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9 - Communication de M. le Maire de Paris relative aux mesures de sécurité.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 1995




M. LE MAIRE DE PARIS.- Chers collègues, je vous demande, pour aller plus vite, de ne pas parler pendant les exposés, que ce soit le mien, celui du Préfet, ou ceux des orateurs. Si vous avez des débats importants- il peut y en avoir- ayez la gentillesse de sortir de la salle.
Paris, depuis le 25 juillet dernier, a été à plusieurs reprises la cible des terroristes. J'ai condamné et je condamne à nouveau aujourd'hui avec la plus grande fermeté ces actes lâches, ces actes de haine contre notre peuple et notre démocratie.
Des victimes innocentes ont été tuées, d'autres ont été blessées dans leur chair et moralement. En votre nom, j'ai manifesté notre compassion et notre solidarité aux familles des personnes décédées et aux blessés.
Les services du S.A.M.U., de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et de la Préfecture de police sont intervenus dans des conditions de rapidité et d'efficacité qu'on peut qualifier de tout à fait exemplaires. Grâce à eux, des vies ont été sauvées et des souffrances épargnées. Je tiens en notre nom à tous à les en remercier et à leur rendre hommage.

(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
Au côté des Magistrats, des associations, de la R.A.T.P., des travailleurs sociaux, la Ville de Paris a immédiatement participé à la cellule d'urgence qui a été mise en place à l'initiative de l'Institut national d'aide aux victimes et de médiation.
Pour ma part, j'ai eu des contacts avec ses responsables et j'ai rencontré la présidente de "S.O.S.-Attentats", Mme RUDETZKY.
M. Jean-Louis DEBRÉ, Ministre de l'Intérieur, dont je salue particulièrement la présence ce matin et que je félicite et remercie pour l'action qu'il mène, m'a informé très régulièrement de la situation et de son évolution. Monsieur le Préfet de police, qui êtes près de nous, nos contacts ont été fréquents, et nos collaborateurs respectifs se sont rencontrés à plusieurs reprises pour définir ensemble les mesures prioritaires à mettre en oeuvre, ainsi que leurs modalités d'application, et je vous en remercie.
C'est ainsi que dès le lendemain du premier attentat nous avons par exemple commencé à déposer et à neutraliser toutes les corbeilles à papier dans les zones les plus sensibles.
Responsable de la plus grande administration de la Capitale, j'ai demandé que dès le 27 juillet des instructions soient adressées aux secrétaires généraux des mairies d'arrondissement et à tous les services de la Ville recevant du public afin de renforcer les contrôles.
Les inspecteurs de sécurité des parcs et jardins ont largement contribué à cette mission et tous les agents, notamment ceux qui circulent sur la voie publique, ont reçu des consignes de vigilance et d'observation.
Mais au-delà de ces mesures, ma priorité a été de penser à nos enfants. Aussi, j'ai immédiatement demandé que des mesures de protection renforcée soient mises en place pour l'encadrement des enfants dans les centres aérés du mois d'août.
En étroite liaison avec la direction des Services académiques et la Préfecture de police, nous avons très tôt décidé de prendre des précautions particulières pour la rentrée scolaire. Ces mesures ont été bien acceptées par les parents, je pense notamment à l'impossibilité pour eux d'entrer dans les écoles avec leurs enfants, et je les en remercie.
Nous avons également décidé de limiter le stationnement des automobiles autour des écoles et des crèches. Les services de la Ville ont prêté leur concours à ceux de la Préfecture de police pour la mise en place des barrières.
Avec la mise en oeuvre du plan "VIGIPIRATE", depuis le 8 septembre, on assiste à une très forte mobilisation des forces de police et de l'armée, ainsi que M. le Préfet de police vous le dira dans un instant. Les consignes de sécurité ont été fermement rappelées à l'ensemble des services de la Ville et notamment à ceux qui reçoivent du public.
En redéployant les diverses catégories d'agents chargés de la sécurité, nous avons assuré la surveillance de nombreux marchés et des bibliothèques.
Le plan "VIGIPIRATE" permet, s'il en était besoin, de mobiliser davantage encore tous ceux qui sont chargés de veiller à notre sécurité, à quelque titre que ce soit. Il contribue également à adresser un signal fort à ceux qui douteraient encore de la détermination et de la capacité de l'Etat à "éradiquer cette peste" pour reprendre les propos de M. le Président de la République.
Le terrorisme est aveugle, c'est là l'une de ses caractéristiques les plus odieuses.
L'accroissement considérable des forces de police sur le terrain, la venue des militaires pour les renforcer, constituent dans notre ville un moyen essentiel pour sécuriser et rassurer la population.
Les agents de la Ville de Paris, dans la limite des compétences qui sont les leurs, contribuent à cet effort avec dévouement et efficacité.
Mes chers collègues, dans vos arrondissements, je sais quelle est votre part pour expliquer et parfois rassurer ceux qui sont légitimement inquiets. Je vous remercie de votre action dans ces moments difficiles, car sans nul doute la situation est grave, et sans doute durablement, sans que nous ne sachions complètement expliquer les objectifs de ceux qui cherchent à nous atteindre.
Je redis également devant vous, mes chers collègues membres du Gouvernement, et tout spécialement à vous, Monsieur le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, et vous, Monsieur le Ministre de l'Intérieur, tout le soutien et la confiance que nous portons dans votre volonté et votre capacité à rechercher et à condamner les auteurs des attentats. Nous comptons totalement sur vous.
Mais tous les Parisiens, en faisant preuve de vigilance, de prudence et de calme, sont au premier rang dans ce combat. J'ai déjà dit que le sang-froid des Parisiens est la meilleure réponse à la lâcheté des assassins. Aujourd'hui en les en remerciant, je veux leur dire que par leur attention à tout ce qui pourrait leur paraître insolite ou anormal dans leur vie quotidienne, dans leurs déplacements, sur les lieux de travail, ils font preuve de solidarité et sont en quelque sorte les premiers acteurs de leur sécurité.
J'ai confiance en leur sens civique. Je compte sur eux.
A leurs côtés, ils peuvent compter sur moi.

