Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 2009
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2009, IV - Question d'actualité posée par le groupe "Les Verts" à M. le Préfet de police relative à la gestion des manifestations après les événements liés à celle du 1er mai.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2009


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité posée par le groupe "Les Verts".

La parole est à M. Sylvain GAREL.

M. Sylvain GAREL. - C'est une question à M. le Préfet de police.

Monsieur le Préfet, dans son édition du 6 mai, le "Canard Enchaîné" révèle que des policiers en civil auraient volontairement provoqué place de la Bastille des gendarmes mobiles chargés de disperser la fin du cortège de la manifestation du 1er mai à Paris.

Des photographies les montre ainsi, sortant peu auparavant, deux par deux de fourgons de police stationnés boulevard Richard Lenoir. Ces policiers en civil feraient partie d'une compagnie de fourgons de police stationnés boulevard Richard Lenoir. Ces policiers en civil feraient partie d?une compagnie de sécurisation créée officiellement en 2005 par Nicolas SARKOZY, alors Ministre de l'Intérieur, avec comme objectif officiel de lutter en civil ou en tenue contre la petite et la moyenne délinquance et contre les violences urbaines.

Au même moment, alors que ces policiers déguisés en manifestants venaient attiser, voire créer des tensions qui n'avaient pas lieu d'être, de jeunes militants occupaient brièvement l?Hôtel de Ville.

On peut regretter l?initiative, la cible n'étant pas la meilleure, car il s'agissait, d'après leurs propres déclarations, de dénoncer l?action du Gouvernement et pas celle de la Municipalité.

On peut condamner les dégâts commis et nous les condamnons même si ceux-ci sont restés mineurs et limités, mais ils ne justifient en aucun cas les arrestations musclées qui ont eu lieu à l?arrière de l?Hôtel de Ville, ni même la plainte déposée contre les jeunes occupants par la Mairie de Paris.

Il suffit de voir l?inventaire à la Prévert des dégâts mineurs pour constater que l'objectif de ces jeunes n'était pas de détruire ni de commettre des violences dans un bâtiment que le Maire a appelé à juste titre la "Maison des Parisiens", donc leur maison également.

M. Jean-François LAMOUR. - Qu'est-ce qu'ils faisaient là ?

M. Sylvain GAREL. - Ces faits sont l?occasion de souligner que dans le contexte actuel, celui d'une crise sociale d'une ampleur telle qu'elle ne cesse de créer des souffrances et inquiétudes, la réponse répressive n'est pas la bonne.

Plutôt que l'ordre et la répression, il faudrait, au contraire, privilégier les valeurs fondamentales qui sont celles de solidarité, de justice sociale, de liberté.

Les mobilisations actuelles, très majoritairement pacifiques, sont la traduction des difficultés sociales dont sont victimes toujours plus de Parisiens. Celui qui ne sait pas de quoi demain sera fait, qu?il soit travailleur précaire, chômeur ou jeune construisant son avenir, finit par ressentir l'extérieur comme une menace et une agression.

Nier ses angoisses et les difficultés qu'il subit en apportant comme seule réponse la répression, qui plus est violente, ne fait qu'accentuer ce phénomène.

De la même manière, poser des caméras pour surveiller les faits et gestes des personnes dans l'espace public ne répond pas au sentiment d'insécurité ni aux situations de difficulté sociale.

Mais peut-être que les caméras de vidéosurveillance seront au moins en mesure de voir si des policiers sont effectivement des faux manifestants ou des vrais, avec ou sans cagoule.

Plus sérieusement, nous attendons, Monsieur le Préfet, une réponse sur la présence de cette compagnie de sécurisation à la fin de la manifestation pacifique du 1er mai, dont les membres étaient déguisés en manifestants : blousons en cuir, capuches et autres accessoires, notamment en arborant des autocollants militants?

(Protestations sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

Nous avons des photos, nous les ferons suivre.

