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Janvier 1999
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4 - Communication de M. le Maire de Paris sur les célébrations de l'an 2000

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1999


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons au point suivant de l'ordre du jour, les célébrations de l'an 2000.
Comme vous le savez, j'ai présenté officiellement mercredi dernier le programme de notre Capitale pour les célébrations de l'an 2000 et nous pouvons ensemble nous féliciter de l'accueil favorable qu'il a reçu, hormis quelques réactions aussi prévisibles que convenues.
Le dossier recensant les manifestations prévues a été adressé à chacun de vous et je voudrais brièvement rappeler l'esprit dans lequel j'ai souhaité que la Mission an 2000 conçoive ces célébrations.
L'an 2000, Mesdames, Messieurs, c'est d'abord une grande échéance symbolique et c'est comme telle que nous l'accueillons. Nous l'accueillons, comme les hommes l'ont toujours fait pour ces moments uniques de passage, c'est-à-dire comme une occasion de rêver et de vouloir un avenir meilleur.
Cet avenir, Paris va l'anticiper dans la fête, Paris va le dessiner dans la réflexion.
Mais loin du sensationnel et de la démesure, en particulier budgétaire, nous avons choisi, dans le temps de la fête comme dans celui de la réflexion, de privilégier le choix du coeur, c'est-à-dire la dimension humaine, la solidarité et la fraternité, qui sont à construire chaque jour.
Tout d'abord le temps de la réflexion. C'est celui que nous prendrons pour imaginer dans toutes ses dimensions l'avenir des Parisiens en tant qu'individus et citoyens.
Dans notre ville, qui est celle des universités et qui entend le rester, le temps de la réflexion alternera des rencontres qui atteindront, naturellement, les plus hauts niveaux spéculatifs et d'autres qui viseront des enjeux plus pratiques, plus concrets, plus immédiats, que je dirais plus politiques.
Je pense ainsi au Sommet que Paris organisera pour convier les Maires des grandes villes du monde à réfléchir collectivement à l'avenir des grandes métropoles.
Je pense aussi à la vaste réflexion collective que notre Municipalité lancera, avec tous les Parisiens, sur des domaines qui sont au coeur de la démocratie locale comme l'éducation, la sécurité, la solidarité, la santé et l'environnement.
S'inscriront dans ce programme de manière privilégiée les états généraux de la solidarité que nous organiserons en novembre 1999, en liaison étroite avec toutes les associations caritatives, d'autres part les états généraux de l'environnement et de la vie quotidienne ainsi qu'une grande convention de la culture qui posera les éléments d'une politique des publics renouvelée et approfondie.
Je veux faire de ce moment de réflexion une occasion forte pour jeter les bases d'une nouvelle démocratie plus directe, plus proche, plus participative.
La démocratie locale, c'est la réflexion collective. C'est aussi, j'y ai tenu, la participation directe des 80 quartiers de Paris au projet de la Mission " Paris 2000 ". Il s'agit de permettre à chacun d'exprimer sa générosité, son énergie et sa créativité, et particulièrement les jeunes. C'est le sens de l'opération " Les jeunes font l'an 2000 " qui permettra, dans chaque quartier, à des équipes de proposer des projets. La Ville aidera les meilleurs de ces projets qui pourront ainsi voir le jour en l'an 2000.
Comme le temps de la réflexion, le temps de la fête sera l'occasion de démontrer que Paris, plus que jamais, est une ville accueillante, vivante, entreprenante, une ville qui bouge, qui crée, qui invente.
La fête, ce sera, évidemment, mes chers collègues, la joie et l'émotion de connaître, dans un lieu unique, l'annonce d'un nouveau siècle et d'un nouveau millénaire.
Au top de l'an 2000, la Tour-Eiffel scintillante de 20.000 éclairs restera, soyons-en sûrs, parmi les images les plus fortes que notre mémoire collective gardera du passage à l'an 2000.
Les fêtes de l'an 2000, c'est aussi l'hommage que nous rendrons à la beauté de notre ville à travers les fêtes de la Seine qui prendront un éclat tout particulier, ou encore à travers l'opération " Paris s'illumine " qui viendra notamment éclairer de manière définitive les 36 ponts de notre fleuve.
Notre programme donne également rendez-vous au Paris du loisir, du mouvement et de l'invention avec de très grands événements collectifs au premier rang desquels je veux citer le concert gratuit de Johnny HALLIDAY sur les Champs-Elysées qui sera un immense moment de fête populaire.
Mais je pense aussi naturellement au spectacle exceptionnel sur la Seine et sur ses rives que donnera Robert HOSSEIN le 14 juillet 2000. En faisant revivre l'histoire de Paris, ce spectacle rappellera que Paris est la ville des libertés et doit sans cesse maintenir, pour elle-même et pour le monde, cette vocation qu'elle illustrera en rendant hommage au Général de Gaulle, chef de la France libre et son libérateur.
Enfin, la fête à Paris, comment pourrait-elle se concevoir sans l'art sous toutes ses formes ?
Avec les champs de la sculpture, les expositions exceptionnelles des musées de Paris, la création mondiale au Châtelet rénové d'un oratorio de John ADAMS et Alice GOODMAN, et enfin le grand concert de S. OSAWA au Champ-de-Mars, la mémoire et la création artistiques prendront place au coeur des célébrations de l'an 2000 parce qu'elles sont au coeur de l'histoire de la Ville de Paris et parce qu'elles représentent un de nos liens les plus précieux entre présent et passé, modernité et tradition.
Mes chers collègues, vous pouvez constater en m'écoutant que l'ambition de ce programme est de mettre l'éphémère au service de la pérennité et, comme l'illustre notre logo, de poser des ponts entre le passé et l'avenir, entre la fête et la réflexion naturellement ; mais aussi des ponts entre les diversités, les sensibilités, les richesses humaines qui font notre ville, de toujours mieux nous relier les uns aux autres, toujours mieux nous unir. C'est cela le choix du coeur, c'est celui des Parisiens et c'est le nôtre.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
Avant de donner la parole à chaque intervenant, je veux, à sa demande, donner la parole à M. le Préfet de police.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, riche de son histoire bimillénaire, Paris s'apprête à organiser et à accueillir de très nombreux événements pour célébrer l'an 2000 sur une période de plus de 18 mois, et ce, dès l'été 1999.
Ces initiatives sont de trois ordres : celles qui relèvent de la Mairie de Paris, celles qui sont préparées par la Mission nationale pour l'an 2000, celles enfin qui sont lancées par différents opérateurs privés.
A la lumière de l'expérience qu'elle a acquise pour la gestion de grands événements ou de grandes commémorations tels que le Bicentenaire de la Révolution française, le Cinquantenaire de la Libération de Paris, les Journées mondiales de la jeunesse et, l'année dernière, la Coupe du monde de football, la Préfecture de police s'attachera, comme elle l'a toujours fait, à contribuer à la réussite de ce temps fort que constituera le passage à l'an 2000, en servant ainsi le prestige de la Capitale et le prestige de la France.
Ainsi, vous le savez, il incombera au Préfet de police et à ses services d'assurer, dans la Capitale, en pareilles circonstances, la sécurité du public et des acteurs de ces manifestations, ainsi que la protection, autant qu'il est possible, de leurs organisateurs, dont la responsabilité pourrait être mise en cause en cas d'incident.
Il appartiendra aussi à la Préfecture de police d'assurer l'organisation des secours en veillant, en même temps, à garantir la sécurité générale de la ville et tout spécialement celle des personnes et des biens.
Comme on a pu l'observer à plusieurs reprises au cours de la période récente, et notamment à l'occasion de la Coupe du monde de football et du réveillon de la Saint-Sylvestre, les grands événements festifs de la Capitale, et plus particulièrement ceux qui se déroulent sur l'avenue des Champs-Elysées, attirent de plus en plus souvent des groupes d'individus agressifs susceptibles de se livrer à des violences et à des actes de vandalisme. Je ne peux, par conséquent, exclure que certaines manifestations, spécialement sur l'artère prestigieuse des Champs-Elysées ne soient entachées par de graves incidents, malgré les fortes précautions que nous pourrions prendre.
