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Fevrier 2000
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40 - 2000, DAUC 56 - Avis du Conseil de Paris sur le projet de révision du P.O.S. de Saint-Denis et d'Aubervilliers, secteur de la Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

Débat/ Conseil municipal/ Février 2000


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - A la demande de M. DAGNAUD et avec l'accord de M. BULTÉ, nous commençons par le projet de délibération DAUC 56 concernant un avis du Conseil de Paris sur le projet de révision du P.O.S. de Saint-Denis et d'Aubervilliers, secteur de la Plaine Saint-Denis.
Je donne la parole à M. MALBERG.
M. Henri MALBERG. - A cette occasion, j'ai envie de poser une question de fond. Ce n'est peut-être pas l'heure, mais c'est comme cela.
Nous avons à nous prononcer sur un projet de modification du plan d'occupation des sols d'Auberbervilliers et de Saint-Denis. Pour des raisons de légalité, puisque ces plans d'occupation des sols des villes voisines ont des conséquences sur leur environnement. Donc Paris.
La question du rapport entre la Ville de Paris et les villes limitrophes, et l'ensemble de la région parisienne, est d'une grande actualité. Tout le monde réfléchit à cela. Ce qui est en question c'est l'avenir des uns et des autres.
Notre région, 10 millions d'habitants, cette immense agglomération, ce potentiel d'intelligence, de créativité, se trouve devant des contradictions dont personne n'a la clef. Le débat et la recherche sont ouverts.
Je suis de plus en plus convaincu qu'il n'y a pas d'avenir pour un Paris enfermé comme dans un donjon, à l'intérieur de la protection du périphérique, une ville qui se conduirait comme une ville arrogante, certaine de sa richesse et de sa beauté. Et qui ne comprendrait pas quelle fait partie d'un ensemble de plus en plus complexe et réactif.
Les personnes, les idées, la jeunesse vont et viennent, circulent. Vous pouvez mettre toutes les barrières que vous voudrez. Et ceci d'un endroit à un autre et sans référence aux frontières construites par l'histoire ou l'administration. Même les "frontières" comme le périphérique ou la circulaire comme l'A-116 n'y feront rien.
Il y a de plus en plus le sentiment d'un destin commun, d'intérêts communs et d'un peuple unique.
Vous savez comment répondent les gens de l'agglomération quand ils sont à l'étranger ? D'où êtes-vous ? Ils disent : Parisiens. Ils ont raison.
Je dis tout cela, convaincu qu'il faudra bien inventer quelque chose - je vois que vous écoutez, Monsieur BULTÉ - pour trouver les formes de coopération, de partage, de solidarité et d'ouverture sur les autres.
J'ai fait cette longue introduction pour aborder la question de la Z.A.C. d'"Aubervilliers" à partir de quelques idées...
Je souhaite que le Maire porte attention à mes propos. Je peux y aller ?...
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Monsieur BULTÉ, M. MALBERG demande si vous êtes très attentif à ses propos... Il est très attentif.
Monsieur MALBERG, vous avez la parole.
M. Henri MALBERG. - Quelques idées.
D'abord, il faut comprendre l'état d'esprit des habitants des villes environnantes de la Capitale. Et plus notamment l'état d'esprit du premier cercle autour de Paris.
Paris a exporté ses pauvres par centaines de milliers.
Paris reçoit chaque jour un million de salariés qui viennent enrichir la Capitale, déposer leur intelligence et de la taxe professionnelle. Ils retournent hors de Paris pour y transporter leur vie de locataires ou de propriétaires, de parents d'enfants. Ces villes vivent aussi les conséquences de la précarité dans les bureaux d'aide sociale où on leur réclame aide et secours.
Cette banlieue a perdu la richesse industrielle. Elle a des friches immenses. Elle impose des impôts plus lourds que les nôtres. Et ici, on entend ricaner. Mais si ces impôts sont plus lourds, c'est peut-être que les contraintes sont plus fortes. Nous en sommes en partie responsables.
Vous, la majorité, vous hurlez quand la loi vous impose légitimement de financer une contribution de solidarité.
L'idée qu'il faudra payer une taxe pour 65.000 logements sociaux qui manquent, cela vous hérisse.
