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Janvier 1999
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Conseil Municipal
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101 - QOC 99-37 Question de M. Didier BARIANI à M. le Préfet de police relative à la délinquance à Paris, notamment dans le 20e arrondissement

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1999


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons à la question de M. Didier BARIANI à M. le Préfet de police relative à la délinquance à Paris, notamment dans le 20e.
Elle est ainsi rédigée :
" Au cours de la précédente séance du Conseil de Paris, M. Philippe GOUJON, adjoint au Maire chargé de la Prévention et de la Sécurité, a bien voulu présenter les " chiffres " de la délinquance à Paris intra-muros, au cours des 10 premiers mois de l'année 1998.
M. Didier BARIANI aimerait connaître leur déclinaison pour le 20e arrondissement et plus particulièrement les données statistiques relatives aux infractions sur la législation des stupéfiants commises dans cet arrondissement.
Curieusement, en effet, alors que les dénonciations portant sur l'économie souterraine de la drogue, notamment dans les secteurs sensibles, les plaintes contre les crimes et les délits de toute nature liés à l'usage et au trafic des drogues se multiplient, l'évolution quantitative des infractions aux stupéfiants, elle, ne cesse de diminuer depuis une décennie.
Faut-il y voir une réelle diminution du phénomène, un changement des pratiques de toxicomanie par l'apparition de nouveaux produits stupéfiants moins identifiables ou une redéfinition des priorités d'actions données aux services de police, qui se traduirait par une impunité vis-à-vis des drogues dites douces, voire d'autres substances ? "
Monsieur le représentant du Préfet de police, vous avez la parole.
M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci Monsieur le Maire.
Le 20e arrondissement ne figure pas parmi les arrondissements qui ont enregistré les plus fortes progressions en matière de délinquance en 1998. Celles-ci ont principalement touché les secteurs géographiques correspondant aux sites touristiques parisiens qui ont eu à connaître un accroissement sensible de leur fréquentation en raison de la Coupe du Monde de football, qui s'est accompagnée d'une augmentation importante des délits de voie publique, spécialement des vols à la tire.
S'agissant des infractions constatées en matière de stupéfiants dans le 20e arrondissement, elles se sont élevées à 211 en 1998, contre 239 en 1997.
La baisse des infractions à la législation sur les stupéfiants est générale depuis 1991. Bien que les affaires de drogue ne puissent être révélées que par l'activité des services de police, la diminution des faits constatés semble correspondre à une réalité.
Une régression, lente mais certaine, de la consommation de drogues dures, telles que l'héroïne et le crack semble se manifester (le crack, quoique toujours présent, n'ayant pas réussi la percée redoutée). Bien entendu, l'usage de telles drogues se maintient encore à un niveau non négligeable, et plusieurs sites de la Capitale continuent d'abriter des activités de commerce de produits stupéfiants, notamment dans le 18e arrondissement.
La diminution de la consommation de drogues dures est confirmée par la chute sensible des décès par surdose recensés (145 en 1993, 32 en 1998).
Parallèlement, d'autres formes de toxicomanie se sont développées, à partir de drogues réputées moins violentes, mais plus conviviales et plus à la mode. Se développe également dans certains milieux un trafic de médicaments de substitution. Toutefois, si ces toxicomanies nouvelles sont combattues avec la même détermination par les services de police, elles offrent moins de prise à la répression car elles sont beaucoup plus discrètes.
Le lien établi entre délinquance de voie publique et économie souterraine de la drogue n'est certes pas faux. Toutefois, il doit être relativisé.
La diminution, souvent très sensible, des délits de voie publique depuis 1993 (à l'exception notable des vols avec violences), était parallèle à celle des affaires de stupéfiants. Cependant, le lien de causalité entre ces deux phénomènes, bien que variant dans le même sens, n'est pas démontré. En 1998, certains délits de voie publique ont augmenté (les vols avec violences continuent de progresser) alors que se poursuit la baisse des affaires de stupéfiants. Il y a donc une contradiction qui ne reçoit pas d'explication claire.
Dans tous les cas, ni la stratégie ni les moyens des services de police dans la lutte contre le trafic de stupéfiants n'ont changé, et ce depuis plusieurs années.
A titre d'illustration du fort engagement des services de police, je citerai, pour le 20e arrondissement, la découverte après perquisition de nuit, le 18 janvier 1999, de cinq kilos de cannabis, de cinquante cachets d'ecstasy et d'une trentaine de pastilles de L.S.D. dans une cité, ainsi que l'interpellation du détenteur de ces produits.
Le mois précédent, un réseau d'une dizaine d'individus vendant de la drogue dans une autre cité du 20e avait déjà été démantelé.
Soyez assuré que la mobilisation policière dans la lutte contre le trafic de stupéfiants demeurera particulièrement soutenue.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie le représentant du Préfet de Police.