Contrairement à nous, vous n'y étiez pas, à moins que vous n'étiez parmi les policiers en civil.

Nous attendons, Monsieur le Préfet, une réponse sur la présence de cette compagnie de sécurisation à la fin de la manifestation pacifique du 1er mai, dont les membres étaient déguisés en manifestants : blousons en cuir, capuches et autres accessoires, notamment en arborant des autocollants militants, sans même parler des provocations policières.

Nous attendons une réponse sur les instructions données aux responsables policiers.

(Protestations sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

La question porte sur les instructions données aux responsables policiers pour la gestion des actions non violentes de manifestation ou d'occupation, que ce soit des lieux publics comme nous avons pu le voir lors du rassemblement près du métro Barbès pour demander la libération de Julien COUPAT, dans les universités ou dans des lieux symboliques comme l'Hôtel de Ville.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Bien.

Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, je voudrais remercier M. GAREL de m'avoir posé cette question, peut-être pas sur le libellé lui-même de la question, mais cette question nous permet le plus rapidement possible, je l'espère, de faire le point sur la façon dont nous faisons, à la Préfecture de police, respecter la liberté de manifester et, pour l'exercice de cette liberté, comment travaillent les forces de police.

Cette question montre aussi, Monsieur GAREL, que l'encadrement des manifestations et la gestion de l'ordre public demeurent une source inépuisable de polémique dans notre pays, mais c'est sans doute cela la démocratie.

Comme si notre République n'avait pas solidement ancré dans son ordre juridique la liberté de réunion, d'association et d'expression héritée de la IIIe République.

Comme si le Conseil constitutionnel, le Conseil d'Etat et l'ensemble des autres juridictions ne veillaient pas scrupuleusement au respect de ces normes dont le principe a été érigé au niveau constitutionnel.

Comme si notre appartenance à l'espace de la Convention européenne des Droits de l'Homme et à l'Union européenne n'entraînait pas l'application de mécanismes de contrôles réguliers et étroits.

Je le répète une fois de plus, je saisis cette occasion : la Préfecture de police n'autorise pas les manifestations, elle en reçoit la déclaration et cherche à concilier dans la mesure de ses compétences la libre expression des critiques et opinions avec la vie quotidienne des Parisiens.

Celle-ci, dans une agglomération aussi dense, ne doit pas être oubliée et beaucoup d'élus qui sont ici et qui ont des responsabilités dans les arrondissements m'écrivent pour que je veille à l'équilibre de la répartition de ces manifestations.

Car je voudrais effectivement aussi saisir en une minute l'occasion qui m'est donnée de faire le point et de livrer les faits.

Il y a eu au premier quadrimestre 2009 895 manifestations revendicatives à Paris, cortèges et rassemblement contre 672, ce qui était déjà beaucoup, en 2008, soit 33 % de plus.

Nous avons parfois le sentiment, dans l'expression de certaines revendications, d'une surenchère quantitative, sans doute à des fins de captation d'un intérêt médiatique marqué, mais il s'agit là, je l'ai dit sur les principes constitutionnels et de droit de notre pays, de l'exercice normal de la démocratie.

Je tiens à ce que ces chiffres soient connus parce que beaucoup ne les connaissent pas. J'ai eu l'occasion de les transmettre la semaine dernière au médiateur d'Arménie qui n'en croyait pas ses oreilles.

Mais ce qui est également un peu plus contestable, car illégal et critiquable, notamment depuis le début de l'année, c'est le nombre très important de manifestations inopinées non déclarées. Il y en a eu 212 en quatre mois, c'est-à-dire le double de l'année dernière.

C'est particulièrement regrettable car c'est au détriment de l'organisation des forces de police puisque cela nous amène de façon impromptue à retirer des forces de police qui sont consacrées à la lutte contre la délinquance.

Je pense que cette pratique est au détriment du citoyen.

Voilà sur le contexte général.

Concernant la manifestation du 1er mai, elle a réuni 65.000 participants qui ont bien été encadrés.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint. - Un peu plus.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Probablement plus, Monsieur, si c'est votre point de vue.

