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Novembre 2007
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III - Question d’actualité posée par le groupe “Paris Libre” à M. le Maire de Paris relative à la création d’un Centre Baudelaire à l’Hôtel de Lauzun.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2007


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d?actualité du groupe ?Paris Libre?.

La parole est à M. ASSELINEAU.

M. François ASSELINEAU. - Monsieur le Maire, l?année 2007 marque le 150e anniversaire de la publication du chef d?oeuvre de Baudelaire ?Les Fleurs du Mal? et du retentissant procès qui en découla. Cette année a été marquée par de nombreuses commémorations à travers le monde mais rien de marquant n?a été fait à Paris, la ville qui tient pourtant une si grande place dans l??uvre poétique de Baudelaire.

Cet effacement tient probablement au fait qu?il n?existe actuellement ni à Paris ni en France un lieu de mémoire ou un centre de recherche consacré à Baudelaire et à son oeuvre.

La Ville de Paris qui sut honorer Hugo ou Balzac en leur consacrant un lieu a purement et simplement oublié le poète des ?Fleurs du Mal?. A vrai dire, il existe bien dans le monde un centre de recherche et de documentation sur Charles Baudelaire, mais il se situe à l?Université Vanderbilt, dans le Tennessee, aux Etats-Unis.

Une telle situation est d?autant moins satisfaisante que la Ville de Paris dispose pourtant de deux atouts exceptionnels pour y remédier.

Le premier atout c?est l?hôtel de Lauzun, situé dans l?île Saint-Louis au 17 quai d?Anjou. Construit en 1656, il fut acquis en 1852, par le Baron Pichon, qui en loua un appartement sous les combles, à Baudelaire. Charles Asselineau, qui fut l?ami du poète, et Théodore de Banville, nous ont laissé des descriptions précises de cet appartement où le poète vécut ses années de création les plus heureuses. C?est d?ailleurs là, précisément, qu?il écrivit la plus grande partie des Fleurs du Mal.

Or cet hôtel de Lauzun est devenu au cours de l?histoire la propriété de la Ville de Paris. Ses locaux sont utilisés actuellement d?une façon qui est certes louable mais qui ne valorise en rien l?importance historique, architecturale et littéraire fondamentale de ce bâtiment historique.

Le second atout dont dispose la Ville de Paris c?est qu?elle a récemment reçu en donation la bibliothèque du plus savant des baudelairiens, connu dans le monde entier, le professeur à la Sorbonne Claude Pichois, décédé il y a maintenant trois ans.

Cette donation Pichois compte non seulement un fond précieux de quelques 9 000 livres, revues et documents, je dis bien 9 000, mais elle comporte aussi des meubles et des objets ayant personnellement appartenu à Baudelaire, notamment sa table de travail.

Monsieur le Maire, peut être l?ignorez-vous, mais ce trésor du ?baudelairisme? donné à la Ville de Paris est actuellement entreposé, depuis des mois, faute de place, dans des cartons à l?intérieur de l?appartement de fonction du conservateur en chef de la bibliothèque historique de la Ville.

Le groupe ?Paris Libre? vous interroge donc : ne croyez-vous pas que la Ville de Paris pourrait saisir l?occasion de cette année 2007 qui s?achève, 150e anniversaire des ?Fleurs du Mal?, pour décider la création d?un centre Baudelaire dans l?hôtel de Lauzun, un centre dans lequel pourrait être enfin conservés et présentés dignement les précieux documents du fond Pichois ainsi que les objets personnels ayant appartenu à Baudelaire, tout cela pour la plus grande joie des chercheurs, des amateurs et du grand public ?

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Elu du 4e arrondissement, vous comprendrez, M. ASSELINEAU, que je connaisse bien cet hôtel particulier, en particulier la petite chambre occupée par Baudelaire que j?ai pu visiter à plusieurs reprises, en particulier avec l?écrivain Marc LAMBRON.

