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Janvier 1999
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21 - II - Question d'actualité de M. Philippe GOUJON, au nom du groupe " Rassemblement pour Paris ", à M. le Préfet de police sur l'évolution de la délinquance à Paris

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1999


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons à la question d'actualité posée par M. Philippe GOUJON, au nom du groupe " Rassemblement pour Paris ", adressée à M. le Préfet de police sur l'évolution de la délinquance à Paris.
M. Philippe GOUJON, adjoint. - Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet.
Aujourd'hui, chacun peut le constater, la polémique fait rage sur les questions de sécurité. Pas un jour ne passe sans voir fleurir un rapport dans la presse de nature à nourrir toutes les querelles, de l'étude d'Alain BAUER qui s'indigne que sur 90.000 policiers en tenue, seuls 5.000 seraient disponibles à un instant T dans la journée, à une note de la D.C.R.G. sur les violences urbaines qui recense 10.000 de ces faits en plus en 1998...
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
Mais pour en revenir au très mauvais bilan que vous avez annoncé à la presse, Monsieur le Préfet, la hausse de 4,6 %, voire de 10 %, de la délinquance de voie publique en 1998 est ressentie d'autant plus fortement par les Parisiens qu'elle fait suite à une décrue des crimes et délits de 15 % ces cinq dernières années.
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
Inversement, on constate des chutes sensibles : - 27 % pour les stupéfiants, - 8 % de délits économiques et financiers...
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
... qui relèvent le plus souvent de l'initiative des services enquêteurs. C'est à se demander si les déclarations cacophoniques de la gauche plurielle en matière d'immigration clandestine, de délinquance de mineurs, de drogues illicites, de répression générale ne les ont pas démotivés.
La grève du zèle des OPJ pendant plusieurs mois et l'imposante manifestation des policiers samedi dernier témoignent en tout cas d'un profond malaise.
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
Et pour en revenir aux statistiques, le phénomène Coupe du Monde et l'allégement du Plan " Vigipirate " ne sauraient à eux seuls justifier ce déplorable bilan.
Le problème posé, mes chers collègues, est celui d'un manque de volonté gouvernementale qui, derrière un discours apparemment ferme, conduit à l'immobilisme.
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
Les déclarations de M. CHEVÈNEMENT contredites aussitôt par Mmes AUBRY et VOYNET, MM. BARTOLONE et ALLEGRE ou par le Premier Ministre lui-même, dans le cadre sûrement de cette traque organisée par une partie de la " gau-gauche " dénoncée par M. SARRE, en sont l'illustration la plus récente.
Après l'abandon du plan de redéploiement de police et de gendarmerie, va-t-on vers l'abandon des mesures relatives à la délinquance juvénile ?
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
(M. le Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Ce n'est pas en criant qu'on réglera les problèmes !
M. Philippe GOUJON, adjoint. - Au contraire, cela me ralentit dans mon exposé, Monsieur le Maire !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Tenez dans le temps prévu !
M. Philippe GOUJON, adjoint. - C'est un débat qui les gêne ; on le comprend, néanmoins, j'irai jusqu'au bout.
C'est donc d'une politique volontaire et ambitieuse appuyée sur de réels moyens dont nous avons besoin, une augmentation de 1.000 à 1.500 policiers, comme le Maire de Paris l'a souhaité, à laquelle ne sauraient se substituer les adjoints de sécurité qui risquent de conduire à une police à deux vitesses...
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
... La mise en oeuvre du principe de la " tolérance zéro ", l'intensification de la lutte contre les violences urbaines, sans oublier les réformes nécessaires de l'ordonnance de 1945, la responsabilisation des parents et une lutte sans merci contre la drogue.
Pouvez-vous dès lors, Monsieur le Préfet, après nous avoir communiqué les statistiques de la délinquance et des effectifs par arrondissement, que nous ne possédons pas encore, nous préciser si ces mesures seront enfin mises en oeuvre pour que 1999 ne soit pas une nouvelle année sacrifiée pour la sécurité des Parisiens ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. le Préfet de police.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Je vais essayer de tenir dans les deux minutes et demi qui me sont attribuées pour vous indiquer, ce qui est connu d'ailleurs, que la délinquance en 1998 a progressé de 4,6 % par rapport à 1997 et l'augmentation a été sensible au premier trimestre 1998 pour se ralentir ensuite au deuxième trimestre. Le volume de la délinquance constaté en 1998 demeure cependant l'un des trois plus faibles de ces dix dernières années ; je le souligne.