C'est là aussi une chose sur laquelle il faudrait s'entendre une fois pour toutes dans notre pays, c'est tout à fait classique.

M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est classique depuis des décennies quel que soit le Préfet de police. Les chiffres sont différents selon les organisateurs et selon la police.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Je n'ai aucune autre ambition que de faire respecter le classicisme.

(Rires).

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne sais pas si j'ai raison mais j'y apporte ma contribution.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Je vous en remercie, Monsieur le Maire.

Concernant cette manifestation du 1er mai, de manière très classique, la manifestation a été organisée cette fois en étant parfaitement déclarée, en liaison avec des organisateurs responsables. Il y a eu un encadrement parfait.

Une fois encore, de façon on ne peut plus classique et comme cela se fait de longue date à Paris, des policiers en civil interviennent aux abords et en marge des manifestations parisiennes en parfaite coordination avec les effectifs en tenue.

La distinction qui est opérée est ce qui se passe à l'intérieur de la manifestation, c'est le classicisme de la Préfecture de police : des éléments en tenue sont en contact avec les organisateurs, le travail se fait de la sorte.

Néanmoins, nous veillons également à ce qu'il n'y ait pas de difficultés aux abords de la manifestation et pour cela nous utilisons des policiers en civil, pour deux raisons.

Il s'agit tout d'abord de repérer et, si la configuration le permet, d'interpeller les éléments qui se livrent à des dégradations, qu'on appelle généralement les casseurs.

Le premier week-end du mois de janvier ou encore lors d'une manifestation récente en faveur du peuple tamoul, nous avons bien vu que ce risque est tout à fait réel, des personnes en marge de la manifestation saisissant l'occasion de la fin de cette manifestation pour aller casser.

Il est de notre devoir de donner des instructions, puisque vous me demandez les instructions qui sont données, pour interpeller d'éventuels casseurs.

D'autre part et c'est très important, nous souhaitons également protéger les manifestants contre des phénomènes qui tendent à se multiplier, à savoir des agressions et des violences de certains groupes contre des manifestants, surtout lorsqu'il s'agit de manifestants jeunes.

C'est ce que nous avons vu lors des manifestations anti-C.P.E. C'est la raison pour laquelle nous avons l'intervention de policiers en civil.

Je remarquerai d'ailleurs que très souvent on nous fait le reproche de ne pas intervenir assez rapidement et, de façon plus malicieuse, je vous rappellerai que nous avons été critiqués par la C.N.D.S. qui avait été saisie par des élus qui appartiennent à votre groupe, pour ne pas être intervenus suffisamment rapidement dans un certain nombre de manifestations.

On nous avait accusé de laisser faire les manifestants. Ou nous sommes accusés de laisser faire les manifestants, ou nous sommes accusés de provoquer les manifestants.

Je peux vous donner une garantie : nous ne donnons aucune instruction pour avoir davantage de manifestants pour avoir bien sûr ensuite à les interpeller.

Il y a donc un certain paradoxe à ce que des élus issus du même mouvement nous reprochent une fois une attitude et une autre fois l'attitude contraire.

S'agissant des faits qui se sont déroulés à l'Hôtel de Ville, il appartient, bien sûr, à Monsieur le Maire - il l'a fait, je crois - de répondre pour ce qui concerne la collectivité parisienne.

Mais, là aussi, je considère comme tout à fait anormal qu'un mouvement, qui se prétendait l'incarnation de la volonté populaire - quand on incarne la volonté populaire, en France, en principe, il faut passer par l'élection - se soit introduit subrepticement dans l'Hôtel de Ville, et se soit livré à des dégradations ; je ne vois pas très bien où se situe la légitimité d'une action conduisant à dégrader et piller une caisse enregistreuse, ou à blesser à la main un agent de surveillance.

