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Juillet 2002
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Conseil Général
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11 - 2002, ASES 65 G - Autorisation à M. le Président du Conseil de Paris, siégeant en formation de Conseil général, de signer avec l'association "Ayyem Zamen" (11e) une convention relative à l'attribution d'une subvention d'investissement et d'une subvention de fonctionnement dans le cadre de la création d'un "Café social". - Montant total : 83.900 euros

Débat/ Conseil général/ Juillet 2002


M. Christian SAUTTER, président. - Nous passons maintenant au dossier ASES 65 G, page 7 de l'ordre du jour, autorisant M. le Président du Conseil de Paris à signer avec l'association "Ayyem Zamen" dans le 11e arrondissement, une convention relative à l'attribution d'une subvention d'investissement et d'une subvention de fonctionnement dans le cadre de la création d'un "Café social". Le montant est de 83.900 euros.
Mme Brigitte MARIANI a demandé à s'exprimer sur ce projet de délibération et je lui donne la parole.
Mme Brigitte MARIANI. - Merci, Monsieur le Président.
Vous nous invitez à voter le principe d'une contribution de la collectivité parisienne pour la mise en oeuvre d'un "Café social".
Qu'une attention particulière soit portée aux personnes d'origine immigrée, confrontées aux difficultés du vieillissement et parfois de la solitude, est parfaitement louable.
Mais le groupe Union pour la démocratie française, lors de la communication en mars 2002 sur les "Seniors à Paris", avait eu l'occasion de souligner les contradictions du concept "Café social".
Reposant sur une logique d'intégration, il tend de fait à insister davantage sur ce qui éloigne, différences d'origine, de religion, que sur ce qui rapproche, l'âge, le rôle intergénérationnel.
Il nous était apparu également que la réflexion nécessaire ne pouvait être menée par les seules associations.
Or qu'avons-nous pu constater ?
Que l'étude diligentée par "Ayyem Zamen", subventionnée par les pouvoirs publics, a permis d'établir un constat de la situation des migrants âgés sur les plans sanitaire et social.
Que cette étude a permis par ailleurs de confirmer et de valider le concept de "Café social".
Comment peut-on, en même temps, être maître d'ouvrage d'une étude de faisabilité et porteur de projet ?
Il n'est donc pas surprenant que l'association valide ce projet pour lequel nous sommes invités à voter des crédits d'investissement et une fois de plus de fonctionnement.
Comme vous le savez, le budget global d'investissement s'élève à 241.813 euros auxquels la collectivité prend part à hauteur de 61.000 euros afin d'aménager un local 5-7, rue de Palikao dans le 20e arrondissement.
Les membres du groupe Union pour la démocratie française aimeraient s'assurer qu'à la logique de différenciation qui, finalement, inspire ce projet, ne s'ajoute pas une "discrimination géographique" au seul profit des résidents du secteur du Bas-Belleville.
A moins qu'il ne s'agisse d'une préfiguration d'un dispositif qui pourrait s'étendre à tous les quartiers parisiens, selon leurs spécificités locales.
Par ailleurs, l'essentiel de la subvention de fonctionnement étant consacré aux salaires des responsables, on est en droit de s'interroger sur les retombées concrètes pour les intéressés eux-mêmes pour lesquels il est prévu "de faciliter la mise en ?uvre d'actions" fort peu ciblées au demeurant.
Je vous remercie.
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame MARIANI.
Vous avez la chance d'avoir deux adjointes qui vont vous répondre : Mme BOURCART et Mme HOFFMAN-RISPAL. Chacune d'entre elles va le faire brièvement et je suis sûr qu'elles vont apaiser vos angoisses.
La parole est à Mme HOFFMAN-RISPAL.
Mme Danièle HOFFMAN-RISPAL, au nom de la 6e Commission. - Monsieur le Président, mes chers collègues, je commencerai par répondre à Mme MARIANI que je rencontre beaucoup d'associations comme vous tous, notamment je pense aux associations de l'aide à domicile, qu'elles me font toutes part, et ce depuis fort longtemps, des difficultés que rencontrent les personnes d'origine immigrée face au vieillissement.
D'une part au sortir de la vie active, elles se trouvent confrontées à des conditions de vie précaires liées notamment à l'inconfort des logements dans lesquels elles vivent : hôtels meublés, foyers. On rencontre souvent des personnes âgées avec des pathologies lourdes car elles n'ont pas anticipé les solutions adaptées à la perte d'autonomie que nous connaissons tous un jour.
D'autre part, des femmes d'origine immigrée connaissent un isolement fort lorsque le mari décède. Désemparées, non informées, ne sachant pas où s'adresser, et c'est là l'idée de ce "Café social", elles vivent des situations de rupture qui conduisent à des isolements souvent dramatiques.
Nous avons souhaité, et là je parle au nom de mes trois collègues, Mme Khédija BOURCART, Martine DURLACH et moi-même, nous attaquer sérieusement à ces problèmes parce que le vieillissement c'est l'affaire de tous et que notre collectivité doit apporter une réponse globale à cette question du vieillissement.
