Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 2009
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

2009, SG 146 - Communication de M. le Maire de Paris sur les politiques de solidarité face à la crise. Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif au renforcement des moyens humains pour les antennes Pôle Emploi. Vœu déposé par le groupe PS-RGA relatif à l'élargissement des dispositifs publics afin d'affronter la crise. Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif à la création de Halles alimentaires pour tous. Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif à l'hébergement d'urgence en hôtel meublé. Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif aux programmes alternatifs de création de maisons-relais et de résidences sociales. Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif à la nouvelle allocation "Paris Logement". Vœu déposé par l'Exécutif relatif à la nouvelle allocation "Paris Logement". Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif à la mise en place d'une évaluation du dispostif du RSA à Paris. Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif à la désignation d'un assistant social référent sur les questions de VIH-/SIDA au sein de la DASES. Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif à la demande de microcrédit personnel pour "amélioration de la santé". Vœu déposé par le groupe PCF-PG relatif au renforcement de l'information faite aux usagers dans les domaines de l'aide sociale et de l'action sociale.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2009


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons maintenant à la communication sur la solidarité.

Mes chers collègues, chacun d'entre nous en a conscience, comme notre pays, notre Ville est durement atteinte par une crise dont les effets sont particulièrement douloureux pour les plus fragiles.

Et cette secousse que nous traversons, personne aujourd'hui ne peut en mesurer exactement l'ampleur ni en déterminer le terme.

Notre collectivité a donc le devoir de se donner tous les moyens de protéger les Parisiens qui se trouvent confrontés à des difficultés de plus en plus lourdes.

La crise actuelle a sur Paris un premier effet direct : une progression très sensible du chômage. Dans la communication écrite, je vous ai donné les chiffres de février 2008 à février 2009.

J'ai maintenant les chiffres de mars 2008 à mars 2009. Le chômage a progressé à Paris de 9,6 %.

Bien que ce chiffre soit très nettement inférieur à celui de l'évolution nationale, qui est sur la même période de 22 %, il invite non seulement à la vigilance mais aussi à une réaction dynamique et adaptée.

Car basculer dans le chômage ce peut être, si les aides disponibles ne sont pas mobilisées, perdre son logement et se retrouver emporté dans la spirale de l'exclusion.

Pour en prendre pleinement conscience, j'invite notre Assemblée à regarder en face ce chiffre : le nombre de dossiers de demande de R.M.I. instruits dans nos espaces Insertion est au premier trimestre 2009 supérieur de plus de 20 % à ce qu'il était dans les trois premiers mois de 2008.

La situation se complique encore du fait d'un problème devenu structurel : le désengagement continu de l'État.

Certains trouvent, semble-t-il, que je souligne trop régulièrement cette anomalie.

(Protestations sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

Qu'ils s'inquiètent car je le répéterai inlassablement jusqu'à ce que les Parisiens retrouvent ce qui leur est dû. Oui, je continuerai à poser ces questions.

Est-il légitime que l'État doive aux Parisiens au 31 décembre 2008 119 millions d'euros au titre du R.M.I. ?

Est-il normal que le mode de financement du R.S.A. ne soit toujours pas précisé ?

Est-il acceptable que la part de l'État dans le financement de nos centres sociaux ait été divisée par plus de deux en sept ans ?

Disons-le simplement, nous ne pouvons pas nous substituer au Gouvernement pour résoudre les problèmes du pouvoir d'achat, de l'emploi, en d'autres termes pour répondre aux défis qui sont ceux de notre pays tout entier.

Malgré toutes ces contraintes, nous avons la ferme intention de faire progresser la solidarité à Paris. Pour cela, nous nous appuyons sur un socle solide, ce qui a été accompli pendant la mandature précédente.

Les dépenses de solidarité ont effectivement augmenté de 72 % en sept ans, ce qui a porté le budget social de la Ville à 1,6 milliard d'euros.

30.000 logements sociaux ont été financés. Ces réalisations ne constituent pour nous rien d'autre qu'un encouragement à faire mieux, plus vite, pour tous les Parisiens.

Telles sont les convictions qui inspirent la communication qui vous est présentée et qui vise deux objectifs : d'abord faire le point sur les actions que nous avons entreprises depuis que les Parisiens nous ont renouvelé leur confiance il y a 14 mois puis présenter les mesures spécifiques que nous prenons pour faire face à une crise inédite dans un contexte rendu plus exigeant encore par la baisse de nos recettes.

J'insiste sur un point : nos initiatives s'adressent non seulement aux plus démunis, aux exclus, à ceux qui, en somme, perdent tout si la collectivité ne leur tend pas la main, mais elles s'adressent aussi aux classes moyennes.

Je saisis du reste l'occasion pour corriger certaines idées reçues. La définition des classes moyennes peut sans doute faire l'objet d'un débat, mais il convient de répéter certaines réalités indiscutables.

Si 12 % de la population de notre Ville se trouvent sous le seuil de pauvreté, ce sont bien les trois-quarts des Parisiens qui sont éligibles au logement social.

Face à la situation présente, que faisons-nous ?

Puisque le premier mal a pour nom chômage, le premier remède, c'est l'emploi. Tel est l'axe de notre plan départemental d'insertion qui devra nous permettre d'atteindre en 2009 9.000 retours à l'emploi.

Nous avons d'autre part développé les contrats aidés qui doivent devenir une véritable passerelle vers le marché du travail. La Ville y prend sa part, en embauchant dans ses propres services 1.600 contrats aidés en 2009. Nous consacrerons un effort particulier à la formation.

Nous comptons aussi beaucoup, pour embaucher des chômeurs, sur le développement de l'économie solidaire. C'est ce que fait "Paris Plage" qui inaugurera cet été le label "Paris Solidaire".

C'est aussi le très bel exemple donné par "le 104" qui a eu recours à 23 emplois solidaires, qui a embauché 10 salariés issus de structures d'insertion et 3 jeunes condamnés à des travaux d'intérêt général.

Je souhaite, d'autre part, souligner nos efforts pour préparer la mise en ?uvre du R.S.A., et j'espère que les services de l'Etat apporteront les moyens suffisants.

Mais, je le dis, nous avons sur ce point de très vives inquiétudes.

"Pôle Emploi" semble à ce jour dépassé, voire submergé.

Les premières victimes de cette impréparation seraient alors les plus jeunes. Car les jeunes sont très durement frappés par la crise et c'est notre devoir collectif de contribuer à les soutenir, à leur donner tous les moyens de préparer leur avenir.

Les cinq missions locales parisiennes seront mobilisées pour accompagner les jeunes vers l'emploi. Nous ouvrirons, en outre, au début de l'année prochaine, une deuxième antenne de "l'école de la deuxième chance". Et nous lançons un nouveau dispositif très innovant fondé sur des partenariats avec des organismes ou des associations, pour aider les jeunes qui, en dépit de leur parcours scolaire, demeurent très éloignés du marché du travail.

L'objectif de cette mesure nouvelle, c'est, vous l'aurez compris, de combattre la pire des injustices : que tout puisse être joué au début de la vie, que les inégalités de la naissance puissent être tenues pour irréversibles. C'est dans cet esprit que nous voulons être des entrepreneurs sociaux pour plus d'égalité entre les citoyens et plus d'équilibre entre nos quartiers.

Pour cela, nous disposons avant tout d'un instrument : le logement.

Et cela commence par la poursuite de notre politique pour le logement social. Nous financerons bien 6.800 logements sociaux cette année. L'Etat a accepté d'être notre partenaire pour 6.000 d'entre eux et nous attendons toujours sa participation pour les 800 derniers. Mais puisque le Président de la République a récemment annoncé son intention d'en construire 70.000 par an dans notre agglomération, j'espère que ces 800 ne poseront plus de problème.

Nous allons également renforcer les aides financières qui permettent de se loger plus facilement dans le secteur privé, avec la mise en place en octobre prochain de l?allocation ?Paris logement? qui aidera les salariés ayant du mal à payer leur loyer.

Ainsi, s'élargira une aide jusqu'à présent réservée aux R.M.istes et pour prévenir les expulsions locatives, souvent entraînées par une chute brutale des ressources, notamment une perte d'emploi, nous renforcerons le "Fonds de solidarité logement".

C'est ce fonds qui finance "louer solidaire" qui a déjà permis d'attribuer 276 logements.

Notre Assemblée délibérera d'ailleurs cet après-midi d'une nouvelle dynamique donnée à ce dispositif. Et nous avons ouvert des possibilités de crédits à des taux très réduits pour les ménages qui ont des difficultés à accéder à l'emprunt bancaire. 120 prêts ont ainsi déjà été accordés depuis le début de cette mandature.

L'ensemble de ces mesures devra, pour être mis en ?uvre, s'appuyer sur des services performants.

Oui, l'efficacité doit s'appliquer au domaine de la solidarité comme à tous les autres secteurs de l'action municipale.

Nous comptons beaucoup, à cet égard, sur le chantier de modernisation des services sociaux engagé par la DASES et le C.A.S.-V.P. en 2009 en cohérence avec le mouvement de décentralisation dont nous parlerons au Conseil de juin.

Le fait, par exemple, que les services de l'aide sociale à l'enfance se délocalisent progressivement dans les arrondissements, en commençant par le 20e, représentera pour les familles une amélioration sensible du service. Et, parce qu'il n'est pas d'efficacité sans évaluation, nous attendons beaucoup du comité de vigilance présidé par Patrick DOUTRELIGNE qui me remettra son premier rapport avant l'été.

