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Octobre 2010
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Conseil Municipal
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2010, II - Question d'actualité posée par le groupe "Les Verts" à M. le Maire de Paris relative aux biffins.

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2010


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Denis BAUPIN, pour les groupe "Les Verts".

M. Denis BAUPIN, adjoint. - C?est bien toujours cela, oui. Peut-être qu?il changera de nom prochainement, mais, pour l?instant, c?est "Les Verts".

Monsieur le Maire, notre question porte sur les biffins et les marchés de la misère qui se multiplient dans les quartiers populaires de notre ville, dans le 20e et ailleurs.

Comme l'indiquait à juste titre le v?u adopté par notre Conseil en juin sur proposition d'Olga TROSTIANSKY au nom de l?Exécutif, ces activités montrent l'immense précarité de cette population en Région parisienne qui les développe pour survivre.

Nous sommes tous conscients que cette précarité résulte de la pauvreté croissante partout dans le monde, mais aussi de la politique injuste et ségrégative du Gouvernement qui fragilise chaque jour les plus faibles, en situation régulière ou non.

Pour autant, même si les problèmes dépassent le cadre municipal, nous sommes convaincus que notre municipalité se doit de construire des solutions nouvelles face à cette situation nouvelle malheureusement durable, parce que c'est sur notre territoire que se développent ces marchés de la misère, parce que les nuisances et les risques de tension qu'ils engendrent nous préoccupent tous et parce que l'action de la police ne peut apporter une réponse durable.

Précisons-le, en réponse aux contrevérités répandues par ceux qui nous reprochent de nous intéresser à cette situation, nous refusons de voir opposer des populations qui vivent dans la difficulté. Nous n'avons pas une vision binaire, il n'y a pas, d'un côté, les bons biffins et, de l'autre, les mauvais riverains et puciers égoïstes, ni l?inverse d?ailleurs.

L'exaspération de tous face au pourrissement de la situation est compréhensible, raison de plus pour agir.

On nous dit aussi qu'il y aurait parmi les biffins des personnes qui vendent des produits acquis illégalement. Nous ne sommes pas à même d?en juger, mais si tel est le cas, si une partie des biffins sont eux-mêmes victimes de trafiquants, raison de plus pour les aider à s?en extirper en organisant les choses.

C'est parce que nous ne nous satisfaisons pas de l'institutionnalisation de la misère que nous cherchons des solutions. Nous le faisons modestement, nous ne disons pas que ce qui a été tenté courageusement dans le 18e est reproductible tel quel partout, mais une piste a été ouverte, qui montre que pour peu qu'on ait envie de mettre tout le monde autour de la table, on peut inventer des voies nouvelles et nous avons la faiblesse de penser que c'est le rôle d'une municipalité de gauche et écologiste que d'inventer ces solutions innovantes ; sinon, qui le fera ?

J?en viens donc à ma question.

Le v?u que nous avons adopté en juin prévoyait de proposer à une association une mission préfigurant un projet d'insertion. Il laissait ouvert la localisation et le cahier des charges établi entre acteurs locaux. Depuis, sur proposition de notre groupe, un budget de 100.000 euros a été voté lors du budget modificatif.

Au vu de la tension croissante et parce que nous souhaitons que le dialogue remplace vite l'affrontement, nous voudrions savoir où en est la mise en ?uvre de ce v?u, car, nous en sommes convaincus, c'est à la façon dont une société traite les plus faibles qu'on peut juger de son degré de civilisation.

Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme Olga TROSTIANSKY.

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe. - Monsieur le Maire, je voudrais commencer par remercier le groupe "Les Verts" de consacrer sa question d'actualité à un sujet qui préoccupe notre majorité depuis plusieurs mois, me permettant ainsi de partager avec notre assemblée l'état de nos réflexions et de nos travaux sur le marché de la porte de Montreuil.

En effet, le développement des marchés de la misère dans l'Est parisien est un phénomène très inquiétant, qui nous mobilise tous, élus d'arrondissement, confrontés directement au problème, et Exécutif.

Plusieurs v?ux ont été votés, dont un nouveau encore ce matin.

Je le répète, la Ville est clairement opposée au développement des marchés illégaux sur la voie publique. Ils sont non seulement générateurs de nuisances pour les riverains, mais aussi révélateurs de la paupérisation croissante d'une partie de la population qu'il est inacceptable de laisser dans de telles conditions de dénuement.

