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Decembre 2009
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2009, Discussion budgétaire commune Ville et Département. (Suite).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2009


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je crois qu'il vaut mieux commencer sinon nous ne tiendrons pas dans ce que nous avons à faire aujourd'hui et demain. Pour les explications de vote, chaque groupe aura cinq minutes.

Je donne la parole à M. Ian BROSSAT.

M. Ian BROSSAT. - Merci de penser que ma prise de parole fera venir du monde. Cette explication de vote est le moment de faire le bilan du débat auquel nous avons assisté hier. Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous avons entendu hier beaucoup de choses, en particulier sur les bancs de la Droite. Nous aurons entendu en particulier la Droite nous expliquer que nous avons embauché trop de fonctionnaires, 10.000 de trop. C'est ce que vous avez dit.

Nous aurons entendu la Droite regretter dans le même temps qu'on manque de fonctionnaire à la Ville dans toute une série de secteurs, la propreté, la petite enfance, les parcs et jardins, bref dans l'ensemble des services de la Ville.

Nous aurons entendu les élus U.M.P. hurler au matraquage fiscal, j'ai même entendu l'un d'entre vous parler de piraterie et justifier dans le même temps la création d'un nouveau impôt, la taxe carbone, qui pèsera sur le pouvoir d?achat des ménages.

Nous aurons entendu aussi l'U.M.P. nous faire la leçon sur le social, et justifier dans le même temps la suppression de 100.000 postes de fonctionnaires au sein de la fonction publique d?Etat, qui avouez-le est une belle manière de réduire le chômage dans notre pays.

Nous aurons donc entendu beaucoup de choses, puis est arrivée Mme LAGARDE, et là pour reprendre les mots de Flaubert, ce fut comme une apparition. Nous avons entendu la Ministre de l'Economie nous expliquer, et c'est tout de même extraordinaire, que la Ville de Paris s'endette trop, et de la part d'un Etat qui s'endette comme il s'endette aujourd'hui plus qu'aucun autre Gouvernement n'a contribué à le faire, avouez que c'est l'hôpital qui se moque de la charité.

Nous aurons entendu énormément de choses à l'occasion de ce débat, et je voudrais me féliciter ici que face à tout cela, la Ville de Paris, cette Municipalité dont le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche est membre, et nous nous félicitons d'être membres de cette majorité, nous présentons un budget cohérent qui vise à tout faire pour jouer à plein notre rôle de bouclier social en cette période de crise.

Je voulais me féliciter en particulier des amendements que nous allons contribuer à faire voter à l?occasion de ce budget, je pense aux amendements qui concernent le droit à la santé, nous allons contribuer, avec les autres groupes de la majorité, à faire voter 150.000 euros supplémentaires en faveur des centres de santé, 135.000 euros supplémentaires en faveur de la lutte contre toutes les formes de toxicomanie et on sait que c'est une préoccupation majeure.

Je pense aussi à la question du droit à l'emploi, avec l'amendement que nous allons contribuer à faire voter sur la question des missions locales, pour lutter contre le chômage des jeunes, je pense aussi à la question du droit au logement et au renforcement de la lutte contre le saturnisme.

Voilà autant de contributions qui feront que notre Ville jouera à plein son rôle de bouclier social en cette période de crise.

Je pense aussi à l'amendement budgétaire que nous allons faire voter pour permettre la constitution d?états généraux de la nuit parisienne, parce que défendre Paris en période de crise, c?est aussi défendre sa vitalité, son attractivité, et c?est aussi un amendement que nous allons faire voter à l?occasion de ce budget.

Voilà autant de raisons pour nous de nous féliciter.

Dans le même temps, je voudrais exprimer un motif d'inquiétude en ce qui concerne les personnels. On a vu la très forte mobilisation des personnels de la Ville de Paris hier, il y a beaucoup d'inquiétude, beaucoup de craintes de la part des personnels de la Ville de Paris, beaucoup de difficultés de pouvoir d'achat qui sont d'abord liées aussi à la politique que mène le Gouvernement en ce moment.

