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Janvier 1999
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41 - 1998, DLH 388 - Autorisation à M. le Maire de Paris de déposer des demandes de permis de démolir visant un ensemble de bâtiments à usage d'habitation, de commerces et d'activités situé 5, 7 et 8, impasse des Crins, 11, impasse des Souhaits, 12, 13 et 14, impasse de Casteggio, 28 et 32, rue de Terre-Neuve (20e)

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1999


M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint, président. - Chers collègues, nous passons au projet de délibération DLH 388 relatif à des demandes de permis de démolir visant un ensemble de bâtiments à usage d'habitation, de commerces et d'activités situé 5, 7 et 8, impasse des Crins, 11, impasse des Souhaits, 12, 13 et 14, impasse de Casteggio, 28 et 32, rue de Terre-Neuve dans le 20e arrondissement.
Je donne la parole au premier orateur inscrit, Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, le petit secteur " Planchat-Vignoles " à deux pas de la place de la Réunion dans le 20e, est un secteur très peu dense avec des constructions basses de un à trois étages.
Une fois encore, vous intervenez trop tard pour sauvegarder de nombreuses constructions. Les bâtiments d'un étage en coeur d'îlot entre la rue de Terre-Neuve et la rue des Vignoles, impasse des Souhaits et impasse des Crins, impasse de Casteggio, sont en très mauvais état et maintenant, on ne peut que démolir. Je crains que les constructions que vous envisagez ne respectent pas l'urbanisme et l'esprit du quartier. Ne restera-t-il pas à Paris une seule " maison de ville " de un ou deux étages, avec des voies piétonnes et des jardinets ?
Au Nord-Ouest de ces petites maisons, il y a la rue de Terre-Neuve. Le numéro 30 est déjà démoli. Vous nous proposez aujourd'hui la démolition des numéros 28 et 32, deux petits immeubles de trois étages dans un état médiocre. Au numéro 26, un permis de démolir est affiché sur la façade d'un immeuble de bureaux de trois étages en bon état.
Sur cette parcelle, du 26 au 32, rue de Terre-neuve, la construction d'un immeuble est-elle prévue ?
Là aussi, pour respecter l'âme du quartier, il faut éviter de construire au-delà des trois étages existants.
Il serait également intéressant de prolonger les impasses jusqu'à la rue de Terre-Neuve pour les transformer en passage.
Je voterai pour ce projet de délibération tout en restant vigilante sur les projets d'urbanisme que vous concoctez dans ce petit secteur " Planchat-Vignoles " et alentours.
M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint, président. - Je vous remercie.
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, le quartier " Planchat-Vignoles " comporte de nombreuses maisons basses et dents creuses, caractéristiques du tissu faubourien du début du siècle. Le parcellaire en lanières a favorisé l'implantation de maisons de ville avec jardins, desservies par de petites impasses typiques du Paris-village. Le lieu serait très agréable à vivre si la Mairie avait assuré l'entretien des passages, comme elle en a l'obligation et comme le lui ont demandé les riverains à l'occasion de plaintes maintes fois réitérées.
Mais vous avez laissé pourrir ce quartier, en l'affublant d'un D.P.U.R., moyen le plus efficace que vous ayez trouvé pour évincer des familles indésirables. Nous avons d'ailleurs recueilli les témoignages de riverains traumatisés par la violence de ces commandos armés de barres de fer, venus saccager les escaliers et les toitures des maisons qu'il fallait rendre insalubres ! Cette sauvagerie digne des pires promoteurs demeure impunie à ce jour.
Le 14, impasse de Casteggio, petite maison de brique avec un escalier extérieur en bois et une façade agrémentée de fenêtres à croisillons barraudées en fer forgé et de persiennes, est en parfait état. Articulé autour d'une cour plantée, ce bâtiment est habité. Mais il faudrait détruire ce petit paradis ?
L'expertise technique affirme que " le passage étroit pose des difficultés pour respecter les règles de sécurité incendie ". C'est l'unique raison énoncée pour raser ce bâtiment ainsi que les 12 et 13 de la même impasse. Mais avec un tel critère, nous devrions bientôt détruire tous les villages de Provence et toutes les villes médiévales d'Europe !
La Ville de Paris sait pourtant réhabiliter ces impasses bucoliques.
De l'autre côté de la rue des Vignoles, hors périmètres d'intervention, l'impasse Rolleboise, constitue à cet égard un excellent exemple, les maisons, toutes conservées, font alterner des façades de un ou deux étages, plus ou moins en retrait, et donnent ainsi un rythme, des respirations à la séquence de la rue. Des palissades en bois marquent la limite des jardins arborés, le sol pavé est équipé de réverbères style 1900. Alors pourquoi détruire, pourquoi ne pas requalifier sur ce modèle toutes les impasses merveilleuses de ce quartier ?
Les petites villas mansardées du 32, rue de Terre-Neuve, visées par un permis de démolir, contrairement à ce qu'affirme l'analyse technique, ont des façades en parfait état, fort soignées et agrémentés de fenêtres aux formes originales, décorées par de subtiles modénatures et des garde-corps en fer forgé. Les toits en tuile, la cour plantée, très bien entretenue, sont autant d'éléments qui donnent à cet habitat un charme indiscutable. Les services techniques qui ne font pourtant aucunement allusion aux qualités intrinsèques de ce bâti, justifient le permis de démolir par l'absence d'un prospect suffisant ! Doit-on détruire tous les immeubles ne respectant pas les normes de prospect. Avec un tel critère, vous pouvez détruire tout le vieux Paris...