C'est vrai que je n'avais pas le détail de votre question, Monsieur GAREL, et je n'avais pas pu comprendre qu'il s'agissait là d'établir un inventaire à la Prévert.

Certes, les dégradations ont été limitées, et les personnes en cause ont pu sortir librement, après un contrôle d'identité. C'est pour moi, d'ailleurs, aussi l'illustration que nos forces de police ont su parfaitement réagir, et sans aucune brutalité. Contrairement à ce qui a été indiqué, tout à l'heure dans votre question, les choses se sont passées tout à fait dans le calme.

Vous me permettrez, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, à cette occasion de rendre hommage aux fonctionnaires de tous rangs, de la Préfecture de police, qui ont permis - je suis prudent, parce que peut-être demain nous aurons des incidents - à 895 manifestations de se dérouler dans cette Ville, depuis le 1er janvier, dans le calme. Jusqu'à maintenant, nous sommes fiers qu'il n'y ait eu aucun blessé parmi les manifestants, ce qui n'a pas été le cas, et nous le regrettons, pour les forces de l'ordre, puisque nous déplorons plus de quatre-vingt-dix fonctionnaires blessés, alors qu'il n'y en avait eu qu'une dizaine, l'année dernière.

Je me permets de rendre hommage à ceux qui, sur le terrain, tous les jours, puisque nous avons entre sept et huit manifestations par jour, font leur travail. Sachez bien que nous n'avons aucune consigne, dans un pays comme le nôtre, pour aller jusqu'à des provocations. Soit nous sommes en uniforme, et on considère que c'est de la provocation, soit nous demandons aux fonctionnaires d'intervenir en civil, et cela ne convient pas encore. Je crois que le professionnalisme des fonctionnaires de police dans cette Ville peut être signalé, et je tiens à leur rendre hommage une dernière fois.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet. Vous venez de répondre, pour ce qui vous concerne.

Je voudrais dire que, par rapport aux incidents qui ont eu lieu, d'ailleurs dans cette salle même, l'envahissement de l'Hôtel de Ville et les destructions le 1er mai au soir, d'abord je veux confirmer - nous étions en contact dans la soirée et j'avais des représentants ici - que les forces de police ont travaillé de manière professionnelle, efficace et qu'il n'y a pas eu de brutalité.

M. Sylvain GAREL. - A l'extérieur !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Attendez la suite, vous n'allez pas nécessairement être contents.

J'avais des représentants ici, et donc je confirme que cela a été fait dans de très bonnes conditions de rapidité, d'efficacité et j'en remercie les forces de police.

Deuxièmement, Monsieur GAREL, comme je vous l'ai dit, lorsque nous nous sommes vus ces derniers jours, je trouve toujours très suspect que des groupes dit autonomes - cela fait longtemps que cela dure aussi - viennent ici, dans la maison des Parisiens, pour dénoncer la politique du Gouvernement. C'est quand même extrêmement bizarre ! Et qu'ils cassent des ordinateurs ou du matériel, ici des élus parisiens, pour dénoncer un Gouvernement auquel je ne suis pas particulièrement associé, si vous, vous ne trouvez pas cela suspect, moi si. Premièrement.

Deuxièmement, au nom de mes convictions de progressiste, j'ai l'intention de défendre, en toutes circonstances, le bien des Parisiens. Et le bien pas seulement des Parisiens mais de la démocratie. Car si l'on touche à la démocratie, aux instruments de travail des représentants du peuple, et si je reste sans réagir, je n'accomplis pas mon devoir.

Monsieur GAREL, en étant désolé de ne pas être compris de vous, je vais vous dire que l'idée que je me fais de mon devoir me conduit effectivement à maintenir ma plainte contre ces casseurs, dont je n'ai pas l'impression qu'ils ont fait avancer ni la justice sociale, en venant dégrader, même très peu, l'Hôtel de Ville, ni l'emploi, ni le pouvoir d'achat. Voilà.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste et élus du Parti de gauche et du Mouvement républicain et citoyen).