(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée).
La parole est à M. le Préfet de Police.

M. LE PRÉFET DE POLICE.- Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, je voudrais tout d'abord vous remercier très vivement des sentiments de sympathie et de soutien que vous avez manifestés à l'égard des fonctionnaires de la Préfecture de police et de tous ceux qui apportent aux Parisiens leur secours, et qui concourent d'une façon générale à leur sécurité.
Paris, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, vit à nouveau sous la menace terroriste. Face à elle, comme l'a dit M. le Président de la République, nous éprouvons de l'inquiétude certes, mais aussi une calme résolution et une volonté farouche de défendre la Nation.
Ce sont ces sentiments qui mobilisent la Préfecture de police, qui rendent sa mission, la sécurité des Parisiens, particulièrement exigeante.
Je tiens à dire d'emblée devant le Conseil de Paris combien l'excellente coopération entre la Préfecture de police et la Mairie de Paris, et tous les élus de la Capitale, a grandement facilité notre tâche.
Cette solidarité marquée par la ferme volonté de ne pas céder au terrorisme est une arme essentielle face aux ennemis de la République et de la Démocratie.
Les Parisiens comprennent et approuvent les mesures prises. Ils offrent spontanément l'appui de leur vigilance. Ils refusent de céder à la psychose que voudraient créer les poseurs de bombes.
Le terrorisme, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, est une forme de guerre contre la Nation toute entière. La contre-attaque est engagée par la mobilisation de tous, la concertation des responsables et la convergence de leurs efforts.
Et c'est dans cet esprit, Monsieur le Maire, vous le rappeliez tout à l'heure, et je vous en remercie, que nous avons préparé ensemble la sécurité des établissements scolaires avant la rentrée des classes et que vous vous êtes associé aux réunions avec les responsables des établissements recevant du public à Paris : commerces, théâtres, grands magasins, transports en commun de surface et souterrains, taxis, mais aussi écoles et universités, sans oublier les lieux de réunions et de culte, notamment ceux de la communauté juive cruellement frappée à Villeurbanne.
Conformément aux instructions données par M. Jean-Louis DEBRÉ, Ministre de l'Intérieur, le dispositif de sécurisation a été considérablement renforcé dès le 26 juillet avec, comme point d'orgue, la décision de M. le Premier Ministre, le 7 septembre, de mettre en place le plan "VIGIPIRATE". A l'heure où je vous parle, 1.680 policiers de la sécurité publique ont pour mission la mise en application du plan anti-attentat.
Ils sont renforcés par 1.300 hommes des forces mobiles, 7 escadrons de gendarmerie mobile, 8 compagnies républicaines de sécurité et par 250 militaires au titre des forces dites de troisième catégorie.
En outre, dans le cadre du service général, 1.000 îlotiers, 1.850 agents de surveillance de Paris, 1.300 policiers auxiliaires, 500 fonctionnaires des brigades anticriminalité et de la police des gares, concourent directement à la prévention des attentats.
C'est ainsi, par exemple que la tenue des points d'école emploie 1.400 policiers ou agents par jour.
La Préfecture de police a mis en place un dispositif à la fois statique et dynamique. Il s'agit d'abord de protéger les nombreux sites sensibles. Les renforts militaires, en permettant un redéploiement des forces de police et de gendarmerie, ont pour cette mission une incontestable utilité. La neutralisation, vous le rappeliez tout à l'heure, Monsieur le Maire, d'environ 3.000 poubelles de rue, la pause de 12.000 barrières, le déplacement de 4.000 véhicules à proximité des établissements scolaires, ont également, avec l'aide active de la Mairie de Paris, permis d'accroître la sécurité des Parisiens.
Mais il faut aussi, par la mobilité des forces de l'ordre et de leurs interventions, placer les terroristes potentiels dans l'incertitude et sous la menace. C'est le sens de la vérification d'identité de 230.000 personnes ; c'est le sens du contrôle de 42.000 véhicules et de la mise à la disposition de la police judiciaire de 2.600 individus depuis le début de notre mobilisation.
Pour donner une idée de l'importance des efforts consentis, si l'on retient cette unité de mesure, ce sont plus de 68.000 journées de travail qui ont été consacrées, par les fonctionnaires de police et les militaires de la gendarmerie, à la protection des Parisiens contre les attentats.
Aux côtés de ces forces, la police judiciaire et les renseignements généraux participent activement aux investigations menées en vue d'identifier et de livrer à la justice les auteurs des attentats. Chacun a également présent à l'esprit, et M. le Ministre de l'Intérieur a rendu hommage à leur dévouement, le rôle décisif des services de déminage et d'analyse du laboratoire central de la Préfecture de police et la qualité des services de secours aux victimes assurés par la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, le S.A.M.U., la protection civile et les secouristes.
Vous le voyez, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, il n'est pas un fonctionnaire de la Préfecture de police qui ne soit mobilisé dans ce combat contre le terrorisme. Les épreuves que nous connaissons peuvent durer mais nous sommes prêts à les surmonter dans l'union que les Français retrouvent d'instinct dans les heures difficiles.