En outre, la mise en place d'un important service d'ordre, de 6.000 fonctionnaires à titre d'exemple pour la fête des Géants du 9 juin 1998, conduira à engager une large partie des effectifs chargés de la lutte contre la délinquance dans la Capitale, appuyés par des renforts de forces mobiles que constituent les Compagnies républicaines de sécurité et les escadrons de gendarmerie mobile.
Je ne vous cacherai donc pas une certaine préoccupation, et j'ajouterai qu'au vu des éléments communiqués par la presse notamment, on peut raisonnablement penser que les festivités de l'an 2000 seront un événement au moins aussi lourd à gérer que la Coupe du monde de football, en particulier au regard de la longue période qu'ils vont couvrir.
Il va de soi, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, que tous les moyens dont dispose la Préfecture de police seront mobilisés. Toutefois, l'ampleur de certains projets envisagés me conduira à solliciter M. le Ministre de l'Intérieur afin qu'il mette à ma disposition un renfort d'unités mobiles en grand nombre.
C'est ainsi qu'en l'état actuel des informations dont je dispose, les différentes manifestations envisagées pour le 31 décembre 1999 nécessiteront la mise à ma disposition de 50 unités de renfort, au-delà des forces de la Préfecture de police qui seront déployées. Cela représente 4.000 hommes de renfort auxquels s'ajouteront des milliers d'hommes de la Préfecture de police, si les projets restent ceux qu'ils sont actuellement, et je n'en connais pas encore le détail, nous allons nous livrer à des études techniques plus précises avec les organisateurs.
Je suis conduit à m'interroger sur la suite que le Ministre de l'Intérieur pourrait réserver à une telle demande aussi importante en renfort de forces mobiles compte tenu des autres événements qui auront lieu au même moment sur l'ensemble du territoire national.
Il importe donc que ces manifestations ou animations de voie publique soient non seulement coordonnées entre elles, mais également qu'elles aient pu, et nous en avons parlé avec M. le Maire de Paris et avec M. le Secrétaire général qui est en charge de l'organisation de ces festivités pour le compte de la Ville de Paris, et nous allons nous y attacher, être préalablement et soigneusement étudiées.
A cet égard, je dois souligner que mes services ne seront en mesure de valider sur le plan de la sécurité les projets qu'à partir du moment où un dossier précis leur aura été transmis, qu'il aura pu être expertisé, ce qui, pour le moment, n'est le cas que de cette animation, fort intéressante d'ailleurs, du ballon captif au parc André-Citroën qui a recueilli, à la lumière du dossier, notre accord total.
D'ores et déjà, afin de préparer dans les meilleures conditions l'examen des événements envisagés pour l'an 2000, j'ai constitué, comme je l'avais fait pour les grands événements précédents, une cellule particulière qui est évidemment à la disposition des organisateurs et qui va tenir de nombreuses réunions.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, le passage à l'an 2000 doit être une grande fête et une totale réussite ; la Préfecture de police pourra considérer que sa mission aura été bien remplie dès lors que les nombreuses animations et manifestations, dont certaines rassembleront des centaines de milliers de personnes, se seront déroulées en toute sécurité et auront perturbé le moins possible la vie de la Capitale.
Je puis vous assurer que la Préfecture de police ne ménagera aucun effort pour faire en sorte que tous ceux qui auront la chance de participer aux festivités de l'an 2000 à Paris en conservent le meilleur souvenir.
Je vous remercie de votre attention.
(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée.)
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie, Monsieur le Préfet de police.
La parole est à Mme DOUVIN.
Mme Laurence DOUVIN. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, nous attendions avec une certaine impatience votre communication, Monsieur le Maire, sur les festivités qui marqueront l'entrée dans le troisième millénaire à Paris. Je dis avec une certaine impatience parce qu'il faut bien reconnaître que de reports en annulations, ce programme se faisait attendre, alimentant les rumeurs sur les difficultés de son élaboration et sur le choix des événements et des manifestations qui ponctueraient cette période exceptionnelle.
Le programme que vous nous avez présenté confirme que Paris est une ville ambitieuse, confiante en son avenir et porteuse des valeurs humanistes sans lesquelles toute grande action est vouée à l'échec.
Il est placé sous le signe du coeur, de la générosité, de la solidarité et de l'ouverture aux autres.
Comment ne pas souscrire à un tel message car c'est bien cela la dimension fondamentale des festivités de l'an 2000 : resserrer les liens entre les gens, entre les villes, entre les peuples, en quelque sorte retrouver l'atmosphère de fierté collective et de tolérance de la Coupe du Monde.
L'an 2000 sera, bien sûr, une fête et cette fête doit être l'apanage de tous, des Parisiens - cette fête est d'abord la leur -, des provinciaux et des visiteurs étrangers aussi. Elle se déclinera pendant 18 mois, de juillet 1999 à janvier 2001, et prendra des formes diverses mais reposera toujours sur une forte mobilisation populaire.
Monsieur le Maire, la mise au point d'un tel programme n'est jamais chose facile. Après la floraison des idées, dont certaines étaient totalement saugrenues, doit venir le temps du choix des événements qui seront finalement retenus. En jouant la dimension humaine et en privilégiant les événements forts et simples, tournés vers les Parisiens, et tentant de répondre aux besoins collectifs, le programme qui nous est présenté se garde des excès du grandiose et du surdimensionné, tout en veillant à la réalisation de projets durables.
Dans cette situation exceptionnelle, Paris a voulu rester elle-même, et s'est refusée à se livrer à une course effrénée au spectaculaire, à un sorte de surenchère stérile avec les autres grandes métropoles européennes et mondiales.
Paris a également pensé à ses habitants en offrant une vaste palette de fêtes et spectacles en tout genre.
Il faut espérer, Monsieur le Maire, que l'ambition ainsi exprimée par ce projet sera comprise et relayée par l'ensemble des Parisiens. Il est, en effet, essentiel que ceux-ci s'approprient en quelque sorte la fête que vous leur proposez et fassent avec vous, avec nous, le choix du coeur. Cet aspect populaire est à nos yeux déterminant pour la réussite de vos projets. Ces fêtes n'auront vraiment de sens que si les Parisiens y sont pleinement associés.
C'est pourquoi il est bon que de grands événements viennent mobiliser l'attention et il est encore plus important que les festivités de l'an 2000 irriguent l'ensemble des quartiers et des arrondissements de Paris. Les Parisiens ont des idées, il n'y avait qu'à les entendre s'exprimer sur ce thème lors du dernier CICA du 17e arrondissement.
Il faut les associer. Il serait bien, par exemple, que dans tous les quartiers de la Capitale, les enfants et les parents travaillent à créer une fresque géante sur un thème à définir qui pourrait être l'histoire de la ville ou une anticipation du Paris futur. Dans le même ordre d'idée, tous les arrondissements pourraient accueillir des actions culturelles d'envergure, expositions et autres. Paris serait pendant quelques temps une gigantesque exposition.
Je mettrai un bémol à cette présentation, Monsieur le Maire, il s'agit de l'installation de la grande roue Place de la Concorde pendant seize mois. Cette place est la plus belle de Paris, la plus prestigieuse. L'installation d'une grande roue la défigure - cela vaut non seulement pour la place elle-même mais pour toute la perspective du Carrousel du Louvre à l'Arche de la Défense.
Nous vous demandons de reconsidérer son emplacement et de l'envisager, par exemple, dans les jardins de Bercy.
Pour que cette fête soit réussie, elle doit s'adresser à tous et transmettre un message universel, jeter des ponts entre les individus comme elle jettera un pont entre deux millénaires.
La solidarité doit être au coeur de cette manifestation.
Il n'y a pas de fête - ne l'oublions jamais - quand certains restent sur le côté de la route.
Le programme de l'an 2000 comporte de nombreux projets ; certains sont peu coûteux, d'autres très onéreux. La Ville a décidé de limiter sa participation financière à 40 millions de francs. Nous espérons vivement que la recherche de partenaires extérieurs pour la réalisation sera fructueuse car si tel n'était pas le cas, cela poserait un sérieux problème financier. Ce qui nous paraît essentiel, Monsieur le Maire, c'est qu'à présent, la concertation la plus large avec les élus, avec les personnels de la Ville - c'est aussi la fête des 40.000 fonctionnaires qui travaillent pour elle -, avec les associations et notamment avec les professionnels du tourisme, préside à la sélection définitive des projets et à leur élaboration.