Alors, il faut comprendre pourquoi et comment, quand viennent les grands groupes multinationaux pour mettre des paquets de millions de taxe professionnelle sur la table, apporter 1.000 ou 1.500 emplois et un regain de vie, il faut comprendre ce qui se passe à Montreuil, à Bagnolet ou à Aubervilliers. Et du coup, les habitants et municipalités acceptent dans l'intérêt de leur ville et de ses habitants, et de l'emploi la fameuse ceinture d'hôtels, de supermarchés, ininterrompue de la Porte de Charenton à la Porte de la Chapelle.
Qui, à leur place, ferait autrement ?
Ceci dit nettement que l'arrogance de Paris, méprisant, insensible, à l'égard de millions de Parisiens qui demeurent hors de Paris, n'est pas notre fait.
J'ajoute que les villes qui nous entourent ne sont pas le déversoir seulement de nos problèmes. Ce sont des villes qui existent, qui vivent, qui sont dynamiques, qui sont jeunes, qui sont métissées et qui sont une bonne partie de l'avenir de la Région.
J'en viens à la Z.A.C. d'"Aubervilliers".
Cette Z.A.C., avec tout ce qu'elle apporte de positif, avec ses aménagements le long du canal, avec cette idée qu'au nord-est de Paris, entre le Stade de France et Aubervilliers, il y a quelque chose de grand et vivant à faire, n'est pas une chose secondaire. Et en même temps, je ne veux pas, au nom du groupe communiste, masquer les problèmes que cela pose.
Cette succession d'hôtels et de grandes surfaces, de la Porte de Charenton à la Porte de la Chapelle, sur des kilomètres, pose un problème économique, social et de civilisation.
D'abord, c'est la curée des multinationales qui investissent et surinvestissent dans une guerre à mort dont beaucoup d'économistes pensent que l'avenir est incertain. C'est trop serré, trop dense, trop au-dessus des besoins. Le moindre choc de stagnation économique ou de pouvoir d'achat fera tout basculer. Un désastre !
Et quel gâchis d'investissement dans un marché déchaîné.
Je sais bien qu'une planification glacée comme celle des pays de l'Est qui prétendait tout connaître, tout prévoir, a échoué. Mais la loi de la jungle actuelle, dont le critère n'est jamais l'intérêt général, mais la loi du taux de profit à 15 % est insupportable.
Et puis, quel type de civilisation est-on en train de construire ?
Je pense à ces immenses concentrations commerciales. Comme à Paris, rue Réaumur ou ailleurs, le centre des fringues. Le capitalisme du monde entier est là. Un monde construit "scientifiquement" où, comme dans les supermarchés, on compte le rendement de dix centimètres carrés en tête de gondole. En tête de gondole, c'est quatre fois plus cher qu'à cinquante centimètres car on sait que ça marche.
Et puis, c'est comme un aspirateur parce que c'est puissant, c'est beau, c'est riche, ça scintille, c'est agréable, c'est presque du théâtre. Pendant ce temps, il faut aller voir ce qui se passe et combien de rues de Paris crèvent. Combien de rues de la périphérie crèvent. Combien de marchés où il n'y a plus assez d'acheteurs.
Que va devenir ce pays ? Quel est le coût social réel de la société pour ce déchaînement ? De combien on paie les rues désertifiées ? On parle d'insécurité. Qu'est-ce qui produit plus d'insécurité que ces énormes concentrations de fric à un bout et cette déshumanisation ailleurs ?
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Votre conclusion, Monsieur MALBERG.
M. Henri MALBERG. - Je vais encore parler une minute et demie.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Vous avez parlé huit minutes quarante deux...
M. Henri MALBERG. - Cela fait un moment que ces questions me préoccupent. J'irai au bout, ou vous me coupez la parole.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je ne vous coupe pas la parole.
M. Henri MALBERG. - Il n'y a aucune nostalgie dans mes propos. Ce n'est pas du Francis CARCO ou des pleurs sur "la belle époque". C'est une question sérieuse sur l'avenir de Paris et de la Région.
On sait que le commerce de proximité, les petites et moyennes surfaces, sont plus que des activités commerciales. C'est vrai dans Paris comme hors de Paris.
