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Novembre 2007
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2007, Vœu déposé par le groupe “Les Verts” relatif à la campagne de soutien menée par la Mairie de Paris pour la libération des trois soldats israéliens faits prisonniers à Gaza et au Liban.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2007


 

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous passons à l?examen du v?u référencé n° 73 dans le fascicule, déposé par le groupe ?Les Verts?, relatif à la campagne de soutien menée par la Mairie de Paris pour la libération des trois soldats israéliens faits prisonniers à Gaza et au Liban.

La parole est à Mme ATALLAH.

Mme Marie-Thérèse ATALLAH . - Merci, Madame la Maire.

Effectivement, il s?agit d?une initiative menée par la Mairie de Paris en faveur de la libération de trois soldats israéliens faits prisonniers à Gaza et au Liban.

Cette action en soi n?a rien de scandaleux. Bien au contraire, personne ici ne peut ignorer la douleur des parents, des familles, des frères et s?urs des trois jeunes soldats faits prisonniers à Gaza et au Liban. Mais, malheureusement, il faut remettre cette action dans son contexte. On ne peut pas juger, évaluer, analyser cette action en dehors de son contexte qui est celui du conflit israélo-palestinien.

Il se trouve que ces trois soldats appartiennent à une armée d?occupation. Ils ont été faits prisonniers pendant qu?ils étaient en exercice. Nous savons très bien que cela s?appelle des ?prisonniers de guerre?.

Lorsque l?on sait que des milliers de Palestiniens, dont 47 députés élus démocratiquement, sont dans les prisons israéliennes, et souvent sans jugement, comment, Madame la Maire, voulez-vous que les Parisiens ne soient pas choqués, ne soient pas opposés à votre action ?

Surtout que notre Assemblée a jugé juste lorsque l?U.M.P. a déposé un v?u en juillet dernier, demandant au Maire de Paris d?organiser le même type d?action et ce v?u-là a bien été rejeté par notre Assemblée et elle avait raison !

Monsieur le Maire, jusqu?à présent, notre Assemblée et vous-même, nous avions tous choisi de nous engager en faveur de tout ce qui est initiative de paix, de tout ce qui est initiative de dialogue, de tout ce qui est initiative de partenariat entre les deux peuples, israélien et palestinien. Je pense que c?est la seule manière de pouvoir soutenir un projet de paix, de pouvoir soutenir un projet de paix juste, de pouvoir donner des repères de droit, de pouvoir donner des repères de valeur pour les deux peuples qui sont en conflit depuis plus d?un demi-siècle dans cette région, au bord de l?explosion, au-delà des frontières d?Israël et de la Palestine.

L?action menée par la Mairie de Paris me semble sectaire, comme beaucoup de Parisiens le pensent, beaucoup de Parisiens ont écrit au Maire de Paris. Il se trouve qu?ils nous ont aussi écrit, à nous, élus ?Verts?, le même message qu?ils vous ont adressé, qu?ils ont adressé au Maire de Paris, lui demandant de retirer ces trois photos installées dans le parc de Bercy. Paris ne peut pas se mobiliser pour la libération de trois soldats d?une armée d?occupation.

Par contre, Paris, les Parisiens, comme d?habitude, comme elle a la tradition de le faire, peut se mobiliser pour des actions de paix, peut se mobiliser pour la libération de ces trois soldats, bien évidemment, mais aussi de l?ensemble des prisonniers et otages, de l?ensemble des prisonniers politiques bien évidemment et otages qui sont dans les prisons palestiniennes et israéliennes.

C?est la seule manière de mener des actions efficaces, des actions justes et des actions qui ne produisent pas d?autres actions encore plus extrémistes, encore plus sectaires et encore plus injustes.

Nous devons rester dans l?équilibre, dans le respect du droit international et dans le respect des valeurs que nous avons toujours défendues au sein de cette Assemblée.

Je vous remercie de bien vouloir accepter ce v?u pour la libération de ces trois soldats mais aussi de l?ensemble des prisonniers, de l?ensemble des otages qui sont pris dans les prisons palestiniennes et israéliennes.

Je vous remercie.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci, Madame ATALLAH.

Je donne la parole à M. Pierre SCHAPIRA pour répondre.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - Merci, Madame le Maire.