Il n'est pas juste, comme le font certains, de dire que ce programme ressemble à un pot-pourri. Par sa diversité, sa richesse, il traduit pleinement les différentes facettes que comporte un événement aussi exceptionnel que l'entrée dans une ère nouvelle, ce moment unique où l'éphémère côtoie le pérenne.
Il nous appartient désormais de relayer sur le terrain cette ambition pour faire de ces festivités un grand moment de ferveur populaire dans lequel se retrouveront au-delà de leurs différences, tous les citoyens de Paris, devenus citoyens d'un monde plus généreux, plus solidaires. Merci.
(Applaudissement sur les bancs du groupe " Paris-Libertés ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame. La parole est à M. MALBERG.
M. Henri MALBERG. - Monsieur le Maire, le débat que nous avons ce matin nous importe beaucoup. Le changement de siècle, puis de millénaire, va occuper les esprits pendant des années.
Il va s'inscrire dans le paysage humain à l'échelle de la planète.
Evidemment, ce n'est qu'une date, un symbole, un mythe, cela agace un peu, mais c'est un réel événement dans la conscience des citoyens.
Et quel événement !
Il se prête à la fête mais aussi au rêve et à l'espoir, c'est une fête politique au plein sens du terme.
Une ville comme Paris, l'une des plus belle du monde, a son rang et un rôle à tenir, quelque chose à vivre et à apporter aux autres.
Les élus communistes veulent pleinement contribuer à la réussite de l'événement, à la mesure de notre amour pour la ville et pour son peuple.
Nous avons pris, Monsieur TIBERI, connaissance avec attention du projet de Paris 2000 que vous avez présenté dans les jardins du Trocadéro le 20 janvier.
Ce projet a plus de consistance que précédemment et je dirai pourquoi, à notre sens, mais on voit aussi plus nettement ses limites.
Je dirai pour commencer oui, oui, il faut faire vivre l'esprit de fête, de rencontre et de solidarité entre Parisiens. Les journées mondiales de la jeunesse et la Coupe du Monde ont montré le besoin populaire de se retrouver ensemble et d'affirmer ses aspirations.
Tout nous convient dans ce qui peut, dans un esprit de joie réciproque entre Parisiens et gens venus du monde entier, affirmer du bonheur dans les rues et sur les places. Nombre de manifestations peuvent le permettre. Le nouvel an en face de la Tour-Eiffel, la fête de la musique sur le périphérique, proposée par la Mission 2000 nationale, la Seine illuminée, Johnny HALLIDAY sur les Champs-Elysées, la grande parade de Paris, le Noël blanc, les messages de paix. Oui, naturellement aussi à l'accueil de 30.000 enfants oubliés des vacances.
Oui à des propositions de réflexion, de débats d'idées, de conférences. Ce sont des initiatives qui permettront de faire vivre notre conception de l'an 2000.
Oui, il nous convient que la ville soit plus belle, qu'elle brille de tous ses feux, que l'an 2000 soit marqué par de grands événements culturels et intellectuels et que des centaines de milliers de parisiens et d'étrangers vivent des moments inoubliables.
Restent des questions essentielles à nos yeux, non résolues, mal maîtrisées. Nos critiques sont de fond.
La première concerne la place du peuple de Paris dans cette affaire. Pas seulement comme spectateur, comme foule, - on a bien vu l'échec des Géants de la Coupe du Monde - mais comme participant actif. Cela pose des questions.
Par exemple, pas un seul habitant de la Capitale ne doit être laissé de côté. Il serait injuste que certains fassent la fête pendant que d'autres en seraient exclus. Il faut donc un large éventail d'ouverture et de gratuité, car toute injustice serait vécue comme révoltante.
La question de la participation se pose aussi pour les grandes initiatives intellectuelles, colloques, échanges, débats. Comment concilier le plus haut niveau et la participation des Parisiens aux échanges qui, après tout, concernent leur avenir ?
Je pense notamment aux états généraux de la Solidarité et aux états généraux de l'Environnement et de la vie quotidienne.
Second groupe de questions, l'éphémère et le durable. On entend beaucoup dire dans Paris " mais que restera-t-il de concret, une fois les lampions de la fête éteints, quelle marque restera dans la vie quotidienne ? "
1900 c'était le métro, et 2000 ? Un nouveau grand monument ? Ce n'est pas à cela que nous pensions. Mais pourquoi pas un train de projets fortement décentralisés, d'investissements en matière de crèches, de logements, de maisons de quartiers, de clubs de jeunes, avec le label " Paris 2000 " ?
Pourquoi ne pas accélérer la couronne de sites propres sur les boulevards extérieurs ? Pourquoi pas un premier tronçon du renouveau du tramway labellisé " Paris 2000 ? "
Pourquoi ne pas proposer à chacun des 20 arrondissements de Paris qu'il choisisse lui-même, dans le cadre d'une enveloppe financière, le projet 2000 qui lui paraît le plus urgent ?
Une initiative marquante serait à cet égard que Paris contribue à faire du 8 mars 2000, journée internationale des femmes, une journée chômée et fêtée officiellement.
Non moins durable serait une initiative concernant la démocratie.
Je vous ai entendu, Monsieur le Maire, parler de démocratie plus directe, plus participative. La plus immatérielle et la moins coûteuse des mesures en termes financiers, mais la plus riche en termes politiques...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Chers collègues, on n'entend pas M. MALBERG.
M. Henri MALBERG. -... serait d'accroître le pouvoir des Parisiens sur les affaires de la Ville.
Au tournant de l'an 2000, décidons d'appeler les Parisiens à une grande aventure, celle des conseils de quartiers, en expérimentant les chemins d'une démocratie urbaine renouvelée.
Voilà qui serait un pari, le Conseil de Paris lançant dans l'esprit d'une rénovation de la loi P.M.L. - débat à venir - une simple idée forte dans tout Paris, à l'Est comme à l'Ouest, des conseils de quartiers associés à la réflexion et au choix sur le devenir de leur ville.
Pour paraphraser André Malraux : " Le siècle qui va commencer sera celui de la démocratie ou ne sera pas ". Que Paris s'en mêle, serait un signe fort. En aurez-vous l'audace ?
Et encore, beaucoup de choses bouillonnent actuellement dans les conversations. Nous pensons que la Mission " Paris 2000 " devrait lancer un appel à idées pour des initiatives de quartier. Une conception citoyenne et démocratique des festivités appellerait la création dans chaque arrondissement d'antennes de la mission, ouvertes à la population et dotées de moyens.
Dans cet esprit, nous faisons une propositions permettant de répondre à l'aspiration à une convivialité de proximité. Pourquoi pas dans le programme général, une journée ou un week-end d'encouragements à la fête et au repas amical entre voisins au pied des immeubles, dans les cités, dans les rues. Une semaine, une journée, ou un week-end, de banquets de citoyens, " sans mentor et sans sponsors ". Et pourquoi ne pas y associer une journée sans voiture ?
Ce qu'a dit M. SEGUELA lors d'un débat de FR 3, fait écho au sentiment profond des élus communistes. Je cite : " Notre ville est la plus belle ville du monde, non pas à cause de Paris, des monuments, il y en a ailleurs, mais à cause des Parisiens. Ce que le monde va venir chercher à Paris, c'est cette espèce d'élégance, d'humour, parfois un peu de violence, de canaillerie, mais aussi de savoir-vivre, de gaieté, parce qu'on s'aperçoit - dit-il à juste titre - que notre gigantesque société de communication n'a été qu'une fabrique de solitude. ".
J'en viens à l'argent, au financement, aux sponsors.
Le budget public est de 40 millions de francs, le reste étant financé par des fonds privés. Qu'on n'engouffre pas des fortunes dans " Paris 2000 " correspond au sentiment des Parisiens. Mais prenez garde, les Parisiens n'apprécieraient pas non plus qu'on peinturlure la ville aux couleurs de Coca Cola, de Mac Donald, de la Lyonnaise des Eaux, ou de TF1.