Il faut bien se poser la question - c'est un communiste qui parle - du soutien que la Ville doit apporter au commerce de proximité, à la modernité, au service public dans la rue et la ville. C'est vrai pour les cinémas de quartier face aux multiplex. Il y a quelque chose à inventer.
La loi actuelle du marché, tout ce qui se développe, peut tuer une ville derrière le clinquant et l'attrait que représentent certaines formes de commerce et une certaine mainmise sur des quartiers entiers.
Il y a un nouveau maillage à inventer. C'est autre chose que les petits coins tranquilles, zones à trente kilomètres/heure... certes positifs mais qui ne font que zoner la ville en laissant des quartiers entiers en déserrance. C'est bien plus loin qu'il faut penser et agir si on veut faire une vraie ville.
Nous allons donc ne pas prendre part à ce vote, non pas par hostilité aux projets d'Aubervilliers, mais parce que nous voulons que cette question vienne sur la table avec tout le monde.
Il y a une évolution de la pensée sur une conception de la ville qui refuse son éclatement en zones réservées. Un zonage économique commercial, social et de classe qui finit par construire des ségrégations dangereuses pour l'avenir. Et insupportables pour l'esprit.
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et du Mouvement des citoyens).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Monsieur MALBERG, vous avez parlé 10 minutes 30. J'appelle donc les orateurs suivants à un effort de concision.
Monsieur FERRAND, vous avez la parole.
M. Eric FERRAND. - Monsieur le Maire, je vais essayer d'être aussi concis que possible.
Je partage en partie les propos de M. MALBERG, mais je ne partage pas en tout cas son pessimisme et je voudrais vous dire que les élus du Mouvement des citoyens ne peuvent que se réjouir de voir la Ville de Paris entrer pour une fois dans la mécanique de l'intercommunalité en émettant un avis sur les P.O.S. des villes de Saint-Denis et d'Aubervilliers. Ce n'est certes pas à l'initiative du Maire de Paris, bien entendu, c'est à celle de son collègue de Saint-Denis, mais peu importe. Il est souhaitable que ce cas particulier, à notre avis, serve d'exemple et que notre Collectivité s'engage dans des démarches concertées avec les communes limitrophes à chaque fois qu'un grand projet structurant ou une révision des règles d'urbanisme a des incidences sur la Capitale. Paris ne peut en effet continuer à se considérer comme une île à l'intérieur de l'agglomération parisienne. C'est d'ailleurs pour cette raison que Georges SARRE a proposé à l'Assemblée nationale la création d'un haut conseil de l'agglomération qui prendrait en charge un certain nombre de conséquences, dont notamment l'urbanisme concernant l'ensemble des villes de Paris et de la couronne.
Revenons au cas d'espèce.
Cette révision du P.O.S. a pour objectif de requalifier la partie du canal Saint-Denis située hors Paris et peut permettre une revalorisation du canal dédié principalement aux promeneurs et aux pêcheurs et qui serait un lien intéressant entre les équipements situés dans Paris et ceux de la Plaine Saint-Denis.
Ces aménagements, dont le but est la remise en valeur des berges notamment par la création d'espaces verts et la préservation de cet itinéraire ouvert au trafic par voie d'eau, nous paraissent aller dans le bon sens, puisqu'il s'agit de renforcer les liens précisément entre Paris et sa périphérie la plus proche.
Par ailleurs, cette révision propose la création d'un réseau routier important pour assurer la desserte des zones qui en étaient mal pourvues, notamment au sud du secteur. Ce réseau routier est malheureusement, je le crains, tourné exclusivement vers la voiture particulière. De plus, la Z.A.C. "Aubervilliers" en projet prévoit un centre commercial de 96.000 mètres carrés. C'est encore une fois un exemple de la multiplication assez anarchique, faute d'une concertation au niveau de l'agglomération, des très grandes surfaces aux portes de Paris, avec les conséquences négatives que l'on sait sur le petit commerce de proximité, non seulement sur les deux communes concernées, mais particulièrement dans le nord de Paris même.