Il faut que nous entendions cette colère, ces inquiétudes, et c'est le sens d'un certain nombre de v?ux que nous avons déposés à l'occasion du vote de ce budget, nous souhaitons que les personnels et que notre groupe puissent être entendus sur ce sujet.

Nous voterons donc ce budget avec détermination et vous pourrez compter sur nous, Monsieur le Maire, dans l'année 2010 qui vient.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci. Evidemment, je suis sensible à votre apport et à votre soutien, les deux.

Monsieur LEGARET, vous avez la parole.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Au terme de ce débat budgétaire et au moment de voter, permettez-moi d'abord d'exprimer quelques regrets. M. GAUDILLÈRE, hier, en fin de soirée, m'a fait part de ses intentions. Il n'acceptera aucun de nos amendements et aucun de nos v?ux. C'est dommage. Est-ce une grande surprise ? C'est naturellement avec déception que je constate une fois de plus que la porte se ferme. J'aimerais que ces débats puissent servir à quelque chose. Je veux dire que j'ai été choqué par le fait que M. Bernard GAUDILLÈRE, dans ses réponses hier, ait fait usage à deux reprises d'une référence au P.I.P.P. C?est un document dont nous demandons la communication depuis très longtemps, cette communication nous est refusée et pour soutenir ses arguments, M. GAUDILLÈRE nous dit "Vous n'avez qu'à le vérifier, c'est écrit dans le P.I.P.P.". Nous insistons donc pour obtenir communication de ce document, qui nous permettrait d'y voir plus clair sur votre politique, Monsieur le Maire, en matière d'investissements et d'investissements pluriannuels.

Malgré tout cela, nous ne sommes pas obligés d'être en désaccord sur tout. S'agissant des prévisions budgétaires, un point traditionnellement fait débat, c'est le montant de la prévision des droits de mutation. On sait que ces droits de mutation ont connu des fluctuations très importantes à la hausse au cours de la précédente mandature et depuis deux ans en retrait et en forte baisse.

Vous nous proposez une inscription à 600 millions, nous considérons que c'est, au stade où nous en sommes, une proposition raisonnable. Vous nous dites que s?agissant de la T.P., vous avez des grandes inquiétudes. Je crois que Christine LAGARDE vous a répondu de manière très nette sur ce point hier, très nette, vous n'avez aucune inquiétude à avoir. D'abord, parce que les recettes de taxe professionnelle ont été cette année supérieures à vos prévisions et que la compensation qui interviendra se fera au dernier chiffre connu au 31 décembre 2009. Il n'y a donc aucun risque que la Ville et le Département de Paris soient perdants dans la compensation.

Vous avez eu un échange sur les 100 millions du F.C.T.V.A. M. GAUDILLÈRE nous a dit : "ce n?est pas un cadeau". Non, ce n?est pas un cadeau, bien sûr que ce n?est pas un cadeau, mais reconnaissez tout de même que c?est une année de trésorerie dont vous avez bénéficié. Songez aux adjoints chargés des finances qui vous ont précédé, Monsieur GAUDILLÈRE, qui ne bénéficiaient pas de cette facilité. Une année de trésorerie sur le F.C.T.V.A., c'est tout de même une facilité qui vous a apporté un sérieux coup de main dans une période de crise et de diminution des recettes, notamment des droits de mutation.

Nous avons des points de désaccord, c'est vrai, et il est normal que nous ayons des points de désaccord, il est normal que nous puissions en débattre sereinement et sans susciter des réactions de susceptibilité excessives.

Il y a cette fameuse dette de l'Etat ; dernier chiffre connu : 385 millions. Nous vous demandons d'avoir un peu plus de visibilité sur la nature même de cette dette, en quoi elle consiste et quels sont les délais et les retards que vous constatez.

Je le répète, vous avez gagné une année de trésorerie sur les F.C.T.V.A., il est possible que vous ayez enregistré des retards ailleurs ; je crois qu?il serait indispensable aujourd'hui de faire une balance claire, nette, des retards et des avances.