Personne ne pense que des entreprises privées vont faire vivre les valeurs qui ont construit Paris. Et pour que Paris ne se transforme pas en une immense foire commerciale, il y a une idée de bon sens. Le changement de siècle et de millénaire va être une bonne source de rentabilité pour les grandes firmes commerciales, les géants du commerce, les géants hôteliers, l'immobilier va monter ; taxer les bénéficiaires de cet immense événement serait une bonne politique, et permettrait à la Ville de maintenir la maîtrise publique de l'événement.
D'autres observations, d'abord sur le contenu des grandes évocations de l'histoire de Paris : il serait humiliant pour la ville et le peuple de Paris que le nécessaire débat sur deux mille ans d'histoire ne donne pas sa place au bruit, aux fureurs, aux grandes impulsions progressistes révolutionnaires qui sont pour beaucoup dans le rayonnement de Paris.
Je fais confiance à Robert HOSSEIN pour que 1789, 1793, les révolutions du XVIIIe siècle, 1830, 1848, la commune, le choc historique et antifasciste du Front populaire, comme l'insurrection de Paris " par soi-même libéré ", comme l'a dit le Général de Gaulle, ne soient pas réduits à un consensus mou et appauvrissant. Il ne faudrait pas gâcher cette occasion de remettre à leur place les repères républicains et démocratiques.
J'ai envie de dire : guerre à la guimauve !
Deux mots de politique pour conclure : d'abord, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, la période qui s'ouvre précède les élections communales. Il est dans le rôle du Maire de jouer son rôle de Premier Magistrat de la Ville, mais il ne faudrait pas que les célébrations de " Paris 2000 " deviennent une campagne électorale qui ne dit pas son nom.
Chacun comprend...
(Protestations sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ")
... que cette remarque n'est pas gratuite.
Enfin, un constat qui fâche ! Ce matin, pour la première fois le Conseil de Paris est appelé à discuter d'un événement majeur qui lui est présenté, bouclé, ficelé.
C'est la troisième fois que ce genre de situation se crée en quelques semaines. En décembre, c'était un budget bouleversé la veille d'une séance ; auparavant, la candidature aux Jeux Olympiques de 2008 n'avait été précédée d'aucun débat au Conseil de Paris. On ne peut, Monsieur le Maire, sans grave danger, réduire une Assemblée élue à l'état de chambre d'enregistrement.
Je conclus par une proposition : en étudiant vos projets pour les célébrations de l'an 2000, j'ai relevé l'organisation d'un sommet mondial du cancer à l'Hôtel-de-Ville en février 2000 ; puis-je émettre le souhait qu'à cette date, la Ville se soit véritablement engagée dans le dépistage généralisé et gratuit du cancer du sein pour les femmes de 50 à 69 ans, projet qui a été adopté ici, sous forme de voeu, à l'unanimité ?
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous rassure sur votre préoccupation relative à la préparation des élections municipales ; je ne suis en rien responsable de sa fixation à l'an 2001.
M. Bertrand DELANOË. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, dans moins d'un an, notre Cité abordera l'an 2000 et bien sûr, il faut relativiser la signification des chiffres, aussi ronds soit-il, ils correspondent à un calendrier qui n'a rien d'universel. En revanche, n'en sous-estimons pas la symbolique car il s'agit d'un rendez-vous devant lequel chacun, quelle que soit sa confession, peut prendre une place active, dynamique et motivante.
Mais là où l'occasion pouvait être donnée à tous les Parisiens d'investir leur imagination, leur sensibilité, leur créativité en élaborant un événement qui serait le leur, vous vous l'êtes, au contraire, approprié. Souvenez-vous pourtant de ce que vous affirmiez il y a plus d'un an : tout ce qui sera réalisé à Paris le sera avec les Parisiens ; vous n'avez pas tenu cet engagement. Aucune vraie concertation n'a été mise en oeuvre et pourtant, dès octobre 1997, vous avez proposé des boîtes à idées dans les mairies d'arrondissement, des forums thématiques ouverts à tous les Parisiens.
Quels que soient vos propos de ce matin, vous avez ignoré cette suggestion et personne n'est dupe de certaines arrière-pensées.
L'an 2000 présente bien cette particularité à laquelle vous ne pouvez rien, mais on va y venir, de se situer un an avant les élections municipales.
Mais, mes chers collègues, Monsieur le Maire, avec l'ensemble des citoyens de cette ville, nous serons donc vigilants afin d'éviter toute tentative de détournement de cet événement.
Pour le reste, votre programme présente un contenu très inégal qu'il serait un peu long et un peu vain de commenter point par point. Je constate simplement que par rapport au projet que vous aviez rendu public en décembre 1997 et qui avait été alors conçu par Yves Mourousi, dont je veux ici saluer la mémoire, vous vous êtes livré à une entreprise de dilution qui, me semble-t-il, affadit un peu l'ensemble.
Disparue, par exemple, la Tour de la Terre que vous aviez qualifiée à l'époque, vous, Monsieur TIBERI, de projet-phare ; oublié l'aménagement du Bassin de la Villette et volatilisée la carte " Paris 20 ans 2000 " destinée aux jeunes Parisiens.
Je ne conteste pas l'intérêt que présentent certains aspects de votre programme, de l'humanoscope aux fêtes de la Seine, en passant par le Livre-Capitale, mais j'y cherche en vain une idée fédératrice.
L'an 2000, Monsieur le Maire, c'est l'occasion de faire la fête, bien sûr, mais aussi de poser des actes durables ; les Parisiens ont fait leur ville, leur histoire, ses formes, ses couleurs, et ils doivent écrire son futur.
C'est pourquoi je vous avais proposé de raisonner à l'aune des valeurs qui forgent l'identité de Paris, valeurs intemporelles par définition, mais qui auraient constitué la meilleure source d'inspiration.
Par exemple, le XXIe siècle sera celui d'un environnement urbain à repenser en plaçant l'individu au coeur d'une telle réflexion. Et quel que soit votre discours de ce matin, il n'y a pas, dans votre projet, un imaginatif réellement fort, répondant à une telle préoccupation.
Le XXIe siècle permettra aussi l'affirmation d'une idée qui est restée jusqu'alors théorique, celle de l'égalité entre les femmes et les hommes ; vous l'ignorez totalement.
Le XXIe siècle sera celui de l'Europe, nouvel espace de référence pour des millions d'êtres humains. C'est une dimension complètement absente de vos initiatives ; et à l'heure où la France apparaît comme l'un des derniers lieux de la création cinématographique face à la toute puissance américaine, rien non plus sur le septième art, né pourtant en 1895 à Paris ; Paris qui attendait sans doute une conception moins convenue de l'expression culturelle avec une place accrue pour les jeunes artistes.
" Celui qui a dit non " a bien évidemment toute sa place au sein d'une telle programmation, mais ils sont si nombreux à ne rien pouvoir dire du tout, ces créateurs de l'ombre, metteurs en scène, chorégraphes, peintres ou musiciens, pour lesquels une approche moins institutionnelle aurait été la bienvenue.
Vous avez fait, dites-vous, le choix du coeur, pour illustrer votre concept tout à fait programmé de grands rendez-vous autour de thèmes très graves comme l'exclusion ou le cancer.
Je constate, en revanche, qu'a disparu hélas ce protocole de Paris que vous aviez annoncé en décembre 1997 et qui devait s'appliquer à la diffusion internationale des trithérapies dans la lutte contre le S.I.D.A.
Que la générosité soit présente lors de ces manifestations me semble tout à fait naturel. Cependant, j'éprouve, je ne peux pas vous le cacher, Monsieur le Maire, une certaine gêne à avoir mis en scène, si je puis dire, des questions de cette nature. Un colloque, des états généraux ou autres sommets, certes, mais l'action des scientifiques, des associatifs et autres personnalités qualifiées s'écrit au quotidien, inlassablement, dans un combat de fond qui ne s'accommode pas de rendez-vous médiatisés ou trop éphémères par essence.