Et puis, il faut que tous les Parisiens qui le souhaitent puissent contribuer à l'élan de solidarité. Ainsi, en janvier dernier, a été réunie pour la première fois la "Réserve solidaire de Paris", constituée d'une centaine d'anciens fonctionnaires de la Ville, volontaires pour venir en aide à leurs concitoyens les plus exposés à la crise.

Nous allons, d'autre part, donner une nouvelle dimension au service civique qui permet à de jeunes Parisiens d'expérimenter une activité solidaire. Notre objectif est que le nombre de jeunes concernés passe, avant la fin de cette année, de 50 à

300.

Au-delà des mesures sociales, nous utiliserons, bien sûr, pour ramener de la confiance et créer des emplois, les leviers plus spécifiquement économiques. Car la réponse à la crise, c'est aussi l'encouragement donné à l'investissement, à l'innovation, à l'esprit d'entreprise.

C'est pourquoi la Ville, et c'est un cas unique en France, a décidé de faire passer de 5 à 20 % l?acompte qu'elle verse pour les marchés publics conclus avec les P.M.E. L'appui apporté aux entreprises est en effet un élément essentiel de la relance à laquelle nous devons ?uvrer.

Deux conventions avec des réseaux d'entreprises sont ainsi soumises aujourd'hui au Conseil.

La première est conclue avec "Entreprendre à Paris" qui apporte une aide financière et un accompagnement personnalisé à de jeunes créateurs d'entreprise.

La seconde de ces conventions est établie avec l'association "Incubateur au féminin" qui soutient les femmes créatrices d'entreprise.

J'insiste sur le fait que ces défis, nous ne pourrons les relever seuls. Nous allons continuer de coordonner mieux encore nos politiques sociales avec les communes et les départements voisins. Par exemple, nous allons signer en 2009 un protocole avec Aubervilliers en matière de lutte contre l'insalubrité et de prise en charge des sans-abri, car la solidarité est une dimension fondamentale de notre culture métropolitaine.

Un dernier mot.

Je voudrais exprimer toute ma reconnaissance à mes adjoints chargés de ces secteurs : Christian SAUTTER, Olga TROSTIANSKY, Gisèle STIEVENARD, Myriam EL KHOMRI, Seybah DAGOMA, Bruno JULLIARD. Je sais la difficulté de leur tâche et la conviction et l'ardeur avec laquelle ils s'y consacrent.

Mes cher collègue, avec du courage et de l'humilité, notre Ville pourra sortir de cette crise plus forte et plus juste.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

Comme décidé par la conférence d'organisation, je donne d'abord la parole à Mme Marinette BACHE.

Mme Marinette BACHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Vous l'évoquez à juste titre, la crise frappe Paris : +7,4 % de chômeurs en un an, -42 % d'offres d'emploi. Ce n'est, hélas, qu'un début, car tout le monde a en tête les résultats franciliens de l'enquête intitulée "besoin en main-d'?uvre" qui montre que les intentions d'embauche sont en chute de 18 % par rapport à l'année dernière et, surtout, que cette chute concerne surtout des C.D.I.

Il s'agit non seulement d'une augmentation du chômage mais également d'une augmentation de la précarité à laquelle nous devons faire face.

Les +20 % de demandes de R.M.I. ne représentent donc que la partie émergée de l?iceberg. A précarisation globale, il faudrait une réponse globale.

Cette réponse, ce devrait être au Gouvernement de l?apporter. Historiquement, dans les pires moments de notre histoire, des politiques volontaristes et cohérentes ont été menées :

- grands travaux ;

- vague de nationalisations de l'après-guerre ;

- création de solidarités nationales comme la Sécurité sociale, la retraite ;

- les services publics, comme la S.N.C.F., E.D.F.,

et j'en passe.

Bref, dans des circonstances exceptionnelles, lorsqu'il s'est agi de relever ou de reconstruire notre pays, l'ingéniosité nationale a toujours été au rendez-vous.

Aujourd'hui, l'ingéniosité semble s'être muée en discours sous l?arbre à palabres de l'audiovisuel ! Les seules politiques concrètes, visibles, ce sont celles qui ne font qu?accentuer la crise. Le bouclier fiscal, c'est autant d'argent donné aux spéculateurs que d'argent enlevé à la solidarité nationale.

La mobilité entre entreprises, c'est une précarité et une fragilisation accrue des salariés, comme si déjà la crise ne suffisait pas.

La diminution du nombre des fonctionnaires et la privatisation des services publics, c'est autant de chômeurs en plus et c'est autant de services publics et de solidarités en moins.

Cette politique globale et cohérente dans son absurdité et son injustice va même jusqu'à une gestion ubuesque du pôle emploi. Il est désormais en totale saturation, alors même que son rôle et son travail s'accroissent manifestement de jour en jour. Faut-il être borné et dogmatique pour ne pas s'en apercevoir !

La révolte est partout, des patrons sont séquestrés, les salariés n'ont pour dernier recours que la violence, les enquêtes d'opinion sont désastreuses pour le Gouvernement et le Président mais ceux-ci persistent et signent.

Qui va payer l?addition ? C'est encore et toujours la classe moyenne basse, celle qui, aujourd'hui, se retrouve, à Paris comme en France, au bord de la précarisation. Ce sont encore et toujours les exclus et les précaires qui verront leur situation, théoriquement provisoire, devenir matériellement définitive.

Et, bien sûr, ce sont les collectivités locales. Le chantage exercé ainsi est infâme.

Soit on accepte de voir nos concitoyens se précariser de plus en plus sans bouger, soit on refuse, mais du coup, on doit faire des choix cornéliens dans nos propres dépenses.

Bien sûr, nous avons des promesses ; pour cela, le Gouvernement n'est pas avare. Nous en recevons autant que les amis du Président reçoivent des millions ; c'est dire !

L'Etat s?apprêterait à nous rembourser plus de 100 millions versés par notre Ville pour le R.M.I. Oui, mais voilà, pas un centime en vue.

L'Etat a de grands projets pour Paris, la petite et la grande couronne, projets qu?il assène d?ailleurs sans concertation. Oui, mais voilà, là non plus, pas un centime à l'horizon.

Pire, même, il se désengage de tous les projets d?importance initiés par notre Municipalité et pourtant inscrits dans un cadre métropolitain, comme le tramway.

Il se désengage de secteurs pourtant officiellement prioritaires pour l'Etat et réellement prioritaires pour notre Ville. Sa contribution aux centres sociaux parisiens a diminué de 11 %.

Lorsqu'il a des initiatives qui pourraient sembler heureuses, comme le R.S.A., il reste muet sur la question de la compensation financière aux collectivités locales. Allez savoir pourquoi, on craint, là aussi, d'être lourdement mis à contribution.

Devant le désengagement du Gouvernement, devant son allergie à toute politique de solidarité jusqu'à l'accès au soin et à l'éducation qu'il remet en cause, nous devons accentuer et sanctuariser celle-ci.

L'emploi est notre priorité. Je ne reviendrai pas sur les orientations issues de notre budget général. Aujourd'hui, nous saluons l'ensemble des mesures figurant dans votre communication, Monsieur le Maire, et qui pourront nous permettre d?atteindre notre objectif de 9.000 retours à l'emploi d'allocataires du R.M.I. et que je ne développerai pas ici.

Un mot tout de même sur le P.L.I.E. de l?Est parisien pour saluer sa réussite ; 650 chômeurs ont ainsi pu retrouver un emploi.

Nous regrettons que le Gouvernement n'ait pas donné, pour l'instant, son accord pour y participer, car il s'agit là d'un exemple concret de gestion par notre Ville de ce qui devrait être géré par le pôle emploi devenu exsangue. Il serait curieux de voir le Gouvernement réinjecter des sommes pour pallier ses propres carences, mais ne sait-on jamais, nous ne sommes pas à une incohérence près.

Nous tenons à saluer le développement des clauses sociales dans les passations de marché, afin de permettre l'embauche des personnes en insertion.

Le groupe des élus du M.R.C. souhaiterait aller plus loin, comme nous l?avions dit au moment de la grève de Vélib'. Il nous semble important que des normes sociales soient systématiquement prises en compte, afin de permettre à une entreprise qui ne pratique pas le dumping social d'être concurrentielle.

Nous devons réaffirmer avec force que, contrairement au Gouvernement, nous ne confondons pas efficacité et dumping social.

En ce qui concerne les jeunes, cruellement touchés, nous soutenons bien sûr l'ensemble des mesures évoquées, des 3.000 nouvelles places en foyer de travailleurs à la mobilisation des cinq missions locales parisiennes, en passant par les partenariats avec des organismes et associations pour accompagner des jeunes à la limite de la désocialisation vers un premier emploi.

Je salue tout particulièrement l'augmentation de la capacité d'accueil de l'école de la deuxième chance.

Quel malheur que ce soit notre Ville et non l'Etat qui doive s?en occuper. Mesdames et Messieurs, l'insertion des jeunes, l?éducation, la lutte contre le chômage ne sont-ils pas théoriquement de la compétence de notre Gouvernement ?

Est-ce normal que notre Ville doive mener seule ces combats pendant que Mme PECRESSE déstructure notre éducation nationale ?

Un mot, pour finir, sur le logement qui, là encore, ne semble plus être vraiment la priorité du Gouvernement.

Le dispositif de notre Ville est impressionnant : augmentation du nombre de logements sociaux, aide à l?accès au parc privé locatif, lutte contre l'insalubrité et les marchands de sommeil.

Nous saluons tout particulièrement l'idée d'élargir aux personnes isolées et aux couples avec un enfant le dispositif "Paris logement", ainsi que l?augmentation du plafond pour les aides au logement dont bénéficient des familles monoparentales ou de deux enfants.

