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Octobre 2010
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2010, VI - Question d'actualité de M. Georges SARRE à M. le Préfet de police relative à la sécurité des lycéens mobilisés pour la défense des retraites.

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2010


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Georges SARRE pour sa question.

M. Georges SARRE, adjoint. - Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet de police, il m'est arrivé de rappeler que vous n'êtes pas ici le représentant de l'Etat mais l'autorité de police municipale.

Dans une situation particulière, qui est celle d'une forte mobilisation sociale, vous me permettrez de vous poser des questions auxquelles, j'imagine, vous me répondrez en puisant tant dans vos prérogatives de police nationale que municipale.

Nous n'allons pas reproduire ici le débat sur les retraites, ce débat, qui a lieu insuffisamment d'ailleurs au Parlement et qui n'a pas vraiment lieu, c'est bien le problème, avec les organisations syndicales représentatives des salariés.

Ma question porte sur les moyens de garantir la sécurité des lycéens, mobilisés pour défendre les retraites. La seule réponse des pouvoirs publics ne saurait être les propos partisans dénonçant leur participation à la résistance sociale ou leur supposée instrumentalisation.

La réponse de l'Etat ne saurait être non plus des attitudes excessivement musclées, avec des conséquences graves comme on l'a vu récemment à Montreuil.

Je souhaiterais donc avoir des précisions sur trois points, Monsieur le Préfet de police.

Premièrement, pouvez-vous nous éclairer sur la doctrine d'emploi des forces de maintien de l'ordre vis-à-vis de ce public particulier, aux moyens d'action mal encadrés et à la vulnérabilité forte ? Quelles garanties prenez-vous pour éviter des blessés, ou pire encore, dans les rangs de notre jeunesse ?

Deuxièmement, en dehors des manifestations proprement dites, quelles mesures prenez-vous pour encadrer, ne serait-ce que du point de vue de la circulation automobile, les rassemblements devant les lycées ? Les groupes de lycéens, débordant sur la chaussée, peuvent à tout moment être renversés par une voiture ou pire un poids lourd. Que prévoyez-vous pour l'éviter ?

Troisièmement, et plus globalement, je relaie ici la position de bon sens de la F.C.P.E., qui appelle les parents dans toute la mesure du possible, à accompagner les lycéens dans les manifestations et autres formes de mobilisation sociale. En effet, les mineurs sont placés sous l'autorité de leurs parents, faut-il le rappeler ?

Je souhaiterais donc savoir si vous avez des discussions avec la F.C.P.E. et d'autres associations de parents d'élèves, ainsi que l'Académie de Paris, pour faire passer ce message de prudence et de responsabilité aux parents.

Mes chers collègues, je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, Monsieur le Ministre, vous m'interrogez, bien sûr, sur ce qui se déroule actuellement et sur l'attitude de la Préfecture de police dans ces différentes compétences, pour faire en sorte qu'à la fois la liberté d'expression puisse être préservée et que, d'autre part, la sécurité des enfants, des lycéens le soit également.

Evidemment, je ne vais pas cacher, parce que n'importe quel spécialiste de l'ordre public dirait la même chose, que l'encadrement et la sécurisation des manifestations lycéennes est quelque chose de particulièrement compliqué, de particulièrement risqué et difficile.

Nous avons l'habitude, je l'ai dit souvent devant cette Assemblée, d'être à l'origine et de faciliter l'exercice de la liberté. Je rappelle - je l'ai dit récemment à la presse - qu'il y a eu 3.780 manifestations sur la voie publique depuis le début de l'année, c'est donc notre rôle de faire en sorte que le droit de manifester, qui est un droit dans notre pays, puisse s'exercer librement.

Il y a pour cela, néanmoins, un certain nombre de règles qu'il faut respecter. Ces règles, on les connaît, ce sont les règles de déclaration préalable, d'organisation de parcours en prévoyant des sites de rassemblement avec une responsabilité des organisateurs. C'est ce que nous faisons avec les grandes organisations syndicales, voire les partis politiques, bien sûr de façon permanente.

Il serait évidemment bien que les lycéens, que les étudiants, puissent respecter ces règles, ce qui n'est pas toujours le cas. Et c'est le problème, notamment en ce qui concerne les actions de blocages des entrées et sorties qui sont recensées dans certains lycées. Il y avait ce matin à Paris 19 lycées bloqués, car on ne respecte pas le principe de liberté de participer ou de ne pas participer à un mouvement revendicatif, ce qui ne me parait pas tout à fait convenable dans un pays de liberté.

Néanmoins, nous sommes confrontés à cette question et mon directeur de cabinet est actuellement avec le Recteur, pour l'examiner, puisqu'il y a un partage de responsabilités.

Aujourd'hui même, j'ai pu lire comme vous dans un journal sérieux le témoignage du proviseur du lycée Sophie-Germain, qui considère que c'est de la responsabilité de la police.

