Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

5 - Discours de M. Jean TIBERI, Maire de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 1995




M. LE MAIRE DE PARIS.- Mes chers collègues, vous venez de me désigner pour exercer les fonctions de Maire de Paris pendant les six années à venir. Vous m'avez ainsi renouvelé la confiance que m'avait témoignée, il y a un mois presque jour pour jour la précédente Assemblée.
Aussi, je ne vous cacherai pas combien j'y suis sensible, et c'est avec émotion que je vous en remercie, comme j'en remercie également les Parisiennes et les Parisiens qui m'ont exprimé leur confiance et leur attachement.
Permettez-moi de remercier tout spécialement M. Jacques FÉRON qui, comme doyen d'âge de cette Assemblée, a présidé l'ouverture de nos travaux.
Nous savons tous le travail qu'il a accompli avec dévouement au profit des Parisiens. Je tiens à saluer la force de ses convictions et son sens du bien public.
Toute son action témoigne de la haute idée qu'il s'est toujours faite des responsabilités qui lui ont été confiées par les Parisiens.

(Applaudissements des élus "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Aujourd'hui, je succède donc, dans l'exercice de ces responsabilités et pour la durée de la nouvelle mandature, à Jacques CHIRAC.
J'en éprouve de la fierté, car c'est pour moi un grand bonheur que de continuer la tâche d'un homme dont j'ai été, pendant dix-huit ans, l'un des plus proches collaborateurs et l'un des compagnons les plus fidèles.
Cela représente aussi pour moi une mission difficile, je le sais.
Pendant dix-huit ans, Jacques CHIRAC, qui exerce aujourd'hui la plus haute charge de la République, a rassemblé les Parisiens autour d'une ambition collective. Notre Capitale, grâce à lui, a conquis son autonomie, s'est embellie, a renforcé l'attrait qu'elle a toujours exercé sur le monde entier. Ainsi Jacques CHIRAC aura-t-il été, pour Paris, un Maire exceptionnel.

(Applaudissements des élus "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Mais Jacques CHIRAC ne s'est pas attaché uniquement à augmenter ce prestige d'une des plus belles villes du monde. Il a voulu que Paris soit aussi une ville solidaire et généreuse. Notre mission est de poursuivre cette politique qui a recueilli les suffrages des Parisiens.
Car, en prenant aujourd'hui mes fonctions, c'est à eux que je pense. Aux Parisiens et au message qu'ils ont exprimé dimanche dernier. Et je voudrais qu'ils soient certains que j'ai entendu ce message et que j'ai compris ce qu'ils ont voulu me dire.
C'est pour cette raison que je leur propose, que je vous propose, à vous tous qui les représentez ici, de travailler ensemble pour Paris.
Je vous propose de travailler ensemble, car j'ai la conviction que c'est ce que souhaitent les Parisiens.
Je vous propose de travailler ensemble, car c'est par un travail d'équipe que nous devons définir la politique municipale ; c'est par un travail d'équipe que nous lui donnerons l'impulsion nécessaire.
Je vous propose de travailler ensemble, car c'est à une majorité soudée qu'il appartient de mettre en oeuvre le projet ambitieux que nous formons pour la Capitale. C'est à une majorité soudée qu'il appartient de prendre les décisions et d'assumer les responsabilités de la gestion municipale. C'est ainsi en effet que je définis, pour ma part, le rôle de l'élu, et c'est de cette façon, j'en suis convaincu, que la politique retrouvera un prestige aujourd'hui entamé.
Ce travail d'équipe, fondé sur une responsabilité partagée, s'organisera autour de la délégation de ma signature. Cette délégation, je la consentirai naturellement au Premier adjoint, comme cela a été le cas au cours des trois mandatures précédentes.
Mais j'ai également l'intention de l'accorder à six adjoints qui se verront confier des secteurs particulièrement importants pour l'action municipale. Ce sont ainsi les élus qui définiront, conduiront et assumeront l'action municipale.
Pour la mener à bien, ils disposeront des services de l'administration parisienne dont les structures seront modifiées afin de tenir compte des nouvelles priorités de la mandature. J'engage, dès à présent, une consultation en ce sens, car je souhaite que cette modification soit élaborée en large concertation avec les personnels, que je tiens ici à remercier du sens aigu du service public qui les anime.