Monsieur le Maire, le diagnostic social des revendeurs, réalisé par la mission S.D.F. du Secrétariat général de la Ville, a fait apparaître la diversité des revendeurs : Roms, Asiatiques, vieux migrants retraités, Sri Lankais, Afghans, tous ont en commun une extrême pauvreté et sont majoritairement victimes de l'impasse des politiques migratoires et de l'absence de prise en charge relevant de l'État, mais il ne faut pas oublier la dimension de sécurité. Nous demandons au Préfet de police de maintenir une présence policière suffisante.

Il ne faut pas non plus oublier la dimension régionale de la problématique rom. Nous avons demandé à l'État la tenue d'une table ronde sur ce sujet.

J'en profite d'ailleurs pour redire que la prise en charge des Roms a fait l'objet de multiples courriers du Maire de Paris à l'État sans réponse à ce jour.

Monsieur le Maire, nous nous devons de répondre aux demandes légitimes des riverains et des commerçants de bénéficier d'un environnement propre et sécurisé.

Les services de la D.P.P. et de la propreté sont très mobilisés et ont renforcé leurs interventions. La police est également très présente, mais nous savons que la répression, si elle a un effet immédiat de dispersion, n'est pas la seule réponse. Sans un soutien à cette population très précaire dans ses démarches d'accès au droit et d'insertion, avec pour objectif de gagner dignement sa vie, le problème des marchés de la misère ne sera jamais résolu.

Je vous propose donc d'avancer en tenant compte de trois principes : réguler cette activité de vente, proposer un suivi social adapté aux personnes et prendre en compte les spécificités des quartiers concernés.

Le carré des biffins a été mis en place en prenant en compte ces différents critères, après une longue période de réflexion. Il est adapté à la porte de Montmartre et les résultats sont positifs, mais la porte de Montreuil n'est pas la porte de Montmartre et le but n'est pas d'appliquer sans réfléchir un dispositif d'un endroit à un autre.

Nous construirons et nous commençons à construire avec Frédérique CALANDRA, maire du 20e arrondissement, le dispositif adapté à la porte de Montreuil.

Monsieur le Maire, nous organiserons prochainement une table ronde réunissant à la fois des associations spécialisées et les maires des communes limitrophes, car cette problématique, comme la grande exclusion en général, ne s'arrête pas aux portes de Paris, mais a une dimension régionale.

Pour conclure, je voudrais rappeler que la situation est très difficile, car elle oppose des intérêts contradictoires, unique moyen de gagner sa vie pour certains, exaspération devant les nuisances subies pour d?autres.

Je vous propose, Monsieur le Maire, malgré ces difficultés, de construire ensemble une vraie alternative à ces marchés de la misère.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci bien.

La parole est à Mme CALANDRA mais très brièvement parce que vous avez été associés à la réponse d?Olga TROSTIANSKY, je crois, d?après ce qu?elle a dit.

Mme Frédérique CALANDRA , maire du 20e arrondissement. - Je voudrais saluer la conversion de M. Denis BAUPIN aux interrogations et aux demandes des riverains de la porte de Montreuil. Effectivement, nous ne voulons pas dresser des populations en souffrance contre d'autres populations encore plus en souffrance.

Je souhaite simplement dire une chose : c?est que les solutions qui doivent être trouvées, quelles qu'elles soient, doivent être des solutions durables, compte tenu de tous les acteurs en présence, que ce soit la police, les riverains, les vendeurs, etc.

Une dernière chose, Madame TROSTIANSKY, je souhaiterais qu'on n'emploie pas le mot "répression". En l'occurrence, j'ai demandé au Préfet de police, qui nous l?a accordé, que des cars de C.R.S. soient disposés le matin ; il s'agit de dissuasion à l'installation et en aucun cas de répression. Je tenais à le souligner.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vraiment, un mot de Denis BAUPIN parce qu'il aurait fallu que je lui donne la parole avant Frédérique CALANDRA.

Bon, allez, faisons simple !

M. Denis BAUPIN, adjoint. - Je voudrais juste saluer la conversion de Mme CALANDRA à la recherche de solutions durables !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Convertissez-vous les uns les autres ! C'est un laïc qui vous le dit. Surtout quand vous avez à débattre ensemble, ce n'est pas la peine d'aller manifester devant un lieu d'expression du suffrage universel qui s'apprête à débattre. Il suffit de se demander des rendez-vous, de travailler ensemble et, surtout, que tous les conseils d'arrondissement puissent se tenir dans des conditions sereines. C'est le b.a.-ba de la démocratie.