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Juillet 1999
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19 - 1999, DAUC 142 - Attribution de la dénomination "place de la Commune de Paris" à une place située dans le 13e arrondissement

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 1999


M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAUC 142 relatif à l'attribution de la dénomination "place de la Commune de Paris" à une place située dans le 13e arrondissement.
La parole est à Mme Soisik MOREAU.
Mme Soisik MOREAU.- Monsieur le Maire, vous m'interrogez sur ?
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Sur la place de la Commune de Paris.
Mme Soisik MOREAU. - Très bien, l'attribution de la dénomination : place de la Commune de Paris.
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Je demande à chacun d'être le plus concis possible.
Mme Soisik MOREAU. - Je vais être très rapide. Tous les républicains se réjouiront que la Municipalité prenne enfin la décision de donner à une place le nom de la Commune de Paris, moment de l'histoire du peuple de Paris et du mouvement social.
Cette décision aurait dû être prise depuis longtemps, lors du centenaire de la Commune, en 1971 mais mieux vaut tard que jamais.
Je n'ai pas de remarque particulière à faire sur le récit historique des événements contenu dans votre exposé des motifs, si ce n'est que vous omettez de décrire la Commune comme un soulèvement patriotique alors qu'elle fut cela, évidemment, tout autant qu'un mouvement social et politique.
Ce que firent les Communards, c'est de lier la question sociale et la question nationale.
Je suis en revanche étonnée que le choix de la Ville se porte sur une place du 13e alors que le coeur de la Commune était à Montmartre et à Belleville. Les historiens divergent sur le point de savoir si la dernière barricade tomba rue Ramponneau dans le 20e ou rue de la Fontaine-au-Roi dans le 11e arrondissement. Quoiqu'il en soit, par souci de l'exactitude historique et en hommage aux morts de la Commune, pour beaucoup fusillés au Père-Lachaise, il aurait été préférable de choisir une place ou une voie dans l'un de ces deux arrondissements.
Cela n'empêchera nullement les élus du Mouvement des citoyens de voter ce projet de délibération.
Je vous remercie, Monsieur le Maire.
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Merci, Madame.
La parole est à M. MALBERG.
M. Henri MALBERG. - Je ne serai pas concis.
C'est avec beaucoup de satisfaction que le groupe communiste votera l'attribution de la dénomination Place de la Commune de Paris au carrefour des rues de la Butte-aux-Cailles, Buot et de l'Espérance, à Paris 13e. J'ai envie de dire "enfin !" Il aura donc fallu 128 ans pour que la Commune de Paris possède une place dans la Capitale. Il faut dire que cette décision est prise après que le nom de "Commune de Paris" ait été attribué dans des dizaines et des dizaines de villes du monde et de France. Mais, c'est vrai : il vaut mieux tard que jamais.
Il y a bien longtemps que les élus communistes de la Capitale réclamaient que cet incroyable manque soit réparé. Je me souviens même avoir déclaré au maire de Paris, à l'époque M. Jacques CHIRAC, qui avec une certaine gêne repoussait la décision, que vraiment la droite parisienne n'en finissait plus de revivre ses peurs et, pourquoi ne pas le dire, pour certains, ses haines envers ce premier gouvernement ouvrier...
M. Roger ROMANI, adjoint. - Allons !
M. Henri MALBERG. - Pour certains, ai-je dit. Ils se reconnaîtront. Vous n'en êtes pas.
... envers ce premier gouvernement ouvrier qui, pendant deux mois, gouverna Paris au printemps de 1871. Longue rancune !
Je constate d'ailleurs avec un certain plaisir que le mémoire de M. le maire de Paris rappelle qu'à partir du 22 mai, une répression très dure s'engage contre les communards, "semaine sanglante" est-il écrit, et que les communards ripostent, fusillent des otages et retardent l'invasion en incendiant des monuments.
D'abord répression, c'est exact.