Qu'en est-il, Monsieur le Maire, (c'est une question) du contenu des activités dans cette Z.A.C. ? Il me semble me souvenir qu'à un moment avait été envisagée l'implantation à cet endroit des grossistes en textile qui sont actuellement à Paris. Ce serait une bonne chose pour nous, de nature à mettre fin aux nuisances que ce type de monoactivité commerciale génère dans des quartiers où la cohabitation avec les locaux d'habitation est toujours très difficile.
Aussi, le groupe du Mouvement des citoyens donnera un avis favorable à ce projet de révision du P.O.S., avec néanmoins les réserves relatives aux points évoqués auparavant. Il semble en particulier opportun de profiter de cette révision pour améliorer la desserte par les transports en commun et contenir l'évolution de l'automobile, dont les effets sur la qualité de vie des Parisiens et des Franciliens en général sont désastreux.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du Mouvement des citoyens).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. DAGNAUD.
M. François DAGNAUD. - Je vous remercie, Monsieur le Maire, ainsi que M. BULTÉ, d'avoir accepté cette légère dérogation à notre ordre du jour.
Je souhaitais, au nom du groupe socialiste et apparentés, mettre à profit l'examen de ce projet de délibération, relatif à un avis que notre Conseil doit rendre sur un projet de révision du Plan d'occupation des sols sur les communes voisines de Saint-Denis et d'Aubervilliers, pour prendre date et pour évoquer le projet de Z.A.C. d'"Aubervilliers". Je note avec un certain regret que c'est au détour d'un projet somme toute marginal que notre Assemblée est saisie de ce projet d'envergure qui aurait, me semble-t-il, pleinement justifié une inscription à l'initiative du Maire de Paris et une communication aux élus, mais j'y reviendrai puisque cette question a fait l'objet d'une question adoptée par le Conseil du 19e arrondissement et qui viendra, je le souhaite, rapidement devant notre Assemblée.
Le projet de Z.A.C. d'"Aubervilliers" prévoit en effet la réalisation, à l'échéance 2001, aux portes de Paris, sur une superficie de 18 hectares, de près de 250.000 mètres carrés d'activités, dont un centre commercial d'environ 50.000 mètres carrés.
Au-delà des interrogations qui se font jour sur la pertinence du parti d'aménagement retenu sur un site à forte potentialité, deux inquiétudes majeures doivent être relevées :
- première inquiétude, les flux de circulation supplémentaires générés aux abords de la Porte d'Aubervilliers auront inévitablement un impact fort en matière d'engorgement et de pollution. J'ai sous les yeux les études d'impact qui ont été réalisées et qui prévoient une augmentation de trafic entre 30 et 40 %.
- second motif d'inquiétude, un centre commercial de cette dimension exercera inévitablement une concurrence mortelle sur tout le commerce de proximité du nord-est parisien. Au terme de l'enquête publique qui s'est déroulée du 18 novembre au 18 décembre 1999 à la mairie d'Aubervilliers, le commissaire enquêteur a d'ailleurs fait part de sa plus extrême réserve quant à l'implantation de cette grande surface commerciale.
Face à cette situation, le Conseil du 19e arrondissement s'est donc interrogé sur le mutisme affiché et les choix implicites engagés par la Mairie de Paris au-delà de son silence officiel.
En effet, alors que le plan de déplacements urbains présenté devant le Conseil de Paris a retenu l'objectif d'une réduction significative du trafic automobile, ce projet de centre commercial aura des conséquences en totale contradiction avec cet objectif.
De même, alors que la Mairie de Paris affiche souvent son souhait de défendre le commerce parisien de proximité, il est évident que l'impact de ce projet sur la structure et la vitalité du tissu commercial des arrondissements voisins ne semble pas à ce jour avoir été mesuré à sa pleine valeur.
Par ailleurs, s'il apparaît que les procédures juridiques qui s'appliquent en l'espèce ne prévoient pas stricto sensu une consultation des populations parisiennes directement touchées, il est en revanche inconcevable que les associations de quartier ou les associations représentatives des forces économiques ainsi que les élus concernés aient été jusqu'à présent tenus à l'écart de cette réflexion.