Nous avons dit : "les investissements sont en retrait, en baisse ou, au mieux, en stagnation". Cela vous fâche et vous devenez très susceptible sur la question. Vous êtes bien obligé de reconnaître que les autorisations de programme sont en baisse ; cela veut donc bien dire que sur vos investissements pluriannuels, nous allons connaître une période de régulation budgétaire sur les investissements. Est-ce d'ailleurs anormal, choquant, scandaleux ? Non. Au moment où vous enregistrez, où vous subissez par les effets de la crise une diminution des droits de mutation, vous nous proposeriez très clairement, très sereinement et dans la plus parfaite transparence, une régulation des investissements, nous ne serions pas forcément en désaccord, mais pourquoi toujours se trouver dans une situation polémique et dans des batailles de chiffres totalement stériles et inutiles ?

Vous nous dites : "nous maîtrisons le fonctionnement" ; nous le contestons. D'ailleurs, si le budget général est en augmentation de 200 millions, alors que les investissements stagnent, qu'est-ce qui augmente ? C'est forcément le fonctionnement.

Là aussi, les économies?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous informe, Monsieur LEGARET, que vous avez atteint cinq minutes.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je termine?

Vous nous aviez annoncé des économies sur le fonctionnement des services et nous ne constatons que des augmentations.

Nous avons une polémique sur le nombre d'agents créés. Nous avions dit 10.000 et cela vous fâche tout rouge.

Les chiffres cités par Mme ERRECART hier sont pourtant parfaitement clairs. Elle nous dit 49.232 agents - c?est bien cela au 31 décembre 2009, il y en avait 39.414 au 31 décembre 2000. Ce n'est pas 2001, Madame ERRECART, c?est 2000 ! Les élections municipales avaient lieu en mars 2001, Madame ERRECART, vous ne pouvez pas prendre comme chiffre de référence le 31 décembre 2001. Cela fait donc 9.898 agents. Je promets solennellement que je ne dirai plus 10.000, je dirai 9.898.

Vous nous proposez une augmentation de la fiscalité à +8 alors que 4,3 serait possible. Nous disons zéro ; c?est possible à condition de faire un effort d'économie.

Je dirai, en terminant, que ce n'est pas parce que l'on dépense de l'argent public que l'on investit pour l'avenir. Vous avez fait des investissements en pure perte, parfois des travaux, notamment sur la voirie, qu'il a fallu refaire et redépenser. Nous considérons que tout cela, c?est de l'argent et des opportunités gâchés, alors proposez-nous, pour tenir compte de la crise, une véritable attitude responsable !

Dans ces conditions, mais cela ne vous surprendra pas, et compte tenu de votre attitude totalement négative sur nos v?ux et amendements, nous voterons contre ce budget primitif.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme BACHE.

Mme Marinette BACHE. - Question : sur quel ton vais-je chanter ?

Oui, Madame DATI, j'entends "la révolte qui gronde" et je m'étonne d'ailleurs que vous puissiez le dire sur une étrange chorégraphie, avec un grand sourire, malgré les suggestions de votre conseiller en communication et les mains jouant des marionnettes.

Contrairement à ce que dit votre chansonnette, non, vous ne "construisez pas un monde de fraternité". Ce serait d'ailleurs risible d'entendre cela, si ce n'était terrible pour les victimes de votre société de privilèges.

Ce serait ridicule, si ce n'était méprisant, pour ceux qui subissent les conséquences de votre politique, pour ceux qui, chaque jour, s'appauvrissent, pour ceux qui perdent leur emploi, pour ceux qui vivent des colis alimentaires. Ce serait ridicule, si ce n?était insultant, pour ceux qui se battent pour vivre debout, pour le maintien du pouvoir d'achat, contre la casse des services publics, pour construire non pas une nouvelle société à la Jean-Pierre RAFFARIN, mais une société de solidarité.

Quant à Mme LAGARDE qui, une fois par an, à la séance budgétaire, vient nous faire l'honneur de ses conseils que nous nous garderons bien de mettre en pratique, elle chante que "la vie est une éternité".