Je continue de citer le mémoire de M. le Maire : "Les morts se comptent par milliers, dont 25.000 chez les fédérés et environ 900 chez les Versaillais". J'ajoute qu'il y avait, parmi les 25 à 30.000 massacrés, des femmes et des enfants. Et 36.000 prisonniers et 4.586 déportés en Nouvelle Calédonie.
C'est à ce propos que Victor Hugo dit : "Le cadavre est à terre mais l'idée est debout".
Permettez-moi de dire quelques mots de la Commune.
La Commune de Paris, un siècle après la Révolution française de 1789, c'est de quelque façon le peuple qui rappelle à la bourgeoisie au pouvoir sa propre déclaration au monde : "Liberté, Egalité, Fraternité". C'est la première révolution ouvrière du monde et elle commence chez nous, à Paris. Révolution de ceux qui sont directement exploités par le jeune et impitoyable capitalisme. C'était l'époque où les enfants travaillent à huit ans.
84 % des communards arrêtés sont des travailleurs manuels et Paris, pendant longtemps après la Commune, manquera d'horlogers, de maçons, de cordonniers, de boulangers...
La Commune, c'est aussi une formidable exigence de démocratie, des élus contrôlés et révocables, l'essai d'un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, 60 jours de balbutiements de la démocratie directe.
Démocratie, c'est encore les prémisses de l'autogestion et les ateliers coopératifs.
La Commune, c'est une étonnante leçon féministe, il y a plus de 120 ans. Deux femmes, Elisabeth Dmitief, aristocrate révolutionnaire russe de 20 ans et Nathalie Le Mel, ouvrière relieuse Bretonne créent le premier mouvement féminin "L'Union des Femmes". Des femmes sont associées à la gestion municipale. Comment ne pas citer ici l'impérissable souvenir de cette grande dame qu'était Louise Michel.
Et puis la commune c'est la fraternité internationale vécue par ces Parisiens comme naturelle. Des Belges, des Luxembourgeois, des Italiens ont le droit de vote. Fait unique dans l'histoire mondiale : un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel est Ministre du travail. Et des Polonais, Dombrowski et Wrobleski sont généraux et assument des commandements militaires.
Réflexion amusée de Karl Marx : "sous les yeux de l'armée prussienne qui annexe deux provinces françaises - l'Alsace et la Lorraine- la Commune annexe les travailleurs du monde entier."
Pourtant occupée tout le temps à se défendre militairement, la commune invente en 60 jours des choses surprenantes de modernité. Nous rappelons que nous sommes dans la France conservatrice issue du second Empire.
Elle abolit le travail de nuit, interdit les amendes et retenues sur salaires, combat le chômage, interdit l'expulsion des locataires, exerce un droit de réquisition sur les logements vacants.
Elle établit la gratuité de la justice, la liberté de la défense. La Commune invente l'école laïque gratuite et obligatoire, crée un enseignement professionnel y compris pour les filles, sépare les églises de l'Etat.
La Commune invente des cours publics d'éducation populaire. Elle fête et soutient la Fédération des artistes dans laquelle agissent, excusez du peu, Manet, Courbet, Daumier, Dalou, Pottier. L'armée est remplacée par la Garde nationale.
Et puis tous les historiens le reconnaissent aujourd'hui, avec la Commune c'est la République qui s'installe, parce que la restauration monarchique devient impossible. Paris insurgée a rendu incontournable la République, Thiers en prend acte à l'Assemblée nationale en novembre 1873, il voulait restaurer la Monarchie, mais, dit-il, "la meilleure solution c'est la République. Vouloir autre chose ce serait une nouvelle révolution". Comme la Révolution française, la Commune est un événement fondateur, elle a irrigué la pensée progressiste, tout au long du XXe siècle du Front populaire à la Libération. Et dans le monde entier. Et la Révolution russe se réclame d'elle en 1917.