Monsieur BARIANI, vous avez la parole.
M. Didier BARIANI, adjoint. - Monsieur le Préfet de police, c'est toujours un peu la même chose : la lecture à la tribune d'une Assemblée d'une situation sur le terrain est perçue différemment par ceux qui la subissent que par les administrations qui échangent des statistiques générales.
Je voudrais bien croire que la situation est telle que vous la décrivez. J'espère effectivement qu'en matière d'utilisation de drogues dures, il y a une diminution, mais de deux choses l'une, et n'y voyez pas de mauvais jeux de mots : ou bien les enseignants dans les établissements scolaires, les locataires dans les immeubles, les commerçants dans leurs locaux, sont tous victimes d'une espèce d'hallucination collective, ou bien, malheureusement, la narration qu'ils font de ce qu'ils constatent chaque jour n'est pas à la mesure de ce que vous avez bien voulu me répondre !
On ne peut pas imaginer que des personnes qui ont des responsabilités associatives, commerciales, enseignantes, soient toutes saisies par un désir d'exagération.
Elles ne sont pas non plus en mesure elles-mêmes d'établir des statistiques. Bien sûr on ne peut pas savoir, et elles ne savent pas plus que moi quel type de stupéfiants est utilisé, mais la prolifération d'actes d'usage de stupéfiants de visu, c'est-à-dire devant des observateurs involontaires, vient en tel nombre qu'on ne peut pas imaginer, je le répète, que les gens se concertent pour en exagérer le nombre.
C'est donc, dites-vous, non pas la pugnacité des forces de police qui est en cause, mais peut-être une nouvelle nature d'utilisation des stupéfiants avec peut-être de nouveaux produits qui, comme je le disais, sont moins identifiables et dont les effets sont moins immédiatement voyants, mais qui n'en restent pas moins d'une réelle actualité.
Je souhaite naturellement très fort que vous puissiez continuer vos actions, même si l'aspect extérieur est moins visible. Peut-être avez-vous affaire à une transformation d'utilisation sur un certain nombre de produits, mais cela continue toujours à faire des ravages parmi une partie de la jeunesse.
Deuxième point : les statistiques sont les statistiques, on compare un arrondissement à l'autre en disant que cela monte moins ici que cela ne monte là, dont acte, mais les actes d'agression violente commis devant des témoins qui, a priori, ne sont pas suspects de mauvaise foi, ces actes violents dans la rue, comme on dit, sont très identifiés dans un certain nombre de quartiers, que ce soit aux Amandiers, à Saint-Blaise, dans certains quartiers en bordure du périphérique et là encore, je m'aperçois que chez certains jeunes malheureusement, la violence est devenue un mode de communication non seulement entre eux, mais également avec des interlocuteurs qui n'y peuvent mais et qui ont le malheur de passer au mauvais moment. Avant, on pouvait penser que c'était plutôt à la tombée de la nuit, tôt le matin, à des heures où il y a moins de personnes dans les rues, moins d'éclairage et moins de sécurité, moins de gardiens de la Paix éventuellement. Maintenant, ce qui est très impressionnant, c'est l'acte d'agression délibéré devant des tiers, à tout moment avec en plus la provocation à la clé, c'est-à-dire la mise en cause avec injures pour commencer puis viennent les coups.
Malheureusement dans certains de ces quartiers, ce comportement s'est banalisé. Et c'est là tout le problème.
Certains ont à connaître en banlieue des phénomènes encore bien plus violents ; espérons qu'ils ne gagneront pas Paris car le malheur des uns ne fait pas le bonheur des autres.
Mais j'encourage vivement la Préfecture de police à regarder cela de plus près.
Dernier exemple : nous avons été informés, Monsieur le Préfet de police, aujourd'hui même par le principal du collège Robert-Doisneau, situé dans le 20e, que devant les agressions faites sur des élèves pratiquant du sport sur les stades de la Porte de Bagnolet et Louis-Lumière, pendant des heures scolaires, qu'il renonçait en accord avec son Conseil d'établissement, à faire fréquenter ces stades par les collégiens placés sous son autorité tant qu'il n'y aura pas un retour à une situation plus normale.
Ce sont des agressions vérifiées, réelles, sur des terrains de sport pendant le temps scolaire. Ce sont des phénomènes banalisés car désormais il y a une sorte de déception, de renoncement ; je crois qu'il faut faire très attention, parce que l'on entre un peu dans une espèce de fatalisme qui fait dire que les conditions de vie dans certains quartiers sont malheureusement telles qu'il est difficile d'être partout tout le temps. C'est vrai, mais les pouvoirs publics ne peuvent renoncer à ce que les gens, notamment les enfants, aient une vie normale. Devant ce genre de phénomène, malheureusement, nous ne voyons pas de régression, bien au contraire.
Merci.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci Monsieur BARIANI.