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Juillet 1999
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Conseil Municipal
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21 - 1999, DGIC 6 - Subvention à l'association "Cité de la presse" (1er) pour l'organisation d'une exposition sur l'histoire et l'avenir de la liberté de la presse. - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer la convention correspondante. - Montant : 6.000.000 F

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 1999


M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Nous passons à l'examen des affaires de la 1ère Commission. Nous commençons par le projet de délibération DGIC 6 relatif à une subvention à l'association "Cité de la presse" pour l'organisation d'une exposition sur l'histoire et l'avenir de la liberté de la presse. - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer la convention correspondante - Montant : 6.000.000 F.
La parole est à Mme TAFFIN.
Mme Benoîte TAFFIN, maire du 2e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.
Nous ne sommes pas du tout hostiles à cette manifestation qui doit être organisée pour trois mois dans les locaux du Palais Brongniart, mais nous trouvons cette opération hors de prix, 6 millions de francs pour trois mois, c'est très cher. Jean-Christophe AVERTY, une fois de plus, a vu grand.
Dans cette affaire, quel est l'engagement financier de la Fédération nationale de la Presse française ? Les mieux placés pour défendre la liberté de la presse, thème de l'exposition, c'est la presse elle-même, garante de son indépendance plutôt qu'une collectivité quelle qu'elle soit.
En l'état actuel des informations que nous avons sur ce dossier, et bien que nous nous réjouissons de voir s'animer la Bourse, nous nous abstiendrons.
Merci, Monsieur le Maire.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Je donne la parole à Mme BACHE.
Mme Soizik MOREAU. - Je la remplace.
L'association Cité de la Presse se voit octroyer une subvention très importante, 6 millions de francs, alors qu'elle a été créée en mars 1999.
Il s'agit d'une association ad hoc dont l'objectif est d'organiser un des événements labellisés par la mission Paris 2000.
Avant de discuter du contenu de cette manifestation, permettez-moi d'exprimer ma surprise devant la somme allouée. J'avais cru comprendre que les manifestations de l'an 2000 seraient nécessairement limitées dans leur ambition du fait de l'obligation de recourir au sponsoring ou au mécénat.
Or cette subvention vient s'ajouter aux concours extérieurs ; énorme budget pour une petite structure puisque l'association n'emploie qu'une secrétaire.
Où en est la recherche du mécénat pour 1,5 million de francs ?
D'où viennent les 6 millions de francs annoncés comme provenant de la couverture médiatique ?
Pourquoi dépenser 370 millions de francs de frais de réception et d'inauguration, 300.000 F de frais de créations d'événements, versés sans doute à une agence et plus de 300.000 F d'honoraires pour le commissaire de l'exposition alors que l'équilibre de l'opération n'est pas acquis ?
Une exposition sur la liberté de la presse, pourquoi pas ? Oui, mais à condition que le projet soit fiable, ce qui, me semble-t-il, n'est pas le cas.
Je remarque que l'exposé des motifs annonce une exposition consacrée à la liberté de la presse dans le monde contemporain, alors que le schéma contenu en annexe 2 ne parle que de la presse en France.
Ensuite, à l'intérieur même de ce schéma, plusieurs formulations laissent songeur l'historien.
Je passe sur l'orthographe estropiée du nom d'Henri Rochefort pour arriver au plus grave : la Commune supprime les repères de la presse.
Voilà la Commune que la Ville honore lors de ce même Conseil, devenue liberticide.
Soyons sérieux ! Combien de journalistes et de pamphlétaires parmi les proscrits et les fusillés ? De quel côté était la censure ?
Dernière erreur : 1944. La presse clandestine sauve l'honneur. Si elle l'a sauvé, c'est précisément parce qu'elle a tenu tête à l'occupant bien avant 1944.
Une fois évoquées ces imperfections, je constate que cette époque est présentée comme un pôle de la Francophonie alors que rien ne vient étayer cette affirmation.
L'adjoint au Maire de Paris chargé de la Francophonie a-t-il été consulté sur ce dossier ?
Pourquoi n'avoir pas prévu un véritable espace dévolu à l'histoire de la presse francophone dans le monde, à ses difficultés à s'affirmer dans les pays francophones du Tiers-monde où la liberté est muselée en ce domaine ?
Pourquoi ne pas imaginer que l'on puisse trouver, lors de cette manifestation, les journaux francophones qui sont habituellement absents des kiosques parisiens ?
Il est en effet impossible ou presque d'acheter un quotidien québécois ou africain - la presse tunisienne n'arrive plus - et trouver un hebdomadaire suisse ou belge relève de la gageure, ceci alors même que les quotidiens scandinaves, grecs, russes sont accessibles chaque jour, heureusement d'ailleurs.
En conclusion, les élus du Mouvement des citoyens s'abstiennent de voter cette subvention. Ils souhaitent vivement, si le projet voit le jour, que la partie consacrée à la francophonie ait une ampleur qui soit à la hauteur du rôle que doit jouer la Capitale de la France dans ce domaine.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, socialiste et communiste).
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - La parole est à M. LE GARREC.
M. Alain LE GARREC. - Merci, Monsieur le Maire.
Dans le cadre des festivités de l'an 2000 que la Ville entend promouvoir, vous présentez une délibération par laquelle une subvention de 6 millions de francs est versée à l'association qui vient d'être créée pour l'occasion.
De quoi s'agit-il ? Les dates sont importantes.
Organisée pendant le premier semestre 2000 et durant trois mois, une exposition interactive consacrée à l'histoire et à l'avenir de la liberté de la presse dans les locaux vacants du Palais Brongniart. Jusque là, aucun problème, je dirai même plus que ce qui est prévu me semble très intéressant.
Mon intervention traitera donc un peu du fond mais surtout de la forme.
Sur le fond, la délibération ne présente aucun interlocuteur à part le Président de l'Association, fort estimable, ni participant alors que des travaux préliminaires ont déjà été engagés à hauteur de 290.000 F.
Les quelques journalistes que j'ai pu interroger ne sont guère au courant. Vous nous indiquez la participation de la Fédération nationale de la presse française mais vous ne parlez pas du Syndicat de la presse parisienne.
Sur la forme, le budget global prévu est de 13.950.000 F répartis de la façon suivante :
- études préliminaires déjà nommées : 290.000 F ;
- frais de fonctionnement : 650.000 F ;
- cocktail d'inauguration pour 1.500 invités : 425.000 F ;
- promotion : 7.327.000 F dont 6 millions de francs de couverture médiatique.
Enfin, et pour terminer, réalisation de l'exposition : 5.250.000 F, c'est-à-dire 42 % du budget en incluant les frais de fonctionnement.
Comme cette exposition a un caractère pédagogique, j'espère que ce budget sera exposé. Il sera presque caricatural du XXe siècle.
Sur un budget de plus de 13 millions de francs la Ville verse réellement 6 millions de francs, le reste est virtuel car la couverture médiatique correspond à une évaluation et à des dons que la presse fera à la Ville par l'intermédiaire de son logo.
Naturellement, je m'interroge et vous interroge sur cet apport qui entre dans un budget mais ne fera pas l'objet de facturation.
De plus, et vous le dites dans la délibération, comme cette exposition aura le label "Paris 2000", les supports d'information municipaux seront mis à la disposition de l'association. La communication est donc là particulièrement importante. Elle est d'ailleurs pratiquement le principal objet de la subvention.
Ce montage permet à la Ville de s'exonérer des appels d'offres pour les différents prestataires puisque l'association n'aura pas l'obligation d'en faire. En cas d'incident, la Ville prévoit de ne payer qu'au prorata de ce qui aura été dépensé mais sans nous dire ce qui se passera si l'association commet des erreurs et il n'y a de plus aucune clause concernant un éventuel déficit.
Monsieur le Maire qui, dans cette affaire, prend un risque ? La Ville puisqu'elle seule apporte de l'argent sonnant et trébuchant.
Pourquoi passer par une association qui n'apporte rien ? Pourquoi cette manifestation n'est-elle pas organisée par la D.G.I.C. ? Elle a le savoir-faire, les contacts de presse et de plus la D.G.I.C. pourrait faire des appels d'offres, ce qui donnerait beaucoup plus de transparence.
Si vous nous demandez un avis sur l'objet de cette délibération, la réponse du groupe socialiste et apparentés est positive car le projet est un bon projet et cette utilisation du Palais Brongniart, pour en faire un musée de la presse et des médias est une excellente piste. Un musée de la presse est une très vieille idée du 52, rue de l'Arbre-Sec que je connais bien.
Si vous demandez d'approuver le montage financier qui consiste à donner 6 millions de francs sans que nous sachions exactement pourquoi, mais aussi d'approuver un apport non vérifiable, non contrôlable, de plus de 7 millions de francs de ces couvertures médiatiques, la réponse du groupe socialiste et apparentés est négative.
Donc, nous nous abstiendrons sur cette délibération dont l'objet est bon mais la forme financière particulièrement critiquable.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Je donne la parole à M. LEGARET pour répondre aux intervenants.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, au nom de la 1ère Commission. - Monsieur le Maire, il y a beaucoup de questions dans ces trois interventions.
Ce que je voudrais rappeler brièvement, c'est qu'à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, la Ville de Paris avait déjà fait sur la place de l'Hôtel-de-Ville une grande exposition sur l'histoire de la presse et sur la liberté de celle-ci.
Je dirai que comparant ce qui me paraît comparable, à l'occasion de l'an 2000, on va célébrer beaucoup de choses. Il me semble que c'est en France, dans la Capitale de la France - je suis désolé qu'on ait mal orthographié le nom de Rochefort, Madame Soizik MOREAU, vous avez eu raison de le rappeler - que la presse est née ; la France est la patrie de la presse ; c'est à Paris que se trouvent les plus grands symboles historiques de la presse et de cette liberté fondamentale en démocratie que constitue la liberté de la presse.
Le Palais Brongniart qui est un palais comme chacun sait qui a été voué, qui l'est encore, aux activités financières, se trouve situé dans ce quartier où la presse est née et où elle continue à exercer et à travailler.
Donc, j'enregistre, sur le symbole, et je me félicite d'ailleurs que dans tout ce que j'ai entendu, même si on a critiqué les modalités, je vais y revenir, j'enregistre tout de même un large consensus sur la force du symbole, sur sa validité, et, je dirai, sur la nécessité de faire quelque chose à l'occasion de l'an 2000.
Cela, je trouve que c'est une grande satisfaction.
J'en viens aux modalités. Je dirai que, bien entendu, je comprends fort bien que des questions soient posées, mais je voudrais m'efforcer d'y répondre en relevant la complexité de l'exercice auquel nous sommes soumis.
Une exposition sur la liberté de la presse, cela consiste tout d'abord à faire des recherches et à exposer beaucoup de documents disponibles sur la presse. C'est un travail de documentaliste, d'historien, de chercheur. Ce travail est à faire. Cela représente un coût non négligeable et cela doit être fait par des gens sérieux. Je crois que les personnalités qui ont pris en charge ce projet sont des personnes dont on ne peut pas mettre en doute la qualité.
Ensuite, en faire la promotion, il est évident que cela représente un coût et je crois pouvoir vous dire que les grands médias, les grands syndicats de presse, les grands éditeurs, les grands distributeurs sont intéressés par cette opération et se sont engagés à y participer.
Mais - bien sûr, il y a un "mais" - l'essentiel des prestations, qui représentent des valeurs très importantes, consistera de la part de ces éditeurs en des prestations en nature. Eh oui ! C'est la raison pour laquelle, vous l'avez noté, le coût global de l'opération est beaucoup plus élevé que les participations financières qui, pour l'instant, sont prévues.
La Ville, c'est vrai, assume - cela a été dit avec justesse - un certain nombre de risques pour le compte d'autres. Eh bien ! Moi, je pense que, compte tenu de la qualité des prestataires extérieurs, ces risques restent modérés. Je n'ai pas de graves inquiétudes sur la faisabilité de cette opération, je n'ai pas d'inquiétudes sur la qualité des prestations, je pense au demeurant qu'une des grandes originalités de ce projet, c'est de ne pas être seulement une exposition patrimoniale, une préfiguration de ce que serait un musée de la presse, c'est en plus un outil de communication, un outil pédagogique puisque, dans cette cité de la presse, à tour de rôle, chaque jour, un journal différent sera fabriqué par une conférence de rédaction qui s'installera dans la cité de la presse et qui, avec les techniques modernes de la communication, de la P.A.O., confectionnera le journal du jour. Ce journal sera fabriqué, je dirai, sous le regard direct des visiteurs et notamment des jeunes. Je crois qu'il y a là un volet pédagogique très important. Des scolaires, des étudiants viendront en groupes participer à cette aventure, à cette liberté en permanence renouvelée qu'est cette liberté de la presse.
Voilà ce que je voulais dire, voilà, à mon avis, quel est le sens de cette participation de la Ville de Paris.
On m'a dit que c'était cher. Oui, c'est une somme relativement importante. Il ne m'appartient pas de le négliger ou de le sous-estimer, c'est une somme importante, mais c'est une somme qui, je crois, est consacrée à une manifestation majeure, à une manifestation qui se poursuivra pendant trois mois et à une manifestation qui, je pense, aura une très grande signification en termes de liberté, en termes d'enseignement de ce qu'est cette liberté, en termes de mémoire et en termes de démonstration de ce que cette grande liberté qu'est la liberté de la presse est une liberté d'avenir. Nous avons des responsabilités à l'égard du XXIe siècle dans le cadre de cette liberté.
Voilà le sens que cette délibération a voulu prendre. Je vous remercie d'en avoir compris l'essentiel et je vous remercie de nous faire confiance pour mener à terme les modalités de cette belle exposition.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DGIC 6.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1999, DGIC 6).