Enfin, pour conclure, je regrette l'absence totale de prévision budgétaire, en particulier pour les projets dits labellisés. Les faits ont montré que des événements annoncés initialement ont finalement disparu, faute de financement. Sur ce point aussi, j'aurais aimé que vous soyez plus clair.
Je souhaite que Paris aborde l'an 2000 avec imagination et affirme à cette occasion sa capacité à séduire, à surprendre. Les projets élaborés par la Mission nationale pour l'an 2000 y contribueront, j'en suis sûr, mais c'est surtout aux Parisiens eux-mêmes que je fais confiance pour se saisir de l'événement et le hisser à un niveau digne de leur histoire et de leur cité.
Monsieur le Maire, quelle trace laisseront vos projets ?
1889 nous a légués la Tour-Eiffel. 1900 nous a légué le métro. Quelle empreinte l'an 2000 inscrira-t-il, empreinte dédiée aux générations futures ?
A cette question, Monsieur le Maire, malheureusement, vous n'apportez pas de réponse. Les Parisiens, soyons-en certains, s'en chargeront donc à votre place.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. RIVRON.
M. Alain RIVRON, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, la période qui précède un événement aussi magistral que celui que nous allons vivre en 2000, ouvre la voie au flottement et au doute tant sont importants à la fois l'enjeu et l'attente que suscite la manière dont notre Capitale va aborder cet événement sans précédent ; la dernière référence de l'an 1000 nous ramenant quelque part entre Charlemagne et Saint-Louis, avec bien peu d'informations.
Ce doute, beaucoup d'entre nous l'ont ressenti depuis quelques mois, notamment sous la pression constante du monde de la communication qui veut que chaque événement un peu important soit exprimé, condensé, labellisé dans une idée force, un concept, un thème fédérateur, voire un slogan.
Or s'il est vrai que la plupart des villes du monde ont éprouvé le besoin d'exprimer le passage à l'an 2000 à travers un symbole fort qui sera un monument futuriste comme le " Millenium " de Londres, ou une exposition universelle comme ce que nous prépare Hanovre, mais aussi bien d'autres formes d'identification comme Rome avec la Chrétienté, qui a choisi de canaliser l'immense pèlerinage spontané qui s'organise de tous les continents ; si tout cela est vrai, il est finalement apparu que Paris n'avait pas besoin d'autre thème fédérateur que de renforcer et je dirais de sublimer à l'occasion des festivités de l'an 2000, la fantastique image dont elle jouit aux yeux de millions d'étrangers, prêts à se déplacer demain et qui veulent surtout que notre Capitale soit et reste ce qu'elle est, à savoir : la Ville des Lumières, la Capitale de l'Art de vivre et le creuset des Droits de l'Homme à travers une histoire dans laquelle beaucoup de citoyens du monde se reconnaissent.
Les échos très favorables qui ont suivi votre conférence de presse, Monsieur le Maire, démontrent s'il en était besoin que ce positionnement est le bon et que le plus beau cadeau que notre Municipalité puisse faire aux Parisiens et à tous ceux qui viendront visiter notre Capitale est tout simplement de valoriser Paris, de manière exceptionnelle dans son patrimoine et dans ses atouts existants, avec une place déterminante pour la Seine, en mettant l'accent sur deux dimensions essentielles pour réussir l'an 2000 : la solidarité et l'innovation.
La solidarité, parce qu'elle est synonyme de partage et d'universalité et qu'il convient, pour un tel événement, de ne laisser personne sur le bord de la route.
Il ne doit pas y avoir, comme vous l'avez dit, Monsieur le Maire, d'oubliés de l'an 2000.
L'innovation, parce qu'elle engage l'avenir notamment de tous ceux qui auront 20 ans en l'an 2000 et qu'il nous appartient, à nous les élus d'aujourd'hui, d'ouvrir le regard de nos jeunes vers tout ce qui peut demain, améliorer la qualité de leur vie et lever une partie des angoisses qu'apporte ce troisième millénaire qui démarre dans une société difficile de violence et de chômage.
Ces deux dimensions, la solidarité et l'innovation ressortent bien du superbe logo " Paris 2000 " à la fois moderne et sobre, avec dans ses chiffres futuristes, l'esquisse d'un pont très parisien qui relie les générations et exprime " le choix du c?ur ".
Ces deux dimensions enfin trouveront d'autant mieux leur plénitude, que vous avez décidé, Monsieur le Maire, d'orchestrer la mobilisation de toutes les bonnes volontés, en précisant dans la présentation du projet municipal qu'il ne se situe à ce stade ni comme un point de départ, ni comme un point d'arrivée, mais à un niveau intermédiaire, où le jeu reste ouvert à toutes les initiatives complémentaires et où l'imagination peut, si j'ose dire, encore prendre le pouvoir pour autant que la faisabilité de chaque projet soit assumée et démontrée.
La mission parisienne a accompli depuis 3 ans un travail considérable auquel il convient de rendre hommage, en saluant la mémoire d'Yves Mourousi.
De tout ce travail, notamment d'inventaire et de tri de quelques 600 projets, qui a pu donner le sentiment initial d'un immense patchwork, est aujourd'hui sortie une cohérence qui se traduit dans le bon équilibre entre l'éphémère et le pérenne, entre ce que vous appelez, Monsieur le Maire, le temps de la fête et le temps de la réflexion.
Le temps de la fête sera riche et dense entre deux nuits de réveillon aussi exceptionnelles et vous avez voulu, Monsieur le Maire, que cette fête soit populaire, ludique, innovante et interactive.
Populaire et ludique, elle le sera nécessairement lorsque la Tour-Eiffel égrènera les dernières secondes de ce millénaire, pour embraser 20.000 sports devant plusieurs millions de spectateurs, elle le sera lorsqu'une fois de plus le charisme de Johnny opérera sur 4 générations, réunies pour un grand concert sur les Champs-Elysées, elle le sera lors de la grande parade du 1er janvier, ou lors de cette nuit du 14 juillet où Robert HOSSEIN, brossera pour nous la fresque historique racontant la saga de " Lutèce à l'an 2000 " autour des sites magiques qui ponctuent le cours de notre fleuve.
Populaire et ludique sera une nouvelle génération de géants plus humaine comme le Grand Ballon, la Roue géante, le Livre Capitales, le grand Cadran solaire de la Concorde, sans oublier cet insolite " TOTEQUO ", immense jeu de construction interactif à 20.000 participants.
Populaire et culturel seront associés avec la nouvelle édition des Champs de la Sculpture, les concerts signant la réouverture du Châtelet, les grandes expositions sur le Mexique ou les civilisations d'Asie.
Populaires et sportifs seront les trois grands rendez-vous du championnat de boxe sous la Tour-Eiffel, d'une arrivée du Tour de France totalement parisienne et d'un marathon à 100.000 coureurs.
Mais bien entendu, au-delà des initiatives municipales, ce sont les professionnels de toutes les formes d'expression, de l'art de vivre à Paris : mode, gastronomie, métiers d'art, photographie, peinture et cinéma qui orchestreront parallèlement des événements exceptionnels que la Ville accompagnera pour certains et dont notre Office du tourisme assurera la promotion avec des moyens accrus.
Le temps de la réflexion sera tout aussi dense, mes chers collègues, puisque Paris sera durant 2 ans le théâtre des plus grands rassemblements dans toutes les disciplines : Colloque mondial sur le cancer, Rencontres de mathématiciens, Etats généraux de la Solidarité, Etats généraux de l'Environnement, concours de Création d'entreprises, édition exceptionnelle de la Foire de Paris autour de l'innovation et de la découverte, et nous nous félicitons de ce que tous les grands partenaires de la Ville, comme l'Assistance publique, la Chambre de Commerce, les grandes écoles et universités soient là encore mobilisés.
Quant à nous, élus municipaux, nous sommes conviés par Jean TIBERI à un Sommet des Maires du Monde sur la qualité de la vie dans les grands ensembles urbains du 3e millénaire.
Ce colloque sera incontestablement un temps fort d'échanges sur l'évolution de nos grandes missions de service public, particulièrement dans les domaines de la sécurité, de l'environnement et là encore de la solidarité.
Monsieur le Maire, avec constance depuis 3 ans, vous énoncez la volonté de faire du site de la Seine le théâtre privilégié de ces fêtes de l'an 2000.