Sachez, Madame la Ministre, que pour des milliers de Parisiens, la vie est, grâce à vous, un combat de tous les jours, un combat pour la fin du mois, un combat pour rester digne, loin du "bling-bling" musical.

J'ai écouté tous les débats et j?avoue que les interventions de la Droite me laisseront toujours perplexe. La crise économique et sociale qui frappe notre pays ne leur a rien appris. Pour eux, rien ne change, toujours les mêmes recettes, haro sur l?impôt, haro sur les personnels.

Deux mots donc sur la fiscalité parisienne.

Oui, la Municipalité a décidé d'augmenter les impôts cette année comme l'année dernière, une augmentation très maîtrisée qui fait que Paris reste toujours une ville où la fiscalité est faible et une augmentation qui est mise au service d'une politique de développement et d?une politique de solidarité, une augmentation qui demande aux propriétaires parisiens un peu de solidarité vis-à-vis des locataires, une augmentation qui rétablit un peu de justice sociale. Bien sûr, cela ne va pas à nos collègues de droite.

D'ailleurs, plus généralement, l'effet redistributeur de l'impôt ne plaît pas au Gouvernement. Il supprime le plus possible de tranches et le plafonne, même pour les plus riches, de manière scandaleuse, au prétexte que tout le monde a le droit de bénéficier de 50 % de son travail.

De qui se moque-t-on ?

Est-ce un travail de faire gérer son portefeuille d'actions par un courtier ? Est-ce un travail de laisser gérer son patrimoine immobilier par un homme d?affaires ? Est-ce normal que les plus-values boursières de plusieurs millions soient taxées à 16 %, c'est-à-dire pas plus que les revenus qui dépassent le S.M.I.C., que la paye d'un chauffeur ou d?un cuisinier puisse être déduite des impôts comme s'il s'agissait de la même chose que d'être contraint à avoir recours à une nourrice ? Où est la justice, où est la République, où est la fraternité ? Il faut revoir vos chansons.

Les mêmes viennent nous donner des leçons à nous sur l?identité nationale, alors qu'ils détruisent tous les liens de la solidarité nationale. Nous sommes en train d'assister à la renaissance des privilèges. Les rois de la mine et du rail ont été remplacés par ceux des médias et des télécommunications, mais les méthodes sont les mêmes.

Comme sous "Napoléon le Petit", on vide les caisses de l?Etat pour rentabiliser les capitaux et vous voudriez nous donner des leçons sur la dette. Eh bien je le dis tout net, oui, nous soutenons la politique fiscale de la Municipalité.

Quant au personnel, c'est encore pire. Votre rejet, votre haine des fonctionnaires, vous n'arrivez même plus à les cacher.

Mme LAGARDE a clairement vanté hier les 100.000 emplois supprimés par le Gouvernement. Au moins, les choses sont claires : vous méprisez ces femmes et hommes qui, à travers la Ville et l?Etat, servent les citoyens, vous n'avez pas la moindre considération pour eux, même si vous tenez votre habituel double langage ; vous voulez moins de fonctionnaires, sauf dans vos mairies.

Eh bien nous approuvons sans réserve que, dans un contexte budgétaire si difficile, pas un emploi ne soit supprimé à la Mairie de Paris.

Un mot encore pour me satisfaire de l?acceptation de notre amendement sur les services publics. Vous savez, Monsieur le Maire, combien nous y sommes attachés.

Plus généralement, je voudrais dire que nous sommes fiers d'approuver un budget qui a su joindre la volonté de mettre Paris en position de rebondir par la défense de l'emploi, de la recherche, de l'innovation, de l'investissement et le souci de prendre soin de tous ceux que la crise a touchés pour ne pas les laisser tomber dans encore plus de précarité.

C'est la double vocation d'une municipalité de gauche. Pour cela, Monsieur le Maire, nous vous soutenons.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement républicain et citoyen, socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Et je vous en remercie.

La parole est à M. SAINT-ETIENNE.