La Ville n'oublie pas ceux qui n'ont même plus la capacité de se loger, avec l'augmentation des capacités d'hébergement pour les exclus et la création de nouveaux centres, avec la rénovation et l?humanisation des centres existants, la mise en place de maraudes, etc.

Je terminerai en insistant sur un dernier point. La crise que nous traversons peut accentuer le racisme, l?antisémitisme et le communautarisme. L'Histoire a montré que le rôle et l'émancipation des femmes sont un bon frein à cela.

Je me permets donc d'insister sur l'excellent travail de Mme Fatima LALEM qui ?uvre aussi pour une réelle solidarité.

En cas de crise, la tentation de remettre en cause l'émancipation des femmes par l'accès à l'emploi existe. Nous devons être particulièrement vigilants en ce domaine.

Votre communication montre votre détermination et la mobilisation de l?ensemble de votre Exécutif, Monsieur le Maire, pour permettre à notre Ville de mener une politique de solidarité globale et pleinement efficace.

Votre détermination est la nôtre et celle, j'en suis sûr, des groupes de la majorité. Nous ne pouvons que regretter que la détermination du Gouvernement ne concerne que la perduration de sa gesticulation. A la danse de Saint Guy, notre Ville préfère la mobilisation de ses ressources pour la solidarité.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement républicain et citoyen, socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame BRUNO, vous avez la parole.

Mme Catherine BRUNO. - Monsieur le Maire, votre communication sur les politiques de solidarité face à la crise est un discours pavé de bonnes intentions, mais dont on ne retient aucune modalité de mise en place.

Si vous considérez sans doute que votre présentation, aujourd'hui, est une politique de solidarité cohérente et solide face à la crise, alors oui, nous sommes profondément déçus.

La crise que nous traversons n'est pas une crise passagère. Cette crise structurelle va transformer l?économie et la société entière. Cette crise va bouleverser Paris ; c'est pourquoi elle doit nous amener à repenser notre aide envers les classes moyennes et les plus démunis. Parce que la crise est forte, la réponse doit être forte. Or, votre réponse, Monsieur le Maire, est faible.

Vous vous plaignez d'un désengagement de l'Etat qui pénaliserait la politique de l?Exécutif, mais de quel désengagement parlez-vous ? Le Gouvernement va renforcer les programmes de rénovation urbaine, améliorer les habitats insalubres à travers la construction de 70.000 logements sociaux. Le Gouvernement a également versé une prime de 200 euros fin mars 2009 aux bénéficiaires potentiels du Revenu de Solidarité Active. Il exonère les entreprises de moins de 10 salariés des charges patronales pour leurs embauches en 2009.

Non, Monsieur le Maire, nous ne pouvons pas parler d'un désengagement de l'Etat. Au contraire, alors que le Gouvernement innove pour répondre à la crise, vous nous ressortez des projets du placard, en essayant de nous faire croire que vous participez à l'élan national qu'attendent nos concitoyens. Ce n?est pas comme cela que Paris aidera les Parisiens à rebondir après la crise.

Vous nous annoncez vouloir vous inscrire dans une logique de performance et de bonne gestion.

Pourtant, malgré de vrais moyens déployés pour l'insertion des publics en difficulté et un budget à la hauteur des enjeux, nous regrettons l'absence de cohérence et d'organisation dans la répartition de votre budget de solidarité.

Nous regrettons l'absence de critères objectifs d'évaluation et de réussite.

Aux nombreuses lacunes précitées, s'ajoutent les difficultés de s?y retrouver dans le maquis des aides et des structures. Il serait opportun de revoir comment sont distribuées ces aides.

La mise en place du R.S.A. devra être l?occasion d?une remise à plat et d?un vrai redéploiement pour une intégration efficace, réussie et durable. Ainsi, à compter du mois de juin, plus de 110.000 Parisiens devraient être concernés par cette mesure, soit plus du double du nombre actuel des allocataires du R.M.I., et une augmentation de 22 % entre mars 2008 et mars 2009. Nous serons donc attentifs au suivi des bénéficiaires par la collectivité parisienne.

Nous serons également vigilants au soutien des jeunes Parisiens. Nous avions évoqué, notamment lors du dernier Conseil, la difficulté des jeunes en errance, de plus en plus présents dans notre Capitale.

Le développement, dans votre communication de la problématique spécifique des jeunes, est absolument positif. Néanmoins, aucun dispositif concret ne ressort. Si vous reconnaissez vouloir renforcer l'effort d'insertion des jeunes Parisiens les plus fragiles, vous faites preuve de bien peu d'innovation, alors qu'à situation exceptionnelle, nous devrions mettre en place des solutions exceptionnelles.

Alors oui, les missions locales seront mobilisées. Oui, vous mobilisez le Fonds d'aide aux jeunes. Oui, 300 éducateurs sont déjà mobilisés et alors ? Les missions locales existaient avant la crise, tout comme le Fonds d'aide aux jeunes, tout comme les éducateurs. Où est la nouveauté ? Où est la prise de conscience de devoir créer une nouvelle manière de prévenir et de protéger ?

Nous souhaitons également impérativement qu'une aide particulière soit accordée aux classes moyennes parisiennes, qui sont particulièrement touchées par la crise économique, et dont le reste à vivre est fortement amputé. Quand on prend, dans un pays comme la France, la situation des 20 % de Français les plus modestes, on s'aperçoit que la part de leurs dépenses représente aujourd'hui les trois quarts de leurs revenus, et que leurs revenus disponibles, ce que l'on appelle le reste à vivre, a fortement rétréci.

80 % des Français s'inquiètent d'un découvert bancaire éventuel à la fin du mois. Savez-vous seulement qu'à Paris 25 % des familles déclarent moins de 13.500 euros annuels et qu'environ 15 % des familles vivent sous le seuil de bas revenus.

En outre, dans un contexte d'augmentation forte des loyers, depuis le début des années 2000, de plus en plus de familles s'inscrivent comme demandeurs de logement social, alors que déjà 25 % des familles parisiennes occupent un logement social. De plus, seulement 28 % des familles parisiennes sont propriétaires, contre 56 % des familles françaises.

A la lecture de ces chiffres, tout le monde peut comprendre que les politiques de solidarité devraient être novatrices et massives, tout le monde le comprend mais votre engagement manque d'imagination et de dynamisme. Car aucun dispositif spécifique ciblé sur les classes moyennes n'intègre votre politique de solidarité, alors que ces classes représentent 75 % des Parisiennes et des Parisiens.

Nous appelons à une réflexion plus constructive sur les classes moyennes parisiennes face à la crise et à un réel redéploiement des moyens. Alors que le Gouvernement se mobilise depuis des mois pour soutenir les classes moyennes, afin de ne pas précariser davantage leur situation, une prise de conscience de l'Exécutif parisien est impérative, car nous regrettons que le soutien aux classes moyennes ne soit pas plus fort, et nous craignons la multiplication des drames sociaux et économiques dans les prochains mois, s'il n'y a pas une réactivité plus volontariste de votre part.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.

La parole est à M. Jean-Pierre CAFFET.

M. Jean-Pierre CAFFET. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, la solidarité était déjà notre priorité tout au long de la précédente mandature. De fait, nous en avons considérablement accru les moyens, puisque l'effort en la matière a augmenté de plus de 70 % entre 2001 et 2008. Mais la solidarité prend évidemment une importance toute particulière dans le contexte de récession que nous traversons.

Pour empêcher l'aggravation de la situation de ceux qui sont frappés par la crise, pour éviter que le chômage n'entraîne l'exclusion, pour faire en sorte que la baisse du pouvoir d'achat et le surendettement n'obèrent trop les conditions de la vie au quotidien, c'est donc une véritable politique de protection des Parisiens que nous mettons en oeuvre. Elle s'articule à nos autres actions pour soutenir l'activité, préparer l'avenir et faciliter la sortie de crise, notamment par une politique d'investissement offensive, d'un montant supérieur de près de 20 % à l'effort fourni sous la précédente mandature.

Dans le contexte économique particulièrement difficile que nous connaissons, je veux commencer par dire que les collectivités territoriales doivent faire face au désengagement de l'Etat. En ce domaine, nous avons payé pour voir depuis cinq ans. Ce que nous avons vu justifie notre méfiance et, pourquoi ne pas le dire, notre indignation.

En ce qui concerne les modalités de compensation des transferts de compétences instituées par les nouvelles lois de décentralisation, nous avons vu à quel point elles avaient été insuffisantes et finalement profondément injustes. En effet, la compensation n'a pas suivi l'évolution des dépenses et, pour le R.M.I. notamment, les Départements se sont retrouvés avec un manque de recettes susceptible de grever significativement leur politique d'insertion.

De fait, pour Paris, la dette de l'Etat à ce seul titre se montre aujourd'hui à près de 120 millions d'euros, soit plus de la moitié de ce qui était prévu annuellement, c'est-à-dire 234 millions d'euros. Va-t-on reproduire cette injustice avec la compensation du revenu de solidarité active ? S'il demeure des incertitudes, il est clair que le risque est patent. Ce serait là un nouveau défaussement de l'Etat sur les collectivités locales, alors même qu'en période de crise, ce sont ces dernières qui sont désormais en première ligne pour prendre en charge les risques sociaux.

C'est pourquoi il est essentiel que l'Etat assume ses responsabilités en matière de solidarité et ses positions actuelles, je veux le répéter, nous inquiètent, que ce soit en matière de politique de la ville, avec des engagements qui demeurent incertains pour les quatorze quartiers parisiens, ou en matière de financement des associations, qui oeuvrent auprès des populations en difficulté.

