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Juillet 1998
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Conseil Municipal
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43 - 1998, DLH 227 - DAUC 133 - Autorisation à M. le Maire de Paris de consentir, d'une part, le dépôt par la Ville de Paris d'une demande de permis de démolir et, d'autre part, le dépôt par la S.I.E.M.P. d'une demande de permis de construire en vue de la réalisation de logements sociaux sur le terrain communal situé 89, rue de Patay (13e)

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 1998


M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DLH 227-DAUC 133 relatif à l'autorisation à Monsieur le Maire de Paris de consentir, d'une part le dépôt par la Ville de Paris d'une demande de permis de démolir et d'autre part le dépôt par la S.I.E.M.P. d'une demande de permis de construire en vue de la réalisation de logements sociaux sur le terrain communal situé 89, rue de Patay, 13e.
Je donne la parole à l'orateur inscrit, Monsieur BLET.
M. Jean-François BLET. - Pour détruire le 89, rue de Patay, vous ne vous embarrassez même plus d'un quelconque argumentaire. Pour tout viatique, il sera proclamé Urbi et Orbi, je vous cite : " Que l'état vétuste d'un immeuble, ainsi qu'une disposition en " dent creuse " justifie sa démolition ". La vétusté et la dent creuse sont les deux mamelles des S.E.M. et le moyen de raser au coup par coup des immeubles qui par leur faible hauteur font injure aux promoteurs.
Cette partie de 13e nous est familière. La litanie des permis de démolir qui déshonorent votre mandature ne nous épargne aucun recoin de ce quartier faubourien. La partie située entre la rue de Patay et la rue Château des rentiers a été saccagée et prise d'assaut par une armada de promoteurs, de S.E.M. et de techno-urbanistes. Le résultat en est affligeant et fort hétéroclite, avec pour seule cohérence la médiocrité architecturale des constructions nouvelles.
On pourrait se satisfaire de créations d'architectures contemporaines de qualité, audacieuses, opérées après la pointe de l'îlot délimitée par les rues du Dessous des Berges et la rue de Patay, tombée au champ d'horreur lors d'un précédent Conseil après les destructions programmées par la Z.A.C. " Château des Rentiers ", que subsistera-t-il de la rue de Patay ? Expulsez encore les quelques commerçants qui demeurent, rasez les petites maisons qui s'obstinent à rester debout côté pair de la rue, faites-nous un front bâti continu de six étages et vous en aurez terminé avec cette rue.
De la rue de Patay qui fut une rue vivante et agréable, vous êtes en train de faire une route que l'on emprunte, une saignée dans la ville, un espace public ou l'on ne rencontre des piétons que parce qu'ils habitent ici entre une sanisette DECAUX, une enseigne lumineuse criarde et une agence A.N.P.E. devant laquelle les commerçants que vous expulsez pourront faire la queue.
La démolition du 89, rue de Patay constitue un morceau de choix de cette politique nécrophage. Constitué de deux bâtiments distincts sur rue d'une hauteur d'un étage, le coeur de l'îlot est composé de bâtiments industriels distribués autour d'une cour pavée. Il y a encore peu ces bâtiments sur cour abritaient deux artisans, un menuisier et un plombier, expulsés par vos soins.
Deux activités sont toujours présentes aujourd'hui : un cafetier et un restaurateur ; la floraison de locaux commerciaux hors de prix qui ne trouvent pas preneurs dans les environs laisse craindre le pire quant à leurs possibilités de reconversion. Cette opération aura à elle seule fait disparaître du 13e arrondissement quatre artisans et commerçants.
La S.I.E.M.P. se ferait-elle le fossoyeur du tissu faubourien, en éradiquant ses spécificités : faible densité, volumétrie à dimension humaine, dissymétrie villageoise du bâti. Préservez une dent creuse, privilégiez la diversité des rythmes, la vie, sur l'uniformité Orwelienne. Respecter la vétusté, c'est-à-dire l'ancienneté, c'est réhabiliter, entretenir. Que dire d'une ville, d'un maire qui voue aux gémonies, l'ancienneté, d'un maire qui ne respecte plus les anciens ?
