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Mai 2009
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2009, I - Question d'actualité posée par le groupe M.R.C. à M. le Maire de Paris relative à la défense et au soutien de l'école maternelle et pour le maintien d'un haut niveau de service public de la Petite enfance.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2009


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, nous commençons par la question d'actualité posée par le groupe M.R.C.

Vous avez la parole, Madame BACHE.

Mme Marinette BACHE. - Depuis 2002, notre Municipalité s?honore de défendre l'école maternelle comme institution de la République contre les projets plus ou moins clairement exprimés par des gouvernements successifs visant à remettre en cause sa place dans l'Éducation nationale.

De rapport en circulaire, en passant par des déclarations à l?emporte-pièce, les attaques se sont répétées pour insinuer que l'école maternelle n'aurait aucune utilité, que ses missions n'auraient rien de pédagogique, que la simple garderie serait la seule réponse adaptée à l'accueil des tout-petits.

Les débats autour de la nécessité ou non de permettre la scolarisation des moins de trois ans ont été à cet égard très éloquents, tout comme les mesures brutales de suppressions de postes prises depuis sept ans.

Aussi, un pas décisif vient d'être franchi avec l?annonce faite par Mme MORANO de la création dès la rentrée prochaine des jardins d?éveil pouvant recevoir des milliers d'enfant entre deux et trois ans.

Car cette décision, si elle venait à être réalisée, sonnerait le "commencement de la fin" programmée de l'école maternelle. Par ce projet, le Gouvernement compte bien évacuer la question de la scolarité des tout-petits par le développement d'un "mode de garde alternatif", selon les termes de la ministre, qui en disent long sur la considération qu'elle porte à l'école.

Ces jardins d?éveil devront être financées par la C.A.F. et les collectivités locales. Le service sera payant pour les parents, et les financements privés pourront être recherchés. Ces structures devront se trouver idéalement dans les écoles, ou à défaut, dans des locaux jouxtant une école maternelle.

Voilà ce que l'on veut nous imposer. Monsieur le Maire, vous le savez, nous avons déjà dénoncé en 2004 les projets Raffarin de décentralisation qui renvoient aux collectivités locales des compétences qui relèvent en principe du champ régalien de l'État. La mobilisation des enseignants, des parents d'élèves, des élus locaux, et de tous les républicains dignes de ce nom avait permis de contenir bon nombre de funestes desseins du Gouvernement d'alors.

Aujourd'hui, une nouvelle et forte mobilisation se fait jour pour faire échec au désengagement de l'État et à la privatisation rampante d'une partie essentielle de notre école.

Nous avons une école maternelle de grande qualité avec des enseignants compétents. Nous savons clairement que la scolarisation précoce est d'une grande efficacité dans la prévention, la lutte contre l?échec scolaire et les inégalités sociales par la préparation à l'acquisition des savoirs fondamentaux et la maîtrise de la langue.

Aussi, nous vous demandons d'intervenir le plus énergiquement possible pour défendre et soutenir l'école maternelle, et pour le maintien d'un haut niveau de service public de la Petite enfance.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire, et merci, Madame BACHE, pour votre question.

Vous avez rappelé à juste titre à quel point l'école maternelle a une place importante et particulière dans notre pays. Avec un taux de scolarisation des enfants de trois à six ans qui avoisine les 100 %, ce système est de fait, reconnu pour la qualité de son encadrement et de l'enseignement qui est prodigué aux plus petits des écoliers de notre pays. Ce choix fait bénéficier l'école maternelle en France d'une renommée importante, et les parents et les enseignants y sont attachés.

Dans ce contexte, on ne peut être qu'interloqué par les différentes attaques dont l'école maternelle fait l'objet depuis quelques mois, voire quelques années. Vous y faisiez allusion, les propos maladroits, si je suis aimable, provocateurs si je le suis moins, du Ministre de l'Éducation nationale il y a quelques mois avaient fait débat dans notre pays. Nous avions d?ailleurs eu l'occasion d?y répondre dans cet hémicycle en rappelant que : non, un enseignant de maternelle ne faisait pas qu?emmener un petit à la sieste ou changer ses couches.

(Mouvements divers sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

Ce n'est pas moi qui l?ai dit : c?est M. DARCOS.

Plus grave encore : ce projet dont vous parlez, porté par Mme Nadine MORANO, secrétaire d?État chargé de la famille, et qui justifie votre question concernant la mise en place de jardins d'éveil.

On voit bien que cette proposition n'est uniquement portée que par des considérations budgétaires et elle fait naître beaucoup d'inquiétudes au sein de la communauté scolaire et au sein des personnels qui travaillent dans le secteur de la petite enfance, Christophe NAJDOVSKI aura l'occasion d'en reparler dans le cours de notre séance. Cela fait naître des inquiétudes et des questions, et la première d'entre elles, évidemment, est que la pertinence de la scolarisation des enfants de moins de trois ans est de fait totalement remise en cause.

Alors, aujourd'hui, d'ailleurs, que ce soit nationalement ou à Paris, la scolarisation de ces enfants n'est plus considérée comme une priorité par le Ministère de l'Éducation nationale. À Paris, aucune ouverture de poste n?a été prise ses dernières années pour accueillir ces enfants de moins de trois ans. Le résultat est le suivant : à Paris, 2 % des enfants de moins de trois ans sont scolarisés aujourd'hui. Cela représente 538 élèves dans le public et plus, ultime paradoxe, 600 dans le privé.

On sait en parallèle que ce sont 13.000 enfants de deux à trois ans qui sont aujourd'hui accueillis dans les structures de garde collective.

Je terminerai juste en disant que le débat sur la scolarisation systématique des enfants de moins de trois ans existe dans la communauté éducative, nous le savons, mais que par contre un consensus s'est dégagé pour dire que la maternelle est absolument indispensable pour le développement des enfants issus de milieux défavorisés ou dont la langue maternelle n'est pas le français. Je continuerai à le répéter autant que possible à tous nos interlocuteurs au Rectorat.

Pour toutes ces raisons, je ne peux évidemment qu'approuver vos propos, réaffirmer l'engagement total de la Ville de Paris pour la défense de l'école maternelle. Nous entendons bien que le Ministère de l'Éducation nationale prenne toutes ses responsabilités en matière d'accueil des enfants de deux à trois ans à l'école maternelle avant d'envisager un tout autre type d'accueil.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.