Malgré tout, nous ferons face, et cette communication en atteste. Notre collectivité réaffirme son engagement en faveur de la solidarité avec de nouveaux objectifs et de nouveaux outils : actions en faveur de l'insertion par l'emploi, avec un Plan départemental d'insertion ambitieux, renforcement des dispositifs d'aide au logement, priorité donnée aux jeunes qui sont particulièrement fragiles.

Cette communication met tout d'abord en lumière les nouveaux objectifs que nous nous fixons en termes d'emploi. D'abord, dans le domaine de la formation, en offrant un nouveau programme de formations qualifiantes pour offrir de nouveaux débouchés dans les domaines qui demeurent aujourd'hui porteurs de perspectives d'emploi. Ensuite, par le soutien à la création d'entreprises, afin de permettre à ceux qui sont aujourd'hui exclus du marché du travail de créer leur propre emploi. Enfin, par l'augmentation du nombre de contrats aidés au sein de la Ville, car ce sont de bons outils pour maintenir des personnes dans l'emploi, lorsque la conjoncture est difficile.

Cette question fait l'objet d'un v?u que nous soumettons à cette séance.

Deuxièmement, le logement. Le logement demeure au c?ur des préoccupations des Parisiens, puisque la part du budget qu'ils y consacrent y est significativement plus élevée que n'importe où en France. C'est pourquoi notre collectivité en a fait un des piliers de sa politique sociale.

Ainsi, la nouvelle allocation logement, qui entrera en vigueur à l'automne, offrira un soutien financier à ceux qui n'étaient pas encore aidés par les dispositifs que nous avons mis en place sous la précédente mandature. Cette nouvelle allocation permettra aux Parisiens, dont les dépenses de loyer excèdent 30 % de leurs ressources, de percevoir une allocation. Et de fait, ce sont 17.000 foyers qui sont concernés.

Enfin, notre collectivité est mobilisée pour soutenir les ménages qui rencontrent des difficultés pendant cette période de crise, que ce soit par le dispositif de microcrédit social, qui permet à tous l'accès au crédit, que ce soit par le Fonds de solidarité logement qui a concerné par moins de 21.000 ménages en 2008, aussi bien d'ailleurs catégories populaires que classes moyennes, que ce soit par les aides exceptionnelles d'urgence du C.A.S.-V.P. distribuées en mairies d'arrondissement.

Je veux d'ailleurs ici saluer l'engagement de leur réforme qui permettra une homogénéisation et une professionnalisation des modalités d'attribution, afin d'en faire un dispositif efficace et réactif pendant la crise.

Mes chers collègues, ce présent Conseil va une nouvelle fois faire la preuve du dynamisme de notre collectivité, qui multiplie les actions pour soutenir l'activité économique et protéger les Parisiens. Car, outre cette communication, nous allons être amenés à adopter des délibérations importantes.

Je citerai par exemple le partenariat avec l'association "Réseau entreprendre Paris", qui finance de jeunes créateurs d'entreprise en leur offrant de plus un accompagnement sur trois ans par des chefs d'entreprise ou des cadres dirigeants confirmés.

Je citerai également l'aide apportée par la Ville au fonctionnement de "Paris pionnière", premier incubateur parisien entièrement consacré au soutien des femmes créatrices d'entreprise dans le secteur des services innovants.

Je citerai enfin notre engagement pour l'économie sociale et solidaire, avec l'ambition de créer chaque année cinq structures d'insertion par l'activité économique en favorisant les activités d'utilité sociale ou environnementale ainsi que les services à la personne.

Mes chers collègues, pour conclure, je dirai simplement qu'à n'en pas douter, ce Conseil marquera une claire différenciation dans les politiques menées face à la crise.

A l?agitation désordonnée et contradictoire du Gouvernement, nous opposons une action opiniâtre et cohérente.

Au bouclier fiscal de la droite, qui avantage une minorité de privilégiés, nous préférons notre bouclier logement.

Et face aux inégalités croissantes, dénoncées une fois de plus par certains rapports récents, nous construisons une politique de solidarité active.

Sur ce terrain-là, sachez, Monsieur le Maire, que nous serons toujours présents.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

La parole est à Mme Danielle FOURNIER.

Mme Danielle FOURNIER. - Merci, Monsieur le Maire.

Vous l'avez dit, et nous en faisons quotidiennement le constat, la dégradation de la situation économique a entraîné à Paris une hausse de 9,6 % du nombre de demandeurs d'emploi, et une hausse plus importante (+20 %) du nombre de demandes de R.M.I. Cette aggravation des difficultés sociales intervient alors que la Ville est confrontée à un désengagement massif de l'Etat.

En effet, depuis 2004, l'Etat a cumulé au titre des compensations pour le versement du R.M.I., une dette de près de 120 millions d'euros. Autant de moyens dont notre collectivité est privée pour assumer et amplifier son action en matière d'aide sociale. Et vous avez aussi évoqué la question du fonctionnement des centres sociaux, dont les moyens ont dramatiquement diminué.

Ce désengagement est inadmissible. Inadmissible, d'autant qu'il s'inscrit dans un contexte où avec l'effondrement des droits de mutation, la Ville voit baisser ses ressources fiscales et qu'il ne saurait être question de reporter ses difficultés sur les bénéficiaires des aides sociales, les plus fragiles d'entre les habitants de notre cité.

Le Gouvernement a également pris le risque d'aggraver les difficultés de nos concitoyens en désorganisant à la hâte les structures chargées d'y répondre.

La mise en place du R.S.A. s'annonçait problématique. Avec l?augmentation du nombre de personnes éligibles au R.M.I., elle posera des difficultés plus grandes encore aux personnels chargés d'instruire les demandes. De même, la fusion des ASSEDIC et de l'A.N.P.E. au sein du pôle emploi, décidée sans concertation, laisse les personnels sans moyen face à un afflux considérable de nouveaux demandeurs en même temps qu'aux difficultés liées à la réorganisation.

Cela dit, nous considérons avec vous que la Ville ne saurait arguer des déficiences de l'Etat pour se désintéresser du sort des Parisiens, et cette communication nous semble particulièrement opportune. Nous devons tout mettre en oeuvre pour anticiper sur la dégradation probable, pour une majorité de Parisiens, de leurs conditions de vie.

Ce sont aujourd'hui plus de 10.000 personnes qui vivent à Paris sans logement tandis qu'un foyer sur huit vit avec moins de 817 euros. L'appauvrissement et le sentiment de déclassement de la classe moyenne sont une réalité alors que les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres s'accroissent dans des proportions inquiétantes, que les jeunes sont durement touchés et parmi eux, doublement touchés, les jeunes handicapés.

Face à cette situation, vous l'avez dit clairement : pas un euro ne sera retiré pour les actions des Parisiens en difficulté. Nous nous en réjouissons mais nous nous interrogeons aussi. Cela signifie-t-il également que pas un euro ne sera ajouté ?

Si les difficultés sociales rencontrées par les Parisiens s'accroissent, il est nécessaire, non seulement de maintenir, mais aussi d?amplifier les moyens que nous devons mettre en oeuvre pour les aider à les affronter en faisant aussi preuve d'inventivité pour améliorer leur efficacité, deux pratiques que nous souhaiterions voir se développer.

Il convient donc de s'assurer que les moyens consentis bénéficient d'abord aux plus fragiles. Certaines des aides dispensées par la Ville de Paris le sont sans condition de ressources. Nous considérons que le contexte de crise sociale que nous connaissons impose une adaptation pour réorienter nos dispositifs d'aide vers les Parisiens qui en ont le plus besoin.

Dans cette optique, vous annoncez la création d'un observatoire de l'insertion et de la lutte contre l'exclusion qui s'inspire largement de la proposition que nous avions faite en 2001 de la création d'un observatoire social à Paris. Mieux évaluer les besoins de nos concitoyens, mieux cibler notre politique de solidarité, permettra de s'adapter à l'urgence sociale, aux besoins des personnes, et aussi de renouveler les dispositifs.

Cette culture de l'évaluation par la mise en place d'un comité de vigilance doit rendre les dispositifs plus pertinents pour une mise en oeuvre qui devrait être plus transparente.

C'est pour cette raison que nous plaidons depuis plusieurs années pour la création d'un guichet unique à Paris qui permettrait de simplifier considérablement les démarches des Parisiens.

Vous le savez, ce sont souvent les plus pauvres qui, par méconnaissance, par méfiance de l'administration, ou par isolement, restent à l?écart de dispositifs d'aide auxquels ils pourraient prétendre.

Par ailleurs, Paris est l'une des villes les plus chères du monde, et qu'il s'agisse du logement ou des biens de consommation courante, les barèmes établis sont des barèmes nationaux et les minima sociaux y sont inadaptés. Un bénéficiaire du R.M.I. perçoit, si l?on y ajoute l?allocation logement, autour de 680 euros par mois. Qui oserait prétendre qu?il est possible de vivre décemment à Paris avec une telle somme ?

Nous avons proposé la création d'un revenu parisien universel qui permettrait à la Ville de compenser le surcoût de la vie dans notre Capitale. Ce revenu parisien universel pourrait être associé à la "carte fruits et légumes", dont nous avons développé l?idée lors de la campagne municipale, parce qu'elle était juste socialement, bonne pour l'environnement et pour la santé, et pertinente d'un point de vue économique, en favorisant la création d'emplois dans l'agriculture périurbaine francilienne et chez les détaillants de fruits et légumes. Sa mise en ?uvre est complexe mais la crise rend sa mise en place encore plus urgente au moment où le pouvoir d'achat de nombre de nos concitoyens est touché de plein fouet.