Donc évidemment, quand on parle de ces questions-là, c?est toujours un peu délicat et passionnel.

J?ai bien écouté votre position sur notre décision d?afficher dans le jardin Rabin les portraits des 3 soldats israéliens ainsi que les 2 demandes que vous avez formulées. Plusieurs éléments me paraissent devoir être précisés.

Tout d?abord, votre interprétation des débats de la séance de juillet dernier est totalement erronée. Le Conseil de Paris n?a pas renoncé à tous les types d?actions pour témoigner sa solidarité aux 3 otages.

Nous avons voté contre le v?u de l?U.M.P. mais parce qu?il demandait que les portraits soient placés sur le parvis de l?Hôtel de Ville à côté de celui d?Ingrid BETANCOURT.

J?avais précisé que nous ne souhaitions pas banaliser le symbole que représente Ingrid BETANCOURT et le Maire avait indiqué cette position aux familles des 3 soldats qu?il avait reçues le 9 juillet dernier et qu?il réfléchissait à un geste fort, dans la tradition de Paris, de défense des libertés et des droits fondamentaux.

J?avais donc indiqué en séance? Relisez au lieu de sourire, relisez ! J?avais donc indiqué en séance cette volonté, et mon intervention à l?époque n?avait suscité aucune réaction.

Au demeurant, la politique internationale de la Ville de Paris n?est pas dictée par une succession de v?ux en Conseil municipal.

S?agissant du Proche-Orient, le Maire et nous tous, avons toujours exposé les mêmes orientations tant ici qu?auprès des différents interlocuteurs israéliens, palestiniens et y compris quand nous avons rencontré Yasser Arafat à la Mouqata, retranché dans la Mouqata.

Je les rappelle volontiers mais tout le monde la connaît : droit du peuple palestinien à vivre dans la liberté et dignité dans un Etat souverain, viable, reconnu par la communauté internationale, droit d?Israël à la sécurité, dans des frontières sûres et reconnues par la communauté internationale et notamment ses voisins.

Cela, nous l?avons toujours clamé, c?est notre ligne. Toujours ! D?ailleurs, très honnêtement, c?est la ligne des différents gouvernements français et à ce sujet nous ne dérogeons pas car nous n?avons pas une politique internationale de la Ville de Paris indépendante des gouvernements successifs de la France.

Vous considérez que le récent soutien de la Ville de Paris aux 3 soldats israéliens constitue une première entorse aux principes louables que nous avons décidés de nous fixer et qualifié d?injuste notre action.

Or l?affichage des portraits de ces trois victimes de détention arbitraire correspond au contraire à une position constante et claire. En effet, il s?agit bien de prise d?otages et tout le monde le reconnaît. Celle de Gilad SHALIT est survenue le 25 juin 2006, près de la bande de Gaza, en territoire israélien.

Alors si vous considérez que le territoire israélien est un territoire occupé, c?est une autre affaire et un autre débat que nous allons avoir. Il serait détenu par le Hamas dans la bande de Gaza. Eldad REGEV et Ehud GOLDWASSER ont été kidnappés en Israël à la frontière libanaise, prises d?otages revendiquées par le Hezbollah libanais. Ils sont retenus non pas par une armée régulière, en contexte de guerre, mais par des groupes armés non étatiques - et vous avez bien entendu, je dis ?non étatique? pour ne pas dire autre chose? - en dehors des zones de conflit et en territoire israélien.

Il s?agit d?une prise d?otages et non d?une détention de ?personnes? - ce que vous dites - ?faites prisonnières? en tant que soldats d?une armée d?occupation sur les territoires occupés. Non, ils ont été pris en Israël, en flagrante violation de la résolution 1701 de l?ONU.

Les kidnappeurs refusent de transmettre aux otages le moindre message venant de leurs familles, d?organisations internationales ou de tiers. Situation incomparable avec celle des prisonniers incarcérés en Israël. Il convient de rappeler que ceux-ci sont prisonniers d?un Etat soumis aux conventions internationales et qu?ainsi les familles disposent des nouvelles et du droit de visite. Marwan BARGHOUTI, lui reçoit sa famille ! Les otages, en revanche, n?ont jamais reçu la moindre visite et leurs parents qui n?ont même pas la certitude qu?ils sont toujours en vie. Voilà pourquoi les familles cherchent à mobiliser la communauté internationale et ont fait appel à nous.

