Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Fevrier 2006
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  
Déliberation

Vœu relatif à l’attribution de noms de femmes scientifiques à des voies ou édifices parisiens.

Déliberation/ Conseil municipal/ Février 2006 [2006 V. 47]


 

Délibération affichée à l?Hôtel-de-Ville
et transmise au représentant de l?Etat le 15 mars 2006.
Reçue par le représentant de l?Etat le 15 mars 2006.

Le Conseil de Paris, siégeant en formation de Conseil municipal,

Seules 3 % des voies parisiennes, sur 3.750, portent des noms de femmes, mais le plus scandaleux encore, c?est que seulement 3 rues - Pierre et Marie Curie (5ème), Sophie Germain, mathématicienne (14e) et Clémence Royer, naturaliste et traductrice de Darwin (1er) - font référence à des femmes scientifiques. On pourrait même dire 2,5 et il faut rappeler que le prénom de Marie Curie a été ajouté sur la plaque de son mari en 1967, près de 34 ans après. Cette situation est scandaleuse, alors qu?elles ont été nombreuses à illustrer l?histoire des grandes découvertes scientifiques.

Aujourd?hui, les femmes scientifiques ont toujours du mal à faire reconnaître leur droit à occuper les plus hautes places dans les organismes universitaires et de recherche et nous nous interrogeons régulièrement sur les moyens de susciter plus de vocations scientifiques chez les jeunes filles. Selon la même logique qui nous a guidés pour créer le Prix de la jeune scientifique parisienne, il serait donc particulièrement symbolique et exemplaire auprès des jeunes filles, que la Ville de Paris rende hommage à des femmes scientifiques remarquables en donnant leur nom à des rues ou des édifices parisiens en particulier dans le nouveau quartier universitaire de la ZAC ?Paris-Rive-Gauche?.

Les associations de femmes scientifiques et le Conseil scientifique du Maire ont proposé plus de 30 noms. Si notre mandature souhaite réparer cette criante injustice, nous devrions au minimum honorer :

-La première bachelière française diplômée sous LouisPhilippe le 31 août 1844 : Julie Daubié ;

-La première mathématicienne nommée professeure àl?université en 1938 : Marie-Louise Dubreil-Jacotin ;

-La femme de sciences la plus connue du Siècle desLumières (sa traduction de Newton en français a été la référence pendant plus de 150 ans) et philosophe : Emilie du Châtelet (1706-1749).

 

Nous pourrions également citer quelques grandes scientifiques, dont les travaux réalisés en équipe, furent déterminants dans un grand nombre de découvertes pour lesquelles seuls les membres masculins eurent droit aux honneurs :

Nicole-Reine Lepaute (1722-1788). Elle a longtemps travaillé aux Ephémérides de l?Académie des sciences. En juin 1757, elle calcule avec Jérôme Lalande et le mathématicien Alexis Clairaut le retour de la comète d?Halley prévu pour la fin de l?année 1758 ou le début de 1759. Après de longs mois de calculs, en novembre 1758, Clairaut annonce fièrement à l?Académie royale des sciences que leurs calculs prévoient un retour de la comète au périhélie du soleil pour la mi-avril 1759. La comète passe au plus près du soleil le 13 mars. Clairaut peut alors publier sa Théorie des comètes (Paris, 1760). Mais il ?oublie? de mentionner le nom de Nicole-Reine Lepaute dans la liste des calculateurs dont il a reçu une aide déterminante.

La fleur hortensia a été baptisée en son hommage.

-Lise Meitner (1878-1968) physicienne allemande, prendune part décisive, avec les chimistes Otto Hahn et Fritz Strassmann à la découverte de la fission du noyau d?uranium dans les années 1934-1936. Parce que juive, elle doit fuir l?Allemagne nazie. Seul Otto Hahn sera récompensé par le prix Nobel de chimie en 1944. Elle aurait dû y être associée.

Rosalind Franklin (1920-1958) physicienne-chimiste britannique, elle effectue des clichés de l?ADN d?une très grande qualité, détermine sa densité et découvre l?existence de la forme B compactée. Maurice Wilkins qui travaille avec elle, entre en contact avec James Watson et Francis Crick du laboratoire Cavendish. Il leur fournit un cliché de Rosalind Franklin grâce auquel les deux compères finalisent en 1953 le modèle de la double hélice. Ils obtiendront pour cette découverte, conjointement avec Maurice Wilkins, un prix Nobel en 1962. Rosalind Franklin sera oubliée.

Sur la proposition de Mme Danièle POURTAUD,

Emet le voeu :

Que les noms de ces femmes scientifiques soient donnés à des voies ou des édifices parisiens.