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Janvier 1999
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31 - 1998, DLH 334 - DAUC 188 - Autorisation à M. le Maire de Paris, d'une part, de déposer une demande de permis de démolir visant un bâtiment à usage d'habitation et de commerce situé 117-119, rue Brancion (15e) et, d'autre part, de consentir le moment venu le dépôt par la S.E.M.E.A.-XV des demandes de permis de construire en vue de la construction de logements sociaux dans les îlots A et A bis de l'opération " Brancion-Castagnary " (15e)

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1999


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons aux affaires de la 6e Commission.
Nous commençons par l'examen du projet de délibération DLH 334 - DAUC 188. Il s'agit d'une demande de permis de démolir pour un bâtiment d'habitation et de commerce au 117-119, rue Brancion.
Je donne la parole à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, avec cette demande de permis de démolir, au 117-119, rue Brancion, vous continuez à détruire l'une des rues qui fut l'une des plus pittoresques de ce secteur du 15e, alors qu'il aurait été intéressant de la réhabiliter.
La quasi-totalité des vieilles maisons de la rue sont déjà tombées, les commerces ont disparu, ce qui est regrettable, même si les commerçants, découragés, avaient fini par accepter de partir. C'était un petit coin chaleureux, populaire, vivant que vous avez encore l'intention de rayer de la carte de Paris.
Le paradoxe, c'est que vous construisez des logements sociaux, après avoir détruit des maisons qui étaient des logements sociaux " de fait ". Vous invoquez le manque de confort des maisons existantes, alors qu'il aurait suffit d'aménager dans ces logements, des toilettes ou de petites salles de bains, lorsqu'il n'y en avait pas. C'était pratiquement possible partout. Bien dans gens auraient été heureux de ne pas avoir à déménager, d'autant qu'ils ont été relogés dans des logements nettement plus chers. Vous êtes satisfaits également à l'idée que cette nouvelle construction va recouvrir, le long de la rue Brancion, le mur pignon du 121 et celui du 4, rue Chauvelot. Vous n'avez toujours pas compris l'intérêt de conserver les dents creuses plutôt que de les combler une à une.
(M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint, remplace M. Jean-François LEGARET, adjoint, au fauteuil de la présidence).
Avec la construction de 50 places de parkings, vous allez faire venir plus de voitures dans un quartier totalement engorgé. Ce n'est pas en élargissant la rue Brancion que vous ferez mieux rouler les voitures. Ou vous aménagez un couloir réservé aux transports en commun, totalement séparé du reste de la circulation, en supprimant une file de stationnement et en faisant rouler deux files, l'une pour les bus et l'autre pour les voitures, ou vous gardez le stationnement, mais vous n'autorisez la rue Brancion qu'aux autobus, cyclistes et véhicules prioritaires, comme on devrait le faire dans toutes les rues très étroites de Paris.
Je voterai contre ce projet.
M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint, président. - Madame SCHNEITER, merci.
Monsieur TUROMAN, vous avez la parole.
M. Michel TUROMAN. - Monsieur le Maire, ce projet porte sur le secteur de l'opération " Brancion-Castagnary " et plus précisément sur la partie sud de la rue Brancion.
Je tiens à rappeler ici que les élus communistes se sont prononcés contre la Z.A.C. " Castagnary " en raison du flou et des nombreuses incertitudes que ce projet d'aménagement contenait et qui revenaient en fait à donner " un chèque en blanc " à la Ville.
Cette Z.A.C. devenue caduque aujourd'hui a engendré un vaste gâchis. Il y aurait donc aujourd'hui matière à se réjouir de ces projets de construction. Et cela d'autant plus que depuis des années les habitants vivent dans un quartier dégradé, au milieu d'immeubles murés et qui se vident de ses commerces du fait du " pourrissement " du projet initial.
Mais, il y a un mais dans votre projet et celui-ci est de taille... L'aménagement de ce secteur a fait l'objet de deux délibérations du Conseil de Paris, en janvier et en octobre 1995. Celles-ci prévoyaient la construction exclusive de logements sociaux de type P.L.A. Ces constructions étaient d'autant plus attendues que les immeubles démolis dans ce secteur appartenaient pour l'essentiel à ce qu'on a coutume d'appeler le parc social de fait dans lequel pouvaient se loger des personnes et des familles à faibles revenus.
Or, dans le projet qui nous est soumis aujourd'hui, la construction des logements P.L.A. est totalement abandonnée au profit de logements P.L.I. Quelle raison pouvez-vous avancer pour justifier un tel revirement ? Qui peut dire ici qu'il y a dans le 15e pléthore de logements P.L.A. et qui peut dire que la construction de P.L.A. à Paris ces dernières années ne s'est pas réduite au profit de la construction de logements P.L.I. ?