Pour avoir été en charge de la valorisation de notre fleuve, nous avons milité à vos côtés avec mes successeurs, pour cette " réconciliation des Parisiens avec la Seine " selon une expression chère à Bernard PONS, qui va se concrétiser avec cette continuité piétonne sur 14 kilomètres, offrant enfin aux Parisiens une promenade sans rupture sur les deux rives, mais aussi cette mise en scène lumineuse et pérenne de nos 36 ponts, qui fera apparaître notre Capitale comme l'écrin d'un collier de lumière, la Seine, ponctuée de joyaux, les monuments qui ont fait l'histoire de Paris.
Les rives de notre fleuve offrent en mezzanine la capacité d'accueil de plusieurs centaines de milliers de Parisiens pour le spectacle.
Nous nous félicitons donc de ce que la Seine sera le vecteur de très nombreuses festivités : tout d'abord et naturellement la fête de la Seine, créée l'an dernier et qui connaîtra un éclat exceptionnel en 1999 et 2000 avec des joutes nautiques, des reconstitutions historiques, des compétitions d'aviron, de ski nautique et une exposition vivante de l'histoire de la Marine, sans oublier tous les prolongements festifs autour des canaux du bassin de la Villette, et notamment les échos de lumière créés sous la voûte du boulevard Richard-Lenoir par le Japonais TAHORA et qui constitueront une expérience tout à fait étonnante de sculptures lumineuses déclenchées au passage des bateaux par la décomposition de la lumière.
Notre collègue M. DELANOË s'est interrogé cette semaine, et encore ce matin, sur la trace que tout cela laisserait dans l'histoire. C'est parfaitement son droit, et cela est d'ailleurs plutôt rassurant, car l'expression du scepticisme chez M. DELANOË recèle en général, une forme d'approbation.
Notre collègue, M. SARRE - sans doute le redira-t-il dans un instant - soutient que nous entrons à reculons dans le 3e millénaire. C'est une manière différente de se poser la question des traces dans l'histoire.
Mais je crois que l'un et l'autre ont tort, parce que le problème ne se pose pas en ces termes-là.
Le rôle de la Ville est de planter le décor, de favoriser l'émerveillement, la création artistique, l'innovation, la réflexion, la convivialité, mais ce sera des acteurs eux-mêmes, c'est-à-dire de tous ceux qui voudront bien participer à cette immense fête, et de leur rencontre avec les Parisiens, que naîtra ou non, à l'instar de ce qui s'est passé pendant la Coupe du monde, un moment magique qui laissera sa trace pour les générations futures.
Vous avez rappelé, Monsieur le Maire, que Paris n'a jamais manqué ses rendez-vous avec l'histoire. C'est à nous collectivement, de relever le défi de l'an 2000 pour en faire un moment magique.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je voudrais, avant de passer à l'orateur suivant, saluer la présence dans la tribune des élèves des classes de 5e, 4e et 3e, accompagnés de leurs professeurs, du collège Saint-Louis, situé 47, rue Montcalm, dans le 18e arrondissement.
(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée).
Merci.
Monsieur SARRE, vous avez la parole.
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement des citoyens, maire du 11e arrondissement. - Monsieur le Maire, d'une certaine manière vous êtes un élu gâté par le sort.
En effet, l'histoire vous offre cette chance insigne d'être le seul Maire de la Capitale, depuis la fondation de notre ville, à pouvoir présider aux fêtes du passage au prochain millénaire.
Le risque, Monsieur le Maire, au vu du programme que vous avez annoncé, est que Paris ne fasse pas belle figure...
En effet, cet événement est le prétexte à un déluge du néant. Parisiens, provinciaux et étrangers seront un million et demi qui choisiront de vivre ce moment unique à Paris, le 31 décembre prochain. Pour que Paris tienne son rang dans ces commémorations qui génèrent une concurrence internationale effrénée, d'un côté l'événement doit, certes, avoir une belle dimension festive, mais il doit aussi en rester quelque chose une fois la fête terminée. Ainsi, les expositions universelles nous ont toujours légué un monument, un thème fort, une découverte.
Dans vos propositions, rien de tout cela, car vous avez délibérément choisi de ne pas retenir de thème fédérateur à ces manifestations.
Privilégier la solidarité, rendre la Seine aux Parisiens, sauvegarder l'environnement, ne sont que des priorités ordinaires qu'il faut réellement mettre en oeuvre et, pour les élus du Mouvement des citoyens, ce sont des combats quotidiens et continus.
Pour que Paris commémore comme il se doit le prochain siècle, deux conditions doivent être réunies :
- un thème central rassembleur et porteur ;
- un budget approprié à la hauteur de l'enjeu.
Je comprends la contrainte budgétaire qui est la vôtre, mais tout de même... Les 40 millions de francs alloués à l'an 2000 sont juste supérieurs à la subvention annuelle octroyée au " Paris Saint-Germain " ! Ils sont entièrement " mangés " par le fonctionnement et la communication, ce qui vous force à recourir, pour financer les animations, au mécénat.
Là est l'erreur.
Dans les premiers dossiers qui m'ont été transmis pour avis, parce qu'ils concernent des animations prévues dans mon arrondissement, je distingue beaucoup de projets " à la petite semaine " présentés par des sociétés créées pour la circonstance.
Vous le savez, Monsieur le Maire, c'est un vieux principe : qui paye décide. En dépendant des sponsors, vous vous condamnez à ne rien maîtriser. Dès lors, comme d'habitude, l'essentiel de ce qui comptera à Paris sera payé par l'Etat et Paris en bénéficiera sans bourse délier : ce sont les grands travaux sur les monuments, les animations comme les portes de l'an 2000.
Venons-en au choix du thème central.
Après avoir sagement abandonné les projets loufoques ou ridicules annoncés voici un an par la Mission " Paris 2000 ", vous proposez 43 animations sans aucun lien conceptuel entre elles. Je n'ai pas d'objections contre beaucoup d'entre elles qui paraissent de qualité, mais j'aurais préféré que la commémoration soit organisée autour du thème des valeurs citoyennes, des idées des Lumières, car Paris fut la matrice des valeurs fondatrices de la Révolution française, de la République et de la Nation, qui ont une portée universelle. Cela aurait constitué un projet collectif autour duquel les Parisiens se seraient rassemblés pour imaginer ensemble l'avenir de leur ville dans ce 3e millénaire.
Il manque aux projets, malgré la reprise en main de la Mission " Paris 2000 ", un effort de mobilisation des ressources intellectuelles qui existent dans les différentes Directions de la Ville, un effort d'imagination. Où est le partenariat avec les grandes associations culturelles de Paris, avec les artistes de talent vivant dans la Capitale ? Quels moyens seront donnés aux mairies d'arrondissement pour que les associations de quartier aient la possibilité d'agir au niveau des arrondissements ?
De votre annonce, Monsieur le Maire, nous retirons l'amère impression que, le calendrier électoral coïncidant avec la fin des festivités de l'an 2000, vous essayerez d'en tirer parti pour redorer à la veille de l'échéance votre blason, comme vous venez de le faire avec l'annonce de la candidature parisienne aux Jeux olympiques.
Je vous le dis, à l'aube du 3e millénaire, Paris mérite assurément mieux que cela.
(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, socialiste et communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
M. GALLAND a la parole.
M. Yves GALLAND, adjoint. - Monsieur le Maire, les interventions qui viennent de se succéder montrent à l'évidence que la critique est aisée et l'art difficile. Nul doute que, quelle que soit l'option que vous avez choisie pour le passage à l'an 2000, cette option eût été porteuse de critiques.
Cela étant, je ne reviendrai pas sur l'importance de l'événement, déjà été signalée par les orateurs qui m'ont précédé, et sur ses paramètres, tels qu'ils sont présentés dans le projet, ou tels qu'ils pourraient se réaliser.
Je voudrais simplement observer que vous avez fait un triple choix pour célébrer le passage au troisième millénaire.
