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Octobre 2010
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2010, Vœu relatif à la création d'un festival musical contre les discriminations déposé par le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche. Vœu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2010


 

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe, présidente. - Nous allons maintenant examiner les v?ux référencés n° 29 et n° 29 bis dans le fascicule, déposés par le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche et l'Exécutif, relatifs à la création d'un festival musical contre les discriminations.

Je donne la parole à M. Ian BROSSAT.

M. Ian BROSSAT. - Merci.

Ce v?u fait suite aux propos extrêmement graves qui ont été tenus par le groupe de rap "Sexion d?Assaut". Vous vous en souvenez, l'un des chanteurs du groupe s'était dit 100 % homophobe au mois de juin et ses propos avaient suscité une très vive émotion. D'ailleurs, toute une série de concerts qui devait être organisée et qui devait donner lieu à des prestations de "Sexion d?Assaut" en province a été annulée.

Ce v?u poursuit en réalité deux objectifs. Il vise d'abord à ce que nous condamnions fermement les propos homophobes et les appels au meurtre qu'on trouve dans un certain nombre de chansons de "Sexion d?Assaut", que l?on envisage également la suppression des concerts programmés à Paris du groupe "Sexion d?Assaut" et, parce que nous ne voulons pas précisément en rester à une simple condamnation, qu'un festival de musique soit dédié, à Paris, à la lutte contre toutes les formes de discrimination.

Je vous remercie.

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur BROSSAT.

Pour répondre, je donne la parole à M. Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Il s'agit, en effet, d'un sujet qui traite de la dignité humaine.

Je remercie Ian BROSSAT, les élus du groupe Communiste et les élus du Parti de Gauche, dont M. CORBIÈRE en particulier, d'avoir proposé au Conseil de Paris ce v?u qui nous permet d'avoir un débat important et utile sur un sujet essentiel pour le Maire de Paris, nous, ses adjoints et ses adjointes et l'ensemble de la Municipalité parisienne.

C'est aussi un sujet qui me tient personnellement à c?ur depuis de nombreuses années en tant qu'individu, citoyen, élu et militant.

La lutte contre l?homophobie et contre toutes les formes de discrimination et pour la promotion de la diversité est, en effet, au c?ur de l'engagement municipal.

Aux côtés du Maire de Paris, de Yamina BENGUIGUI, adjointe au Maire de Paris en charge des droits de l'Homme et de la lutte contre les discriminations, et de Pascale BOISTARD, adjointe en charge de l'intégration et des étrangers non communautaires, mes deux collègues, nous ne devons pas relâcher nos efforts en la matière et rester extrêmement vigilants vis-à-vis des propos ou des actes pouvant être assimilés à une discrimination, quelle qu'elle soit.

En l'occurrence, il nous faut condamner les propos qui ont été tenus par un des membres du groupe "Sexion d?Assaut", que j'ai rencontré à l?Hôtel de Ville, à ma demande, dans le magazine international "Hip Hop" en juin 2010.

Cependant, il nous faut aussi reconnaître que le groupe a pris soin, et ils me l'ont répété avec, je crois, beaucoup de sincérité, à la rentrée, de s'excuser de ces propos, en publiant un communiqué le 28 septembre 2010. Dans ce communiqué, le groupe reconnaît notamment avoir prononcé des paroles irréfléchies, dont l'ensemble des membres de "Sexion d?Assaut" tient à s'excuser auprès de ceux qui ont été blessés ou choqués.

Je crois d'ailleurs savoir par un message que j'ai reçu d'eux ce matin qu'ils avaient écrit au Maire de Paris pour également présenter leurs excuses.

Il faut aussi saluer l'accord conclu le 7 octobre 2010 entre "Sexion d?Assaut", Sony Music France, le comité IDAHO et le C.R.A.N., dont je salue l'engagement de Louis-Georges TIN, son président, par lequel le groupe "Sexion d?Assaut" s?engage à ne plus tenir de propos discriminants, à rencontrer les associations L.G.B.T. et celles militant contre les discriminations en général, de distribuer à chaque spectateur de ces concerts un tract prônant des valeurs citoyennes de lutte contre l?homophobie et contre toutes les discriminations - c'est très important qu'on ne fasse pas des catégories, les discriminations sont totales et globales - et de travailler sur un titre spécifique ou un événement artistique défendant ces mêmes valeurs.

Compte tenu de ces excuses, de ces paroles et de ces engagements, je pense très sincèrement qu'il serait contreproductif d'empêcher "Sexion d?Assaut" d'organiser des concerts à Paris. Cette interdiction serait mal comprise et risquerait de compromettre les engagements pris par le groupe et d'interrompre le dialogue nécessaire et engagé. Ce dialogue, je le crois, peut servir d'exemple et de pédagogie.