Vous en rajoutez même dans votre politique en privilégiant la transformation de surfaces de bureaux en logements P.L.I. C'est le cas au fur et à mesure des séances avec par exemple des projets dans le 3e, dans le 15e, le 9e et le 8e.
Lors du Conseil d'arrondissement répondant à ma collègue Mme Raymonde CONTENSOUS, le Maire du 15e a indiqué qu'il avait effectivement plaidé auprès de la Ville pour la construction exclusive de P.L.I. en lieu et place des P.L.A., envisagés précédemment dans ce secteur.
Est-ce à dire que le Maire du 15e ne souhaite reloger que la seule population de l'arrondissement pouvant accéder aux logements P.L.I. ? C'est une bien curieuse conception de la mixité sociale et est-ce à dire par là que la Ville n'entend construire que du P.L.A. dans les arrondissements de l'Est et que du P.L.I. dans les autres arrondissements ?
Il ne peut y avoir de ségrégation en matière de logement social. La construction de logements P.L.A. répond aux besoins de dizaines de milliers de familles parisiennes. La construction de tels logements doit être programmée et répartie dans tous les arrondissements parisiens sans aucune exception. Il ne peut y avoir de lignes de partage à ce sujet entre les arrondissements de l'Est et ceux du Centre ou de l'Ouest.
Nous voterons contre ce projet.
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste et du Mouvement des citoyens).
M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint, président. - Monsieur TUROMAN, je vous remercie.
Monsieur BLET, vous avez la parole.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, le 8 novembre 1997 furent votés les permis de démolir des 167, boulevard Lefèvre, 132, rue Brancion, 128, rue Brancion, 124-126, rue Brancion, 133-135, rue Brancion, 169, boulevard Lefèvre, 131, rue Brancion, et enfin 127, rue Brancion.
Cette destruction du quartier " Castagnary-Brancion " a été stigmatisée par un grand journal du matin, le Figaro, et je cite : " la scandaleuse dégradation du quartier Castagnary dans le 15e : un hectare de faubourg muré ".
Les rares Conseillers alors présents à 2 heures du matin se souviendront du caractère épique de cette séance au cours de laquelle notre collègue M. LEGARET qui présidait, a tenté de nous faire une démonstration de ses talents de boxeur. Cette démonstration m'était personnellement adressée.
Cette offensive musclée corroborait son refus de me donner la parole sur les délibérations sur lesquelles j'étais régulièrement inscrit depuis la veille à 9 heures du matin.
Elles concernaient toutes, comme par hasard, les permis de démolir du quartier Castagnary.
De la destruction physique d'un quartier faubourien à la violence physique perpétrée en séance contre un Conseiller de Paris, manifestement la violence appelle la violence.
Depuis plus de 10 ans, Monsieur le Maire, vous avez vidé ce quartier de ses habitants, de ses commerces et activités. Lorsqu'ils n'ont pas été détruits, les bâtiments ont été murés et laissés à l'abandon. Tout un quartier a été ainsi mis à mort.
A l'heure actuelle, sont démolis côté impair les parcelles des n° 123, 125, 127, 129, 131, 133, et 135 de la rue Brancion, côté pair ce sont les bâtiments des numéros 130-132 qui ont laissé place à des friches.
En novembre 1994, l'ensemble des petits commerçants de la rue Brancion manifestèrent leur colère. Grugés par l'attentisme de la Ville, par les multiples remodelages de périmètres, ils ont été ruinés par le déclin de leurs activités, dû aux politiques de préemption et de murage. M. PINTO, propriétaire du bar situé 117-119, rue Brancion a dû, la mort dans l'âme, céder son activité de bar hôtel restaurant, autrefois florissante, achetée fort cher juste avant la création de la Z.A.C., mais bien évidemment l'indemnisation étant calculée sur les trois dernières années du chiffre d'affaires, après des années de pourrissement, a vu son chiffre décliné.
Si l'on en croit la note technique de la S.E.M.A.E.S.T., nous découvrons que les gardes-corps seraient hors normes, que les volets en bois seraient irrécupérables et que sur le toit de superbes mousses affleurent entre les tuiles. Certes gouttières, réseaux électriques, menuiseries sont à revoir. Un ravalement sans doute aussi, bref une réhabilitation tout à fait banale mais qui pour la S.E.M.A.E.S.T. nécessite une démolition complète.
En fait, c'est la particularité de la distribution du bâtiment qui lui vaut ce verdict de mort.