Elle est naturellement chère au coeur des communistes. J'ai voulu dire ces quelques mots ici mais la Commune n'appartient pas à un parti, fut-ce le mien. Elle est à l'humanité, elle est aussi à la France, car les "Républicains bourgeois", comme on les appelait alors, qui étaient hostiles à la Commune n'en ont pas moins fort bien entendu le message. Comme Gambetta, Jules Ferry ou Clémenceau. Et l'école publique laïque gratuite, la pleine liberté de la presse, la liberté de réunion viendront très vite. L'exception française de progrès se met aussi ainsi en place.
Mesdames, Messieurs, c'est quelques minutes pour un si grand événement. Voilà pourquoi nous allons voter ce texte. Que vive donc la place de la Commune de Paris.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Merci, Monsieur MALBERG, la parole est à M. GÉNY.
M. Pierre GÉNY. - Monsieur le Maire, chers collègues, je comprends très bien ceux qui, au travers d'une association, "les Amis de la Commune" par exemple entretiennent le souvenir et le sacrifice d'une grande partie de la population parisienne en 1871.
Je comprends aussi pourquoi, au lendemain d'un siège douloureux et courageux, la population parisienne, a eu un mouvement de colère et de révolte, cette exaspération trouvant son fondement notamment par une levée trop précoce du moratoire sur les loyers. Mais ceci étant dit, rien n'excuse la dérive sanguinaire qu'ont marquée certains épisodes, notamment dans la dernière semaine de la Commune de Paris, exécutions des otages, dont Monseigneur Darboy, l'Archevêque de Paris, destructions aveugles de nombreux bâtiments et richesses historiques. L'intolérance complète de certains responsables de la Commune, l'approbation du gouvernement de la Commune à couper la France en deux, ont laissé des traces profondes dans notre Nation, et l'unité du pays entre la population et son armée a dû attendre la première guerre mondiale pour se réaliser.
La déchirure entre Paris et la province avait été profonde : aussi voudrais-je vous rappeler, Monsieur le Maire, que dans un passé récent, vous avez refusé de donner le nom de Robespierre à une voie de notre ville, ceci dans un esprit d'apaisement, alors même, que le deuxième centenaire de 1793 était célébré.
Je suis totalement en faveur d'une politique de mémoire apaisée et partagée. La Commune est un événement majeur de l'histoire de notre ville, mais c'est aussi le souvenir de combats fratricides, et en cela, c'est aussi une page noire de notre histoire.
Aussi, je voudrais que cette place de la Butte-aux-Cailles, un des derniers lieux de résistance des fédérés soit baptisée "A la Mémoire des victimes des combats de la Commune". Célébrant ainsi la mémoire de tous ceux qui, victimes innocentes ou engagées, ont perdu la vie dans ces événements.
Je crois qu'en modifiant ainsi cette appellation de voirie nous servirons l'unité de nos concitoyens. La Commune deviendrait symbole d'union, et non de désunion. Voici quel est mon rêve.
J'ajouterai enfin que je parle ici sans passion, ni intérêt personnel car je suis peut-être le seul dans notre Assemblée à descendre directement de Parisiens, mes arrière grands-parents qui sont partis en exil à l'étranger après la victoire des Versaillais et la prise de pouvoir de M. Thiers. Comme beaucoup, je descends aussi d'un conscrit mobilisé dans l'armée des Versaillais. Aussi si ce projet concernant la place du 13e arrondissement n'était pas amendé dans le sens que je vous propose, je serais contraint à mon grand regret de voter contre. Monsieur le Maire, mes chers collègues. Je vous remercie.
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Merci.
La parole est à M. BORDET.
M. Xavier-Marie BORDET. - Monsieur le Maire, chers collègues, l'histoire, M. MALBERG le sait, est toujours lue au regard du présent, donc je voudrais revenir un petit peu sur la façon dont on a pu lire l'histoire de la Commune particulièrement du côté marxiste depuis plus de cent ans. Les premières lectures qui en étaient faites, les plus politiques et celles qui ont été appliquées ensuite, l'ont été particulièrement par le courant léniniste qui en a bien compris tous les enseignements. Et c'est fort de ces enseignements que Lénine a pu prendre le pouvoir, le garder en Russie et on sait ce que cela a donné.