(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
Voilà donc, tels que je les définis, la méthode et les moyens de l'action que je conduirai pour Paris.
Je tiens à réaffirmer aujourd'hui devant votre Assemblée le projet que je forme, avec la majorité municipale, pour Paris.
Aucun d'entre vous ne s'en étonnera : ma priorité, notre seule priorité sera l'emploi. Mon premier geste sera de la concrétiser sans délai par la création d'une Délégation générale à l'emploi.
Je m'attacherai ensuite à préserver l'environnement. A cet égard, je veillerai tout particulièrement à diminuer les nuisances provoquées par la pollution et par le bruit, contre lesquels je suis persuadé que l'on peut agir avec efficacité.
Je continuerai naturellement l'effort entrepris dans le domaine de la santé, et intensifierai le combat parisien contre le S.I.D.A., dans le domaine de la prévention, du dépistage et de la solidarité avec les malades.
La Ville appartient à ses habitants, les Parisiens doivent se sentir bien dans un cadre à dimensions humaines, ces dimensions sont celles des quartiers où ils sont enracinés.
C'est pourquoi je m'engage à ce que l'urbanisme garde ce visage et cette échelle humaine qui font la spécificité de notre Capitale, auxquelles les Parisiens sont attachés, et qui contribuent d'ailleurs, pour une grande part, à renforcer l'attrait qu'exerce Paris dans le monde entier.
Je sais aussi que les Parisiens tiennent à préserver leur cadre de vie et la qualité de leur vie au quotidien. Cela doit être le souci permanent de la Municipalité, et je prends aujourd'hui l'engagement d'y porter une attention toute particulière.
Je développerai d'ailleurs, dans cet esprit, des procédures pour relancer la concertation et favoriser l'expression du dialogue entre la Municipalité et les Parisiens.
Je pourrais me contenter, bien sûr, d'être le Maire d'une majorité de Parisiens. Ce n'est pas mon ambition. Je veux être le Maire de tous les Parisiens, et je ferai tout pour cela.
Je serai, au sein de cette Assemblée, un homme attentif à ce qu'exprimeront, à travers vous, tous les Parisiens. Je serai un homme d'écoute ; je serai un homme de dialogue ; je serai un homme d'ouverture. Je veux que chacun ici le sache sans ambiguïté.