M. Christian SAINT-ETIENNE. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, emprunt, investissement, relance, innovation, ouverture, écologie, telles sont les idées forces que nous attendions de voir se dégager de ce budget primitif de la collectivité capitale pour 2010, mais au lieu d'emprunt, investissement, relance, innovation, nous avons impôt, fonctionnement, enlisement, inertie, fermeture, inaction environnementale ; telles sont les priorités qui sous-tendent, in fine, votre budget.

Autrement dit, Monsieur le Maire, votre budget pour 2010 est, à nos yeux, l'exacte antithèse de ce dont Paris a besoin en cette période de récession prolongée, dans le miroir de ce qu?il fallait faire, son reflet négatif. Mais reprenons les choses point par point.

Lorsque nous disons "emprunt", vous dites "impôts". La Ville aurait dû choisir d'emprunter pour financer des investissements et compenser le manque à gagner fiscal et financier. Elle dispose de marges de man?uvre en la matière. Au lieu de cela, l'Exécutif a décidé de poursuivre son irresponsable fuite en avant fiscale.

Après avoir progressé de 42 % de 2001 à 2008, les impôts monteront encore entre 2009 et 2010 de près de 25 %. Le résultat est ubuesque :

- d'un côté, le niveau d'emprunt municipal reste élevé mais totalement passif et l'encours de la dette augmente de 300 millions d'euros malgré une baisse des autorisations de programme de 1 milliard ;

- de l?autre, la pression va devenir totalement insupportable sur des Parisiens dont, on ne le dit jamais assez, 78 % disposent de revenus modestes ou moyens. On n'est pas dans un Paris de grands capitalistes ; les Parisiens sont à 80 % des personnes modestes, dont une grande partie sont propriétaires, dieu merci, de leur appartement ; c'est le principal élément de leur patrimoine.

Nos concitoyens vont donc voir leur reste à vivre fondre comme neige au soleil dans l?une des villes les plus chères du monde. Parce que vous dites toujours "fiscalité faible", mais vous oubliez qu?à Paris le mètre carré est le double ou le triple que ce qu'il est en province.

Même constat désolant pour ce qui concerne les grandes masses de dépenses. Lorsque nous disons "investissements", vous répondez "fonctionnement". Depuis votre prise de fonction en 2001, les dépenses de fonctionnement ont explosé, comme vient de le rappeler M. LEGARET : 9.818 agents recrutés pour une augmentation de près de 50 % des charges fixes de personnel.

De plus, les charges fixes, vous avez commis la très grave erreur de les adosser à des recettes extrêmement sensibles à la conjoncture. Avec son retournement, le budget de la collectivité n'a pu que se retrouver pris au piège d'un redoutable et classique effet de ciseau sur lequel on vous avait mis en garde il y a deux ans déjà, dans le groupe Centre et Indépendants. Comme l'expliquait Yves POZZO di BORGO, entre des recettes fiscales en berne et des charges fixes que l?on n?a su que gonfler, il fallait bien trouver une variable d?ajustement. Cette variable, c?est l?investissement : 41 % d'autorisations nouvelles en main, c'est le dernier coup de boutoir porté par ce budget à l'économie de Paris. La sanction massue, conséquence directe de la mauvaise gestion des années passées.

Encore aujourd'hui, face à cette catastrophe, vous refusez de corriger le tir en procédant à la nécessaire et urgente rationalisation des dépenses de fonctionnement de la Ville. Evidemment, dans ces conditions, on est bien loin de là politique d'attractivité que nous avons souhaitée et continuellement appelée de nos v?ux.

Pour sortir de cette logique de sous-développement, Paris a besoin d'innovation. Parce que, s'il est possible de dépenser moins en revoyant les charges de fonctionnement, il est aussi possible de dépenser mieux.

Dépenser mieux en matière de logement en ne réduisant pas le rôle de la Ville à celui d?un vaste organisme de placement d?appartements, en pensant un peu plus aux classes moyennes et à la politique de l'équipement afin de mettre en place une véritable mixité sociale.

L?absence de vision de la majorité se manifeste de manière flagrante également dans son incapacité à penser le Grand Paris et à amorcer le virage environnemental qui s?impose.

