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Decembre 1996
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Conseil Municipal
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47 - 1996, D. 1902 - Opération d'aménagement du carrefour formé par les rues Proudhon, de Charenton, des Fonds-Verts, de Wattignies et Taine (12e) (avec plantation de 24 arbres). - Compte rendu de la concertation préalable. - Avis favorable à la réalisation de l'opération. - Prise en considération de son périmètre. - Mise en oeuvre de la procédure préalable à sa Déclaration d'utilité publique.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 1996



M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - Nous allons passer au projet D. 1902 concernant l'aménagement du carrefour formé par les rues Proudhon, Fonds-Verts et Charenton dans le 12e arrondissement.
La parole est à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, je trouve ce projet de délibération surprenant. Est-ce bien vous qui disiez ici même, il y a trois semaines, qu'il fallait réduire la place de l'automobile dans Paris ?
J'en doute à moins que vous n'ayiez déjà changé d'avis et que désormais la politique de la Ville consiste à détruire les immeubles d'habitation pour construire carrefours et bientôt autoroutes et échangeurs !
Pour justifier la destruction des immeubles, vous nous dites qu'ils sont peu élevés , modestes, manquant de confort, alors que c'est le profil même des immeubles à réhabiliter.
Compte tenu qu'aucun accord amiable ne pourra être trouvé avec la totalité des propriétaires, vous allez avoir recours à la Déclaration d'utilité publique pour procéder à l'expropriation et à l'éviction des personnes. Pour justifier la construction d'un tel carrefour, vous nous dites que le trafic est en augmentation en raison de la création des Z.A.C. " Corbineau-Lachambeaudie ", " Bercy " et " Paris-Rive gauche ". Ce n'est pas une surprise : les nouveaux habitants ont bien évidemment besoin de se déplacer. " Les difficultés du trafic ", dites-vous, " sont augmentées par le fait que deux lignes de bus empruntent les voies concernées " et vous ajoutez qu'il faudrait " éviter que les transports en commun pénalisent la circulation ".
Ainsi, dans votre esprit, ce sont les bus qui gênent les voitures et non le contraire ! Plutôt que de mettre cette pauvre ligne 62 en site propre, ou d'attendre les effets de l'ouverture de la ligne " METEOR ", vous choisissez la poursuite de la priorité à l'automobile.
Ce n'est pas sérieux, Monsieur le Maire, et ce n'est pas la plantation de 24 arbres qui cachera l'incohérence de ce projet.
Le P.O.S. a souvent été modifié pour lever une réserve d'espaces verts. Qui vous empêche pour une fois, de lever cette réserve de voirie ? Ce sera un signe qu'un réel changement de politique de déplacements est intervenue.
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, je suis déjà intervenu pour dénoncer cette opération absurde qui va à l'encontre de toutes vos récentes déclarations lors du dernier débat sur les transports.
Vous sembliez en effet avoir pris conscience que nombre de Parisiens souhaitent opter pour d'autres modes de transports, que la pollution atmosphérique due à la circulation automobile est un problème grave de santé publique responsable à Paris de plusieurs centaines de morts par an, enfin que l'élargissement des rues ou l'agrandissement des carrefours au détriment des immeubles ne permet pas à l'évidence de régler le problème de la circulation dans Paris.
Mais aujourd'hui, entre les rues de Charenton, Proudhon et Fonds-Verts, vous maintenez la démolition de tout un îlot d'habitations et de commerces afin d'accroître l'espace accordé aux automobiles.
Pourtant sur l'espace encadré par ces trois voies de circulation, des parisiens vivent. Certains y sont logés, d'autres y travaillent.
Les immeubles qui s'y dressent, loin d'être vétustes sont parfaitement réhabilitables. Cet îlot "faubourien" ne manque pas de qualités architecturales et urbaines.
Vous reconnaissez d'ailleurs que l'origine de la croissance du trafic automobile dans ce secteur concerne la politique de densification que vous avez mené dans les quartiers sud sous forme de Z.A.C. : " Corbineau-Lachambeaudie ", " Bercy " et actuellement " Seine-Rive gauche ".
Vous avouez ainsi ouvertement la logique de votre politique d'aménagement : démolition des quartiers anciens, densification des espaces libérés, augmentation du trafic automobile et de la pollution, accroissement de l'espace réservé aux véhicules par la démolition du bâti ancien... la boucle est bouclée !
Monsieur le Maire, renoncez définitivement à cette politique basée sur la trilogie densification-démolitions-priorité à l'automobile. Aujourd'hui vous essayez de justifier cette opération par les résultats d'une enquête publique qui, d'après vous, n'a rencontré aucune opposition.