Enfin, vous avez rappelé qu?avant de devenir économique et sociale, cette crise est financière. J'ajouterai qu'elle est aussi environnementale, et qu'elle marque l?échec d'une économie tournée uniquement vers le profit à court terme sans souci des conséquences.

Aussi, il ne s'agit pas seulement de parer à des difficultés temporaires en espérant que la croissance revienne et que tout puisse redémarrer comme avant. Nous sommes confrontés à une crise structurelle et de long terme qui appelle des réponses structurelles, des réponses de long terme, de nouvelles réponses.

Nous considérons que la solidarité n'est pas seulement le social, et que les politiques sociales sont indissociables de notre politique d'investissement. Nos investissements doivent eux aussi être adaptés à ce contexte difficile. Nous devons privilégier ceux qui sont générateurs d'emplois non délocalisables, qui réduisent la pression exercée sur notre environnement et qui améliorent les conditions de vie des Parisiens les plus démunis.

Pour répondre à l'urgence sociale tout en préparant l'économie de demain, celle de l?après-pétrole, la Ville se doit de développer l'économie sociale et solidaire.

Il y a pour cela les régies de quartier dont vous avez fait une priorité de la mandature. Il faut donner aux directions de la Ville des objectifs clairs et chiffrés pour qu'elles passent des marchés avec les régies, pour qu'elles consacrent un budget conséquent à ce type de marché et pour qu'enfin une ligne clairement identifiée leur soit consacrée dans les budgets de fonctionnement.

Il y a aussi les chantiers écoles, les chantiers d'insertion, outils de resocialisation, de formation, de retour à l'emploi.

Là également, l?Exécutif doit aller au-delà des principes généraux et donner des consignes claires aux directions pour identifier, selon un calendrier précis, les marchés qui pourraient être consacrés aux associations d?insertion, que ce soit dans les services d'accompagnement à la personne, du bâtiment ou encore les métiers de l'environnement.

Des partenariats entre ces associations et les écoles de la Ville doivent être établis pour proposer un parcours de réinsertion avec à la clef une formation qualifiante et la possibilité d'accéder à des emplois municipaux.

Les ressourceries constituent aussi un bon exemple des réalisations possibles de l'économie sociale et solidaire. Elles ont pour objectif la récupération, la valorisation et la revente d'objets mis au rebut.

Moins de gaspillage et de pollution pour la planète, plus d'économie pour le porte-monnaie des Parisiens ! Elles sont créatrices d'emplois locaux, socialement utiles et accordent une attention particulière à la qualification et à l'épanouissement de ces salariés.

A ce titre, les investissements consentis en faveur de l'économie sociale et solidaire doivent être augmentés.

En effet, l'E.S.S. est créatrice de lien social, de solidarité en même temps que de biens et de services collectifs. Elle apporte d'irremplaçables réponses à l'exclusion, à l'isolement, aux excès de l'individualisme et de la société marchande.

De même, nous en appelons à une accélération de l'effort prévu par le plan Climat en matière de rénovation thermique du parc social de logements parisiens.

Mieux isoler nos bâtiments c'est créer des emplois non délocalisables dans un secteur d'avenir et dont le développement en France a pris un retard considérable.

C'est aussi diminuer nos consommations d'énergie et nos émissions de CO2, c'est enfin réduire les factures des Parisiens, notamment pour les plus modestes qui consacrent une part particulièrement lourde de leur budget à se loger et à se chauffer.

Notre politique de solidarité doit donc s'inscrire dans ce double objectif de réduction des inégalités sociales et de développement durable.

Les plus démunis sont les premières victimes de la crise sociale comme de la crise environnementale. Paris doit tout mettre en ?uvre pour les aider à affronter et dépasser ces crises.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

La parole est à M. Ian BROSSAT.

M. Ian BROSSAT. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, chers collègues, depuis plusieurs mois, la crise économique frappe l'Europe et la France. Ne soyons pas naïfs, Paris ne fait pas exception.

Si la comparaison avec d'autres villes françaises ou européennes est à son avantage, il n'y a aucune raison de croire au miracle, ce serait d'ailleurs une faute.

C'est un peu comme cet homme qui tombe d'un immeuble et répète pour se rassurer que jusqu'ici, tout va bien.

Non, jusqu'ici, tout ne va pas bien, le chômage progresse et le ralentissement économique est évident. En deux mois, vous l'avez dit tout à l'heure, janvier et février, il y a eu autant de suppressions d'emplois à Paris qu'en six mois en 2007 : 24 plans sociaux, soit 60 % d'augmentation par rapport au premier trimestre 2008.

L'écart se creuse entre les plus riches et les plus pauvres. Le pouvoir d'achat des uns est moribond, celui des autres florissant. Décidément, Nicolas SARKOZY est bien le Président du pouvoir d'achat, il avait seulement omis de nous préciser duquel.

On comprend d'ailleurs mieux sa diligence à protéger ce pouvoir d'achat là avec un bouclier fiscal. On nous dit d'ailleurs que cela ne représente rien. Cela représente tout de même 458 millions d'euros par an.

Cela représente tout juste ce qui pourrait être la contribution de l'État au financement de 76.000 nouveaux logements sociaux.

Au moins, les choses sont claires : quand les caisses de l'État sont vides, cela ne veut pas dire la même chose pour tout le monde, on voit bien quelles sont ses préférences.

Mais si le temps est au beau fixe pour certains, d'autres restent à la porte, au sens propre, une porte que l'on ferme quand ils cherchent un travail, une porte qu'on leur montre quand ils sont licenciés.

A Paris, malheureusement, les portes ont aussi leur importance, elles nous disent ce qu'il en est de notre ambition de rendre la Ville accessible à tous. Elles voient passer le cortège de ceux qui n'ont plus les moyens d'habiter dans la quatrième ville la plus chère de l'Union européenne. Elles voient le goutte-à-goutte désespérant d'une mixité sociale en danger.

A ceux qui se rassurent en disant que le ralentissement économique est moins fort ici qu'ailleurs, je veux répondre en les mettant en garde, ce n'est qu'un leurre. C'est en réalité faire bien peu de cas des Parisiens qui souffrent, de ceux qui perdent leur emploi, de ceux qui se serrent la ceinture, de ceux qui hésitent à aller chez le médecin ou qui ne peuvent plus payer leur loyer.

Paris n'a pas le choix, Monsieur le Maire, la Ville doit s'engager et nous accueillons votre communication comme signe de cet engagement.

Elle tombe à point nommé et met très justement l'accent sur les vraies priorités de ces temps de crise, car si l'on ne fait rien, des milliers de Parisiennes et de Parisiens seront exclus de l'emploi, de la santé, du logement et d'une alimentation saine.

A la logique du Gouvernement qui préfère soigner le confort de quelques-uns au mépris de tous les autres, Paris fait le choix de n'abandonner personne.

La solidarité n'est pas un mot creux, ce n'est pas une aumône, ce n'est pas la charité. Pour la Gauche, la solidarité, ce sont des droits et les droits ne se négocient pas.

La solidarité est une exigence, elle est au coeur de notre action, au coeur de notre conception de la politique. Les droits au logement, à la santé, à l'alimentation et à l'emploi sont des droits comme les autres, ils participent également de la dignité et de la liberté de chacun.

C'est pour cette raison que la mixité sociale et l'accès à la Ville doivent être la colonne vertébrale de notre action. Aujourd'hui, la négligence du Gouvernement permet à la crise de s'attaquer justement à cette colonne vertébrale, elle la casse en deux.

Plus que jamais, Paris a besoin d'un bouclier social. A l'heure où la précarité frappe si fort, la solidarité doit être la priorité des priorités en ce moment. C'est pourquoi le groupe communiste et élus du Parti de Gauche a proposé, dans le cadre de cette communication, une série de v?ux.

En ce qui concerne le droit au logement, nous considérons qu'il faut faire plus encore. Plus que jamais, nous devons éviter les hôtels meublés et les solutions de fortune. Il est désespérant d'engraisser des marchands de sommeil, ces Thénardier des temps modernes, quand nous voulons secourir ceux qui dorment dehors.

C'est un scandale que nous souhaitons voir éradiqué d'ici la fin de la mandature, c'est d'ailleurs le sens de notre v?u qui vise à ce qu'aucune famille ne soit plus hébergée de manière durable dans un hôtel meublé d'ici 2014.

Il nous faut plus de logements, plus de maisons relais, plus de résidences sociales. Il nous faudrait aussi, c'est le sens d'un autre de nos v?ux, donner un caractère de droit connexe local à l'allocation "Paris Logement" pour éviter qu'en fonction des variations des revenus des bénéficiaires du R.S.A., certaines familles se retrouvent éligibles à cette allocation un mois et inéligibles un autre.

Le logement, nous le savons, est la première étape d'une insertion ou d'une réinsertion. La menace, aujourd'hui, c'est qu'il devienne la première étape d'une exclusion, notamment avec la loi Boutin.

En ce qui concerne le droit au travail, vous l'avez dit Monsieur le Maire, il n'est plus possible que l'État ferme les yeux sur le manque de personnel du pôle emploi.

C'est quand même un comble de penser que l'État alimente lui-même les guichets du nouveau pôle emploi en procédant à des licenciements massifs dans le cadre de cette fusion.

Je veux le rassurer : il n'a pas besoin d'amorcer lui-même la pompe en créant du chômage tout seul.

Avec la mise en place du R.S.A. et les licenciements qui explosent, ce devrait être l'inverse. A Paris comme ailleurs, nous redoutons que la mise en place du R.S.A. conduise à développer le travail précaire, le temps partiel et encourage les bas salaires.

C'est pour cette raison que dans un autre v?u, nous demandons que le Département l'évalue au bout d'un an afin de dire la vérité aux Parisiens.