De tout évidence, votre premier choix a été guidé par des préoccupations budgétaires. Dans " Paris-Evénements ", vous nous avez programmé un budget de 40 millions de francs pour ce passage à l'an 2000, budget que nous ne pouvons, en ce qui nous concerne, qu'approuver. En effet, sur le budget qui vient d'être voté, nous n'avons pas deux positions en fonction du moment où nous intervenons : la rigueur budgétaire, nous y sommes extrêmement attachés.
Mais ce budget de 40 millions de francs pose problème, car cela vous amène soit à subventionner, soit même à " sponsoriser le sponsoring ". Nous nous posons donc la question de savoir quel sera le véritable budget affecté par la Ville au passage au 3e millénaire.
Pourquoi ?
Je prends l'exemple du ballon - faut-il l'appeler ballon Fortis ? - à bord duquel les C.E. 2 pourront, gratuitement si j'ai bien compris, faire une ascension.
J'ai posé la question à Bernard BLED dans les réunions d'organisation, pour savoir combien cela coûterait. Je crois que, pour l'instant, c'est inconnu. Pourtant, je suppose qu'il doit y avoir moyen de mener une négociation au sujet du ballon et de connaître le nombre de C.E. 2.
Et surtout, à quel budget cette opération sera-t-elle imputée ? Si j'ai bien compris, elle ne sera pas intégrée dans le budget des 40 millions, mais dans celui des Affaires scolaires. Cela signifie que, pour véritablement juger du budget affecté à ce grand événement, il faudra ajouter au budget direct de 40 millions des budgets indirects, à savoir la part des budgets des Directions de la Ville qui seront affectées à cet événement.
Dernière question, Monsieur le Maire : compte tenu de la durée, aurons-nous un nouveau budget " Paris-Evénements " inscrit au budget 2000 de la Ville ?
Nous partageons donc votre point de vue et votre approche d'un budget modéré, mais nous jugerons de la réalité de ce budget à l'arrivée.
Le deuxième choix que vous avez fait, Monsieur le Maire, est un choix de durée.
Vous auriez pu faire un choix instantané, vous auriez pu faire le choix décembre 1999-janvier 2000. Nous ne l'aurions pas soutenu car nous pensons que c'eût été véritablement une exploitation trop ponctuelle de cet événement.
Vous auriez pu faire un choix large, dernier trimestre 1999-premier trimestre 2000.
Comme l'a fait observer M. le Préfet, vous avez fait le choix d'une très longue période sur laquelle ces événements sont étalés. C'est un choix de 18 mois, qui est évidemment porteur de richesses, mais qui risque aussi d'être porteur de dispersion.
Le troisième choix que vous avez fait, Monsieur le Maire, est un choix " d'événements éphémères au service de la pérennité ", avez-vous dit.
En ce qui nous concerne, nous voyons très bien l'éphémère, nous avons plus de mal à cerner la pérennité.
Naturellement, vous utilisez les sites et nous sommes tout à fait en faveur, comme ceux de nos collègues qui se sont exprimés, d'un certain nombre de manifestations : la montagne à Paris, des concerts, des manifestations de qualité culturelles, sportives et diverses.
Nous pensons cependant, contrairement à notre collègue Henri MALBERG, que ce que vous avez présenté - c'est ce que nous avons cru comprendre - n'est ni bouclé, ni ficelé. Il y a donc encore un espace à la fois pour compléter un certain nombre de projets et, en faisant fonctionner la démocratie au sein de cette Assemblée, pour nous permettre à tous de vous aider, de façon très constructive, à enrichir le dispositif.
C'est ce que nous allons faire, au groupe " Union pour la Démocratie à Paris ", dans les 3 mois qui viennent, Monsieur le Maire. Nous vous présenterons, ainsi qu'à la Mission de l'an 2000, une contribution positive, visant à donner, comme l'ont expliqué un certain nombre de nos collègues, un souffle populaire à ces manifestations.
Nous pensons qu'il y a véritablement moyen de faire beaucoup plus participer comme acteurs les Parisiennes et les Parisiens à ce passage au 3e millénaire. Ils sont, en effet, conviés comme spectateurs massivement, comme participants quelquefois, mais pas comme acteurs.
Et puis, Monsieur le Maire, nous pensons - et je suis frappé par le fait qu'un consensus semble se faire à ce sujet sur les bancs de cette Assemblée - que ce passage au 3e millénaire devra laisser une trace dans la ville.
J'ai noté ce qu'a dit Laurence DOUVIN pour le groupe " Paris-Libertés " : " L'éphémère doit côtoyer le pérenne ", " l'éphémère et le durable " d'Henri MALBERG, ce qu'a dit Bertrand DELANOË, ce qu'a dit Georges SARRE. Nous sommes tous d'accord. Il va falloir compléter et améliorer le dispositif pour qu'il reste une trace de la Ville, et dans la Ville, dans ce passage au 3e millénaire.
Monsieur le Maire, je voudrais que nous soyons tous ensemble, vous le premier, des disciples de Saint-Exupéry. Saint-Exupéry disait : " Si tu veux réunir les hommes, apprends-leur à bâtir ensemble ". Je crois que le projet de qualité que vous nous avez présenté, nous pouvons l'améliorer en étant des disciples de Saint-Exupéry, en associant les Parisiens massivement, en laissant la marque de Paris, votre marque pour le 3e millénaire dans Paris.
(Applaudissements sur les bancs du groupe " Union pour la Démocratie à Paris ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
La parole est à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, vous avez annoncé votre projet de fêtes pour l'an 2000 : petits fours et champagne sont bien à l'image de votre programme.
Où sont les Parisiens là-dedans ?
Je sais bien que nous sommes en pleine improvisation. L'an 2000 n'a été prévu par personne à la Mairie, lorsqu'il était encore temps de marquer cet événement par une ou plusieurs réalisations fortes et durables.
La disparition d'Yves Mourousi a rendu les choses plus difficiles, mais à la date où il a été choisi comme orchestrateur de ces fêtes, il était déjà trop tard pour programmer autre chose que du divertissement.
Nous aurons donc une série de divertissements. Tant mieux ! Mais ce n'est pas la peine d'en discuter. Les Parisiens les oublieront vite, alors que tout le monde, presque un siècle après, se souvient de l'an 1900. Du moment que la Mairie se cantonnera au divertissement : vous avez abandonné le grandiose et des propositions saugrenues, du style " parfumer la Seine ", sans d'ailleurs penser qu'il faudrait l'assainir au préalable... Mais vous donnez dans le surdimensionné, à croire que les réalisations exceptionnelles ne le sont, que si elles sont les plus hautes (roue géante place de la Concorde), les plus grandes (cadran solaire ou livre géant au Palais-Royal), les plus grosses, avec le ballon qui se promènera au-dessus du parc André-Citroën et qui, je l'espère, Monsieur le Maire, ne servira pas de support publicitaire.
Quant à prévoir des états généraux de l'environnement dans notre ville bruyante et polluée, c'est se voiler la face !
Il n'y aura donc aucune innovation qui fera date. Certes, l'éphémère est l'un des ingrédients qui fait la magie des fêtes, mais il serait dommage de ne rien laisser d'utile et de durable aux Parisiens.
Vous avez encore le choix de proposer quelque chose qui soit en rupture avec le passé, un événement qui soit une vraie date. Il est encore temps, Monsieur le Maire, de vous convertir radicalement, pour que l'an 2000 soit " l'an 1 " de l'écologie à Paris.
Il est trop tard pour le tramway mais vous pouvez créer 50 rues piétonnes significatives dans Paris, rendre les quais hauts de la Seine aux autobus et aux piétons, délimiter les surfaces de trois nouveaux parcs, où Parisiens et touristes pourront déjà aller pique-niquer et se détendre pendant toutes ces fêtes, restaurer le magnifique ensemble art-déco de Molitor, avec ses piscines et sa patinoire, sans le noyer dans le béton, plutôt que de construire pour quelques mois, des pistes de ski avec neige et une patinoire au Trocadéro.
Monsieur le Maire, la date à laquelle vous vous convertirez à l'écologie en abjurant le passé, sera une date historique pour Paris.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.
La parole est à Mme SILHOUETTE.