Pourtant, simultanément, vous nous informez de la nécessité de mettre en place une Déclaration d'utilité publique pour vous permettre de réaliser cette opération. Il faudrait savoir : y a-t-il ou non des opposants à cette opération ? Manifestement les propriétaires des lieux n'y sont pas favorables et vous allez être contraints de les exproprier et d'expulser leurs locataires !
Vous nous dites alors que le coût global de cette opération s'élèvera à 25 millions. Ce coût n'inclut pas celui indirect du relogement des locataires qui suppose la construction de logements sociaux pour les accueillir, ni le coût de la pollution induite par cette politique du tout-automobile et de ses effets sur la santé des Parisiens.
On peut donc aisément doubler votre estimation en période de restriction budgétaire pour simplement faciliter le passage de quelques voitures supplémentaires. C'est un comble !
Je vous rappellerai donc, Monsieur le Maire, une jurisprudence constante selon laquelle " une opération ne peut être déclarée d'utilité publique que si les atteintes portées à la propriété privée, le coût financier pour la collectivité et éventuellement les inconvénients d'ordre social qu'elle comporte ne sont pas excessifs eu égard à l'intérêt qu'elle présente ".
Dans ces conditions je ne vois vraiment pas comment vous allez pouvoir justifier de l'utilité publique de cette opération ! Relisez bien ces critères. Ceci d'autant plus que des solutions alternatives existent, qui permettraient d'améliorer sensiblement l'état de la circulation sans engager la moindre démolition, notamment en supprimant la file de stationnement de la rue Proudhon et en la reportant sur la rue des Fonds-Verts.
Mise ainsi à double sens, la rue Proudhon pourrait alors être le support de la circulation sud-nord des véhicules et des bus et supprimer " l'effet baïonnette ", tandis que la rue des Fonds-Verts accueillerait la circulation résiduelle des véhicules souhaitant s'engager vers l'Est sur la rue de Charenton.
Si cette solution ne permet pas une fluidité idéale et idyllique des véhicules - ce qui est le lot de tout Paris - elle offre un compromis possible pour améliorer l'état de cette circulation tout en préservant le bâti et l'animation des quartiers, en respectant leurs habitants, et en évitant des dépenses excessives et inutiles pour la Ville.
Monsieur le Maire, réagissez ! A défaut je vous signale un important bouchon, aisément repérable, situé au bout des Champs-Elysées, logiquement vous devez faire sauter l'Arc-de-Triomphe, mais n'oubliez pas de reloger au préalable le soldat inconnu !
(Rires dans l'Assemblée).
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - Madame COUDERC, je voudrais que vous répondiez maintenant aux orateurs et vos dossiers seront terminés.
Mme Anne-Marie COUDERC, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Mme SCHNEITER vient de critiquer ce projet, et je voudrais dire que cet aménagement, outre qu'il améliorera le fonctionnement général du carrefour pour tous les usagers, accroîtra la surface de l'espace public et conformément aux orientations arrêtées par la Ville donnera une plus grande place aux piétons et aux transports en commun.
Je rappelle qu'une voie spéciale pour les autobus sera créée dans un sens sur la rue Proudhon, au bénéficie des autobus 62 et 87, deux lignes essentielles pour le 12e arrondissement, qui passent à ce carrefour. Les trottoirs seront élargis et les traversées des piétons facilitées, un espace piétonnier planté sera créé entre la rue des Fonds-Verts et la rue Proudhon ; ce sera une véritable petite placette piétonne, plantée, de près de 1.000 mètres carrés, et j'aimerais dire à M. BLET que lorsque nous pouvons arrêter des alignements parce que ça n'est pas nécessaire nous savons le faire, et nous l'avons fait par exemple rue Riquet.
J'aimerais simplement dire que ce carrefour tel qu'il est prévu fonctionnera mieux pour tous les usagers et que la pollution, à laquelle M. BLET est très attentif, sera incontestablement réduite, si tout cet espace est dégagé et planté.
En conclusion, les piétons bénéficieront donc d'un environnement beaucoup plus accueillant et offrant une meilleure sécurité. La circulation des autobus sera favorisée, la vitesse des voitures sera modérée par les feux de signalisation et je ne vois donc pas en quoi cet aménagement privilégiera particulièrement la circulation automobile alors que c'est exactement le contraire qui est prévu.
Je vous remercie, Monsieur le Maire.
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération D. 1902.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, Mmes SCHNEITER, SILHOUETTE, BILLARD, SCHERER, TAFFIN, MM. BLET, DUMAIT et MESMIN ayant voté contre. (1996, D. 1902).