Lors du dévoilement du portrait du 19 octobre dernier, j?ai indiqué que Paris se mobilisait pour ces trois otages parce que Paris était solidaire de tous les otages du monde entier. Quand je vois qu?à la place, on demande la libération de Georges Ibrahim ABDALLAH?

(Mouvements de protestation dans l?hémicycle).

? qui a assassiné 3 personnes, un consul américain? un diplomate israélien et l?attaché militaire américain.

(Mouvements de protestation dans l?hémicycle).

La solidarité de Paris n?est pas équivoque.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Madame ATALLAH, laissez M. SCHAPIRA terminer.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint.- Elle s?exprime aujourd?hui comme à la suite du conflit de l?été 2006 lorsque nous sommes allés avec le Maire de Paris au Liban en septembre 2006, puis dans le nord d?Israël en novembre 2006, mais aussi comme en décembre dernier, lors du séjour du Maire en Palestine, qui lui a permis de rencontrer à Jérusalem, Bethléem, Ramallah et Jéricho, de nombreuses personnalités et associations palestiniennes, puis de s?entretenir avec le président Mahmoud ABBAS pour notamment souhaiter qu?une solution qui rencontre les aspirations légitimes du peuple palestinien voie enfin le jour.

Enfin, s?agissant du sort des députés palestiniens retenus en Israël, je tiens à vous informer que la Municipalité s?enquiert, et c?est ce que fait le Maire de Paris, de leur situation auprès des hauts responsables israéliens et des hauts responsables palestiniens à chacune de ces rencontres avec eux.

De la même façon, encore, mais cette fois-ci à Paris depuis 2001, de nombreuses initiatives ont été organisées. Je ne vais pas les lister, vous les connaissez aussi bien que moi. La prochaine avec Hind Khoury et l?ambassadeur d?Israël, un colloque à l?Hôtel de Ville sur le thème de la paix dans la région. Voilà ! Je veux dire qu?on a toujours eu la même politique.

En résumé, ces différentes visites et actions s?inscrivent dans un contexte de coopération nourrie et féconde avec les trois pays, le Liban, la Palestine et Israël, et montrent que l?action de Paris est résolument tournée vers l?avenir.

La formulation de votre v?u qui déclare que l?installation des photos des 3 soldats rompt avec cette position, alors que nous continuons à soutenir des initiatives de paix au Proche-Orient, me conduit finalement à rejeter votre v?u.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur Pierre SCHAPIRA.

J?ai plusieurs demandes d?explication de vote. Une demande de l?U.M.P.

La parole est à Mme WEILL-RAYNAL.

Mme Martine WEILL-RAYNAL. - Ecoutez, je partage un certain nombre de points de vue avec M. SCHAPIRA.

Je ne suis pas tout à fait d?accord avec le terme ?kidnappeur?. J?emploierais plutôt celui de ?terroriste?.

Nous avions donc? Mais sur le fond, je suis assez d?accord avec lui et notre groupe partage aussi la volonté de paix dans cette région du monde.

Je voulais vous rappeler qu?en janvier 2007, nous avions demandé à ce que la photo de Gilat SHALIT soit apposée sur le mur du parvis de l?Hôtel de Ville,

Nous avions demandé uniquement la photo de Gilat SHALIT pour la raison simple que c?est un franco israélien, qu?il a été kidnappé en territoire israélien et non pas en territoires occupés comme vous le dites, que les Israéliens venaient justement de quitter Gaza en signe de bonne volonté et qu?enfin, il ne bénéficie d?aucune visite de la Croix-Rouge, que sa famille n?a pas de ses nouvelles et nous considérions qu?en tant que franco-israélien, au même titre que Mme BETANCOURT, il méritait une attention de la Ville de Paris.

Nous avions demandé cela et nous n?avions pas été entendus. Mais M. SCHAPIRA avait pris l?initiative avec le groupe PS d?imposer dans le parc Itzhak Rabin, en octobre, le portrait des 3 soldats israéliens kidnappés.

Nous n?étions pas contre, même si effectivement - d?ailleurs, c?était mieux que rien même - notre demande visait Gilat SHALIT parce que je pense qu?il avait une légitimité incontestable en tant que franco-israélien.

