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Mars 2008
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Conseil Municipal
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2008, Allocution de M. Pierre-Christian TAITTINGER, Doyen d’âge.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2008


M. Pierre-Christian TAITTINGER, Doyen d?âge, président. - Insérer un discours aujourd?hui entre l?élection du Maire de Paris et le lancement du ?Terrible?, c?est accorder à l?éloquence une espèce de renfort que j?essaierai non pas d?atteindre mais en tout cas de vous soumettre de façon qu?il ne vous ennuie pas. Les discours de doyen doivent avoir un charme, c?est d?être suffisamment longs pour être intéressants et suffisamment courts pour n?ennuyer personne. Je tâcherai de relever ce défi.

Mes premières paroles seront pour remercier du fond du c?ur les Parisiens, les Parisiennes, qui pendant cinquante-cinq ans m?ont permis d?être dans cette maison. Ils m?ont fait le grand honneur le 26 avril 1953 de m?élire, où j?ai eu la joie de rentrer pour la première fois officiellement dans cette enceinte pour moi mystérieuse, magique, tellement chargée d?histoire, tellement lourde d?un passé très riche d?événements nationaux et internationaux que je ne résumerai pas devant vous, car comme je vous l?ai dit, mes paroles sont limitées, et de me trouver benjamin de cette Assemblée avec une jeune charmante communiste que je salue, qui n?a malheureusement pas pu venir aujourd?hui parmi nous mais cela m?aurait rajeuni, Micheline KRASUCKY, qui était à ce moment-là la femme d?un homme qui pouvait réunir six cent mille personnes sur le pavé parisien, et je vous avoue que cela m?avait beaucoup impressionné.

Elle était absolument charmante, et vous savez qu?il y avait une tradition ici, qui n?était pas politique, mais il y avait des courants d?air d?une violence folle dans cette maison. Je reconnais que les questeurs et ceux qui ont été responsables de la Ville y ont mis fin. On parquait donc les nouveaux élus les plus jeunes dans les virages car on se disait que les anciens risqueraient d?attraper des grippes ou des douleurs difficiles et que nous nous ne risquions rien. Donc, on nous a appelés, elle de l?extrême gauche et moi de l?extrême droite, pour nous trouver au milieu. C?était la première fois que je montais à cette tribune et je ne l?oublierai jamais.

La seconde fois, c?est qu?en 1962, le Conseil de Paris, le conseil municipal, m?a fait l?honneur de m?élire à sa présidence et dans la foulée, deux jours après, de recevoir le Chancelier Adenauer que de Gaulle avait invité pour faire le premier grand rassemblement franco-allemand ; c?est aussi une date que je garderai fidèlement en mémoire.

Et aujourd?hui, je me retrouve avec plaisir, nostalgie, émotion, à cette place pour vous faire ce que l?on appelle le discours d?usage. Alors, je commencerai, bien sûr, par saluer et remercier mes collègues qui ont surmonté l?épreuve, qui ont passé les difficultés et qui se retrouvent à peu près à cinquante pour cent dans cette Assemblée. J?aurai une pensée également pour ceux que le suffrage universel n?a pas soutenu, mais eux je les retrouve avec joie.

Il y a une habitude dans cette maison qu?au fur et à mesure des années, nous nous connaissons, nous nous apprécions, au-delà des frontières politiques, au-delà des idéologies - et Dieu sait si je suis maintenant de plus en plus réservé sur les idéologies - pour se retrouver, pour travailler ensemble et s?apprécier, et finalement créer des liens d?amitié.

Je saluerai aussi toutes les personnalités, nombreuses, qui sont rentrées par le fait du suffrage universel, en émettant un v?u, c?est qu?elles nous restent longtemps dans cette maison. Souvent, nous avons de très grandes personnalités qui se sont un peu éloignées de nous, nous espérons les garder et profiter de leur expérience et de leur sagesse.

Et puis, saluer ce prodigieux renouvellement que nous connaissons. Nous avons accueilli à peu près 50 % de jeunes dynamiques et plein de générosité ! Je voudrais leur souhaiter particulièrement la bienvenue, leur dire combien nous les apprécions. Nous ne sommes pas ceux qui croient qu?il faut barrer les générations, les séparer, il ne faut pas les opposer mais que chaque génération qui monte nous apporte quelque chose qui enrichit notre réflexion.

Or, l?histoire de cette maison est tellement belle, j?y ai vu s?effacer puis disparaître la IIIe République, en nous laissant un corps préfectoral admirable et une administration qui fait encore l?admiration de tous ceux qui ont à gérer des villes. Ensuite, la IVe République, née dans l?enthousiasme et la foi de la guerre, de la Libération, de la Résistance et qui a sombré dans les batailles coloniales dont elle n?a pas eu la maîtrise et puis la naissance de la Ve République, place de la République, qui était un très grand jour et l?ouverture d?une immense période.

C?est à nous maintenant de continuer avec la même foi et la même passion, de continuer ainsi ce qui était fait avant nous et surtout ne jamais créer de rupture entre les générations.