En ce qui concerne le droit à la santé, nous le savons, nos concitoyens sont sur le point de le perdre tout simplement. A l'occasion de la mise en place du microcrédit personnel, nous avons pu constater que 21 % de demandes correspondent à des demandes visant à affronter des dépenses de santé.

En somme, il s'agit de s'endetter pour se soigner, ni plus ni moins. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons que le Maire interpelle vivement la Ministre de la Santé sur cette dérive, Ministre qui se réjouit peut-être que l'hôpital soit plus rentable, mais nous, nous serons en moins bonne santé.

En ce qui concerne le droit à l'alimentation, nous constatons depuis plusieurs mois que la crise et les inégalités grandissantes ont poussé un certain nombre de Parisiens à se tourner vers l'alimentation "low cost".

Nous voyons même se développer des marchés de la misère, je pense notamment au 18e arrondissement où l'on vend des denrées périmées.

Pourtant, nous le savons, une alimentation saine est une priorité de santé publique, c'est pourquoi nous souhaitons que la Ville mette en place, comme nous nous y étions engagés dans le cadre de la campagne municipale, un réseau de halles alimentaires, fruits et légumes.

La Ville de Paris dépense beaucoup d'argent, beaucoup d'énergie à mettre en place un bouclier social et c'est heureux. Cependant, ces droits doivent être mieux connus des Parisiens.

C'est la raison pour laquelle nous souhaitons que des dispositifs spécifiques soient mis en place pour permettre aux Parisiens de connaître leurs droits et de les utiliser.

Paris n'a pas le choix, Monsieur le Maire. Elle n'a pas le choix et il est tout de même terrible de penser que l'État ne l'aide pas dans cette entreprise voire qu'il la freine.

La situation que nous connaissons aujourd'hui, nous la devons à une politique libérale assénée à coups de hache par ce Gouvernement et d'autres avant lui.

Nous la devons à ces années passées à creuser toujours un peu plus profond dans le c?ur de notre protection sociale, à la recherche des profits maximum.

La trop fameuse moralisation du capitalisme dont le Président de la République nous rebat les oreilles n'y changera rien. C'est une promesse d'ivrogne ou de buveur de soda, c'est pareil.

(Protestations sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

Il est regrettable que le Gouvernement s'empresse de trinquer à ses promesses. Au lieu de soutenir les catégories les plus vulnérables de la population, au lieu de les protéger, il se défausse.

Il se défausse sur les collectivités locales quand il reporte toujours plus sur elles le poids des politiques sociales, quand il les étouffe en ne payant pas ses dettes. C?est à croire qu'il tend un piège aux collectivités locales, comme s'il ne voulait pas qu'elles portent ce qu'il ne veut plus assumer lui-même.

Il se défausse sur chacun d'entre nous et, si possible, sur les plus fragiles, plutôt que d'exiger des efforts à ceux qui en ont vraiment les moyens.

Quand il propose, par exemple, de légiférer sur le travail le dimanche, quand il encourage le temps partiel, le Gouvernement demande en fait aux plus précaires de partager encore un peu plus leur précarité.

Je ne me fie pas aux promesses de ces grands groupes très rentables, comme le groupe PPR qui, d'une main, milite pour le travail le soir et le dimanche au nom de l'emploi et, de l'autre, engage un plan social de près de 2.000 personnes pour distribuer un peu plus de dividendes à ses actionnaires.

Promesse d'ivrogne, encore une fois !

Décidément, le capitalisme n'est pas "amendable", pour reprendre les termes d'un auteur que certains connaissent ici. A vouloir moraliser le vice, on le fait au prix de la vertu.

Nous avons de bonnes raisons de ne pas croire à ces promesses, nous les voyons ne pas se réaliser tous les jours à Paris. Au prétexte d?économies d'ailleurs, le Gouvernement va jusqu'à priver de moyens les associations et les structures qui pallient du mieux qu'elles peuvent les carences de ces politiques.

Alors, parce qu?il faut faire bonne figure à chaque nouvelle saison, le Gouvernement fait de grandes découvertes : l'hiver, c'était les sans-abri ; au printemps, c?était au tour des expulsions ; nous attendons tous l'été et la suite de ce feuilleton sinistre !

Dans cette atmosphère de comédie, il ne faut pas oublier que, pour bien des Parisiens, bien des Français, c'est une tragédie qui se joue et c?est dans ce cadre qu?il est insupportable que l?Etat ne rembourse pas la dette qu'il doit aux Parisiens et aux Parisiennes, ces 300 millions d'euros.

Nous proposons d?ailleurs, dans un v?u, que le Conseil de Paris décentralise l'une de ses séances, pourquoi pas devant le Ministère de l'Intérieur et des collectivités locales, pour que le Gouvernement comprenne que les Parisiens réclament leur dû et qu'ils ne se laisseront pas faire.

Car son obsession, à ce Gouvernement, son obsession? de la poudre aux yeux, son volontarisme, du cautère sur jambe de bois, multiplie les embûches sur notre chemin.

Je sais, Monsieur le Maire, que face à ce Gouvernement, notre détermination est entière. C'est le sens de cette communication et nous l?approuvons pleinement.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Jean-François LAMOUR.

M. Jean-François LAMOUR. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, cette crise que traverse le monde est aujourd'hui totale et, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre, l'économie mondiale va connaître une récession de 1,5 %. La France doit affronter des difficultés immenses et Paris est touchée de plein fouet par les conséquences immédiates de ce choc : chômage, baisse du pouvoir d'achat, avec ses conséquences pour le logement et le surendettement. Personne ne sait combien de temps elle durera ni jusqu'où elle ira, mais il y a une chose dont nous pouvons être certains, c'est que le monde est en train de changer et que nous devons préparer l'avenir, penser l'avenir, sans répéter le passé.

Et, Monsieur le Maire, force est de constater que ce n'est pas ce que vous faites.

Quelle est la mesure phare de votre budget 2009 ? Une augmentation massive de la fiscalité. Ça, c'est un vrai budget de combat ! Vous auriez pu au moins accepter, lors du débat budgétaire, notre proposition de limiter l'augmentation des impôts à 4,5 % et surtout de renoncer à la nouvelle taxe foncière départementale qui fait bondir cet impôt de plus de 50 % et qui ne sera pas sans répercussions sur les loyers et les charges des locataires. Mais non ! Vous persistez et donnez un véritable coup de massue fiscale aux contribuables parisiens dont le pouvoir d'achat est ainsi doublement affecté.

Cette crise, finalement, Monsieur le Maire, a eu le mérite de révéler deux des grandes faiblesses de votre gestion : le gaspillage et l'absence d'anticipation. Aujourd'hui, le résultat de cette politique qui n'a en rien préparé les finances de la Ville à une situation moins favorable, c'est la note salée que les Parisiens vont régler ; les Parisiens qui auraient sans doute préféré recevoir de votre part un courrier, à l'instar de celui que leur ont adressé Christine LAGARDE et Eric WOERTH, et qui annonce la réduction de leur impôt sur le revenu. En effet, les contribuables imposés en 2009 dans la tranche à 5,5 %...

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

? vont bénéficier d'une réduction exceptionnelle des deux tiers de leurs impôts, et ce, dès le mois de mai : à Paris - écoutez bien, Monsieur le Maire -, elle bénéficiera à 122.000 foyers.

Monsieur le Maire, nous attendions de votre majorité qu'elle nous fasse des propositions dès l'examen du budget 2009 en faveur de la relance de l'économie parisienne avec, par exemple, des incitations fiscales pour l?installation d'entreprises créatrices d'emploi. Eh bien, non, ces entreprises quittent Paris parce qu?elles sont assommées par la taxe professionnelle.

Votre première mandature a été marquée par la hausse des taxes indirectes, la seconde démarre par une augmentation brutale des impôts locaux directs. Ni plan de relance pour l'économie parisienne, ni plan d'économies pour revoir le train de vie de la Ville : Monsieur le Maire, vous avez à nouveau cédé à la culture de l'impôt. Dès lors, vous ne créez pas les conditions de la relance à Paris. Est-ce ainsi que vous exercez et assumez vos responsabilités de maire de la Capitale ? Paris devrait être un modèle de la relance et non celui à nouveau d'une fracture urbaine et sociale.

Quant à votre communication sur le logement, trois petites pages y sont consacrées, pourtant vous nous dites poursuivre la bataille du logement. Mais, Monsieur le Maire, quel est le terrain déjà conquis ? Quelles sont les offensives fortes et nouvelles en préparation pour faire face à la crise en ce domaine ? 117.000 demandeurs de logement social étaient en attente en 2008. C'est un gain, mais un gain peu glorieux de 4.000 nouveaux inscrits. Ainsi, depuis 2001, 30.000 ménages supplémentaires patientent.

Au lieu de lutter contre l'insuffisance de l?offre sociale ou privée, vous avez réglementé pour contraindre la surface constructible. Au lieu de viser la mixité sociale dans la Capitale, vous avez aggravé la disparité entre les ménages les plus aisés et les plus aidés, en oubliant au passage les classes moyennes.

Finalement, quelles sont ces mesures fortes et nouvelles que vous semblez vouloir nous annoncer ?

"Louer solidaire et sans risque", ce sont seulement 500 appartements qui seront touchés par ce dispositif au mieux sur six ans.

Quant à "Paris logement", il faudra m'expliquer, Monsieur le Maire, quel est le calcul que vous faites, puisque vous provisionnez en année pleine 2,6 millions pour ce dispositif qui devrait, semble-t-il, satisfaire 17.000 ménages. Or, il faudrait au moins 20 millions d'euros pour satisfaire ce dispositif.