En conclusion, faut-il s'étonner d'un tel constat ? Je ne le crois pas. Tout ceci est en réalité dans l'ordre des choses : celui d'une majorité campée sur des représentations du passé qui, dans la plus pure tradition de gauche, ne sait mettre en ?uvre qu'une logique court-termiste de répartition de la pénurie sur fond d?objectifs quinquennaux abstraits.

La logique archaïque qui sous-tend votre action appelle une sanction. C'est pour cela, Monsieur le Maire, que vous ne serez pas surpris que nous ne voterons pas votre budget.

Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Jean-Pierre CAFFET.

M. Jean-Pierre CAFFET. - Merci, Monsieur le Maire. En 5 minutes, évidemment.

Nous avons largement évoqué hier, avec les orateurs de mon groupe, les raisons pour lesquelles nous voterions ce budget. Elles sont nombreuses, mais ce matin, je voudrais en retenir trois.

La première de ces raisons, c'est que, comme l'an dernier, ce budget s'inscrit dans un contexte exceptionnel, contexte fait à la fois de crise globale et de matraquage des collectivités territoriales par l'Etat. Car le véritable matraquage n?est pas fiscal, le véritable matraquage est là.

Ce budget dessine encore plus nettement les contours d'un nouveau modèle de développement qu'il est nécessaire de mettre en ?uvre pour sortir par le haut de la crise. Il donne donc la priorité absolue à la solidarité grâce à la construction d'un bouclier social destiné à protéger les Parisiens les plus fragiles comme les classes moyennes. Il prépare l'avenir en misant sur l'économie de demain qui reposera essentiellement sur la création, l'innovation, la recherche, tout en soutenant l'emploi actuel et l'insertion des moins qualifiés. Il met, enfin, l'accent sur l'environnement et s'engage résolument dans l'application et la poursuite de la mise en ?uvre du Plan climat.

La deuxième de ces raisons, c'est qu'il respecte scrupuleusement les engagements pris devant les Parisiens, y compris d'ailleurs en matière fiscale.

La troisième de ces raisons, c'est que ce budget est crédible, ce qui n'est pas la moindre de ses qualités. Il l?est dans les priorités retenues, il l?est dans les économies réalisées, il l'est dans la modération du recours à l'emprunt, il l'est dans ses grands équilibres. De ce point de vue, en entendant M. LEGARET, je crois que le débat d'hier a dissipé un certain nombre de doutes, voire d'inquiétudes, que le groupe U.M.P. semblait avoir, puisque ce matin il n'est plus question de cagnotte fiscale, il n?est plus question d'insincérité de ce budget, il est question simplement de quelques interrogations encore sur quelques chiffres. Donc je crois que nous avons convaincu et il faut rendre hommage de ce point de vue probablement à Bernard GAUDILLÈRE.

Enfin, je voudrais dire pour terminer que ce budget est l'exact contrepoint de la politique générale du Gouvernement, faite de cadeaux répétés aux plus favorisés de nos concitoyens, faite de déficits et d'accumulation de dettes.

Je dois dire d'ailleurs qu'il y avait quelque chose de profondément choquant à entendre hier Mme LAGARDE qui, profitant de la visite annuelle qu'elle nous rend? qu?elle rend au Conseil de Paris plus exactement, a tenté de nous expliquer combien nous étions mauvais en matière budgétaire et combien elle était bonne. Pour quelqu'un qui a placé la France en danger pour endettement excessif, juste après la Grèce, le Portugal et l'Espagne, et ce n'est pas moi qui le dis, c?est Christian SAINTETIENNE qui vient de s'exprimer, qui l'affirmait voici à peine 48 heures dans le "Journal du Dimanche", il y avait quelque chose de profondément choquant voire de surréaliste. Comme Ian BROSSAT l?a dit, nous avions vraiment l'impression que c'était l'hôpital qui se moquait de la charité !