Donc bien sûr, nous allons nous opposer au v?u qui a été déposé par ?Les Verts? et surtout nous demandons que les portraits de ces israéliens, dont le franco-israélien, qui ont été bien malmenés soient réhabilités en espérant qu?on trouve un endroit sécurisé pour qu?ils puissent effectivement à l?avenir ne plus être l?objet de dégradation.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci, Madame.

Madame BORVO, vous avez la parole pour une explication de vote du parti communiste.

Mme Nicole BORVO. - Du groupe communiste !

La réponse que fait notre collègue M. SCHAPIRA au v?u des ?Verts? me paraît montrer à l?évidence qu?on crispe une situation, ce qui n?était pas l?objet du v?u, bien que je n?approuve pas tous les termes des explications et du v?u lui-même. Mais voyez-vous, il ne faut pas caricaturer.

Toute caricature aboutit à crisper les choses et n?est pas bonne, parce qu?excusez moi, chers amis, il y a de nombreux prisonniers palestiniens qui sont détenus dans des conditions absolument contraires au respect des droits des personnes, dont les familles sont sans nouvelle et qui sont passablement maltraités et qui ne sont pas, chère Madame, des terroristes.

Il faut raison garder.

Evidemment dans un contexte que nous connaissons, chacun le connaît peut-être à sa façon, mais que nous pouvons connaître, il est clair que le fait d?exposer la photo des trois soldats israéliens, - je suis évidemment solidaire des familles qui réclament qu?ils soit libérés, - suscite ce genre de crispation et je trouve qu?il est inutile d?en rajouter.

Donc, je crois que notre collègue du groupe ?Les Verts? à raison de dire qu?il faut effectivement équilibrer et qu?une initiative en faveur de la libération de l?ensemble des prisonniers politiques et otages israéliens et palestiniens serait la bienvenue.

A l?étape actuelle, je vais m?abstenir, je ne sais pas ce que feront les autres membres du groupe mais je trouve que nous avons avec les interventions des uns et des autres aboutit à une crispation tout à fait inutile car on tire le bâton d?un côté ou de l?autre de façon totalement inutile.

Mme Anne HIDALGO, première ajointe, présidente. - Merci, Madame BORVO.

Monsieur DUTREY, vous avez la parole.

M. René DUTREY. - Le groupe ?Les Verts? pense que cette initiative est dommageable à la construction de la paix sur place. Bien sûr, le peuple israélien et le peuple palestinien ont le droit de disposer d?un Etat et de vivre en paix. Et si nous, nous voulons aider la paix de là où nous sommes, de Paris, il faut que dans nos initiatives nous soyons le plus mesuré et le plus équilibré possible.

Jusqu?à ce jour, la ligne de la Ville de Paris par rapport à ce conflit a toujours été équilibrée. Nous pensons que l?apposition de ces trois portraits, vu le contexte local effectivement, ne peut pas faire oublier qu?il y a des prisonniers des deux côtés. Mais à mon sens, cette initiative crispe et rend la paix un peu plus impossible sur place, nous la trouvons donc inappropriée.

C?est dommageable, mais c?est tout, nous en resterons là. Nous souhaiterions qu?à l?avenir ce type d?initiative, soit beaucoup plus équilibré, d?autant plus que l?approche des campagnes municipales risque d?entraîner un certain nombre de surenchères et d?initiatives de ce type. Si nous voulons construire la paix là-bas, il faudra compter avec les deux parties.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Monsieur Jean-François PERNIN, vous avez la parole pour une explication de vote, au nom du groupe MoDem.

M. Jean-François PERNIN. - Merci, Madame la Maire.

Je voudrais dire au nom de mon groupe que je partage tout à fait le sentiment de Pierre SCHAPIRA et que personnellement je n?ai rien vu de calamiteux à ce que l?on affiche les portraits de ces trois jeunes israéliens dont l?un a été enlevé en territoire israélien.

C?est la raison pour laquelle je crois que vraiment, si on veut bâtir la paix, il faut faire des choix équilibrés mais aussi des choix raisonnables et savoir que d?un côté il y a des citoyens et quand même jusqu?à présent un certain nombre de groupes terroristes qui ne désirent pas justement la paix. Merci.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci, Monsieur PERNIN.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 73 déposé par le groupe ?Les Verts? assorti d?un avis défavorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de voeu est rejeté.