(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur le Préfet de police.
Monsieur DELANOË, vous avez la parole.

M. Bertrand DELANOË.- Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, il y a deux mois l'assassinat d'un Iman dans une mosquée du 18e arrondissement marquait à Paris le début d'une vague de violences meurtrières, lâches et aveugles, dont malheureusement nul ne peut dire quand elle prendra fin.
Dans ce climat grave et exigeant, je veux d'abord rendre hommage aux forces de l'ordre ainsi qu'à l'ensemble des acteurs impliqués dans le dispositif mis en place.
Le remarquable esprit civique manifesté par les Parisiens force également le respect. Il illustre la plus digne et la plus juste des réponses à ces actes barbares qui prétendent déstabiliser notre collectivité et menacent la sécurité de nos concitoyens.
Comme cela a déjà été dit par ailleurs, il semble effectivement indispensable de créer les conditions de la meilleure cohérence possible entre les différents services, judiciaires et de police engagés dans cette lutte.
Au nom de la solidarité citoyenne et politique qui s'impose aujourd'hui, le groupe socialiste au Conseil de Paris prendra toute sa part dans la préservation de l'unité parisienne, et notamment de cette harmonie entre chacune des communautés ethniques, identitaires, et religieuses qui la composent.
Notre devoir d'élus en effet est aussi de veiller à ce que jamais la passion ne s'empare des esprits, risquant ainsi de menacer les principes républicains d'égalité, de justice et de tolérance.
La victoire sur le mal terroriste, soyons-en sûrs, sera aussi à ce prix.

(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur DELANOË.
La parole est à M. BURRIEZ.