Le 28, rue de Terre-Neuve, en bon état apparent, se compose d'un immeuble en rez-de-chaussée et d'un immeuble R + 2 en fond de cour. Sa façade relève d'une architecture soignée. Sa composition permet d'introduire des vides et des respirations dans la séquence urbaine qui s'étend, de fait, du 26 au 34, rue de Terre-Neuve et s'oppose aux monotones fronts bâtis de 7 à 10 étages du boulevard de Charonne. Un simple coup de peinture suffirait à rendre à ce bâtiment tout son éclat. Mais là encore, ce n'est pas la qualité du bâti que les services techniques de la Ville ont pris en compte. Non, la raison évoquée pour détruire cet immeuble, c'est un parti d'aménagement qui prévoit l'ouverture de l'impasse de Casteggio sur la rue de Terre-Neuve et donc la transformation de l'impasse en ruelle. Pourquoi refaire une rue traditionnelle ? L'aspect villageois du secteur " Planchat-Vignoles " est intimement lié à la présence de ces impasses, elles font partie intégrante de son identité. Les détruire, c'est détruire l'âme du quartier.
Ainsi, vous refusez de prendre en compte les caractéristiques originales du quartier. Cette boulimie prédatrice vous amène encore à détruire les n° 5, 7 et 8 de l'impasse des Crins. Ces maisons ont certes des vitrages manquants, mais elles n'en sont pas moins réhabilitables. Il ne manque pas de vitrier sur Paris !
De même, le n° 11 de l'impasse des Souhaits, également muré, a certes un toit hors d'usage, mais qu'il suffit de réparer pour mettre en valeur ce bâti organisé sur plusieurs niveaux autour d'une joli cour arborée.
Le paysage urbain de ce secteur est déjà largement défiguré par les destructions opérées par la Z.A.C. " Réunion ".
Sécurité incendie, prospect, percement d'une ruelle, vous faites flèche de tout bois pour habiller, a posteriori, de critères disparates et tordus votre choix de destruction.
Pourquoi vous faut-il encore élargir le champ de ruines ? Au lieu de recoudre les plaies, de fermer les cicatrices, de réhabiliter en douceur ce tissu malmené, ce réseau fragile d'impasse, de le panser et repenser dans sa globalité, bref de le respecter.
Quand arrêterez-vous ce massacre ? Quand cessera cette pulsion morbide de la destruction, cette sinistre Schaden Freude ?
M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint, président. - Je donne la parole à M.BULTÉ pour répondre.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Monsieur le Maire, je rappellerai que dans ce secteur, une procédure de concertation ouverte sur le quartier de la Réunion a notamment permis de présenter aux acteurs locaux toutes les étapes de la réflexion urbaine et paysagère et de les faire participer à l'élaboration du projet qui a pour objectif de préserver le paysage urbain dans son échelle, l'organisation de son bâti et sa morphologie.
Les caractéristiques du nouveau secteur d'aménagement " Planchat-Vignoles ", où un consensus s'est dégagé lors de la concertation sur la conservation d'un certain nombre d'immeubles et sur la démolition de plusieurs bâtiments vétustes permettent d'envisager un projet de reconstruction d'un programme mixte de logements répartis environ de la manière suivante : une trentaine de logements P.L.A., une trentaine de P.L.I. et une trentaine de non aidés.
Des projets de délibération visant respectivement à modifier le P.O.S. pour permettre la mise en oeuvre de cet aménagement, à déclarer son utilité publique afin de parachever les acquisitions nécessaires et à autoriser le dépôt des demandes vous seront soumis prochainement.
La Ville de Paris et l'O.P.A.C. désignés comme un des maîtres d'ouvrages se sont rendus propriétaires de la majorité des immeubles et des lots du nouveau secteur dont certaines parcelles sont d'ores et déjà des terrains nus.
L'action municipale peut d'ores et déjà porter sur les bâtiments dont l'état de dégradation avancé, les risques d'occupation illégale et la sécurité du voisinage justifient la démolition. C'est le cas pour les immeubles communaux ou en copropriété, je le rappelle, situés aux 11 impasse des Souhaits et 5, 7, et 8 impasse des Crins, 12, 13 et 14 impasse Casteggio, 28 rue de Terre-Neuve ainsi que pour deux bâtiments privés qui restent à acquérir dans le fond des immeubles situés au 32 rue de Terre-Neuve.
Certains de ces immeubles vétustes sont d'ores et déjà libres de toute occupation, situés au 11 impasse des Souhaits et 8 impasse des Crins.
Je rappellerai à M. BLET que nous avons pu obtenir l'unanimité sur ce projet, un projet qui a été établi par un architecte qui connaît bien le secteur, qui a fait, je pense, quelque chose d'exemplaire dans la présentation du projet en place. C'est M. SCHUCH. Nous avons pu obtenir l'unanimité de l'ensemble des élus ainsi que l'unanimité de l'ensemble des associations qui étaient présentes, sur ce projet.
Donc, Monsieur BLET, vous me semblez bien isolé dans le propos que vous tenez à moins que vous ne connaissiez pas tout à fait ce secteur, mais nous avons dans ce secteur Planchat-Vignoles répondu aux attentes et exigences des habitants de ce quartier.
M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint, président. - Monsieur BULTÉ, je vous remercie.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 388.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1998, DLH 388).