Donc, vous le voyez, beaucoup d?annonces, beaucoup de saupoudrage, Monsieur le Maire, et finalement peu de réalité dans vos annonces.

Quant au R.S.A., enfin vous semblez vous y intéresser. Je me souviens finalement qu?en février dernier, vous étiez beaucoup plus que réservé quant à ce dispositif. Pourtant, son utilité n'est pas à démontrer, particulièrement en faveur des travailleurs pauvres, pour lesquels le R.S.A. va constituer un complément de ressources jusqu'à atteindre le niveau de revenu garanti et, sans parler de ce retour vers ce niveau garanti, il permettra également aux bénéficiaires des minima sociaux de reprendre une activité de façon beaucoup plus mieux encadrée.

Cela, Monsieur le Maire, notre groupe l'a toujours défendu dans cet hémicycle.

On regrettera évidemment vos sempiternelles inquiétudes concernant le financement du R.S.A. et votre leitmotiv quant à la dette de l'Etat. Je vous rappelle que les départements sont chargés de financer la part du R.S.A. correspondant au R.M.I. et à l?A.P.I. Par ailleurs, en dépit des explications répétées de Christine LAGARDE, lors du débat budgétaire, vous persistez à évoquer la supposée dette de l?Etat relative au R.M.I.

Les conditions, je vous le rappelle, Monsieur le Maire, du transfert et de la compensation du R.M.I. aux Conseils généraux se sont déroulées dans la plus grande transparence et à l'euro près. L'Etat a respecté ses obligations constitutionnelles à la lettre.

(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

Pour Paris, ce sont 235 millions d'euros qui ont été versés au titre des compétences transférées depuis 2004. L'Etat est même allé, Monsieur le Maire - cela, vous oubliez de le dire ! -, au-delà, avec la mise en ?uvre du fonds de mobilisation départemental pour l'insertion à hauteur de 500 millions d'euros pour l'ensemble des départements.

Alors, cessez, Monsieur le Maire, de vous contenter de la routine dénonçant le pseudo-désengagement de l'Etat. Elle n'est qu'une façon pour vous de fuir vos responsabilités. Ce que les Parisiens attendent, ce que nous attendons, c'est que vous vous mettiez au travail, dans l'esprit de démocratie et de concertation que vous n'avez de cesse de prôner, afin de préparer l?après-crise, de faire de Paris une Ville-monde armée pour la compétition économique du 21e siècle. C'est cela, le Grand Paris ! C'est cela, l'ambition qui devrait vous animer ! C'est en tout cas celle du Président de la République et la nôtre.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Toutes vos imprécations n?y pourront rien ! Les dettes de l'Etat vis-à-vis des départements, pas que le nôtre, de tous y compris ceux de droite? Et ce qui est le plus scandaleux, c'est qu'un Gouvernement - d'ailleurs je me demande si vous n'y apparteniez pas - a fait inscrire dans la Constitution l'obligation de rembourser les collectivités locales et que cette obligation constitutionnelle n'est pas respectée et que les collectivités locales n?ont pas le droit d?avoir des instruments?

M. Jean-François LAMOUR. - Bien sûr que si, elle est respectée !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous pouvez le raconter tant que vous voulez, je vous présenterai tous les Présidents de Conseils généraux de droite, de l'U.M.P. qui vous diront qu'elle n'est pas respectée et cela, cher Président, il faudra que vous en rendiez des comptes.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

Vous pouvez envoyer une lettre à 120.000 personnes, vous pouvez nous donner des leçons sur la fracture urbaine, cela va vous bien, vu les centres pour sans-abri dans le 5e arrondissement, mais sur les dettes de l'Etat vis-à-vis des Parisiens, je vous jure qu'en permanence, je ferai en sorte que vous rendiez des comptes !

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

Je ne vois pas pourquoi mon dynamisme ne serait pas égal au vôtre.

La parole est à Mme Liliane CAPELLE, qui est dynamique aussi d?ailleurs.

Mme Liliane CAPELLE, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, chers collègues, Si j?ai souhaité intervenir, dans le temps imparti à mon groupe, ce n?est ni en qualité d?adjointe, ni même en tant que 2e vice-présidente du C.A.S.-V.P. c?est tout simplement parce que je suis une élue de votre majorité, Monsieur le Maire. Cette majorité a une maison commune, "la Gauche", même si nos itinéraires à chacune et à chacun d?entre nous sont différents ils convergent vers un principe universel, celui de la solidarité.

Alors vous allez me dire, à Droite j?entends : "mais nous aussi nous faisons de la solidarité un objectif". Le Gouvernement va faire, va envisager de faire? mais rembourse surtout des sommes faramineuses aux classes les plus aisées. Pour ma part j?attends toujours que l?Etat respecte ses engagements annoncés en matière de prise en charge de la dépendance par la mise en ?uvre d?un 5e risque qui se doit d?être solidaire entre les générations. Eh bien, je vais vous dire ce qui justement nous différencie.

Regardez dans cette communication et au-delà dans toutes les actions que nous menons, vous ne trouverez aucune décision qui dresse un pan de la population contre un autre. Quand nous parlons logement, nous prenons en compte tous ceux qui rencontrent un problème, que celui-ci soit lié à des difficultés financières, à des dépendances physiques. Que l?on soit jeune ou vieux, homme ou femme, la crise touche tout le monde de plein fouet et la grandeur d?une vision politique est d?y répondre en ne laissant personne de côté, en ne discriminant pas.

C?est en ce sens que la politique de solidarité menée par la collectivité parisienne, en s?affichant comme globale, car s?appliquant à tous les secteurs de la vie des citoyens, est différente de celle affichée par le Gouvernement et le Président de la République.

En effet, nos décisions ne sont pas prises en fonction d?un évènement ou de la révélation d?un sondage? Quand le nombre de chômeurs explose, on ne joue pas l?emploi des vieux contre celui des jeunes, on fait les deux et on se donne les moyens d?aller vers ceux qui en sont les plus éloignés, les R.M.istes, les seniors rejetés comme des kleenex à 55 ans, voire 50 ans, les jeunes des quartiers politique de la ville. A ce sujet, belle annonce que le plan d?action en faveur des jeunes, annoncé par le Président de la République à grand renfort de publicité mais quid du désengagement de l?Etat justement dans ces quartiers où vivent ces jeunes et leurs familles ?

Vous l?aurez compris, je suis en plein accord avec la communication que vous proposez aujourd?hui mais plus encore permettez moi d?être fière d?accompagner cette politique volontariste et profondément humaniste que vous souhaitez installer durablement malgré la crise.

Au début de mon intervention, je vous faisais part de mon souhait de m?exprimer en tant qu?élue, or je réalise que c?est surtout la citoyenne qui s?exprime ; Car voyez-vous quand on passe à l?heure de la fermeture des marchés parisiens et que l?on voit des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes, des vieux, des actifs, des inactifs, des retraités, des étudiants,ramasser des fruits et des légumes jetés à même le sol, quand on voit le succès rencontré par les magasins vendant des produits dont les dates limites de vente sont atteintes voire dépassées, on se dit que décidément, quelque chose ne va pas dans notre pays. Oui définitivement, la Droite et la Gauche ce n?est pas la même chose.

A Droite le bouclier fiscal, à Gauche, la solidarité dans ce qu?elle a d?universel.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement républicain et citoyen, socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

La parole est à Mme Valérie SACHS.

Mme Valérie SACHS. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, la communication que vous nous proposez aujourd'hui aurait pu être un discours de transition, de réajustement, entre le budget de décembre 2008 et le budget rectificatif tant attendu de juin.

Lors de l'examen du document d?étape du P.D.I. en juillet dernier, nous nous étions félicités des résultats encourageants, marquant un recul de 6 % du nombre d'allocataires parisiens du R.M.I. entre 2007 et 2008.

Depuis, une hausse de 22 % du nombre de dépôts de dossiers entre janvier 2008 et janvier 2009 est à déplorer. Au premier trimestre 2009, il s'agit d'une augmentation de 4.140 personnes nouvelles concernées. Est-ce seulement, pour Paris, les premiers effets de la crise économique ?

Si nous partageons vos priorités et votre motivation à mieux coordonner l'action publique, la communication d'aujourd'hui ne nous semble pas avoir l'envergure suffisante face aux nouvelles contraintes qu'impose la crise et n'ajoute rien aux précédentes délibérations, notamment celles de février sur le Plan Départemental d'Insertion 2009.

Nous attendions une réponse nouvelle, des mesures exceptionnelles adaptées aux ravages du chômage, à la précarité et aux situations d'exclusion qui frappent Paris. Nous attendions de véritables propositions innovantes, voire expérimentales, et non un catalogue, inventaire parfois désordonné de votre bonne volonté. Nous savons les difficultés de la mission.

Malgré des moyens même conséquents, malgré le renforcement des marchés d'accompagnement pour un accès direct à l'emploi, malgré le soutien à la création d'entreprises, la multiplication des forums pour l'emploi, autant d?initiatives que nous saluons, les objectifs seront difficiles à atteindre, car au risque de me répéter, la création d'emploi, cela ne se décrète pas ; il faut de la confiance en l?avenir, une culture entreprenariale et surtout le retour de la croissance.

A l'instar d?Issy-les-Moulineaux et de son Maire, André SANTINI, Paris doit attirer et retenir les entreprises et les entrepreneurs, en plus de mettre en place des solutions de secours provisoires.