M. Jean-Pierre BURRIEZ.- Monsieur le Maire, au nom du groupe "Paris-Libertés", je souhaiterais tout d'abord avoir une pensée émue pour les victimes, leur famille, pour toutes celles et tous ceux qui ont souffert et qui souffrent encore des lâches attentats que nous avons connus ces dernières semaines.
Pour notre groupe, il n'y a jamais eu de "bons" et de "mauvais" terroristes. Il n'y a jamais, il n'y aura jamais de terrorisme qui soit compréhensible, voire même excusable.
Il n'y a que des lâches qui s'en prennent à des victimes innocentes dont le seul tort est de se trouver là où les terroristes ont déposé leurs instruments de mort.
Malheureusement, il faut bien constater que malgré les condamnations unanimes, nous assistons depuis plusieurs années à une banalisation du terrorisme.
En effet, le fait nouveau n'est pas le terrorisme en soi qui est très ancien, mais qu'il constitue désormais un moyen banal pour se faire entendre.
Face à cette nouvelle forme de guerre, à laquelle nous sommes confrontés, nous devons faire preuve de patience.
N'oublions pas que nos voisins Italiens et nos voisins Allemands, ont mis de longues années pour démanteler le réseau terroriste.
Nous devons également faire preuve de détermination face à ce nouvel ennemi dont on ignore jusqu'aux motivations, et faire confiance aux autorités judiciaires pour mettre fin à l'activité de ces tueurs, mais aussi afin d'aider au mieux les différents services, nous devons enfin faire preuve de discrétion.
Cette discrétion est indispensable car la caractéristique majeure des terroristes contemporains réside dans le rapport naturel qui les lie aux moyens d'informations.
Le terrorisme d'aujourd'hui, plus que celui d'hier, a un besoin vital que son acte soit connu du plus grand nombre de personnes.
Ce que vise l'acte terroriste n'est pas la victime elle-même, mais l'opinion publique d'un pays ou l'opinion internationale.
Ulrike MEINHOF affirme que le rôle de la fraction "Armée rouge", en Allemagne fédérale, est de faire exploser les bombes dans les consciences des gens.
Il faut bien reconnaître que dans notre société hyper-médiatisée, nous risquons de perdre ce combat au bénéfice de quelques points d'Audimat supplémentaires. Il n'est pas question de censurer les moyens de communication mais seulement d'attirer l'attention sur le fait que chaque ligne consacrée au terrorisme est une victoire indirecte mais une victoire tout de même des terroristes et c'est la victoire la plus importante à leurs yeux.
Entre la liberté d'informer et la divulgation d'informations plus ou moins vérifiées, et l'élaboration de supputations plus ou moins fondées, il y a un équilibre à trouver sous peine de voir le terrorisme gagner non pas sur le terrain mais dans les esprits.
Hommes politiques, policiers, magistrats, journalistes et tous ceux qui souhaitent mettre fin rapidement à cette triste période, doivent rester persuadés que dans certaines circonstances, le silence est parfois la meilleure des armes. C'est sur ce souhait que je conclurai. Ainsi, tous ensemble, nous pouvons relever ce défi qui, ne nous trompons pas, est un défi à la démocratie et aux valeurs de liberté et de tolérance que nous défendons.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Paris-Libertés" et "Rassemblement pour Paris").