Je réponds que oui, la police, bien sûr, doit aider, mais il y a aussi d'autres partenaires. Hier soir, j'ai eu l'occasion, à 21 heures 30, d'appeler les services de la Ville, après que l'on m?ait signalé que beaucoup de poubelles avaient été entreposées.

Je dois dire d'ailleurs que ces poubelles ont été rangées. Je m'excuse de rentrer dans ces considérations assez pratiques, cependant c'est une chose sur laquelle il faut que l'on travaille en commun.

Lorsque les jeunes sont installés avec les poubelles, qu'ils les font brûler, c'est très difficile. Ce proviseur, parce que c'est assez facile, reproche à la police de venir et de ne pas intervenir. Nous ne souhaitons pas non plus, ce qui nous est reproché par ailleurs, tomber dans la provocation.

Nous avons ensuite, il s?en déroule actuellement sur l?ensemble de l?agglomération, un certain nombre de cortèges qui ne sont absolument pas déclarés.

Je réponds à votre préoccupation sur la circulation, d'abord sur l'ordre public, pour éviter les dégradations, puisqu'il y a malheureusement depuis ce matin un certain nombre de groupes qui se promènent dans l'agglomération parisienne, qui n'ont pas grand-chose à voir avec des lycéens.

Je le dis parce que nous devons, de façon tout à fait responsable, préparer ce qui pourra se passer demain.

Dans ces différents cortèges qui regroupent les élèves de l'agglomération parisienne se trouvent - je n'aime pas trop cette expression, mais elle correspond tout de même à la réalité - des casseurs qui n'ont pour seul objectif que de piller des magasins.

A Paris, pour le moment, il ne s?est pas passé de choses graves, sauf qu'une vitrine de parfumerie a été cassée tout à l'heure. Pour répondre à votre question, qui concerne la partie nationale des compétences de la Préfecture de police, nous procédons à des interpellations. Depuis ce matin, sur l'ensemble de l'agglomération, surtout dans les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis, il y a eu une centaine d'interpellations.

Nous souhaitons également protéger dans ces actions les lycéens eux-mêmes puisque, je ne rappelle pas ce qui s'est passé au moment du C.P.E. sur le Champ de Mars, mais compte tenu de l'attitude de certains, nous devons protéger les lycéens eux-mêmes.

Dans ce contexte, vous m'avez demandé quelles consignes j'ai pu donner. J'ai bien sûr relayé les consignes qui ont été rappelées par le Ministre de l'Intérieur par circulaire, par télégramme vendredi dernier, en veillant bien à ce qu'il y ait une bonne adéquation entre l'usage de la force et la nécessité du maintien de l'ordre, avec toutes les précautions qui s'imposent, s'agissant de jeunes enfants, s'agissant de lycéens.

Je suis allé moi-même samedi matin à la Bastille et à Nation pour rencontrer les forces de police qui étaient sur place, pour rappeler toutes ces consignes.

Je m'honore beaucoup d'être le successeur de Maurice Grimaud, je cite toujours la lettre qu'il avait envoyée, qui est un morceau d'anthologie sur la nécessité de se comporter avec beaucoup de mesure, notamment bien sûr dans le cadre de manifestations qui concernent des jeunes.

Je signale également au passage que, depuis le début des événements, 25 policiers ont été blessés. Je signale qu'à Joinville, un capitaine de police a été blessé parce qu'il s'est interposé face à un véhicule. La personne en cause est aujourd'hui déférée et sera sans doute emprisonnée. La presse n'a évidemment pas parlé de cet incident.

En revanche, la presse a tout à fait bien fait de relayer ce qui s'est passé, puisque vous l'avez évoqué, je vous réponds, avec ce garçon qui, malheureusement, a été blessé à Montreuil.

Dès que j'ai eu connaissance de cette affaire, j'ai saisi l'Inspection générale des services, qui travaille pour faire toute la lumière sur ce qui s'est passé réellement à Montreuil.

Sachez, cela me donne l'occasion de m'excuser auprès de vous, que je suis reparti ce matin comme je vais repartir maintenant, pour suivre attentivement ce qui se passe, pour que la liberté puisse s'exercer dans notre pays mais pas au détriment de la sécurité.

Je redonne évidemment toutes consignes, tous conseils de prudence. Je dois dire d'ailleurs que lorsque je me suis déplacé samedi matin, les organisations syndicales qui organisaient le défilé, sur notre recommandation, ont accepté d'encadrer les lycéens.

J'espère qu'il en sera de même, à seule fin que nous puissions faire respecter la liberté de manifester et surtout la sécurité, tout particulièrement des enfants, des adolescents de notre pays et de notre Ville.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet de police. J'ai apprécié cette réponse que je trouve très sérieuse et qui ressemble à la référence que vous avez citée, Maurice Grimaud. Je vous en remercie.