C'est pourquoi notre volonté a été de créer un espace identifiable, convivial, chaleureux, accueillant des hommes et des femmes, et j'insiste sur les femmes, pour leur permettre de sortir de cet isolement.
L'objet de ce "Café social" est d'apporter une première réponse sur les dispositions sociales et réglementaires que très souvent ces personnes ne connaissent pas. Je pense à l'A.P.A., aux questions de santé, aux prestations et à tout ce qui peut toucher la culture.
C'est avoir un lieu d'accompagnement de ces migrants âgés dans leur démarche de tous les jours, auxquels personne ne répondait jusqu'à présent. Il s'agit aussi d'un lieu d'écoute, de conseils, animé d'une part par des bénévoles et par l'intervention de professionnels, notre objectif étant toujours de permettre à cette population un meilleur accès aux droits.
J'ajouterai que je sensibilise, à titre personnel, très régulièrement tous les acteurs en gérontologie à cette question et, vous l'avez souligné, Madame, c'est vraiment une volonté de la collectivité parisienne puisque M. le Maire de Paris l'avait longuement mentionné dans la communication prononcée le 18 mars 2002.
Plus précisément concernant vos questions, l'étude de faisabilité du projet a été réalisée avec le soutien de différents partenaires : Préfecture de Paris, mission Ville, la D.D.T.E.F.P. , le F.A.S.
Cette étude a fait l'objet du suivi rigoureux d'un comité de pilotage - je dis bien "rigoureux" - réunissant les différents partenaires que je viens de mentionner, auxquels se sont associés la D.D.A.S.S., la D.V.L.R. et la D.A.S.E.S. et le service social hospitalier Lariboisière.
De cette étude est ressortie une nécessité de localisation dans le Nord, Nord-Est de Paris. Le c?ur de Belleville est apparu un lieu adapté pour l'implantation de ce "Café social". Le comité de pilotage, en lien avec l'Atelier parisien d'urbanisme avait défini cette zone géographique comme pertinente pour la réalisation des missions du "Café social" y compris par rapport à la ligne de métro passant à Belleville.
Je noterai juste, Monsieur SAUTTER, si vous le permettez, un dernier point : le présent projet a fait l'objet de larges concertations et consultations qui ont amené différents partenaires à participer à son financement. J'en ai cité un certain nombre, j'ajouterai le Conseil régional d'Ile-de-France, la Caisse nationale d'assurance maladie, des fondations privées et le F.A.S.
Mme BOURCART et Mme DURLACH, si elles le souhaitent, me compléteront.
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame la Député... Madame l'Adjointe.
Je donne la parole à Mme BOURCART pour compléter votre réponse.
Mme Khédija BOURCART, au nom de la 6e Commission. - Mme Danièle HOFFMAN-RISPAL a dit l'essentiel.
Monsieur le Président, Madame MARIANI, effectivement vous avez bien remarqué que les Parisiens non communautaires ou les immigrés sont des personnes qui vieillissent et que nous devons leur accorder toute notre considération. Oui mais cela fait très longtemps qu'ils vieillissent. Que s'est-il passé jusqu'à maintenant ? Pas grand chose.
Nous en avons énormément dans les foyers. Mme HOFMANN-RISPAL a cité les femmes dans la solitude ; effectivement le droit existe, les organismes de droit commun aussi mais ils n'y ont pas toujours accès, loin s'en faut.
Nous avons tous oublié qu'ils étaient des Parisiens à part entière, nous les avons considérés essentiellement sous l'angle de la main d'?uvre considérant que leur retour dans les pays d'origine était la solution miracle et allait de soi, mais ils vieillissent, ils sont de plus en plus nombreux en foyers, en hôtels meublés dans des conditions souvent difficiles et beaucoup de veuves sont dans une grande solitude.
Il faut bien mettre en place avant de pouvoir rejoindre le dispositif de droit commun des dispositifs qui permettent l'accès au droit, notamment le "Café social".
C'est un exemple, j'espère qu'il ne sera pas le seul et que de plus en plus les personnes âgées de l'immigration pourront être prises en considération dans l'ensemble des municipalités.
Je voudrais vous interpeller pour ceux qui sont notamment des maires d'arrondissement.
Je suis une Parisienne de longue date, j'ai rarement rencontré lors de la fameuse distribution des chocolats des personnes issues de l'immigration lors de cette remise ; c'est un symbole, ce n'est pas grand-chose mais c'est une manière aussi de les prendre en considération.
Cela a un rapport très important, ce ne sont pas uniquement des consommateurs mais des Parisiens qui demandent une prise en considération. Vous demandez de l'intergénération, vous devez aussi leur permettre de pouvoir rencontrer les autres personnes.
Le "Café social" est un lieu d'accès au droit, c'est aussi un lieu d'échange avec les autres Parisiens notamment les autres personnes âgées.
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame BOURCART, d'avoir eu le courage de parler devant un Conseil à mon avis insuffisamment attentif.
Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 65 G.
Qui est pour ?
Contre?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, ASES 65 G).