M. LE MAIRE DE PARIS.- La parole est à M. SARRE.

M. Georges SARRE.- Monsieur le Maire, mes chers collègues, la vague d'attentats qui a débuté avec l'assassinat de l'Iman SARAOUI, et a culminé le 24 juillet dernier avec le massacre du R.E.R. Saint-Michel, a conduit le Gouvernement à mettre en oeuvre de lourdes mais nécessaires mesures de sécurité définies par le plan "Vigipirate".
Le groupe du Mouvement des citoyens s'en félicite en insistant particulièrement sur la nécessité que soient parfaitement respectées les consignes touchant à la sécurité aux abords des écoles, devenues, elles aussi, une cible des terroristes depuis l'attentat de Villeurbanne.
En cette semaine où commencent les Fêtes juives du Nouvel an, suivies par le Yom Kippour, nous souhaitons particulièrement que les synagogues, écoles et Institutions juives bénéficient d'une protection continue.
En tant que Maire d'un arrondissement touché par un acte terroriste, je tiens à féliciter les forces de police et les pompiers de Paris pour la rapidité et l'efficacité de leurs interventions.
Je rends également hommage au sang-froid de la population qui ne cède pas à la panique que comptent provoquer les terroristes.
Dans ces circonstances difficiles, il est évident que tous les maires d'arrondissement et le Maire de Paris, toutes tendances confondues, sont solidaires de l'action menée pour mettre fin aux exactions des fanatiques.
Pour y mettre fin, une coopération exemplaire entre tous les services de police et de renseignements français s'impose, mais le cadre national, me semble-t-il, n'est plus suffisant, Monsieur le Préfet de police, Monsieur le Ministre de l'Intérieur, pour vaincre le terrorisme.
C'est pourquoi je suggère à la réflexion de chacun que la France reprenne la proposition lancée récemment par le Gouvernement israélien d'organiser, sans délai, une Conférence internationale sur cette question et de renforcer les structures de coopération entre les Etats dans le domaine de la lutte anti-terroriste.
D'autre part, si même en l'absence de revendications formelles, la piste du terrorisme islamiste paraît la plus plausible, il importe au plus haut point de ne pas faire l'amalgame entre quelques fanatiques manipulés par l'étranger défendant les idées contraires à l'Islam, et l'immense majorité des Musulmans vivant sur notre sol, français ou étrangers.
Le processus d'intégration de ceux-ci est réalisé ou en cours. Aussi toute mesure qui viserait à isoler de la Communauté nationale les Musulmans de France ou à les désigner collectivement comme suspects ne ferait que gâcher irrémédiablement ce processus et ce serait une déchirure.
Dans la situation actuelle, il faut appliquer tous les moyens du droit, mais rien que les moyens du droit, et ne pas céder à l'agitation qui, dans quelque éditorial ou tribune libre, recommande de décréter l'état d'urgence.
Les contrôles au faciès dans les cités, où le licenciement de 80 personnes de nationalité étrangère travaillant à la sécurité de l'Aéroport de Paris, constituent des fautes.
Aucune récupération politicienne, dans le sens d'une exacerbation de la xénophobie, n'est acceptable.
Comme vous tous, mes chers collègues, je m'incline devant la mémoire des victimes et assure les blessés, ainsi que leur famille, de toute notre sympathie.
Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, communiste et socialiste).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Je peux vous rassurer, Monsieur SARRE, sur le problème de l'amalgame, il ne peut pas y avoir de confusion. Il faut savoir distinguer clairement les choses.
La parole est à M. MALBERG.

M. Henri MALBERG.- Mesdames, Messieurs, Monsieur le Maire, les attentats qui viennent d'avoir lieu et dont plusieurs ont heureusement échoué, sont une insupportable agression contre tout ce qui nous est cher : le respect de la vie humaine, le choix démocratique en toutes circonstances, choix du débat d'idée et du combat politique, et non celui de la violence, de surcroît la violence aveugle qui frappe la population des femmes et des enfants.
Rien ne justifie et ne peut justifier le terrorisme. Nous partageons la douleur des familles frappées par les attentats. Nous approuvons naturellement toutes les mesures de prévention et la recherche des responsables. Nous nous associons aux remerciements, à tous ceux qui, par la qualité et la rapidité de leurs interventions, ont joué un si grand rôle après les attentats.
Nous constatons en même temps à quel point le peuple de notre pays, au sens le plus large, les habitants de toutes origines, français et émigrés, les représentants de toutes les religions existantes résistent à la pression qui veut s'exercer sur eux.
Le refus de l'affolement et la détermination de ne pas accepter la loi de la terreur sont tout à fait remarquables. C'est vrai dans tout le pays et, nous l'avons tous noté, dans notre Capitale.
Il faut rendre hommage aux Parisiennes et aux Parisiens pour cette attitude qui est peut-être la plus grande intimidation qu'on puisse exercer contre le terrorisme.
Particulièrement forte et à noter est la volonté populaire, qui doit être aussi la nôtre, de ne pas confondre les intégristes et l'Islam, le terrorisme et le peuple algérien, ce grand peuple que nous respectons et qui est de l'autre côté de la Méditerranée, victime de toute cette terreur et de cette horreur.

(Applaudissements des groupes communiste, socialiste et du Mouvement des citoyens).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur MALBERG.
Monsieur DUMAIT, vous souhaitez intervenir. Je vous donne la parole.

M. Alain DUMAIT.- Monsieur le Maire, juste un mot. Je pense que personne ne conteste, bien sûr, la nécessité de la mise en oeuvre de ce que le Préfet a appelé "un plan anti-attentat" et, après mes collègues, Monsieur le Préfet, je vous donne acte volontiers que vous faites le mieux possible avec les moyens qui sont les vôtres.
Mais je pense que la collectivité ne pourra pas considérer qu'elle a vraiment tout fait pour assurer la sécurité des Parisiens, au-delà des mesures exceptionnelles dont vous nous avez rappelé le détail, tant qu'il n'y aura pas à Paris, véritablement, une police municipale, présente sur le terrain 24 heures sur 24, en uniforme, familière des habitants de chaque quartier.
Mes chers collègues, mon propos sera très court mais je tiens à vous le redire comme je le dis inlassablement depuis 10 ans : il n'y a pas d'échappatoire à notre responsabilité naturelle qui fait de nous le pouvoir légitime en ce qui concerne la sécurité générale des Parisiens. Il faut changer le statut de Paris et ensuite créer une véritable police municipale.
Aujourd'hui, je limite mon propos à ce simple rappel, j'aurai l'occasion, bientôt, j'en suis sûr, de développer à nouveau cette conviction.
Merci, Monsieur le Maire.