Mme Cécile SILHOUETTE. - Monsieur le Maire, chers collègues, nous vous remercions d'avoir voulu associer les élus de Paris dans la présentation que vous avez faite à la presse des festivités dites " de l'an 2000 ". Pourtant, nous n'avons été associés à aucune des réflexions de la Mission " Paris 2000 ".
Avec votre Secrétaire général, Bernard BLED, également Commissaire général de cette mission et Secrétaire général de l'association " Paris-Evénements ", vous concoctez un programme de 40 millions de francs sans en référer aucunement au Conseil de Paris.
En effet, vous nous informez aujourd'hui d'un programme bouclé que nous n'aurons pas à voter, comme d'habitude lorsqu'il s'agit de vos communications qui engagent pourtant la politique de la Ville.
" Paris, choix du coeur ", " Paris, coup de coeur ", voilà l'emblème de vos festivités. C'est très joli. Mais que proposez-vous ? De la consommation de spectacles, de la contemplation de lumières, de l'événementiel fin de siècle... Où sont les Parisiens que vous souhaitez associer à ce passage, où sont les quartiers ? A l'habitude, certains sites, toujours les mêmes, ont été privilégiés, au détriment de toute la ville.
Une patinoire temporaire au Trocadéro alors qu'il n'en existe plus aucune à Paris ouverte toute l'année, une montgolfière dont la signification et l'intérêt restent obscurs, un concert de Johnny HALLYDAY, symbole de modernité, aux Champs-Elysées, des colloques à l'Hôtel-de-Ville qui feront sans doute la part belle à une participation massive de tous les Parisiens, Robert HOSSEIN pour le 14 juillet...
Pourquoi ne pas avoir consacré l'entrée dans le prochain siècle avec, par exemple, l'ouverture de la petite ceinture aux piétons et cyclistes, avec la mise en site propre des couloirs de bus, avec la diminution du ticket d'entrée dans tous les musées de la Ville, ou avec l'ambition de mettre en place 2.000 comités de quartiers chargés de discuter le budget de la Ville pour l'an 2001, précédés d'un audit sur le fonctionnement du Conseil de Paris, dans un parti pris effectif de pérennisation des réalisation et de " relier notre ville à elle-même, nous relier les uns aux autres ", car vos festivités n'ont rien de pérennes, elles ne symbolisent aucunement l'empreinte que vous voulez affirmer pour le Paris du XXIe siècle.
Pour ces festivités de l'an 2000, je vous propose qu'au moins, en guise de nouveauté, chacune des réalisations donne lieu à une communication budgétaire extrêmement détaillée.
La grande roue, la montgolfière, les concerts, les éclairs de la Tour-Eiffel, les illuminations des ponts de la Seine et du Canal Saint-Martin, Johnny HALLYDAY, Robert HOSSEIN, la Nativité, les sculptures géantes, le village alpin... Toutes ces réalisations entraînent la participation de nombreuses entreprises : comment seront-elles choisies ? Y aura-t-il des appels d'offres ? Qui fera partie des éventuelles commissions d'appels d'offres ? Qui sera le commanditaire : la Ville ou la Mission 2000 ou " Paris-Evénements " ?
Nous demandons que tous ces éléments soient clarifiés dès ce jour devant le Conseil de Paris. Nous vous demandons que des projets de délibération soient présentés lors des prochains Conseils pour l'organisation de chacune des festivités.
(Applaudissements sur les bancs des élus de " Paris écologie, solidarité et citoyenneté ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je me suis exprimé longuement en début de séance, mais je vais apporter quelques précisions à nos collègues, rapidement.
Monsieur DELANOË, le bassin de la Villette sera mis en valeur comme prévu. Je le rassure, il y a des implantations d'oeuvres d'art et des animations diverses.
Quant à la carte Jeunes, non seulement elle est prévue et maintenue, mais elle est étendue aux jeunes jusqu'à 25 ans.
Il y aura une Journée de l'Europe le 9 mai, plus une soirée.
Pour le cinéma, il y aura un festival de Paris exceptionnel avec une ampleur très grande en l'an 2000.
Pour le protocole de Paris, rien n'est abandonné, mais il faut une étude très sérieuse compte tenu du sujet, chacun l'a bien compris. Le budget est prévu, il est clair : il est de 40 millions de francs.
Merci, Madame DOUVIN, d'avoir approuvé ce projet dans son ensemble. Vous avez souhaité que le dossier ne soit pas fermé. Je réponds tout à fait positivement : il n'est pas fermé, et toutes les suggestions d'élus de Paris, d'adjoints ou de conseillers au niveau local, de maires et d'élus locaux et des associations seront examinées.
Quant à M. MALBERG, je le remercie des propos que j'ai considéré, peut-être à tort, globalement plutôt positifs. Les quartiers seront associés très étroitement. Il sera fait une particulière attention au contenu historique de la soirée HOSSEIN, les élus seront associés. Nous serons vigilants : Paris ne sera pas une foire commerciale, comme il l'a précisé.
Quant à M. SARRE, je le rassure : les 40 millions de francs ne seront pas utilisés pour la communication. Il reconnaît d'ailleurs, j'en prends acte, lui aussi que le projet est meilleur que ce qu'il craignait ou qu'il ne l'était dans sa première étape.
Il trouve que le financement est trop modeste. Oui, bien sûr, on peut toujours estimer qu'on peut plus dépenser, mais j'ai le souci de l'argent des contribuables parisiens. C'est pourquoi nous avons fait ce choix de prudence et de rigueur dans le choix budgétaire.
D'ailleurs, M. GALLAND et je l'en remercie, a approuvé ce budget, parce que c'est un équilibre difficile à trouver. Le budget final sera évidemment publié et, je le rassure, communiqué aux élus comme toujours et il n'y aura pas de relance. La pérennité, c'est rendre - pour répondre à sa question et à celle d'autres élus - plus beau et plus durable, et je confirme ce que j'ai dit tout à l'heure, il y aura une participation de la population.
Quant à M. RIVRON, et je le remercie pour le soutien qu'il a apporté, il a bien saisi l'objectif qui était le nôtre d'associer la réflexion à la fête. La partie réflexion tient une place extrêmement importante, sur la solidarité, sur l'éducation, sur la santé, sur l'environnement, etc. Merci, Monsieur RIVRON, de toutes ces précisions.
Madame SCHNEITER, il n'est pas question de parfumer la Seine ! C'est une très mauvaise information, ou était-ce votre souhait ? Je ne sais pas. En tout cas, cela ne nous a pas été soumis, ou si cela a été soumis, cela n'a pas été retenu, il n'en est pas question.
Mme Laure SCHNEITER. - C'était une proposition faite à M. Mourousi.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Le ballon est captif, il ne se promène pas, je vous rassure.
Quant au fait que l'an 2000 soit l'an 1 de l'écologie, notre programme est centré, vous avez sans doute pu le remarquer, sur la qualité de la vie et de l'environnement. Ce sera donc une préoccupation majeure.
Quant à Mme SILHOUETTE, je vois très bien ce qu'elle veut dire, mais je ne suis pas sûr que ce soit de nature à passionner et à divertir, comme elle dit, les Parisiens !
Le budget - je l'ai dit tout à l'heure - sera public. Quant à " Paris-Evénements ", c'est une association. Elle travaillera dans le strict respect de la loi.
Voilà quelques réponses que je voulais apporter. On peut toujours dire, et cela a été dit par un orateur tout à l'heure, qu'on peut faire autrement, différemment, mieux... C'est un équilibre trouvé après de longues réflexions entre la pérennité et le ponctuel. Nous avons souhaité qu'il y ait place pour la réflexion, le dialogue, la projection vers le futur. Quelle sera la vie dans une cité future ? Nous avons voulu qu'il y ait place pour la solidarité, l'environnement, la culture, que ce soient des éléments importants, notamment l'art - l'art au sens large du terme - l'art contemporain, comme certains ne l'ont pas évoqué, et puis la fête, mais avec quelques points forts qui se réfèrent à l'histoire de Paris.
Voilà dans quel esprit nous l'avons fait. C'est, tel que le logo le montre, c'est un très beau logo je crois, le pont entre le passé et l'avenir et la solidarité entre Parisiennes et Parisiens.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
Nous allons maintenant passer à l'ordre du jour.