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Fevrier 2004
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10 - 2004, DASCO 5 G - Approbation de l'attribution du nom de collège Daniel Mayer à l'établissement public local d'enseignement situé 2, place Hébert (18e)

Débat/ Conseil général/ Février 2004


Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous passons au projet de délibération DASCO 5 G. Il s'agit d'attribuer le nom de Daniel Mayer à un établissement du 18e arrondissement.
M. Gilles ALAYRAC est inscrit et M. FERRAND lui répondra.
M. Gilles ALAYRAC. - Madame la Présidente, je vais être bref car celles et ceux qui ont connu Daniel Mayer savent que c'était un homme discret et simple qui ne cherchait pas les hommages. Compte tenu de ce profil fort respectable, je pense quand même que l'on peut dire deux ou trois mots sur lui.
C'était un homme issu du peuple qui était journaliste avant-guerre au journal "Le populaire". Le mot qui le caractérise le plus est sans doute le mot "courage" parce qu'il fallait du courage pour dénoncer les accords de Munich en 1938 alors que la quasi- totalité de la classe politique et de sa formation elle-même y était favorable. Parce qu'il fallait du courage pour dénoncer la montée des fascismes en Europe et l'antisémitisme, parce qu'il fallait du courage dès le 11 juillet 1940, lorsque la République est devenue Etat français, pour entrer dans la clandestinité, prendre des noms d'emprunts, et tous les jours changer de domicile avec son épouse, et il fallait aussi du courage pour recréer le parti socialiste dans la clandestinité et pendant quatre ans, organiser le lien entre Léon Blum et le Général de Gaule, faire passer les personnalités de gauche à Londres et à Alger.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - S'il vous plaît, je vous demanderai un peu d'attention. On évoque la mémoire de Daniel Mayer, héros de la Résistance qui mérite un peu de silence !
M. Gilles ALAYRAC. - Il a fait tout cela avec son épouse ; nous pouvons aussi l'associer à cet hommage.
Après la guerre, cet homme aurait pu céder au découragement parce qu'il aspirait avec légitimité à diriger le parti socialiste et c'est Guy Mollet qui l'a emporté. Il est resté à son poste comme député de Paris et plusieurs fois Ministre sous la IVe République. C'était un homme de courage et d'engagement qui était fidèle à ses convictions puisqu'élu Président de la Ligue des Droits de l'Homme ; il a démissionné de son mandat de député de Paris avant mai 1958 pour présider cette organisation et devenir Président de la Ligue internationale des Droits de l'Homme.
Discret il l'a été, lorsque François Mitterrand l'a nommé Président du Conseil constitutionnel en 1983. Il l'a été aussi lorsqu'on lui a demandé de céder son fauteuil de Président à Robert BADINTER, et de continuer à siéger au sein du Conseil constitutionnel où il a, à sa place, continué à servir l'Etat avec rigueur et simplicité.
C'est donc un Républicain ardent, un homme au caractère entier. C'était un homme facétieux aussi, un homme de conviction. Ce sera un modèle pour les élèves de ce collège du 18e arrondissement.
(Applaudissements).
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Tout à fait ! Nous sommes un certain nombre ici à avoir eu le plaisir de connaître Daniel Mayer ; je vais donner la parole à M. le Maire du 18e arrondissement, M. Daniel VAILLANT puisque c'est un collège du 18e qui aura la chance de porter le nom de Daniel Mayer.
M. Daniel VAILLANT. - Madame la Présidente, je pense que Gilles ALAYRAC a dit ce qu'il fallait dire sur le parcours de Daniel Mayer, sur l'homme qu'il était. L'ayant bien connu, comme Bertrand DELANOË, dans le 18e arrondissement, je veux simplement dire que de son vivant, j'avais proposé à Daniel Mayer qu'un collège du 18e porte son nom. Ce n'était d'ailleurs pas le collège de la place Hébert, mais un autre collège du 18e ; à l'époque, pour des raisons de tradition, cela ne se faisait pas d'attribuer le nom d'un collège à une personne encore vivante même si Daniel Mayer était déjà frappé par l'âge et la maladie.
Néanmoins, il m'avait dit que cela lui faisait très chaud au c?ur à l'idée même qu'un établissement du 18e puisse porter son nom. Et à l'occasion de sa mort, j'avais évoqué avec Robert BADINTER le fait que nous souhaitions le moment venu qu'un collège du 18e porte son nom. Il a été élu du 18e, il y est resté fidèle jusqu'à sa mort d'une certaine manière, même s'il habitait pour des raisons de santé et de commodité, en banlieue parisienne.
Je m'associe pleinement aux propos de Gilles ALAYRAC. C'était un grand homme même si, on le sait, par sa taille il ne l'était pas.
Je crois que c'est bien qu'un nouveau collège - et on sait à quel point le nom d'un établissement est important y compris pour les élèves - donc un outil supplémentaire pour l'éducation de nos enfants, puisse porter le nom d'un Résistant, d'un homme passionné des Droits de l'Homme, Président de la Ligue internationale des Droits de l'Homme, ministre de la République, député ayant démissionné, lui, non seulement de la formation politique à laquelle il appartenait parce qu'il était en désaccord au moment de la guerre d'Algérie, mais il s'est aussi démis de son mandat de député, ce qui est plutôt rare dans notre République, de faire le geste de remettre son mandat de député.
La communauté scolaire du collège a donné son accord, le Maire de Paris - je l'en remercie - lui-même a fait cette suggestion. Nous l'avons faite ensemble et je me réjouis à l'idée d'avoir bientôt à inaugurer le collège Daniel Mayer dans le 18e arrondissement.
Je vous remercie.
(Applaudissements).
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Merci.
Je donne la parole à M. Georges SARRE.
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement républicain et citoyen. - Je voudrais m'associer aux propos tenus par les deux précédents intervenants. Comme d'autres ici, j'ai connu Daniel Mayer. J'ajouterai que c'était un ami et son épouse a été tout au long de sa vie à ses côtés dans les bons moments et dans les moments les plus épouvantables et les plus catastrophiques. C'était une grande dame.
Daniel Mayer a tenu sa dernière réunion juste avant sa mort à la mairie du 11e arrondissement. Il marchait à ce moment-là avec beaucoup de difficulté mais son intelligence était toujours aussi vive, sa culture large, étendue, et comme le sujet portait sur Léon Blum dont il fut le disciple et sur l'action de Léon Blum, cet homme, Daniel Mayer, qui refit le parti socialiste dans la clandestinité, a d'ailleurs écrit un ouvrage, "Les socialistes dans la Résistance", où l'on peut puiser beaucoup d'enseignements sur cette période et ce qui s'est passé dans la mouvance socialiste à l'époque où la France était envahie par les nazis et où la Résistance en était à ses premiers balbutiements jusqu'à, évidemment, la Libération.
C'est à l'homme de c?ur, à l'intellectuel, au militant que je veux rendre hommage aujourd'hui, et je suis heureux de l'initiative prise par Daniel VAILLANT en tant que maire du 18e arrondissement et, bien sûr, l'approbation du Maire de Paris, Bertrand DELANOË. Je ne doute pas que la communauté scolaire soit d'accord avec cette appellation car c'est vraiment un homme simple, juste, bon, dont l'intelligence était fulgurante et le talent oratoire exceptionnel. Je considère donc que son nom est bien au fronton d'un collège.
Je vous remercie.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Je pense que l'hommage rendu est unanime.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASCO 5 G.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2004, DASCO 5 G).