Alors, pour les jeunes, je leur rappellerai cinq mots. Je les rassure tout de suite, ils ne proviennent ni de Marx ni de philosophes modernes, mais simplement d?un jeune américain qui a laissé son nom parce qu?il a par la suite découvert le paratonnerre. Quand il avait vingt-huit ans, parlant des hommes ayant des responsabilités politiques, il leur recommandait le respect des autres, la tolérance, l?art de les écouter, de dialoguer ensemble, la loyauté et l?humilité. Je n?ai rien à ajouter à ces mots, qu?ils les retiennent, ce n?est pas une leçon que je me permets de leur donner mais un rappel historique d?un homme qui a aussi par la suite inventé le paratonnerre, Benjamin Franklin.

Voilà, nous allons travailler ensemble dans une nouvelle forme, dans une nouvelle volonté et c?est à celui que notre Assemblée va élire dans un instant, que je m?adresserai. Pour lui présenter non pas des v?ux et des suppliques parce que ce n?est pas rôle d?un doyen d?âge, mais peut-être des pistes sur lesquelles je souhaiterais le voir s?engager.

Développer les pouvoirs des maires d?arrondissement.

Je crois aux maires d?arrondissement. Ils ont fait leurs preuves dans la réforme P.L.M., ils sont reconnus dans leurs arrondissements. On les voit, on sait que l?on a en face de soi quelqu?un qui est une réalité tangible et, au fond, même ceux qui nous critiquent finissent par bien nous aimer !

Et puis, qu?on augmente leurs pouvoirs, leur budget, leurs responsabilités dans certains domaines, peut-être même dans des domaines de grands services, comme la propreté et l?entretien. Il y a une piste à étudier ; je la lui livre.

La deuxième, c?est que le v?u que l?on peut toujours faire, mais? que l?on peut toujours s?améliorer : que notre Conseil soit encore plus l?exemple d?une démocratie apaisée, tranquille, où on peut discuter, échanger, nous préoccuper en commun de tout ce qui intéresse les Parisiens et surtout de participer ainsi à la construction d?un avenir que l?on refait chaque jour.

Il y a deux hommes politiques, un à gauche et à droite, qui ont laissé des définitions du temps que j?aime : le président Mitterrand disait : ?Il faut donner du temps au temps? et le président Pompidou disait : ?Le temps qui passe n?est pas notre ennemi?. Que nous en profitions pour bien l?utiliser et pour justement répondre à l?attente des uns et des autres.

Et la troisième, l?avenir de Paris, le développement indiscutable que nous allons devoir placer au c?ur de la Région d?Ile-de-France avec nos voisins, avec les responsables des Départements et avec l?Etat, sans rechercher d?orgueil, de suprématie, d?institutions politiques nouvelles, mais simplement cette volonté d?apporter en commun de grandes réponses à des problèmes dont nous sommes tous conscients et qui nous préoccupent, qui sont le logement, les transports, l?emploi et d?autres choses. Que nous ayons en commun cette volonté d?en parler ensemble et de trouver ensemble des solutions.

Alors, à ce moment-là, mes chers collègues, nous aurons vraiment mérité et justifié l?honneur de servir la Capitale.

(Applaudissements sur tous les bancs).

Avant de procéder à l?élection du Maire de Paris, je voudrais vous donner quelques indications sur le déroulement de cette séance.

Après l?élection du Maire, nous adopterons la délibération fixant le nombre des adjoints.

Nous siégerons ensuite en formation de Conseil général pour déterminer la composition de la Commission permanente.

Nous reprendrons nos travaux en formation du Conseil municipal par l?élection des adjoints. Cette élection a lieu au scrutin secret conformément aux dispositions du Code général des Collectivités territoriales.

Enfin, nous élirons les vice-présidents et les membres de la Commission permanente du Conseil général.

Et je vous précise qu?à l?issue de notre séance, un déjeuner sera servi dans les salons pour les élus et les fonctionnaires concernés par cette séance.

Je vous propose d?abord de composer le bureau d?âge. C?est une particularité ici, parce qu?on n?élit pas les présidents d?âge.

Je vous rappellerai simplement une anecdote à propos du Conseil général. Il y avait, dans le temps, le Conseil général de la Seine qui siégeait ici. Et il y avait un doyen d?âge qui était un homme merveilleux mais qui avait un talent oratoire sans doute prodigieux et qui terminait toujours son discours par la dernière campagne électorale qu?il avait menée dans son canton. Alors, un beau jour, un certain nombre de conseillers ont proposé d?élire le doyen d?âge pour avoir quelqu?un qui ne parlerait pas toujours de lui !

(Rires).

Mais l?idée n?a pas été retenue !

Je vous rappelle que le bureau d?âge est composé de ma personne et des quatre plus jeunes conseillers en qualité de secrétaires. Je vais les appeler : Mme Marie-Laure HAREL, Mme Emmanuelle BECKER, M. Gauthier CARON-THIBAULT et Mme Hélène BIDARD. Je les salue particulièrement.

(Applaudissement sur tous les bancs).

Je leur souhaite à chacun simplement un destin qui ressemblerait au mien ! C?est quand même assez agréable et heureux.

(Rires).

Je leur demande de nous rejoindre à la tribune.