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Decembre 1996
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Conseil Municipal
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40 - 1996, D. 1890 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer des marchés sur appel d'offres en vue de la démolition d'immeubles communaux.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 1996



M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération D. 1890 : autorisation à M. le Maire de Paris de signer des marchés sur appel d'offres en vue de la démolition d'immeubles communaux.
M. TUROMAN a demandé la parole.
M. Michel TUROMAN. - Monsieur le Maire, au mois de juillet, la Ville a fait adopter la passation d'un marché avec une entreprise pour l'organisation de rondes de surveillance dans les immeubles municipaux. Vous nous demandez aujourd'hui d'approuver une nouvelle fois un projet visant à faire murer les logements et les immeubles vacants appartenant à la Ville. Vous nous dites qu'il s'agit - et je vous cite - " dans la plupart des cas, d'immeubles vétustes ou insalubres. "
Ainsi, " la plupart des cas ", comme vous dites, montre qu'il y a d'autre type d'immeubles concernés.
La Ville est en effet propriétaire d'un grand nombre d'immeubles.
Dans ce nombre, il y a des immeuble destinés à être réhabilités ou transformés de bureaux en surfaces de logements ou d'immeubles tout simplement destinés à la démolition en vue de la reconstruction dans le cadre d'une opération d'aménagement.
Vous continuez à ne faire aucune distinction entre ces immeubles. Beaucoup de ceux-ci sont pourtant utilisables. Ils restent désespérément vides pendant des mois, voire des années, alors qu'il y a les familles sans logement.
Pourquoi les démolir ? Pourquoi ne pas examiner au cas par cas ? Il faut faire la différence entre chaque catégorie d'immeubles et les utiliser partout où c'est possible, par exemple, comme logements passerelles.
Il faut les utiliser pour reloger de nombreuses familles, dans l'attente d'une solution de relogement durable et décente, et cela jusqu'à la mise en oeuvre des décisions de la ville concernant ces immeubles.
Chaque immeuble nécessite donc de notre point de vue un examen au cas par cas avant toute démolition. C'est ce que, Monsieur le Maire, nous vous demandons.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, vous nous demandez d'approuver un projet de délibération frappé du sceau de l'ignominie.
Le principe d'un appel d'offres ouvert en vue de la démolition d'immeubles communaux, au nom sans doute d'un urbanisme à visage humain.
Vous prétendez - - je vous cite - " que ces immeubles vétustes ou insalubres sont inéluctablement voués à la démolition ".
De quelle fatalité s'agit-il, si ce n'est des pratiques délibérées de pourrissement de ces immeubles que la Ville refuse d'entretenir, exposant parfois leurs habitants à de graves problèmes sanitaires, tels le saturnisme ?
Tactique classique du mitage qui a permis de faire table rase de nombre de quartiers faubouriens.
De quels immeubles s'agit-il ? De ceux qui abritent les plus démunis, les plus exclus ?
Pensez-vous, Monsieur le Maire, que la démolition soit un remède à la fracture sociale ?
Nombre d'immeubles voués à la démolition, le dernier en date au 4, rue d'Aubervilliers, sont parfaitement réhabilitables, étant notoirement sains, étant, tout au plus, démunis de quelques éléments de confort .
Certains ont pu être préservés dans le cadre du réexamen de la Z.A.C. " Moskowa ".
Selon quels critères ? Le hasard ? La pugnacité ou non d'une association de quartier ? Le talent de Mme COUDERC quand elle l'exerce ?
Nous devons sortir de cette confusion et de la suspicion qui pèse sur toutes ces destructions !
Nous vous proposons en conséquence d'accepter l'intervention d'experts indépendants choisis par les riverains et leurs associations.
Cette expertise citoyenne ramènerait la sérénité dans des quartiers menacés. Si vous avez en effet, Monsieur le Maire, renoncé à la politique de la table-rase, sur les tissus urbains constitués à coup de Z.A.C. destructrices de quartiers, les démolitions au coup par coup d'immeubles isolés, de charme et de faible hauteur se sont multipliés depuis le début de la mandature.
Ces démolitions affectent tant les immeubles communaux que les immeubles privés pour lesquels vous délivrez fort libéralement les permis de démolir . La liste en est impressionnante et fort constructive dans les arrondissements suivants :
8 dans le 1er, 7 dans le 2e, 8 dans le 3e, 6 dans le 4e, 7, dans le 5e, 7 dans le 6e, 10 dans le 7e, 8 dans le 8e, 12 dans le 9e, 18 dans le 10e, 34 dans le 11e, 56 dans le 14e, 66 dans le 15e, 26 dans le 16e, 25 dans le 17e, 106 dans le 18e, 35 dans le 19e et 70 dans le 20e, soit en tout 589 destructions d'immeubles depuis le début de la mandature.
Le tribut, une fois de plus, étant payé par les arrondissements du nord-est Parisien avec le triste record du 18e arrondissement et avec ces 106 immeubles détruits.
Cette incitation délibérée au culte nécrophage du vandalisme, flatte les pulsions les plus répugnantes des promoteurs.
Ce projet de délibération est une ode à la barbarie.
(Protestations sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - Monsieur BULTÉ, vous avez la parole pour répondre aux deux orateurs.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Monsieur le Maire, je vais répondre très rapidement.
Je rappellerai que ce projet a pour objet le lancement d'un appel d'offres et non pas des démolitions. Un certain nombre d'immeubles sont concernés faisant partie d'une liste non exhaustive.
Je rappellerai à M. TUROMAN et à M. BLET, que nous allons soumettre bien entendu au cas par cas, à notre Conseil et aux Conseils d'arrondissement, les immeubles qui vont être soumis à ces démolitions.
Ils sont, pour la plupart, dangereux, parfois en ruine, tout en étant vides.
Je crois que c'est une nécessité.
Quant à M. BLET, il cite une liste de l'ensemble des immeubles ayant fait l'objet d'un permis de démolir, y compris tous ceux qui n'appartiennent pas à la Ville de Paris.
Soyons sérieux, Monsieur BLET. Dans un souci de transparence, que souhaite M. TIBÉRI, on soumettra au cas par cas les immeubles qui vont être démolis.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. Jean-François BLET. - J'aimerais avoir la parole, Monsieur le Président, car j'ai été mis en cause par M. BULTÉ.
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - Je ne crois pas que vous soyez frappé de démagogie. Démagogie est un terme général qui ne s'adresse pas à vous.
Je mets aux voix le projet de délibération D. 1890.
M. Jean-François BLET. - Juste un mot, Monsieur le Maire...
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - Le scrutin est ouvert.
L'application du règlement l'exige.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, les groupes communiste, du Mouvement des citoyens, Mmes SILHOUETTE, BILLARD, SCHERER et M. BLET ayant voté contre, Mme SCHNEITER s'étant abstenue. (1996, D. 1890).
Monsieur BLET, vous avez la parole pour une explication de vote.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, je n'accepte pas l'expression de M. BULTÉ qui a parlé de démagogie. Je ne vois pas ce qu'il y a de démagogique dans mes propos.
Tout ce que j'ai dit figure dans le Bulletin municipal officiel. Si vous me traitez de démagogue, je vous en laisse la responsabilité.
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint, président. - Monsieur BULTÉ, vous retirez cette expression ? Parfait. L'incident n'a plus lieu d'être. On continue.