Que nous proposez-vous en fait ? La sempiternelle reconstitution d'un front bâti cohérent, qui est une aberration en tissu Faubourien et la négation même du Paris village. Par delà cette langue de bois rituelle, c'est en clair une vulgaire opération de densification : passer de R+1 à R+6.
Mais le plus scandaleux dans cette affaire par delà la destruction de bâtiments sains, c'est la manière dont la ville a arnaqué ces petits commerçants en abusant du droit de préemption. L'expérience, le calvaire je devrais plutôt dire, qu'ils ont vécu, des milliers de petits commerçants l'ont vécu avant eux à Paris. Elle est la conséquence d'abus systématiques de la Ville qui gruge autant qu'elle le peut les petits propriétaires.
Ecoutez leur histoire : Le restaurateur tout d'abord. Il a acheté il y a 12 ans les locaux où il exerce son activité pour 200.000 F. Le local étant alors dans un état assez dégradé, il a dû engager des travaux d'embellissement et d'aménagement importants. Lorsqu'en 1994, la Ville fit jouer à son encontre le droit de préemption, elle lui propose en tout et pour tout 200.000 F. Refus de l'intéressé, la Ville le traîne au tribunal. Le jugement désavouera la Mairie de Paris puisqu'il fixe le montant de rachat à 430.000 F. Mais la Ville s'acharne, elle fait appel contraignant ainsi le restaurateur à prendre un avocat. Nouvel échec pour la Mairie de Paris, le premier jugement est confirmé, pire il met à la charge de la Ville les honoraires de l'avocat du commerçant spolié. Le règlement devant avoir lieu le mois dernier, le restaurateur a pris toutes ses dispositions afin de quitter les lieux. Or l'acte de vente qu'on lui a proposé il y a quelques jours n'était pas conforme : au lieu de s'aligner sur la décision du tribunal, il reprenait la première proposition de 200.000 F. Ne pouvant quitter les lieux sans être payé, il est aujourd'hui dans l'incertitude totale. Il a dû reprendre ses stocks, prolonger ses assurances et engager de nombreux frais. On lui fait savoir désormais qu'il ne pourra être réglé qu'en septembre. Mais il ne sait toujours pas sur quelle base.
Le cafetier maintenant. C'est grosso modo la même histoire. N'acceptant pas la proposition de 460.000 F de la Ville qu'il jugeait ridicule, le Maire de Paris le traîne au tribunal. Désaveu cinglant pour la Mairie de Paris, le jugement fixe la somme à 750.000 F. Mais vous persistez, vous refusez même de prendre en charge les indemnités de chômage de la salariée du café. Et ainsi, le restaurateur ne sait toujours pas quand il sera enfin indemnisé et se trouve lui aussi dans l'incertitude la plus complète. Dans le projet de délibération vous osez dire que les deux derniers locataires vont être payés prochainement, c'est de l'humour noir. Ces pratiques spoliatrices vous déshonorent. Vous ne respectez même pas le droit de propriété. Ce n'est plus de la dékoulakisation, c'est la décimation des petits commerçants. S'il est de bon ton lors des campagnes électorales de caresser les petits commerçants dans le sens du poil, pris de frénésie immobilière, vous n'hésitez pas ensuite à les piétiner, à les spolier, à les chasser. Vous les traitez comme des chiens.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Un avis favorable à l'unanimité du Conseil du 13e a été donné en date du 29 juin.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - M. BLET vient de nous dresser un portrait ou au moins un scénario surréaliste, apocalyptique ! Dans le 13e, M. TOUBON a obtenu l'avis favorable à l'unanimité de cet arrondissement, la gauche plurielle, là encore, a rejoint le toril du Maire du 13e. Nous n'avons aucune leçon à recevoir de M. BLET dans ce domaine.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 227 - DAUC 133.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Absentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, le groupe des Indépendants et M. REVEAU s'étant abstenus, Mmes SCHNEITER, SCHERER, SILHOUETTE, BILLARD et M. BLET ayant voté contre. (1998, DLH 227 - DAUC 133).