Il nous faut, au contraire, prendre le groupe "Sexion d?Assaut" au mot et saisir cette occasion pour attirer l'attention du public et des artistes sur la nécessité d?unir nos forces et de ne jamais relâcher nos efforts de la lutte contre l?homophobie et contre toutes les formes de discrimination.

Oui, l'un des leaders de ce groupe a prononcé des paroles scandaleuses, mais je préfère retenir le fait que le groupe, non seulement s?est excusé, mais s'engage dorénavant pour lutter concrètement contre toute forme de discrimination, dont l?homophobie.

Pourquoi ne devrait-on pas leur en donner acte ? Au nom de quoi ne devrions-nous pas leur faire confiance et leur reconnaître le droit d?évoluer et d?entraîner avec eux d?autres jeunes qui ont pu partager le même type de préjugés et utiliser le même vocabulaire, sans connaître vraiment la racine et le sens des mots ?

Appuyons-nous sur cette démarche lucide et courageuse pour faire progresser la lutte contre les discriminations, plutôt que d'enfermer ces jeunes dans une forme de censure à perpétuité, au motif que l'un d'eux aurait, un jour, gravement dérapé !

Au nom de l'Exécutif municipal, je vais donc vous proposer de voter un v?u qui condamne fermement les propos homophobes tenus par le groupe précédemment mentionné, prend acte de ses excuses et de ses engagements en faveur de la lutte contre l?homophobie et l'ensemble des discriminations et l'invite à mettre en ?uvre l'ensemble de ses engagements lors de ses prochains concerts à Paris.

Par ailleurs, ce v?u de l'Exécutif, dans la continuité du v?u proposé par le président Ian BROSSAT, les élus du groupe Communiste et les élus du Parti de Gauche et en particulier Alexis CORBIÈRE, propose que soit organisé à Paris un événement dédié à la lutte contre les discriminations et pour la diversité.

A ce stade, je pense qu'il faut rester ouvert sur le format de cet événement qui pourrait ne pas se limiter à la musique et qui pourrait s'adosser à une initiative existante dans le domaine de la lutte contre les discriminations et pour la promotion de la diversité.

Je pense en particulier au projet défendu par Yamina BENGUIGUI, adjointe au Maire de Paris en charge des droits de l?Homme et de la lutte contre les discriminations, et Pascale BOISTARD, adjointe en charge de l?intégration et des étrangers non communautaires, et aux initiatives en cours ou à venir de l?association "SOS Racisme" et, par ailleurs, de l?association "Hip Hop Citoyens", organisatrice du festival "Paris Hip Hop".

Permettez-moi aussi quand même de faire juste un commentaire : qui n'a pas, parmi nous, dans sa jeunesse ou dans sa maturité, tenu un jour des propos homophobes ? Souvenez-vous du débat sur le P.A.C.S. à l'Assemblée nationale en 1998 et des dérapages de nombreux députés !

Si le groupe Communiste et des élus du Parti de Gauche accepte le v?u que je vais présenter, je leur proposerai, au nom de l'Exécutif, de retirer le sien.

Le v?u serait le suivant : "Considérant les propos homophobes tenus par un membre du groupe "Sexion d?Assaut" dans le magazine international "Hip Hop" en juin 2010,

Considérant les excuses faites par le groupe "Sexion d?Assaut" par un communiqué du 28 septembre 2010,

Considérant l'accord entre le groupe "Sexion d?Assaut", Sony Music France, le comité IDAHO et le C.R.A.N. du 7 octobre 2010, par lequel le groupe s'engage à ne plus tenir de propos discriminants, à rencontrer les associations L.G.B.T?

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe, présidente. Monsieur GIRARD, je crois que tout le monde a le v?u.

(Les élus acquiescent).

M. Christophe GIRARD, adjoint. - C'était juste pour redire les mots. Je sais que le Maire y tenait, mais je vous comprends, Madame la Maire, le temps presse.

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe, présidente. Monsieur BROSSAT, acceptez-vous, suite à la proposition de M. GIRARD, de retirer votre v?u, le v?u n° 29, au profit du n° 29 bis ?

M. Ian BROSSAT. - J'ai évidemment entendu les arguments de Christophe GIRARD.

Je suis convaincu d'une chose, c?est qu?en tout état de cause, nous n?aurions obtenu ni les excuses ni les engagements du groupe "Sexion d?Assaut" s?il n'y avait pas eu toute une série de concerts en province qui avait été annulée. C'est cette pression qui a permis d'aboutir à la situation que l?on connaît aujourd'hui. J'assume donc parfaitement le fait d'avoir demandé que les concerts qui devaient avoir lieu en province soient annulés, on a eu raison de le faire ; sinon, on n?aurait strictement rien obtenu.