Il est donc nécessaire, et c'est notre souhait, d'élargir le débat public pour permettre aux Parisiens, et plus particulièrement aux habitants des 18e et 19e arrondissements, de s'exprimer.
Le Conseil du 19e arrondissement a donc, par le biais de la question que j'évoquais tout à l'heure, interpellé le Maire de Paris sur un certain nombre de points ; je vous les cite pour mémoire, sachant que nous aurons à les traiter en séance plénière bientôt.
Première demande : présenter aux élus parisiens les éléments d'information en votre possession et les engagements d'ores et déjà pris au nom de la Ville dans ce projet.
Deuxième demande : préciser comment la Mairie de Paris entend peser, si elle le souhaite en tout cas, sur l'évolution du programme d'aménagement de la Z.A.C. d'"Aubervilliers".
Troisième demande : apporter toutes les garanties nécessaires pour éviter le développement d'un trafic automobile non maîtrisé à la Porte d'Aubervilliers et pour préserver le commerce de proximité directement menacé à Paris.
Quatrième demande, relative à l'organisation d'une table ronde réunissant les associations et les élus parisiens concernés afin d'arrêter dans la transparence et par la concertation un dispositif d'action pour faire entendre les intérêts de Paris.
Cinquième et dernière demande : prendre l'initiative en partenariat avec les communes limitrophes impliquées dans le projet, d'une réflexion conjointe sur les perspectives de développement du nord-est Francilien prenant en compte notamment les perspectives ouvertes par le plan U3M qui a prévu et retenu un projet d'implantation universitaire sur le pôle Villette.
Un dernier mot en conclusion. Il est clair que la question majeure posée par ce dossier est la façon dont la Ville de Paris va inévitablement devoir s'engager dans des pratiques de concertation intercommunales qui doivent aller au-delà de ce qui est fait aujourd'hui.
On voit bien comment on touche là aux confins de l'absurde quand un projet de cette envergure n'est abordé dans notre Assemblée qu'au détour et par le biais d'une délibération comme je le disais, marginale.
Je crois qu'il y a là quelque chose qui ne peut plus durer et la question de l'ouverture de Paris vers les quartiers, les villes qui l'entourent et qui constituent avec la ville centre l'agglomération devra inévitablement être soumise au débat public.
Je ne doute pas qu'il s'agit là d'une question majeure de la future campagne des municipales.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, l'application du P.O.S. intercommunal de Saint-Denis et d'Aubervilliers aura une répercussion importante sur l'évolution du territoire parisien, la frange septentrionale de notre ville, étant en voie de mutation.
Nous déplorons l'insuffisante prise en compte des disposition du Plan de déplacements urbains vis-à-vis du maintien du transport de marchandises sur la voie d'eau et de l'aménagement des berges du Canal Saint-Denis à des fins d'activités portuaires.
Le zonage manque en effet de clarté sur la répartition entre zones de loisirs liées au projet de "parc-canal" et zone d'activités.
Mais surtout, la dérogation au P.O.S. que constitue la Z.A.C. d'Aubervilliers représente un danger pour l'équilibre du nord de Paris.
C'est très exactement ce qu'il ne faut plus faire. C'est une régression historique qui nous ramène aux heures les plus aberrantes de l'urbanisme des années 1960.
Cette Z.A.C. a en effet été montée autour d'un projet commercial gigantesque qui aura des répercussions désastreuses sur l'ensemble des quartiers du nord-est parisien.
Le site exceptionnel de cette Z.A.C. sur une rive du canal Saint-Denis et la localisation privilégiée en bordure du périphérique méritaient pourtant tout autre projet qu'une zone d'activité associant 133.000 mètres carrés de bureaux à un centre commercial d'intérêt régional de 96.000 mètres carrés qui, par l'importance de la surface commerciale disponible sera le 8e centre commercial d'Ile-de-France.
93 % des surfaces sont en effet allouées à l'activité économique, commerces ou bureaux. A ces 247.500 mètres carrés de SHON dédiés à l'activité économique, s'ajoutent sur Paris les 100.000 mètres carrés de SHON du parc du Millénaire et 50.000 mètres carrés à 60.000 mètres carrés sur les terrains Claude-Bernard appartenant à l'Assistance publique, puis à cheval sur Paris, Saint-Denis et Aubervilliers, les 100.000 mètres carrés envisagés à terme sur la gare des Mines (R.F.F.-S.N.C.F.).