Dès 2001 mon amie et collègue Madame Dominique BERTINOTTI, maire du 4e arrondissement, avait proposé que l?hôtel de Lauzun, bâtiment appartenant à la Ville de Paris depuis 1899 et classé aux monuments historiques depuis 1906, puisse accueillir des activités culturelles.

Différentes affectations avaient été envisagées : une bibliothèque consacrée à la jeunesse, un centre international de la poésie, en lien avec l?évocation de Baudelaire dans le lieu, ainsi que la réalisation de studios destinés à l?accueil d?écrivains étrangers.

Après différentes études qui avaient toutes reçu l?encouragement et l?approbation du Maire de Paris, un projet comprenant une bibliothèque pour la jeunesse, des espaces consacrés à l?écriture contemporaine et aux résidences d?écrivains avait alors été élaboré par la Direction des Affaires Culturelles en étroite relation puisqu?il s?agissait d?écrivains étrangers avec Pierre SCHAPIRA et la délégation aux relations internationales, et étudié également par les services de l?architecture de la Ville de Paris.

En 2002 le projet d?une installation avait été écarté, compte tenu des contraintes importantes du bâtiment. Les planchers actuels ne peuvent accepter une charge au sol adéquate pour l?installation d?une bibliothèque ou d?un centre de documentation. De plus, les espaces susceptibles d?accueillir du public se limitent à quatre salles de 25 m² et la capacité d?accueil maximale est limitée à 50 personnes, eu égard aux normes de sécurité incendie.

Vous savez que le Maire de Paris ne badine pas avec la sécurité et les normes incendie.

Enfin, la restructuration du bâtiment permettant un accès total aux personnes à mobilité réduite, également là, grande vigilance de l?équipe municipale, se révèle particulièrement onéreuse, 4.500 euros du mètre carré. A la suite de cette étude, nous avons émis le 1er juillet 2002 un avis malheureusement défavorable pour les raisons que je viens d?expliquer, à l?installation d?une bibliothèque dans cet hôtel et le projet n?a pas été retenu dans le cadre du plan d?investissement de 2003. Malgré son emplacement privilégié et son bon état, - les façades et la cour ont été rénovées par la Ville de Paris en 2001, - l?hôtel de Lauzun ne peut donc être un lieu d?accueil aujourd?hui à la mesure du centre Baudelaire, Monsieur, que vous proposez et pour lequel je réfléchirai volontiers avec vous pour les années à venir.

Les collections conservées à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris font l?objet d?une étude afin de valoriser le don de M. Claude PICHOIS. La diffusion auprès du public sera au c?ur du projet que mènera le nouveau conservateur de la Bibliothèque historique, en remplacement de M. Jean DÉRENS, dont le départ à la retraite est prévu en mars 2008.

J?en profite pour saluer François ASSELINEAU qui est lui-même le descendant de Charles Asselineau, un proche et ami de Baudelaire.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci. Je pense que Baudelaire mérite beaucoup. Je ne serais pas hostile à des initiatives pour faire vivre non seulement les ?Fleurs du mal? mais la pertinence contemporaine de la beauté de l?oeuvre de Baudelaire.

Monsieur ASSELINEAU, vous avez la parole.

M. François ASSELINEAU. - Simplement pour remercier M. GIRARD des propos d?ouverture qu?il a tenus et je me tiens à sa disposition pour voir comment on pourrait avancer sur ce projet. Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Travaillez-y ensemble et faites-moi des propositions assez vite sur Baudelaire parce que ce sont deux problèmes de logement. L?hôtel de Lauzun, je connais ; pour le rendre accessible aux personnes handicapées, etc., c?est très difficile. Mais cela n?empêche pas de prendre des initiatives dédiées à Baudelaire assez vite. Si on est un peu en retard sur l?année 2007, tant pis, on le fera début 2008. Baudelaire, c?est intemporel !