Je reprends le classement 2009 des villes européennes préférées des entrepreneurs qui est alarmant, même si le dernier classement Ernst & Young donnait une image plus positive de Paris. Paris se classe 33e sur les 37 métropoles européennes en matière d'attractivité pour la création d'entreprise. Au-delà des concurrentes européennes historiques Lille, Lyon, Marseille devancent Paris. Paris est 33e pour ses dispositifs, 34e pour le poste création, 28e pour le financement de projets, 29e pour l?environnement qu?elle propose.

Vous vous interrogez sur la mise en place du R.S.A. et sur la compensation financière de l'Etat.

Le groupe Centre et Indépendants approuve totalement le principe de l'insertion par et dans l'activité économique des allocataires du R.S.A. A compter de juin 2009, il permet aux personnes éloignées de l'emploi de percevoir un revenu lié au travail, plutôt qu'un revenu de solidarité, et d?acquérir une qualification et une expérience professionnelle qui leur permettront, à terme, de reprendre une activité.

Nous validons le principe d'augmenter l'offre d'insertion par la commande publique, nous prenons acte de la mobilisation de la Ville vers les jeunes, les femmes, les artistes. Même Paris Plage 2009 sera axée sur la solidarité. Mais est-ce vraiment à la hauteur des enjeux ?

Nous notons votre volonté d'établir un équilibre territorial au sein de notre collectivité et formons le v?u que les quartiers de l'Ouest parisien, trop souvent stigmatisés comme privilégiés, ne seront pas les laissés pour compte des politiques parisiennes de solidarité.

Nous renouvelons notre soutien au marché d'accès direct à l'emploi en partenariat avec "Manpower" et "Adecco" et nous vous encourageons à multiplier ces initiatives. Nous croyons à l?économie sociale et solidaire comme outil efficace, mais nous aurions espéré davantage de votre volonté de rendre indissociables les politiques sociales de véritables initiatives d?ordre proprement économique liées à l?investissement, au soutien aux entreprises, pour reprendre vos propos.

Enfin, votre volonté d'établir une culture d?évaluation nous semble indispensable et bienvenue pour rationaliser les méthodes, redéfinir les modes de fonctionnement et particulièrement les modalités d'attribution des aides et subventions.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, je ne voudrais pas conclure sans saluer l'initiative de Christian SAUTTER d?avoir convoqué fin mars le comité parisien pour l'emploi. Ce rendez-vous de tous les acteurs a été stimulant et nous lui sommes gré de nous y avoir associés.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne regrette pas que vous ayez dépassé votre temps de parole !

La parole est à M. Daniel VAILLANT.

M. Daniel VAILLANT, maire du 18e arrondissement. - Mes chers collègues, c?est d?abord comme maire d?arrondissement et comme maire d'un arrondissement populaire du Nord-Est parisien que je souhaite vous féliciter, Monsieur le Maire, pour votre communication.

C'est désormais quotidiennement que nous sommes confrontés à des exemples concrets de cette crise d'abord financière, ensuite économique et aujourd'hui sociale, car touchant d'abord les plus fragiles d'entre nous.

Cette crise, les Français et les Parisiens la subissent doublement, puisque la récente crise financière mondiale ne fait qu'aggraver une situation économique et sociale française calamiteuse depuis plusieurs années. C'est, en quelque sorte, le double effet SARKOZY, le double effet du tout libéral économique et du chacun pour soi !

Quelle indécence, en effet, de se parer tardivement des vertus de la social-démocratie et de l'économie régulée après n'avoir rien fait depuis sept ans pour assurer la cohésion et la justice sociale dans notre pays, pour avoir privilégié ses amis privilégiés par un bouclier fiscal injuste et coûteux au lieu d'engager une politique de soutien à la croissance au service de l'emploi.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

Dans le 18e arrondissement, l'effet le plus spectaculaire de cette crise est sans doute le développement très rapide de véritables marchés de la misère. En marge de phénomènes plus anciens de vente à la sauvette, ce sont plusieurs milliers de personnes qui, porte Montmartre ou à Barbès, vendent à même le sol des objets récupérés ou de la nourriture, périmée ou en passe de l'être, sans aucune garantie sanitaire. Ces phénomènes de vente de denrées périssables se rencontrent à d'autres endroits de Paris et se développent à vitesse grand V.

La Ville, vous venez de le dire, Monsieur le Maire, se mobilise, et je me réjouis des mesures annoncées pour aider ces populations. Mais si la Ville doit prendre, et prendra, je le sais, toute sa part de la solidarité, elle ne pourra pas palier tous les désengagements de l'Etat.

Parmi les personnes contraintes de vendre des produits alimentaires, on trouve de petits retraités, des vieux migrants de la première génération, des mères célibataires. Tous nos efforts seront vains si rien n'est fait au niveau gouvernemental pour aider ces personnes plongées dans la misère, faute de revenus suffisants.

Concrètement, avec l'aide de la Ville de Paris et notre soutien attentif, Monsieur le Maire, nous travaillons à la mise en place d'une coopérative de biffins, chiffonniers, récupérateurs de la porte Montmartre, qui devrait permettre d'organiser ce qui doit l'être, et uniquement cela, tout en proposant un accompagnement social et un parcours d'insertion à celles et ceux qui le souhaitent, le tout dans une démarche d'économie sociale et solidaire.

Quand je dis que nous n'organiserons que ce qui doit l'être, je veux préciser que je ne cautionnerais jamais un libéralisme de la misère. Tendre la main à des exclus, des sans domicile fixe en réglementant et organisant leur activité jusque-là informelle de récupération, tout en proposant une offre sociale, oui ! Se laver les mains de cette misère en laissant se développer un système de la débrouille entre pauvres, non !

Je veux donc ici saluer votre engagement fort et déterminé, Monsieur le Maire. Et je pense pouvoir dire que nous serons en mesure, d'ici quelques semaines, d'annoncer plus précisément ce dispositif et son calendrier. Mais dès qu'il sera en place, il faut aussi avoir le courage de dire que nous ne tolérerons pas ces phénomènes de vente à la sauvette, intenables pour les riverains, les locataires modestes des logements H.L.M., eux aussi durement touchés par la crise.

Le 18e arrondissement est également, vous l'avez dit, Monsieur le Maire, l'arrondissement le plus concerné par les hébergements d'urgence en hôtels meublés. C'est un sujet au c?ur des préoccupations de la Municipalité.

Le 18e compte à lui seul plus de 12.000 demandeurs en attente de logement social, dont plus de la moitié relève de l'urgence sociale. Même si le 18e est exemplaire en matière de construction de logements, plus de 1.000 logements sociaux financés en 2008 et nous continuerons sur ce rythme pendant toute la mandature, et même si nous arrivons au seuil des 20 % de logements sociaux de la loi S.R.U., et nous irons au-delà bien sûr, nous ne parvenons pas à faire face à toutes les demandes urgentes.

Nous avons entamé, comme dans les autres arrondissements de Paris, un plan ambitieux de construction de maisons relais, de résidences sociales, de résidences pour jeunes travailleurs, de résidences étudiantes, de résidences pour vieux migrants. Malgré tout cela, le 18e arrondissement concentre aujourd'hui près de 25 % d'hébergement social en hôtel, ce qui représente concrètement plus de trois cents familles qui résident à ce jour dans ces hôtels.

C'est pourquoi je veux vous remercier, Monsieur le Maire, d'avoir choisi notre arrondissement comme pilote pour l'application d'une nouvelle charte qualité des hôtels et un meilleur contrôle des réservations du Samu social. Nous sommes entièrement mobilisés pour la réussite de ce projet et nous organiserons, à la rentrée prochaine, des états généraux de l'hébergement d'urgence.

Il faut sortir de ces situations et continuer les préemptions de ces hôtels insalubres et indignes, mais il faut aussi agir en responsabilité et travailler à une bonne répartition de petites structures de taille humaine et bien intégrées dans la Ville entre tous les arrondissements. Là aussi, nos efforts seraient vains si l'Etat continuait à faire exactement le contraire, en concentrant cette misère qu'il ne saurait voir aux portes de Paris.

Dans le 18e, l'Etat a installé en 2004, pour une durée provisoire de deux ans à l'époque, un centre d'hébergement pour demandeurs d'asile. Aujourd'hui, ce provisoire dure et s'amplifie, puisque les capacités d'accueil ont même été augmentées cet hiver, dans ce que j'appelle le nouveau Sangatte.

Depuis la fermeture précipitée et improvisée de ce centre de Sangatte par le Ministre de l'Intérieur de l'époque, Paris est devenu le nouveau Sangatte et mon collègue Rémi FÉRAUD, accueillant dans son arrondissement ces populations, il connaît la même chose que nous dans le 18e et on sait à quel point une structure comme l'ancienne boulangerie industrielle des armées provoque une situation inhumaine.

Nous devons rester vigilants et nous opposer à la volonté du Gouvernement de rejeter aux portes de Paris des populations en grande difficulté, dans des structures indignes, sans concertation et au mépris de nos grands projets d'aménagement urbain.

En conclusion, mes chers collègues, Monsieur le Maire, nous ne pouvons que nous réjouir de ces actions que nous engageons pour protéger les Parisiens les plus exposés aux effets de la crise. Monsieur le Maire, Paris se mobilise et vous pouvez compter sur nous pour déployer dans les arrondissements cette politique volontariste qui est la vôtre.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Inutile de vous dire à quel point je suis d'accord, je me sens engagé.

(Protestations sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

C'est normal, j'appartiens à l'équipe de Daniel VAILLANT dans le 18e arrondissement. Cela a l'air de vous choquer.

M. Jean-François LAMOUR. - Pas du tout, on va verser une larme !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous savez, avec le temps, la fidélité à des endroits, des quartiers de Paris, des personnes?