(Applaudissements des élus "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Les Parisiens ont souhaité une nouvelle représentation au Conseil de Paris. C'est l'exercice même de la démocratie. Chacun d'entre nous, qui la représentons ici, doit la respecter.
En ce qui me concerne, et en tant que Maire de Paris, je m'engage à appliquer la loi P.M.L. dans un esprit de concertation et d'ouverture.
J'entends, bien entendu, que les efforts qui seront nécessaires, j'en suis conscient, pour respecter cet engagement soient des efforts partagés par la majorité comme par l'opposition. Il en va d'ailleurs de la crédibilité de chacun, qu'il appartienne à l'une ou à l'autre.
Cet exercice sera sans doute difficile parfois. Je suis sûr qu'il se révèlera passionnant, et pour ma part, je suis convaincu qu'il sera toujours constructif.
Nous devons avoir une seule préoccupation à l'esprit en acceptant les fonctions que nous ont déléguées les Parisiens, car nous avons contracté une obligation envers eux. Nous ne devons pas oublier que les Parisiens ont fait de nous les dépositaires du bien commun qui leur appartient.
La majorité sortante qui, je le rappelle, a été reconduite par le vote des Parisiens les 11 et 18 juin derniers, peut éprouver, je crois, une légitime satisfaction en considérant le travail qu'elle a accompli pendant ces dix-huit années sous la direction de Jacques CHIRAC, et je suis très fier, pour ma part, d'y avoir activement participé à ses côtés.
Avec lui, nous avons su faire vivre le nouveau statut de Paris qui donnait enfin à la Capitale les responsabilités d'une vraie collectivité locale. Avec lui, nous avons su préserver l'unité de notre Ville et nous lui avons donné l'identité forte que justifient sa place et son histoire.
C'est ainsi que Paris a été patiemment embellie, son patrimoine sauvegardé, restauré, agrandi et de nombreux espaces verts créés. Paris est devenue une ville propre où la qualité de vie s'est, sans nul doute, considérablement améliorée.
Paris passe pour être non seulement l'une des plus belles capitales, mais l'une des grandes villes du monde où il est le plus agréable de vivre.
Pour acquérir et renforcer cette réputation, Jacques CHIRAC s'est attaché pendant ses trois mandatures à respecter les équilibres de Paris.
Un terme a ainsi été mis aux errements de l'urbanisme et de l'architecture des années 60-70. Nous avons choisi un urbanisme plus respectueux du patrimoine authentique de Paris, du caractère de ses quartiers et du tissu urbain existant.
Le logement a été érigé en priorité pour accueillir toutes les composantes de la population. Jacques CHIRAC a relancé la politique du logement et, en particulier, celle du logement social ou de celui destiné aux familles aux revenus moyens.
Paris s'en enfin doté d'un réseau d'équipements publics sans équivalent en Europe. Aucun quartier n'est resté à l'écart du développement général. Un effort considérable a été accompli en faveur de l'Est parisien et cette entreprise difficile de rééquilibrage a été largement menée à bien.
Il y a un signe qui ne trompe pas : Paris aujourd'hui ne se vide plus de ses habitants. Paris se repeuple et connaît même l'amorce d'un rajeunissement.
C'est en renforçant la solidarité et en mettant en oeuvre une politique sociale exemplaire, souvent reprise à l'échelle nationale, que nous sommes parvenus à ce résultat. Car nous avons voulu que les personnes âgées, que les familles, que les jeunes, que les personnes en difficulté restent au coeur de la cité.
Jacques CHIRAC, pour cela, n'a pas hésité à innover : il a créé la carte "Paris-Santé" pour ceux qui n'avaient plus accès aux soins, le "SAMU social" pour aller au-devant des personnes exclues, le contrat d'autonomie pour les personnes âgées, il a lancé les actions en faveur de l'emploi et a voulu la signature du contrat de ville.
En dépit de ces réalisations dont nous sommes fiers, et dont un grand nombre, je le rappelle, ont été accomplies dans les arrondissements de l'Est de la Capitale, les Parisiens, et plus particulièrement les habitants de ces arrondissements, nous ont néanmoins adressé un message.
Je sais à quel point ces quartiers sont touchés par les problèmes de l'insécurité, de la délinquance, de la drogue et de la pauvreté. Je comprends l'attitude des électeurs qui sont, tous les jours, confrontés à des situations difficilement supportables.
Et je m'adresse à eux à travers vous qui les représentez : nous devons répondre à cet appel qu'ils nous ont lancé, et nous ne pourrons le faire qu'ensemble. Il faut que nous le voulions ensemble, car ce n'est qu'ensemble que nous pourrons réussir. C'est en effet en unissant toutes les forces vives de la Capitale que l'Est parisien trouvera son équilibre.
J'ai dit devant vous, mes chers collègues, la légitime fierté que nous pouvions avoir du travail accompli pendant la mandature écoulée, sous l'impulsion de Jacques CHIRAC, et tout particulièrement en faveur de la construction de logements sociaux.
J'ai cependant ressenti- au cours de cette campagne- un besoin d'explication de la part des Parisiens, renforcé par une polémique visant à créer la confusion entre le domaine privé de la Ville et le parc social.
Aussi, m'a-t-il semblé indispensable d'apporter aujourd'hui des éléments de clarification et de proposer, pour répondre à cette attente, deux initiatives simples de nature à lever, me semble-t-il, toute ambiguïté.
Le domaine privé de la Ville de Paris a été constitué- bien avant naturellement la réforme du statut de la Capitale en 1977- soit de dons et legs, soit de propriétés acquises en leur temps pour la réalisation d'opérations qui n'ont pas été conduites à leur terme. Il est composé d'immeubles très hétérogènes souvent occupés par leurs locataires depuis plusieurs décennies. Certains de ces immeubles s'apparentent aux immeubles du marché privé.
D'autres, en raison de leur occupation, relèvent davantage d'un parc social de fait.
J'ai décidé que les immeubles et les logements appartenant à la première catégorie seront vendus aux enchères.
Les logements appartenant à la deuxième catégorie, c'est-à-dire au parc social de fait, seront transférés pour leur gestion à des bailleurs sociaux et les règles applicables en matière d'attribution des loyers seront celles du logement social.

