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Decembre 1996
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Conseil Municipal
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78 - QOC 96-543 Question de M. Michel TUROMAN, Mmes Gisèle MOREAU, Martine DURLACH et des membres du groupe communiste à M. le Maire de Paris relative aux mesures à prendre pour sauver l'emploi de la haute couture à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 1996



Libellé de la question :
" La Haute-couture est en péril. Récemment encore, à l'occasion de la Sainte-Catherine, les ouvrières de " Nina Ricci ", l'une des griffes les plus prestigieuses de la création française, ont manifesté leur refus d'une trentaine de suppressions d'emplois qui représentent la moitié des effectifs. Elles ont aussi voulu attirer l'attention sur la gravité de la situation dans ce secteur.
Il ne reste plus aujourd'hui que 16 ouvrières chez " Lacroix ", 5 chez " Carven ", 6 chez " Balmain ", 3 chez " Torrente ". Il ne subsiste plus aujourd'hui que 18 maisons contre 23 en 1990.
L'emploi et la création ont été laminés par des choix de rentabilité immédiate qui ont conduit à préférer la promotion et la vente d'une multitude de produits pour lesquels la griffe ne sert que de paravent. On assiste à la liquidation de l'une des productions les plus prestigieuses de notre pays.
M. Michel TUROMAN, Mmes Gisèle MOREAU, Martine DURLACH et les membres du groupe communiste demandent à M. le Maire de Paris quelles mesures il entend prendre pour contribuer à ce que soit sauvé l'emploi dans la Haute-couture et préservé ce potentiel d'activités et de création, partie intégrante du patrimoine parisien et national. "
Réponse (M. Hervé BENESSIANO, adjoint) :
" Vous savez combien la Ville de Paris accorde une priorité à la valorisation des atouts économiques de la Capitale. La haute couture, la mode et l'ensemble des métiers d'art figurent parmi ces atouts et contribuent à donner à Paris son image de prestige et son rayonnement international en confortant la vocation de Paris en tant que Capitale mondiale de l'innovation.
Le phénomène de la haute couture est exceptionnel, non seulement du fait de la créativité et de la qualité de ses fabrications, mais également du fait des nombreux effets induits qu'elle génère. En effet, la haute couture est le moteur de multiples activités, qu'il s'agisse du textile, du prêt-à-porter, des accessoires, de la parfumerie.
Ambassadrice d'une tradition française de qualité, elle renforce l'image de marque des produits français et favorise de ce fait l'exportation de produits à diffusion plus large.
Croyez bien que la Municipalité parisienne mesure toute l'importance de cette activité économique fortement liée au rayonnement de Paris. Toutefois, la crise économique et financière n'est pas sans toucher ce pan de l'économie. Il est donc exact que le nombre des maisons de couture a diminué depuis 1990. Mais quel est le secteur économique qui n'a pas connu la même mésaventure dans la conjoncture présente ?
Conscients de l'importance de la haute couture, au regard de leur image de marque, les couturiers ont su la maintenir à son niveau le meilleur. Toutefois, pour répondre aux évolutions sociologiques et économiques, ils doivent diversifier leur activité afin de tenir compte de l'évolution du style de vie et des changements de comportement et de mentalité de leur clientèle (le nombre de clientes susceptibles d'acheter des modèles de haute couture diminue fortement).
Ils ont tous, à l'heure actuelle, développé parallèlement à leur activité de haute couture, la création d'accessoires et un secteur de prêt-à-porter.
La Municipalité est consciente des difficultés que ce secteur rencontre. N'oublions pas que depuis plusieurs années, nous sommes dans un cycle de moindre croissance et dans un marché ouvert où nos marques sont soumises à la vive concurrence internationale, notamment américaine et surtout italienne qui s'appuie sur une monnaie faible, donc sur des produits de 20 % à 30 % moins chers. La loi " RAFFARIN " sur les baisses de charges sociales pour le textile devrait apporter de l'oxigène au secteur de la haute couture.
Non la haute couture n'est pas en péril, elle est en train de subir certaines mutations. Il appartiendra donc, bien entendu, aux maisons de définir la stratégie leur permettant de traverser avec succès la période de mutations auxquelles elles sont confrontées et de conduire les nécessaires adaptations de leur profession aux nouvelles tendances et exigences de la clientèle. Elles doivent être inventives, plus créatives, plus entreprenantes.
En dépit de ces difficultés d'adaptation, la majeure partie des marques de haute couture parisiennes demeure très active et créative, conférant à Paris dans ce domaine une notoriété et une image de marque incontestées.
La Ville de Paris, dans le cadre de ses compétences, met en ?uvre les moyens dont elle dispose pour agir en faveur du développement de l'emploi dans le domaine de ces industries. Ainsi, est-elle particulièrement attentive aux conditions d'installation des grandes griffes dans la Capitale.
C'est ainsi, à titre d'exemple, que la société " CLNR " - fabricant exclusif pour la maison " Nina Ricci " - occupe depuis 1991 près de 900 mètres carrés de locaux (dont 500 mètres réservés aux ateliers de finition et à un show-room) au sein de l'hôtel industriel " Les Cherons " situé au 55, boulevard Martial-Valin dans le 15e arrondissement.
Et puisque vous parlez de la situation chez " Nina Ricci ", je puis aujourd'hui vous assurer que la grève n'a pas eu lieu et la suppression d'emplois non plus.
En ce qui concerne les critères de classement de la haute couture à propos notamment du nombre d'ouvrières, ils sont respectés. En effet, les chiffres qui sont mis en avant ne concernent que les ouvrières et ne tiennent pas compte des premières, des secondes d'ateliers et des apprentis, catégories de personnel qui entrent dans le cadre de 20 personnes minimum.
Vous savez que les termes de " haute couture " et " couture création " constituent des appellations juridiquement protégées dont ne peuvent se prévaloir que les entreprises figurant sur une liste établie chaque année par une commission siégeant au Ministère de l'Industrie et qui fait l'objet d'un arrêté du Ministre de l'Industrie.
Pour bénéficier de cette appellation, les entreprises doivent remplir un certain nombre de critères. Compte tenu de leur ancienneté (cette réglementation date en effet de 1945) ces critères ont été actualisés en 1992 afin, d'une part, de rendre leur contrôle plus aisé, et, d'autre part, de favoriser l'éclosion de nouveaux talents en faisant bénéficier les jeunes créateurs, pendant une période temporaire de 2 ans, de critères moins contraignants.
Depuis 1993, ces critères sont les suivants :
- employer, comme par le passé, au minimum 20 personnes à la production dans leurs propres ateliers ;
- présenter à Paris chaque saison de printemps-été et automne-hiver à la presse une collection d'au moins 50 passages composés de modèles de jour et de soir ;
- présenter la dite collection à la clientèle à l'intérieur de la maison de couture.
Privilégier la rentabilité va dans le sens du maintien de l'emploi en favorisant la stabilité de l'entreprise.
Quant aux allégations sur la finalité des politiques menées par les marques qui n'iraient pas dans le sens de l'intérêt des produits, elles ne correspondent pas à la réalité puisque les contrats de licences faits à l'étranger sont actuellement rapatriés en France par souci du maintien de la qualité. Par exemple, le prêt-à-porter Chanel, Lacroix ou Saint Laurent est fabriqué en France.
Sachez que la Ville de Paris inscrira son action en faveur de ce secteur d'activités essentiel pour conserver la suprématie de Paris comme Capitale mondiale de la mode. "