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Fevrier 2006
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par Mme Violette BARANDA, MM. Sylvain GAREL, Denis BAUPIN et les membres du groupe “Les Verts” relatif à l’attribution d’un jardin portant le nom de Louis Lecoin, militant pacifiste.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2006


 

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Mes chers collègues, nous allons à présent examiner le v?u référencé n° 15 dans le fascicule, déposé par le groupe ?Les Verts?, concernant l?attribution du nom de Louis Lecoin, militant pacifiste, à un jardin ou square de la Capitale. Ce v?u ne se rattache à aucun projet de délibération.

Je donne la parole à Mme Violette BARANDA.

Je vais simplement rappeler que, lorsque le v?u est déposé, comme c?est le cas précédemment, avec tout l?exposé des motifs, il n?est pas utile forcément de relire la totalité. Il faut peut-être le résumer puisque, de toute façon, l?intégralité du texte est publiée au B.M.O.

Mme Violette BARANDA. - Je ne suis pas tout à fait d?accord avec vous. Les v?ux ne sont pas entièrement déposés au B.M.O. Il y a simplement l?exposé des motifs.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Oui, il y a l?exposé des motifs.

Mme Violette BARANDA. - Non, pas l?exposé des motifs, le v?u lui-même. L?exposé des motifs n?est pas marqué.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Ah bon ! Dont acte. Mais essayez de?

Mme Violette BARANDA. - Je vais très vite.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Allez-y.

Mme Violette BARANDA. - A l?heure du débat qui traverse notre société sur le bien-fondé ou non du service civil obligatoire, nous aimerions rappeler la détermination d?un homme qui s?est notamment illustré dans son combat en faveur du statut d?objecteur de conscience.

Né en 1888, Louis Lecoin arrive à Paris en 1905 où il fut tour à tour jardinier, man?uvre dans le bâtiment ou encore cimentier. Avec son mètre cinquante et un, celui que l?on surnommait déjà ?Petit Louis? avait malgré tout un centimètre de trop, sans lequel il n?aurait jamais été soldat. Dès 1907, il éconduit les militaires qui voulaient l?incorporer de force dans une troupe qui devait marcher contre les cheminots en grève. A diverses reprises, il renouvellera son refus, ce qui lui vaudra de passer plus de 12 ans en prison pour insoumission, avant d?être gracié en 1920.

Militant avant la lettre pour l?abolition de la peine de mort, il se démena avec véhémence contre l?exécution des syndicalistes Sacco et Vanzetti, condamnés à mort et pourtant innocents.

Anticolonialiste convaincu, Louis Lecoin en 1958 s?engage contre la guerre d?Algérie. C?est à partir de cette époque qu?il fonde l?hebdomadaire ?Liberté?, afin de soutenir le combat qui allait lui valoir sa renommée : la campagne pour la reconnaissance du statut d?objecteur de conscience. En effet, à cette époque-là, croupissaient en prison des objecteurs, pour la plupart des pacifistes ou des religieux. Au bout de plusieurs années de campagne, Petit Louis obtint la libération des objecteurs ayant fait plus de cinq ans de prison.

Mais pour tous les autres, insoumission signifiait toujours prison. Le 22 janvier 1962, trouvant que les promesses du Gouvernement traînaient en longueur, Louis Lecoin décida alors d?entamer une grève de la faim jusqu?à l?obtention de la loi. Le soutien vint difficilement. La grève de la faim dura 22 jours à 74 ans !

Finalement, le Gouvernement céda. Le projet de loi fut déposé à la Chambre, mais âprement discuté et considérablement remanié par les parlementaires sous l?impulsion de Michel Debré, et ce malgré les protestations énergiques de Louis Lecoin qui assistait à la discussion parlementaire. Le statut d?objecteur de conscience, bien qu?assez éloigné du projet initial fut finalement voté. Revers de la médaille, quelques temps plus tard, une autre loi interdit à quiconque d?en faire la réclame et de le divulguer.

Homme d?une modestie exemplaire, il fut proposé en 1964 pour le Prix Nobel de la Paix, mais il insista pour se retirer devant le pasteur Martin Luther King. Mort le 21 juin 1971, ses obsèques au Père-Lachaise rassemblèrent plusieurs milliers de personnes. D?une humanité exemplaire, il disait souvent : ?Si un bon révolutionnaire doit demeurer insensible à la souffrance qu?il voit ou devine, je suis un mauvais révolutionnaire car ce n?est pas moi qui souhaiterai jamais que les régimes abhorrés accumulent plus d?horreurs pour pouvoir rassembler plus d?arguments contre eux?.

Au-delà des difficultés, Louis Lecoin a été un de ceux qui n?ont jamais renoncé au pacifisme. N?oublions pas qu?à quelques centaines de kilomètres de nous, existent des pays où l?objection de conscience n?existe pas, où le service militaire (parfois plusieurs années) est obligatoire et l?insoumission un crime... Tel est le cas aujourd?hui d?un détenu en Turquie : quatre ans de prison.

Puisque Louis Lecoin fut jardinier et que les jardins sont des lieux pacifiques entre tous, il me semble tout naturel d?associer son nom à l?un deux.

Voilà pourquoi sur proposition de Violette BARANDA, Sylvain GAREL et Denis BAUPIN et des élus Verts au Conseil de Paris, le Conseil de Paris émet le voeu que le nom de Louis Lecoin soit donné à un jardin ou un square de la Capitale.

Je vous remercie.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - La parole est à M. Jean-Pierre CAFFET pour l?Exécutif.

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Un seul mot : avis favorable pour ce mauvais révolutionnaire qu?était Petit Louis.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe ?Les Verts?.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée. (2006, V. 46).