Quelle est cette distribution ? Au rez-de-chaussée, un café, au premier un hôtel. Or, je cite : " le cloisonnement adapté à la fonction d'hôtel est irrécupérable pour un cloisonnement de logements ".
Et alors ? Quelle perspicacité ? Un étage de chambre d'hôtel n'est pas un étage de logements. La Ville n'hésite pourtant pas, et à juste titre, à transformer des bureaux en logements, sans que cloisonnements et distributions l'en empêchent, bien au contraire.
Enfin, emporté par son élan, la S.E.M.A.E.S.T. parle de bâtiments au pluriel, là où il n'y a qu'un seul petit bâtiment. Elle parle encore de restructuration consistant à créer plusieurs structurations verticales là où n'existe qu'un seul et unique étage d'hôtel.
Quid de la conservation telle quelle du bâtiment ?
Le coût de la réhabilitation envisagée par la S.E.M.A.E.S.T. est pour une fois presque modéré, 8.000 F le mètre carré alors que vous nous dites 12.000 F, donc c'est hors de prix. Il demeure toutefois excessif alors que dans Paris ce type de bâtiment R + 1 se réhabilite au plus à 4.000 F le mètre carré.
Et pourtant, cela permettrait de conserver le bâtiment après une légère réhabilitation. Il vient en proue, souligner l'angle très fermé formé par les rues Brancion et Chauvelot. Quant aux murs pignons de l'immeuble voisin du 4, rue Chauvelot, et du 121, rue Brancion, dont la disparition via la densification justifierait selon vous la démolition demandée, il constitue un élément à part entière du paysage urbain par cette variation volumétrique éminemment pittoresque.
Prendre prétexte de murs pignons pour détruire un immeuble - vaste programme - tout le Paris des faubourgs et même du centre est truffé de pignons. Cette diversité volumétrique fait la richesse du paysage parisien, vous le dénaturez par des alignements intempestifs de fronts bâtis continus. En faire le critère des démolitions c'est un appel au vandalisme généralisé.
Vous avez scrupuleusement saccagé un quartier populaire, riche qu'il était d'un tissu dynamique de petits commerces de proximité, les commerces qui prendront place sont prévus pour 2002 ou 2003.
Vous avez démoli un ensemble bâti de hauteur modeste et de qualité.
Selon vos calculs, sur dix bâtiments, deux sont réhabilités et huit sont détruits.
A Castagnary, qu'est-ce que l'urbanisme à visage humain ? C'est 80 % de destruction.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - On ne peut pas dire que nous faisons uniquement du P.L.I. dans le 15e arrondissement. Nous avons développé des programmes importants, notamment de P.L.A. tant dans le secteur " Citroën " que dans le secteur " Dupleix ".
Aujourd'hui, la Ville de Paris est propriétaire de l'ensemble des immeubles. La prise de possession de l'ensemble des lots est achevée. En matière commerciale, deux indemnités font l'objet d'un appel. La maîtrise d'ouvrage a été confiée à la S.E.M.A.E.S.T., sous l'autorité d'un élu du 15e arrondissement, M. Philippe GOUJON. Celle-ci a passé commande d'un diagnostic technique et urbain et d'une étude de faisabilité au Cabinet d'architecture de Mme FURET. Chaque bâtiment a fait l'objet d'un diagnostic technique évaluant le coût de réhabilitation par rapport à celui de la reconstruction. L'étude montre que le coût de la réhabilitation est supérieur à celui de la construction neuve.
Deux bâtiments ont été retenus pour être réhabilités, le 169 boulevard Lefevre et le 121 rue Brancion. Les hauteurs qui prévoient quatre étages seront modérées et à l'échelle du quartier. Dans un souci de mixité sociale et compte tenu de l'importance du parc de logements sociaux situés à proximité, ces logements seront réhabilités en P.L.I.
La démolition de l'immeuble 117-119, rue Brancion, composé d'un étage, comprenant deux logements et un commerce, permettra la réalisation d'une demi-douzaine de logements sociaux. Cette disposition permettra de recouvrir le pignon de l'immeuble conservé au 121, rue Brancion, et un commerce sera réalisé en rez-de-chaussée dans l'angle des deux voies. Le stationnement nécessaire sera reporté sur le troisième lot de l'opération.
Nous allons réaliser un programme à échelle humaine. Ce projet s'intègre totalement dans la politique d'urbanisme à visage humain défini par le Maire de Paris, quoiqu'en dise M. BLET.
M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 334 - DAUC 188.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1998, DLH 334 - DAUC 188).