J?accepte de retirer ce v?u et je voterai avec enthousiasme le v?u de l'exécutif, mais continuons à rester extrêmement vigilants et à veiller à ce que tous les engagements pris par ce groupe soient tenus !

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs de la majorité).

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe, présidente. - Merci.

Madame FOURNIER, vous avez la parole pour une explication de vote.

Mme Danielle FOURNIER. - Je souhaitais revenir sur le v?u tel que l'avait présenté Ian, mais comme il l'a retiré, je vais faire très vite parce que je voulais ajouter un élément au débat.

La position des élus municipaux est-elle de faire des listes d'artistes que l'on doit voir, d'?uvres que l'on doit entendre... Est-ce que l?on doit justement s'engager dans cette direction ?

La vigilance, nous sommes absolument pour.

La condamnation des propos homophobes avec la grande fermeté, telle que l?a manifestée Christophe GIRARD, nous l'appuyons et nous faisons de même.

Mais nous pensons qu'il faut éviter de se lancer dans la rédaction de listes et la stigmatisation de groupes en tant qu'élus municipaux. En tant que mouvement politique, par ailleurs, nous pouvons intervenir mais, ici, dans l'enceinte de la Ville, devons-nous conduire la Ville à prendre position sur chacun des propos tenus dans chacun des concerts ? C'est quelque chose qui mérite d'être réfléchi, au-delà de cette position de principe.

Je voudrais ajouter aussi qu'il existe dans le 18e un festival qui s'appelle "L?égal festival" qui commence samedi au centre musical Fleury Barbara-Goutte d?Or. "L?égal festival" est un festival de musique qui lutte contre les discriminations, donc on peut aussi penser lui donner une dimension plus grande.

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe, présidente. - Merci.

Juste un mot de M. BROSSAT et de M. Jean-Pierre CAFFET et on passe au vote.

M. Ian BROSSAT. - Manifestement, Daniel FOURNIER avait envie d?ouvrir le débat, donc je lui réponds.

Franchement, ce que vous dites m?atterre ! Je trouve cela atterrant parce que nous n'aurions jamais eu ce débat si, au lieu de dire "je suis 100 % homophobe", le chanteur de "Sexion d?Assaut" avait dit "je suis 100 % antisémite". Jamais !

(Mouvements de protestation dans l'hémicycle).

Et jamais vous ne vous seriez permis de dire qu'il s'agissait de l'expression d'une opinion.

L?homophobie, Madame FOURNIER, ce n'est pas une opinion, c?est un délit qui est condamné par la loi.

(Applaudissements sur les bancs des groupes Communiste et élus du Parti de Gauche, socialiste, radical de gauche et apparentés et "Les Verts").

A ce titre, avant les engagements pris par le groupe "Sexion d?Assaut", il était parfaitement légitime de notre part, de la part d'élus, de demander l'annulation de ces concerts.

Donc, je l'assume une fois de plus parfaitement et entièrement et vous auriez mieux fait, en l'occurrence, de ne pas rouvrir ce débat.

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe, présidente. Monsieur Jean-Pierre CAFFET ?

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Dans ce débat - et là, je suis en désaccord avec Mme FOURNIER -, il n'a jamais été question pour la Municipalité de dresser une liste noire d'artistes, quelle que soit d'ailleurs leur activité. Il n'a jamais été question d'établir une liste qui serait la base d'une sorte d'index.

La question qui était posée ...

(Mouvements divers dans l'hémicycle).

La question posée était de savoir si la Municipalité accordait une salle municipale à ce groupe qui avait - c?est vrai, quand même ! - défrayé la chronique. Le problème était circonscrit à cela : devait-on ou non accueillir ce groupe dans une salle municipale ?

Beaucoup de municipalités en France ont eu des réponses différentes mais il est vrai qu'il y en a un certain nombre, voire un grand nombre qui ont préféré ne pas les accueillir.

Très franchement, je propose qu'on en reste là.

Mais mon groupe en tout cas ne rentrera jamais dans une démarche consistant à dire : "cela, on peut écouter et cela, on ne peut pas écouter ; cela doit être mis à l'index et cela ne doit pas être mis à l'index." La question posée était de savoir si on les accueillait, je le répète encore une fois et j?en terminerai là, dans une salle municipale ou non, qui est quand même de la responsabilité de la Municipalité, et sur l'utilisation de laquelle les élus ont tout à fait le droit de s'exprimer.

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe, présidente. - Le v?u n° 29 est retiré.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de v?u déposé par l'Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de v?u est adopté à l'unanimité. (2010, V. 254).