En effet, c'est sur de longues périodes que nous avons l'habitude d'apprécier ces phénomènes de délinquance. On ne peut pas le faire de mois à mois, de jour à jour ou de semaine à semaine. Nous essayons de voir les choses d'une manière plus ample.
C'est donc l'une des trois plus faibles années depuis 10 ans.
En valeur absolue, comme en valeur relative, ce sont les vols à la tire qui sont les principaux responsables de cette augmentation avec une progression de 22,13 % et la différence représente, en effet, 6.300 délits supplémentaires, soit plus de la moitié de l'augmentation générale de la délinquance parisienne.
Les vols avec violence progressent de 18,29 % ; c'est une évolution qui n'est pas nouvelle. La progression est à peu près constante dans ce domaine depuis 1993. Les vols à main armée, qui représentent pourtant la forme la plus grave des vols avec violence, sont en nette régression puisque nous constatons moins 17,77 % pour les vols à main armée.
Les vols à la roulotte ont progressé de 8,98 %, mais les chiffres du dernier trimestre sont revenus à la baisse. Le nombre de vols à la roulotte demeure inférieur de 40 % à celui de 1992, le plus fort de ces dix dernières années.
De leur côté, en sens totalement inverse, les vols d'automobiles sont en baisse très sensible, moins 5,80 %.
Nous notons également une légère reprise des cambriolages à hauteur de 2,65 %, qui concernent essentiellement des locaux industriels ou commerciaux.
En revanche, les cambriolages de lieux d'habitation restent stables.
Le nombre total des cambriolages reste inférieur de 25 % à celui de 1993.
En contraste avec l'augmentation des délits de droit public, la diminution très sensible des atteintes aux personnes, c'est-à-dire moins 12,49 %, spécialement concernant les coups et blessures volontaires, constitue un point positif, d'autant plus que ces crimes et délits n'ont cessé d'augmenter d'année en année.
Le nombre des homicides volontaires est, après celui de 1997, le plus bas de ces 25 dernières années. Le vandalisme augmente modérément : 3,35 %, après avoir connu une hausse, que nous déplorons d'ailleurs, de 10 % en 1997.
L'augmentation affecte plus particulièrement les dégradations commises sur les véhicules. En revanche, les plaintes concernant les autres biens sont stables ou en légère baisse, dès l'instant où il s'agit de vandalisme.
Afin d'apporter un commentaire plus complet, je ferai remettre à chaque élu du Conseil de Paris une documentation précise sur les éléments qui se dégagent des statistiques de la délinquance. Le temps réservé aux questions d'actualité ne me permet pas d'entrer dans le détail, mais pour mieux répondre aux besoins des Parisiens et des Parisiennes, en matière de lutte contre l'insécurité, je rappelle que j'ai engagé avec le soutien très fort du Ministre de l'Intérieur, M. Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, et à sa demande, une très importante réforme des services actifs de la Préfecture de police pour mettre en place ce dont on parle depuis longtemps mais que l'on va faire, c'est-à-dire une véritable police de proximité.
Cette réforme entrera en vigueur, je vous l'avais dit, je vous le confirme, dès avril prochain. Elle donnera lieu à une présentation à la presse par le Ministre de l'Intérieur et le Préfet de police dans la deuxième quinzaine de février, mais préalablement à cette présentation à la presse et ainsi que je vous l'avais indiqué lors du débat budgétaire en décembre dernier, le détail de cette réforme sera exposé aux Conseillers de Paris déjà très largement informés lors d'une réunion de travail particulière.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, cette réforme constitue un acte de volonté fort pour adapter la police parisienne aux exigences du 3e millénaire. Elle marque une percée conceptuelle sans précédent pour donner la priorité à la police de proximité. Elle se traduira par une réforme de structure, tout spécialement au niveau des arrondissements, par une réforme aussi des modes d'action de lutte contre la délinquance, avec le contrat local de sécurité, qui devrait pouvoir être signé prochainement avec la Mairie de Paris. La Préfecture de police sera donc, grâce à cette réforme, mieux à même de répondre aux attentes des Parisiens dans le combat quotidien contre l'insécurité et la délinquance.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet.