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Janvier 2006
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Conseil Municipal
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2005, DU 144 - Attribution de la dénomination “place du 8 février 1962” à une place du 11e arrondissement de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2006


M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Nous passons à l?examen du projet de délibération DU 144. Il s?agit d?attribuer la dénomination ?Place du 8 février 1962? à une place du 11e arrondissement de Paris. J?ai deux inscrits : M. DAGUENET et un orateur du groupe ?Les Verts? et Jean-Pierre CAFFET répondra. C?est un sujet important, mais si vous pouviez le traiter avec concision, ce serait bien.

M. Jacques DAGUENET. - Le 8 février 1962, la police réprimait dans le sang la manifestation pour la paix en Algérie contre l?O.A.S. faisant neuf morts. Tous étaient de la C.G.T. et 8 étaient membres du Parti communiste français. Depuis plusieurs mois, l?O.A.S. multipliait les attentats en Algérie et en métropole. Depuis des mois, les terreurs de l?O.A.S. frappaient en toute impunité, multipliant les attentats, entretenant un climat de peur et de violence. De toute évidence, ils bénéficiaient dans toutes les institutions de complicités multiples. Ils espéraient enrayer les luttes revendicatives et la prise de conscience grandissante pour la paix et l?indépendance de l?Algérie. Les manifestations sont interdites, la répression policière est terrible. Je rappelle que le 17 octobre 1961 déjà, à la suite d?une manifestation à l?appel de la Fédération de France du F.L.N., plus de 1.000 algériens sont assassinés à Paris et en banlieue.

Le 7 février 1962 à Paris, en plein après-midi, dix nouvelles charges de plastic secouent la Capitale. Sont visés des universitaires, des élus du P.C.F., des journalistes, des écrivains ainsi qu?André Malraux. Le soir même, les unions départementales de la C.G.T. de la Seine invitent les organisations syndicales et politiques étudiantes à s?opposer à l?O.A.S. et à manifester. Le 8 février 1962, à l?appel de la C.G.T., de la C.F.T.C., de la F.E.N., de l?U.N.E.F., du Parti communiste, du P.S.U., de la Jeunesse communiste, de la Jeunesse socialiste unifiée et du Mouvement de la paix, plusieurs dizaines de milliers de personnes calmes et pacifiques manifestent autour de la Bastille.

Les ordres de la police sont clairs. Il fallait faire preuve d?énergie dans la dispersion des manifestants. Cette énergie, les policiers dépêchés sur place, vont la fournir de façon dramatique. Les manifestants se heurtent aux forces de police quadrillant la manifestation. Certains manifestants sont dirigés sur la rive gauche. La réponse policière est terrible, matraquage jusque dans les cafés et les stations de métro. Personne n?est épargné, enfants comme personnes âgées.

C?est boulevard Voltaire et rue de Charonne que la répression est la plus violente. Alors que les organisations donnent le signal de dispersion, les forces de l?ordre chargent le cortège avec une telle brutalité qu?un mouvement de panique s?empare des manifestants qui tentent de fuir vers la station de métro la plus proche, la station Charonne.

Trébuchant dans les escaliers du métro, les manifestants s?entassent les uns sur les autres. Sur la foule entassée, les policiers frappent et insultent. Le bilan est lourd, huit morts dont un manifestant de 15 ans, un autre manifestant mourra quelques jours après. Le lendemain du drame, la population française est choquée par ce déchaînement de répression. Le 13 février, toute activité en Région parisienne est interrompue. Un million de personnes rendent hommage aux victimes dans une grande et imposante manifestation de la République au cimetière du PèreLachaise.

Ces faits ont contribué à faire grandir la prise de conscience pour mettre fin à la guerre d?Algérie. Les martyrs de Charonne ne sont pas morts en vain. Le 19 mars 1962, l?accord de cessez-le-feu était signé à Evian. En décidant d?attribuer la dénomination ?place du 8 février 1962? à une place de Paris, nous rendons un vibrant hommage à ces martyrs, comme nous l?avons fait il y a quelques mois, s?agissant de la mémoire des algériens massacrés par la police, en mettant une plaque sur le pont Saint-Michel.

Les élus communistes rendent hommage à tous ces hommes et ces femmes qui se sont battus pour la liberté et la paix. Un dernier souhait, Monsieur le Maire, les élus communistes demandent que soit installée, en dessous de la plaque comme nous le faisons très souvent, une ?pelle? qui explique le sens de la plaque.

Merci.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur DAGUENET.

Je donne la parole à Mme DUBARRY.

Mme Véronique DUBARRY. - Merci, Monsieur le Maire.

Je ne ferai pas le même récit historique et détaillé que M. DAGUENET vient de nous exposer et dont je le remercie. Je voulais simplement, au nom de notre groupe, nous féliciter de cette attribution et dire qu?après le 17 octobre 1961, la Municipalité rend hommage aux événements qui ont eu lieu dans Paris à différentes époques, que c?est le travail d?une Municipalité et un travail de mémoire nécessaire.

En ce qui concerne les élus du groupe ?Les Verts?, nous déposerons un v?u dans les mois à venir afin de revenir sur le 8 mai 1945 et le massacre de Sétif parce que cela aussi fait partie de notre mémoire et de celle de nombreux Parisiens et Parisiennes.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci.

Monsieur CAFFET, vous avez la parole.

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Je ne souhaite pas allonger le débat. Je n?ai rien à ajouter à ces deux interventions. Je voudrais répondre à M. DAGUENET que l?on regardera pour savoir s?il est possible de donner des indications sur le sens de cette plaque.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur CAFFET.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 144.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2005, DU 144).