Au total 500.000 mètres carrés environ seront ainsi dédiés à l'activité économique dans ce secteur.
Ce projet suscite pourtant des critiques unanimes.
La conclusion du commissaire-enquêteur est la suivante : "'il n'est pas opportun d'instaurer une surface commerciale dans un site aussi privilégié qui méritait un projet plus ambitieux".
Même la Chambre de Commerce et d'Industrie se montre réservée et veut accentuer la réflexion sur l'utilisation de la voie d'eau, notamment par des activités économiques. Elle précise que l'implantation d'un équipement commercial de 50.000 mètres carrés de surfaces ne va pas sans conséquence sur l'avenir des villes voisines.
La Chambre des Métiers de Seine Saint-Denis fait la même analyse et conclut qu'elle ne peut se satisfaire de l'application d'un modèle standard tel que celui proposé dans ce dossier.
D'autres aménagements plus conformes aux opportunités qu'offrait un tel site auraient pu être envisagés : un projet d'établissement universitaire et surtout un programme de logements plus important auraient pu être développés.
De plus dans cette Z.A.C. quasi mono-fonctionnelle, les équipements publics sont scandaleusement absents de la programmation malgré la perspective de l'arrivée d'une population nouvelle. Ainsi, eu égard aux équipements scolaires, la seule solution envisagée est d'augmenter le nombre d'enfants par classe. Alors que l'étude d'impact de la Z.A.C. précise, page 44, que "de nouveaux besoins liés à l'accueil de la petite enfance sont à prévoir et que le secteur de la Z.A.C. est pauvre en équipements sportifs et culturels", aucune crèche, centre social ou centre sportif ne sont prévus.
Tous les principes de mixité des fonctions sont ainsi bafoués.
Une telle zone d'activité représente une menace inquiétante pour l'emploi dans ce secteur de l'agglomération et aura des répercussions fortement négatives sur la circulation et l'environnement.
Dans le rapport du commissaire-enquêteur figure cette citation :"lorsque la grande distribution crée un emploi, elle en supprime 3 : un dans le petit commerce qu'elle tue, un chez les intermédiaires, et un chez les producteurs qu'elle impose par l'intermédiaire de ses centrales d'achats".
Le centre commercial induisant la création de 2.000 emplois, ce sont ainsi 6.000 emplois qui sont amenés à disparaître.
La Chambre de commerce et d'industrie de Paris souligne que "l'implantation d'un équipement commercial de 50.000 mètres carrés de surfaces ne sera pas sans conséquence sur l'avenir des villes voisines".
La zone de chalandise du future centre commercial englobera 800.000 personnes, principalement sur le nord parisien.
60-70 % des clients devraient en effet venir du nord de Paris, principalement des 19e, 18e, 17e et 10e arrondissements, soit 550.000 personnes dont 170.000 pour le 19e arrondissement.
Un seul exemple donné par la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris, à la Courneuve, la vacance de locaux commerciaux dans le centre-ville est passée de 2 % avant l'ouverture d'un centre commercial sur la commune voisine de Drancy, à 25 % deux ans après l'ouverture.
Les chiffres sont éloquents. Un centre commercial, c'est l'agonie du petit commerce de proximité indispensable à la vie dans les quartiers.
L'impact sur la circulation et l'environnement sera tout aussi catastrophique. L'augmentation, selon l'étude d'impact, de 30 à 40 % du trafic automobile est manifestement sous-estimée. La Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris considère en effet que cette estimation est trop faible par rapport à la réalité et au contexte. L'augmentation du trafic serait plutôt de l'ordre de 50 %, soit 3.150 véhicules par heure. Une telle augmentation des flux signifie pour le 19e arrondissement l'asphyxie et l'engorgement permanent de l'avenue Jean Jaurès et de l'avenue de Flandres.
Cette augmentation du trafic est absolument incompatible avec les objectifs de réduction du trafic du PDU.
Elle se traduit par une hausse inadmissible des nuisances sonores et des pollutions atmosphériques.