(Applaudissements des élus "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
J'ai demandé à M. le Vice-président du Conseil d'Etat de me proposer le nom d'un membre de cette haute juridiction pour présider un groupe de travail composé d'experts immobiliers agréés auprès des tribunaux. La mission de ce groupe de travail sera de classer les immeubles relevant du domaine privé de la Ville aux fins soit de vente, soit de transfert à des organismes sociaux.
Je rendrai compte à notre Assemblée pour décision en décembre 1995 des conclusions et propositions de ce groupe d'experts indépendants.
En l'attente, j'ai demandé à la Direction de la Construction et du Logement d'étudier les conditions d'une augmentation substantielle des loyers quand les conditions du marché et de la loi le justifient.
L'exercice par le Maire de son droit de proposition des attributaires de logements sociaux est prévu par la loi. Il s'exerce concurremment à celui du représentant de l'Etat, de différents réservataires et des Maires d'arrondissement.
A Paris, ces droits de proposition sont utilisés dans le cadre d'opérations d'urbanisme. Ils s'exercent à parité avec la Préfecture de Paris en faveur de personnes victimes de sinistres, et naturellement au bénéfice de personnes inscrites au fichier des demandeurs de logement. A ce titre, la Ville a mené, et continuera à conduire, des politiques ciblées en direction, par exemple, de personnes très fragilisées ou en faveur de fonctionnaires travaillant à Paris.
Il faut que les critères présidant aux choix des personnes proposées sur le contingent du Maire de Paris soient mieux expliqués et mieux compris.
Aussi ai-je décidé que chaque trimestre seraient rendues publiques les conditions d'application effectives de ces critères.
Je ne doute pas que ces dispositions que j'appliquerai à mes propositions le seront également par les autres réservataires de logements sociaux à Paris.
La politique conduite à Paris en faveur du logement social sera bien entendu poursuivie avec la même détermination.
Les décisions que j'ai souhaité annoncer aujourd'hui contribueront à la mieux faire connaître.
J'entends naturellement que s'agissant de l'information concernant notamment les sociétés d'économie mixte, les dispositions légales soient respectées. C'est aujourd'hui le cas, les documents étant déjà à la disposition des conseillers de Paris qui souhaitent les consulter. Au-delà, leurs modalités de diffusion en seront sensiblement améliorées dès à présent.
Vous me permettrez enfin de m'adresser, par-delà cette Assemblée, à tous les Parisiens.
Cette ville, nous l'aimons. Nous l'aimons, quelle que soit notre sensibilité politique, quelles que soient nos origines, quelles que soient nos ambitions.
Nous ne l'aimons pas seulement parce qu'il s'agit de notre ville et de la Capitale de notre pays, nous l'aimons parce qu'elle est unique au monde. Son passé, sa beauté, son rayonnement la rendent unique au monde. Elle est devenue depuis plus de deux siècles pour les peuples et les hommes épris de liberté et de fraternité une référence universelle.
Certains peuvent penser que le prestige indiscutable dont elle jouit aux quatre points du monde nous donne peut-être certains droits. A mes yeux, bien au contraire, il accroît les devoirs que nous avons envers elle.
Le premier de ces devoirs est de lutter contre les problèmes qui affaiblissent notre Ville.
Lors de sa campagne, le Président de la République a décrit la fracture sociale qui sépare de plus en plus les Français. Cette fracture sociale existe dans notre pays, elle existe, hélas, au sein de notre Ville.
Ce constat que nous avons fait n'a pas toujours été suffisamment entendu.
Ainsi, il aura fallu attendre l'arrivée du Gouvernement précédent pour signer par exemple le contrat de ville avec l'Etat. La preuve est ainsi faite qu'il nous appartient maintenant de nous unir, quelle que soit notre étiquette politique, pour résoudre les problèmes auxquels nous devons faire face. Les Parisiens, à juste titre, nous jugeront sur cette capacité là également, car elle reflètera notre propre sens des responsabilités.
Je forme donc le souhait, profondément sincère pour ma part, que l'esprit dans lequel travaillera le Conseil de Paris pendant cette mandature soit à l'image de notre volonté à tous de faire de Paris une ville solidaire et généreuse, une ville pour tous.
J'y suis, quant à moi, déterminé.

(Vifs applaudissements des élus "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
L'ordre du jour appelle l'élection des adjoints. Nous allons procéder au moins à un vote avant d'interrompre nos travaux provisoirement.
Monsieur DELANOË, je vous donne la parole, mais pour une intervention brève, parce que le débat démocratique a eu lieu très longtemps.

M. Bertrand DELANOË.- Vous allez voir comme c'est court !
La moindre des choses, étant le candidat battu, est que j'adresse mes félicitations au candidat élu qui est à présent le Maire de Paris.

(Applaudissements des élus socialistes, communistes et du Mouvement des citoyens).
Deuxième chose, et vous allez voir, c'est très bref, je veux souhaiter à toute cette Assemblée bonne chance pour la nouvelle mandature.
Enfin, Monsieur le Maire, je ne réagirai pas au discours que vous venez de faire. Il m'apparaît simplement que dans un certain nombre de propositions, je crois reconnaître certaines idées qui me sont familières.
J'ai la confirmation que le pluralisme que j'avais souhaité plus fort pour Paris a déjà produit des effets bénéfiques pour tous les Parisiens.
Maintenant, aux actes !

(Applaudissements des élus socialistes, communistes et du Mouvement des citoyens).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur DELANOË.