M. LE MAIRE DE PARIS.- Mon cher collègue, nous avons eu l'occasion dans le passé, comme nous l'aurons dans le futur, d'avoir ce débat et de parler de ces problèmes parisiens où chacun peut avoir des avis différents, tout en étant d'accord sur la finalité du maintien de la sécurité, mais dans ce domaine de la lutte contre les attentats, contre le terrorisme et l'insécurité des personnes et des biens, à mon avis- je parle à titre personnel, mais je crois refléter l'immense majorité de cette Assemblée -, c'est à l'Etat qu'il revient d'assurer, notamment, la sécurité des personnes et des biens. Et il le fait bien ! Voilà ce que je voulais vous dire d'une manière claire et nette.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Monsieur GOUJON, vous avez la parole.

M. Philippe GOUJON, adjoint.- Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, je voudrais revenir au sujet grave qui nous préoccupe et dont l'orateur précédent s'est, hélas, complètement éloigné.
Je voudrais dire qu'alors que notre pays et notre Ville sont confrontés de nouveau au terrorisme le plus vil et le plus lâche et qui, comble de l'ignominie, s'attaque dorénavant à nos enfants- et je m'associe tout à fait à l'un des orateurs précédents pour demander, et je sais que c'est prévu, un renforcement de la protection de la communauté israélite à l'approche des fêtes -, les Parisiennes et les Parisiens ont démontré, je crois, leur exceptionnelle capacité de résistance et de dignité.
Par leur sang-froid, leur vigilance, ils empêchent que s'enclenche le processus diabolique dans lequel veulent les enfermer ces odieux terroristes : le piège de la psychose, de la peur incontrôlée, de la rupture du lien social et de l'affrontement entre les communautés et, comme lors des moments les plus graves de l'histoire de notre pays, la cohésion nationale s'est renforcée avec, pour objectif unique, que tous ici nous partageons, le châtiment de ces fous criminels.
En ne nous laissant pas impressionner par cette terreur aveugle, une nouvelle fois, la liberté et les valeurs républicaines et démocratiques triompheront.
Au nom du groupe "Rassemblement pour Paris", je voudrais rendre un hommage solennel aux Parisiennes et aux Parisiens, et je voudrais également faire part au Ministre de l'Intérieur et au Garde des sceaux et à l'ensemble des services, de notre confiance, de notre reconnaissance dans ce combat ingrat, dangereux et difficile que tous ensemble ils mènent jour après jour.
Pour ce qui ressort de la compétence de la mairie, M. Jean TIBÉRI vient de le rappeler précisément, dès le premier jour, l'ensemble des directions se sont mises à la disposition de la Préfecture de police, et je tiens d'ailleurs à en féliciter les personnels qui, à cette occasion et une nouvelle fois, ont fait la preuve de leur efficacité, de leur disponibilité et de leur esprit de responsabilité.
C'est en oeuvrant ainsi, complémentairement, en apportant une aide logistique importante, dans un esprit de concertation et une coopération étroite et permanente avec tous nos partenaires (la Préfecture de police, la Brigade de sapeurs-pompiers, le Rectorat, la R.A.T.P., la S.N.C.F...) que nous réaliserons une prévention optimale.
Dans ces heures difficiles, notre détermination ne faillira pas. Au cours de ces dernières années, nous n'avons cessé d'affirmer qu'une politique de sécurité, résolue et volontaire, pouvait seule combattre efficacement la criminalité. Ce qui a été démontré pour la baisse de la criminalité de droit commun, nous le prouverons sans aucun doute tout autant dans la lutte contre le terrorisme.
Notre pays, mes chers collègues, qui plonge si loin et si profondément ses racines dans l'histoire, qui a connu tant de guerres et de batailles, ne se laissera pas déstabiliser par la barbarie criminelle de quelques groupuscules fanatiques qui déshonorent la cause qu'ils prétendent servir.
Je vous remercie de votre attention.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur GOUJON.