Avec cette Z.A.C., la Ville d'Aubervilliers choisit la solution la plus simple mais aussi la plus égoïste vis-à-vis des communes voisines C'est la course au centre commercial et la chasse à la taxe professionnelle.
La réglementation relative aux compositions des commissions départementales d'équipement commercial font que la Ville de Paris et les élus que nous sommes ne sont jamais consultés en cas d'implantation d'un centre commercial en périphérie de Paris alors que les répercussions les plus importantes sont sur le territoire parisien.
La suture Paris-Banlieue mérite pourtant d'autres projets que des centres commerciaux :
- aux services d'intérêts financiers purement privés ;
- saccageant un site aux potentialités urbaines exceptionnelles ;
- ruinant la mixité des activités économiques du nord-est parisien et tout particulièrement menant à la faillite le petit commerce de proximité indispensable à l'équilibre et à l'animation de quartiers particulièrement déshérités en bordure du périphérique ;
- générant des pollutions phoniques et atmosphériques dans des quartiers déjà en proie aux pollutions des locomotives Diesel, des 200 camions de l'entreprise Tafanel, du périphérique et axes rouges.
Cette Z.A.C., au nom de profits financiers à court terme est, à tout point de vue, une monstruosité, en termes de pollution, de mixité économique et sociale.
Pour Paris et l'Ile-de-France, il s'agit d'une erreur majeure en termes d'urbanisme et de développement durable.
Monsieur le Maire, pour préserver la vie de nos quartiers, nous vous demandons, bien au-delà des remarques faites au sein de l'enquête publique, de vous prononcer publiquement contre la Z.A.C. et de soutenir ceux qui s'y opposeront.
(M. le Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci. La parole est à M. BULTÉ.
M.Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
J'ai écouté avec la plus grande attention les différents orateurs et je me permettrai de répondre d'abord aux trois derniers sur les plans techniques qu'ils ont évoqués et de répondre en fin d'intervention au premier orateur, Monsieur MALBERG, ce dont je m'excuse par avance.
Très rapidement, je rappelle qu'il s'agit de la modification du P.O.S. d'Aubervilliers et de se prononcer sur cette modification de P.O.S. et non pas bien entendu sur la réalisation de la Z.A.C. "Aubervilliers" elle-même. C'est uniquement un avis sur un dossier technique.
Je rappellerai très rapidement que les communes de Saint-Denis et Aubervilliers ont arrêté un projet de révision partielle de ce P.O.S., soumis uniquement pour avis à la Ville de Paris. Ce projet porte, comme l'a rappelé M. FERRAND, sur le secteur de la Plaine Saint-Denis et concerne notamment la partie du canal Saint-Denis située hors de Paris. Il réserve une grande partie des berges du canal à la promenade, évoquant l'idée d'un parc-canal, et réduit les secteurs réservés aux installations portuaires, tout en limitant leur nombre à celui atteint au 1er janvier 2000.
Ces dispositions sont de nature à réduire l'usage de la voie d'eau par le transport de marchandises.
Il apparaît souhaitable de rechercher sur le canal Saint-Denis un meilleur équilibre entre les aménagements paysagers et les activités de transport que la Ville de Paris, propriétaire de cette voie d'eau, cherche à favoriser.
Il est également demandé le maintien de servitudes de halage de part et d'autre du canal alors que le projet ne prévoit ce maintien que sur une seule berge.
Pour ce qui est des réserves de voirie inscrites sur l'ensemble du secteur, elles sont de nature à améliorer la desserte des zones où celle-ci est mal assurée. Toutefois, le projet de Z.A.C. "Aubervilliers" devrait générer un trafic automobile que les infrastructures existantes ou projetées ne pourraient supporter, c'est vrai, sans la création d'un franchissement supplémentaire du canal Saint-Denis à hauteur de la rue Pierre-Larousse. L'inscription d'un emplacement réservé pour cet ouvrage est donc demandée fortement par la Ville de Paris.
Des avis favorables sont donc donnés aux projets de révision du P.O.S. de Saint-Denis et Aubervilliers qui nous sont présentés, sous la réserve que les observations que je viens d'évoquer soient, bien entendu, prises en considération.
