au Gouvernement actuel. Je voudrais rappeler que c'est Michèle BARZACH qui, la première, s'est préoccupée de la politique de réduction des risques. Les E.M.I.P.S. datent de la mandature précédente.
Enfin, en ce qui concerne mon attachement aux malades traités pour le Sida, il me semble que j'en ai soignés et traités depuis longtemps et que je les connais bien. En ce qui concerne "Action et Traitement", j'étais la seule à me rendre aux portes ouvertes, l'année dernière.
Monsieur LHOSTIS, je vous en prie, revenez sur ce que vous avez dit en ce qui concerne la droite qui ne connaîtrait rien au Sida et, en plus, je ne voudrais pas que ce débat tourne à une discussion entre "Act Up" et Mme HIDALGO par personne interposée.
M. Alain LHOSTIS, rapporteur. - Les critiques contre la droite ont été modérées. Si vous voulez, je peux en rajouter un peu. Vraiment, vraiment vous m'y poussez. Enfin non je n'en dirai pas plus !
Mme Anne HIDALGO. - Un petit peu !
M. Alain LHOSTIS, rapporteur. - Vous devriez reconnaître que vous venez de découvrir des vertus à "Act Up" et je m'en suis réjoui. Cela restera dans les annales.
Mme Cécile RENSON. - C'est facile !
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous passons au vote.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 24 G.
Qui est favorable à cette subvention ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2003, ASES 24 G).