C'est aussi parce que ce budget trace une autre voie que celle qu'incarne la Droite dans sa politique générale que nous voterons ce budget avec enthousiasme et détermination, ainsi que les amendements que nous avons proposés et dont une bonne partie porte, je tiens à le souligner, sur l'amélioration de la situation des personnels de la Ville.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Monsieur GAREL, vous avez la parole.

M. Sylvain GAREL. - Merci, Monsieur le Maire.

Les écologistes ont toujours lié social et environnemental, c'est ce qui fait l'originalité de leur démarche politique.

Nous l'avons dit, d'un point de vue social, ce budget, dans un contexte contraint, est ambitieux et aidera nombre de Parisiens en détresse à faire face à la crise. C'est pour cela que nous voterons ce budget et même, sur ce volet social, nous tenons à redire notre soutien aux salariés de la Ville qui ont manifesté hier et qui, je crois, ont des raisons sérieuses de le faire.

Concernant le volet environnemental, Paris avait pris un temps d'avance en 2007 en adoptant un Plan climat ambitieux.

Depuis, malheureusement, la crise climatique s'est aggravée et nécessite de revoir nos émissions de gaz à effet de serre à la baisse. L'objectif ne doit plus être de moins 25 % à l'horizon 2020 mais de moins 40 % : c'est ce que disent tous les experts sérieux et ce sont aussi les engagements que prennent nombre de villes et de pays européens.

C?est ce que proposaient plusieurs de nos amendements qui s?appuyaient sur une étude sérieuse du C.N.R.S. Vous n'avez voulu ni que l'on vous présente cette étude ni examiner sérieusement nos amendements. Paris est désormais à la traîne dans la lutte contre le dérèglement climatique et c?est pour nous un profond regret.

Vous êtes d?ailleurs, de ce point de vue, Monsieur le Maire, en phase avec le Président de la République qui hier, lorsqu'il a présenté son grand emprunt, n'a rien trouvé de mieux que de classer le nucléaire comme une énergie renouvelable et de supprimer 2 milliards d?euros de l?emprunt pour l?isolation des logements sociaux.

Toutes ces décisions sont la preuve que, si on veut des politiques écologistes, il faut des majorités d'écologistes pour les diriger. Bien sûr !

Deux choses, pour terminer, qui ne sont pas directement liées à votre budget mais qui vont dans le sens de ce que je viens de dire.

Cet après-midi, en plein milieu de Copenhague, vous allez imposer aux Parisiens, qui n'en veulent pas, la construction d'une tour de bureaux de 200 mètres. Ce matin Orange, qui devant le cabinet d?Anne HIDALGO s'était engagé à attendre une nouvelle charte avant d?installer une antenne rue des Portes blanches, a fait un coup de force et est en train d'installer son antenne.

Tout cela montre que vous n'avez aucun respect pour les écologistes.

Je terminerai en vous disant, Monsieur le Maire, une phrase qui est le titre d'un film québécois - c'est un documentaire - sur le monde ouvrier québécois : "le mépris n'aura qu'un temps".

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur GAREL, ma réaction sera contrastée, car, comme en même temps vous votez le budget, j'imagine que vous êtes pour. Il y a un moment où il y a des choses sur lesquelles on n'est pas d'accord, je préfère ne pas le dramatiser.

Je remercie tout le monde pour ce débat général, qui effectivement a eu ses moments de tension, mais a eu ses moments de progrès dans la compréhension démocratique des uns et des autres. Pour le reste, les différences font partie de la richesse de nos pratiques.

Nous allons maintenant mettre successivement aux voix les budgets d'investissement et de fonctionnement de la Ville, les budgets spécifiques, le budget spécial de la Préfecture de police.

Le vote des budgets d'investissement et de fonctionnement de la Ville de Paris s'effectuera par chapitre, puis globalement, suivant la nomenclature qui vous a été distribuée. Je vous rappelle qu'il n'y a pas de prise de parole et, quand il le faudra, je demanderai l?avis de M. GAUDILLÈRE, sauf quand je l?ai déjà, pour savoir si l'Exécutif est favorable ou défavorable sur les amendements et des v?ux.