Je rappellerai une fois de plus que le projet de Z.A.C. lui-même n'est pas concerné et que le Maire de Paris, Jean TIBERI, a fait part de ses observations par le biais de son Secrétaire général lors de l'enquête publique, qui s'est achevée le 18 décembre 1999, en émettant des réserves importantes, notamment sur la circulation automobile, comme l'a évoqué M. DAGNAUD qui nous a quittés, et sur les conséquences commerciales du projet d'Aubervilliers.
En revanche, le Maire de Paris est tout à fait favorable à une concertation avec les associations, les riverains et les élus concernés, notamment dans le 18e et le 19e arrondissements. Celle-ci devra d'ailleurs être organisée à l'initiative même du sénateur-maire d'Aubervilliers, à la demande de Jean TIBERI, c'est-à-dire par M. Jack RALITE.
En ce qui concerne l'intervention de fond qu'a faite M. MALBERG tout à l'heure, je trouve, personnellement, qu'il a eu raison de prendre le temps nécessaire pour évoquer ce problème de fond et on devra peut-être, dans l'avenir, se pencher ensemble sur l'évolution de la ville en général, et de Paris et ses relations avec les communes périphériques en particulier.
Je rappellerai qu'à la demande du Maire, depuis plusieurs années nous sommes en contact permanent avec Jack RALITE à Aubervilliers mais également avec le maire de Saint-Denis pour développer un certain axe de la modernité qui part de Notre-Dame et passant par la place de la République, la place du Colonel Fabien, Aubervilliers, Saint-Denis, pour arriver à Roissy.
Cet axe prend une ampleur considérable et, bien entendu, son aménagement est en permanence en concertation avec les différents élus de ce secteur.
M. MALBERG a fait tout à l'heure un portrait un peu critique de la banlieue. Il me faisait penser à ce film "Elle court, elle court, la banlieue". Il a bien fait de dire ce qu'il a dit, de poser le problème de la solidarité entre Paris et les communes périphériques.
Croyez, Monsieur MALBERG, que dans ce secteur notamment, cela fait des années que nous souhaitons élargir cet espace de solidarité de Paris à la banlieue et la critique, sévère, que vous avez faite notamment de la ceinture commerciale qui nous cerne tous et qui provoque une désertification progressive de nos arrondissements périphériques, est à prendre en considération. On devra certainement entreprendre une réflexion en profondeur pour remédier à cette désertification.
Je rappellerai que nous évoquons tous, les uns et les autres, la droite comme la gauche, à chaque fois, le rééquilibrage à l'est. Mais quand des propositions sont faites, et je pense notamment à la symbolique que j'avais proposée et qui aurait l'accord de M. RALITE, cette symbolique très forte d'avoir la main tendue vers la banlieue, avec un trait d'union très fort consistant dans l'implantation du Conseil régional à l'est à la fois sur la commune d'Aubervilliers et sur la commune de Paris (et le Maire de Paris lui-même avait envisagé de faire un apport du terrain pour que ce symbole très fort puisse exister), que font les élus, Monsieur MALBERG ?
Le rééquilibrage à l'est, que voulez-vous, c'est la bonne parole. Bien souvent, ils préfèrent encore s'installer dans leurs Chesterfield et leurs dorures du 7e arrondissement plutôt que de se déplacer vers l'axe de la modernité que représentent le 19e, Aubervilliers et Saint-Denis.
Je souhaite bien entendu que, dans cette banlieue et ce Paris multicolore que vous avez évoqués, Monsieur MALBERG, nous puissions prochainement avoir ensemble une réflexion en profondeur.
Bien entendu, sur le P.O.S. d'Aubervilliers lui-même, je souhaiterais, pour M. RALITE, qu'on puisse donner un avis favorable et c'est là où je ne retrouve pas les propos de M. MALBERG, qui nous a dit qu'il n'était pas "faux-cul" mais qu'il ne voulait s'engager ni pour ni contre ce plan d'occupation des sols. Je souhaiterais que, sur le plan technique au moins, il puisse donner un avis favorable à ce secteur, pour son collègue.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BULTÉ.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 56.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DAUC 56).