Ce n'est pas effectivement dans les valeurs de la tolérance, du respect des différentes positions, y compris dans la façon de faire l'histoire et de l'histoire de la commune qu'on a pu trouver des exemples dans ce domaine.
Les différents courants du Socialisme, pas celui de M. STRAUSS-KAHN, mais des socialistes de l'époque, des différents mouvements anarchistes, ont été laminés, aussi bien dans l'histoire de la Commune que dans son application léniniste.
C'est ainsi que le drapeau de la Commune s'est trouvé à Moscou, qu'il a fallu, lorsqu'il était Ministre de la Culture, pour rendre service aux Amis de la Commune, toute la patience et l'énergie du Maire du 13e pour tenter de le récupérer.
Donc je crois qu'effectivement la Commune doit nous inspirer beaucoup de tolérance, parce que c'était un mouvement qui était très varié, très divers, qui représentait effectivement beaucoup de mouvements idéologiques populaires, et pas seulement ceux qui ont pu triompher au début du XXe siècle.
Je crois que c'est un grand moment dans l'histoire mondiale, parce qu'effectivement c'est quelque chose qui a été étudié, qui a servi à beaucoup de peuples pour trouver la voie de la liberté. C'est en tout cas un moment fort dans l'histoire de notre commune, dans l'histoire de notre ville, dans l'histoire de notre pays, et je crois que Paris en supporte encore les conséquences, elle n'est pas traitée comme les autres, au regard du droit et c'est une façon pour nous d'avancer dans ce sens que de baptiser aujourd'hui cette place. Paris doit retrouver la confiance de l'ensemble de la Nation et être traitée comme une commune comme une autre.
Le Conseil d'arrondissement du 13e a voté cette délibération à une immense majorité, toutes tendances confondues.
Les Amis de la Commune sont très actifs dans le 13e arrondissement, son trésorier, qui en était une cheville ouvrière, nous a quittés il y a quelques mois.
Les Amis de la Commune sont très actifs dans cet arrondissement et je pense que c'est une bonne chose pour Paris, pour tout le monde, pour tous les mouvements, toutes les idéologies, que cette place soit inaugurée.
Voilà, Monsieur le Maire, ce que je voulais dire au nom des élus du 13e.
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Merci.
Je donne la parole à M. BULTÉ pour répondre.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission - Merci, Monsieur le Maire.
Il est proposé de commémorer la Commune de Paris, révolte de la capitale de 1871, en attribuant ce nom à une place située dans le 13e arrondissement de Paris.
La Commune de Paris est à la fois un refus patriotique de la défaite contre la Prusse, une explosion sociale et un mouvement d'orgueil contre les Versaillais. La révolution couve depuis des mois, elle éclate le 18 mars 1871. Le 26 mars, des élections municipales installent à l'Hôtel-de-Ville un Conseil Communal dont l'action, entravée par les divisions idéologiques, se limite à quelques mesures sociales.
Le 21 mai, les Versaillais entrent dans Paris. Une répression féroce s'engage. Le bilan est lourd, très lourd : environ 25.000 morts pour majorité dans le rang des Communards et de nombreux incendies dont l'Hôtel-deVille.
Je ne ferai pas plus longtemps l'histoire de la Commune et après avoir entendu l'ensemble des orateurs, je propose d'attribuer la dénomination suivante : place de la Commune de Paris, place située au carrefour des rues de la Butte aux Cailles, Buot et de l'Espérance dans le 13e arrondissement, où certains historiens reconnaissent effectivement qu'à cet endroit-là, ont eu lieu les derniers combats de la Commune.
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Merci. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 142.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1999, DAUC 142).